SERPENTS VENIMEUX
Plusieurs serpents sont pourvus d’un appareil à l’aide duquel ils tuent, avec une rapidité souvent foudroyante, les animaux et même l’homme, qui viennent à les irriter. Cet appareil est une glande située de chaque côté de la tête. Il sécrète un horrible venin, qui se rend, par un conduit spécial, dans deux dents de la mâchoire supérieure.
La conformation de ces dents est en rapport avec les usages auxquels elles sont destinées. Plus longues que les autres , elles sont tantôt percées d’un canal, tantôt creusées d’un simple sillon qui communique avec la glande.
Fait remarquable! ce venin, l’un des poisons les plus violents que l’on connaisse, peut être avalé impunément; il n’est ni âcre, ni brûlant, il ne produit sur la langue qu’une sensation analogue à celle qu’occasionnerait un corps gras. Mais si on l’introduit, en quantité suffisante, dans une plaie, il pénètre dans le sang, et donne la mort avec une rapidité effrayante. C’est là, du reste, un caractère propre à tous les virus morbides et vénéneux.
L’énergie du venin varie suivant les espèces de serpents, et suivant les circonstances dans lesquelles se trouve l’animal. La même espèce est plus dangereuse dans les pays chauds que dans les pays froids ou tempérés. La morsure est d’autant plus grave que le poison est plus abondant dans la glande de l’animal.
Nous citerons, parmi les serpents venimeux, les Vipères, les Tritjonocèphales, les Crotales, et les Najas.
OPHIDIENS
La Vipère commune (fig. 128) est longue de trente-cinq à soixante-dix centimètres, et son corps n’a que vingt-sept millimètres dans son plus grand diamètre. Sa couleur générale est brune ou roussàtre, passant tantôt au gris cendré , tantôt au gris noir. Une ligne flexueuse, brune ou noirâtre, règne sur son dos; une rangée de points inégaux, de même couleur, s’étend sur ses flancs. Son ventre est ardoisé; sa tête, presque triangulaire, un peu plus large que le cou, obtuse et tronquée en avant, est couverte d’écailles granulées. Six petites plaques, dont deux perforées pour les narines, qui forment une tache noirâtre , revêtent le museau ; en dessus est une sorte de Y, formé
fig. 128. Vipère commune.
par deux bandes noires. La mâchoire supérieure est blanchâtre et tachetée de noir, l’inférieure jaunâtre. L’œil est petit, vif borde de noir. La langue est longue, fourchue et grisâtre ’
La Vipère commune se rencontre dans les cantons boisés, monueux et pierreux de l’Europe méridionale et tempérée, en ‘lance, en Italie, en Angleterre, en Allemagne, en Prusse, en ^ede, en Pologne et jusqu’en Norvège. Aux environs de Paris, a rencontre surtout à Montmorency et dans la forêt de Fonmebleau; Elle se nourrit de lézards, de grenouilles, de molusrpies, d insectes et de vers. Elle chasse aussi les petits mamies, comme les mulots, les taupes, les musaraignes. Elle
passe l’hiver et le commencement du printemps, dans les lieux profonds, à l’abri du froid, et dans un état d’engourdissement. Souvent plusieurs vipères sont ainsi réunies ensemble, enroulées et intimement enlacées.
La marche de la vipère est brusque, pesante, irrégulière. Cet animal semble timide et peureux; il fuit le grand jour, et;ne cherche sa nourriture que le soir.
Les petits naissent nus et vivants. Tant qu’ils sont maintenus dans le sein de la mère, ils sont renfermés dans des œufs, à parois membraneuses. Dès leur naissance, les vipéraux , dont la taille ne dépasse pas quinze à vingt centimètres, sont abandonnés à eux-mèmes; mais ils n’acquièrent leur entier développement qu’au bout de six ou sept ans (fig. 129).
La vipère est pour l’homme, comme pour les animaux, un juste objet de crainte et d’horreur. C’est qu’elle porte un formidable appareil de destruction, dont il importe de bien faire connaître la structure et le jeu.
Cet appareil venimeux se compose de trois parties : la glande sécrétoire, le canal et le crochet.
La glande est l’organe destiné à sécréter le venin. Située sur les côtés de la tête, en arrière, et en partie au-dessous du globe de l’œil, elle est formée d’un certain nombre d’ampoules, composées d’un tissu granuleux, et disposées avec beaucoup de régularité, le long des canaux excréteurs, comme les barbes d’une plume. Cette disposition n’est visible qu’au microscope.
Le canal destiné à conduire le venin sécrété par la glande, est étroit et cylindrique. Il aboutit, après être renflé dans son
court trajet, à deux dents particulières , nommées crochets , aiguisées en forme de cornes, beaucoup plus longues que les autres, et placées à la mâchoire supérieure, l’une à droite et l’autre
Fig. 129. Crochets et la langue de la Vipere.
à gauche . La vipere a
donc deux crochets : ils sont courbes, très-pointus, convexes antérieurement, et munis d’un canal étroit, qui commence, d’une
OPHIDIENS
part, par une fente placée à la partie antérieure de sa base, et se termine, cl autre part, à une seconde fente plus étroite vers sa pointe, et du même côté. Cette dernière fente est comme une
petite rigole, un fin sillon, qui règne dans toute rétendue de la convexité.
Les crochets sont entourés par un repli de la gencive, qui reçoit la dent et qui la cache en partie comme dans une gaine lorsque cette dent est à l’état de repos ou couchée. Attachés aux os maxillaires supérieurs, qui sont petits et très-mobiles ils sont mis en mouvement par deux muscles.
, Derriere les crochets se trouvent des germes dentaires destinés a les remplacer lorsqu'ils viennent à tomber. Les autres dents
du haut de la bouche appartiennent au palais, où elles forment deux rangées.
Telle est l’arme terrible de la vipère. Ce n’est donc pas, comme
beaucoup de personnes le croient encore aujourd’hui, aiec leur angue que les serpents venimeux font de si terribles blessures
SuTrSerVen‘ ^ 'a langUe P°Ur Pa,per et pour boire- ■»» pour
Nous avons dit qu’à l'état de repos les crochets étaient couches. Quand 1 animal veut s’en servir, il les sort de leur étui ldi nu a peu près comme un homme qui, pour se défendre ou
PSonnéqaer’ S°n C0UteaU' SeUlement' « couteau est em-
La vipère se sert de ses crochets pour s'emparer des netits animaux qui font sa proie. Elle n’attaque pas l’homme elle fuit
pied sim elle’ "f," “et «eiUent le
-hetsZs:::^^iriirL Eaee,,fonce -
pénètrent dans le corns de id, • / niesure que ces crochets
canal qui les conduit au crochet soMl’infl da"S le
des muscles qui font ,-olP, influence de la contraction
S'ande.etpir s’ ite^ ^ de 1 “ ^ et »r la
fermer la bouche. C’est ainsi' T™]. C,"e falt le scrPcnt pour | plaie. ‘ 1 ie 1« venin est injecté dans la
La ViPère m°rd dG Ia même lorsqu’on la saisit par la
queue ou par le milieu du corps •, mais lorsqu elle se croit attaquée et qu’elle est irritée par un adversaire, elle frappe plutôt qu’elle ne mord. Elle s’enroule d’abord sur elle-même, en formant plusieurs cercles superposés. Ensuite, elle débande son corps comme un ressort, l’allonge avec une vitesse excessive, et franchit un espace égal à sa longueur, car elle n’abandonne jamais le sol. Elle ouvre largement sa gueule, redresse ses crochets, et les enfonce par le choc de sa tête, qui frappe alors comme un marteau.
On a longtemps admis que la vipère a la faculté d exercer, à distance, une sorte d’action magnétique, qu’on a nommée fascination. Cette sorte d’impression a été plus tard mise en doute, et attribuée, non sans raison, à une cause moins mystérieuse, c’est-à-dire au sentiment de terreur profonde que ce serpent inspire. Cette terreur se manifeste chez les animaux par des tremblements, des spasmes, des convulsions. La vue d’une espèce venimeuse rend quelquefois les animaux immobiles , incapables de fuir et comme pétrifiés. Ils se laissent alors saisir sans opposer la moindre résistance. D’autres se livrent à des mouvements désordonnés, qui, loin de les sauver, rendent leur capture plus facile.
M. Duméril père, dans une expérience qu’il faisait dans son cours au Muséum d’histoire naturelle pour démontrer l'action subite et mortelle que produit la morsure de la vipère sur de petits oiseaux, vit un chardonneret, qu’il tenait avec la plus grande précaution entre ses mains, mourir subitement a la seule vue de la vipère.
Les petites plaies produites par ce redoutable habitant ce nos bois, s’enflent, deviennent rouges et ecchymosées, que quefois livides. Bientôt, la personne blessée est saisie de syncopes, de fièvre, et d’une série de symptômes morbides qui souvent se terminent par la mort.
Quand un homme a été mordu par une vipère, il faut immédiatement opérer avec un lien, tel qu’un mouchoir roule, une corde ou une ficelle, une ligature au-dessus de la partie pique , de façon à interrompre toute communication de sang avec reste' du corps, et à prévenir ainsi l’absorption du venim U est bon de sucer la plaie, et de la faire saigna . nnp de pratiquer une incision, pour découvrir les parties
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et, tout aussitôt, de cautériser la plaie, soit au fer rouge, soit au moyen d’un agent caustique.
On emploie avec avantage, comme agent caustique, une liqueur ainsi composée :
Perchlorure de fer 4 grammes.
Acide citrique ^
Acide chlorhydrique.. 4
Eau .'.'.ï 24 I
dont on instille quelques gouttes sur la partie piquée, et qu'on recouvre d’un peu de charpie. On peut employer aussi l'iode ou îodure de potassium ioduré.
M. Viand-Marais a substitué, avec succès, à ces liquides la composition suivante :
Eau
Mure de potassé: ;; ;; 5,° grarames-
Iode métallique ^
Pour faciliter l’introduction du caustique dans la plaie le
donUeT T te, “ ™aginé ™ petit flacon fermant à l’émeri dont le bouchon, long et conique inférieurement, plonge dans le
liquide. Au moyen de ce bouchon, on peut faire pénétrer
“nréaTaW '"“T161186’ ^ de. Mes-
sures préalablement agrandies par le bistouri. Ce petit aimaroi I
nissent tous\aVe<l ’6 flaC°" d’alcaIi voIatil dont se mu-
mssent tous les chasseurs de vipères
d=rif,ques 4 l’intérieur,
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lent ""e paire de petites cornes. P°mte et sim«-
cSétt0T X’ PaSe SeK?nté^ôtto*B S°Ciété d’acdima-
comp'ètor les renseignements qui précèdent ’ ^ n°US soyons pour
Le Céraste d’Egypte , qui se trouve dans les lieux arides et sablonneux, est d’un gris jaunâtre en dessus, marqué de taches irrégulières plus foncées. On le trouve aussi dans le Sahara algérien et dans le Maroc. On prétend que sa piqûre est mortelle.
A côté des vipères se placent les Crotales , qui n’en diffèrent que par une seule particularité : ils présentent en dessous et en arrière des narines, des enfoncements particuliers. Dans cette division se rangent le Serpent à sonnettes et le Trigonocéphale.
Le redoutable Serpent à sonnettes habite l’Amérique-, il se ren-
Fig. 130. Serpent à sonnettes.
contre surtout aux États-Unis et au Mexique. Il parvient quelquefois à la longueur de deux mètres. La couleur du dos est gris mêlé de jaunâtre. Sur ce fond on voit s’étendre une rangée longitudinale de taches noires, bordées de blanc. Sa tète aplatie , est couverte , auprès du museau , de six écailles plus grandes que leurs voisines et disposées sur trois rangs transversaux, formés chacun de deux écailles. Les yeux sont étincelants,
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la gueule, bien ouverte, laisse souvent sortir une langue noire, déliée, partagée en deux. Les crochets, très-longs et très-apparents, sont situés au devant de la mâchoire supérieure. Les écailles du dos sont ovales et relevées, dans le milieu, par une arête qui s’étend dans le sens de leur plus grand diamètre. Le
dessous du corps est garni d’un seul rang de grandes plaques.
Le Serpent à sonnettes doit son nom à une particularité remarquable de sa structure. L’extrémité de sa queue est garnie de petites capsules, emboîtées l’une dans l’autre. Lorsque l’animal s’avance, ces petites capsules résonnent légèrement, comme le feraient des gousses de haricots desséchés et contenant encore leurs graines. L homme est ainsi averti de l’approche de cet ennemi terrible. Le bruit des capsules caudales n’est pas trèsretentissant; mais il s’entend d’une trentaine de pas environ, et il décèle aux animaux et à l'homme l’approche du plus redoutable des reptiles.
Le serpent à sonnettes se nourrit de petits animaux, mammifères ou reptiles. Il les guette avec patience, et lorsqu’ils sont à sa portée, il projette contre eux son corps. Il est ovovivipare. Les petits viennent, quelque temps après leur naissance, chercher un 1 eluge dans la gueule de leur mère.
Pendant l’été, le serpent à sonnettes se tient au milieu des montagnes pierreuses, incultes ou couvertes de bois sauvages. 1 choisit ordinairement les expositions les plus chaudes, le bord d une fontaine ou d’un ruisseau, où viennent boire les petits animaux. Il aime aussi à se mettre à l’abri sous un vieux arbre renversé. Audubon, célèbre voyageur et naturaliste améncain, dit qu on rencontre souvent les serpents à sonnettes enroules sur eux-mêmes et dans un état de torpeur lorsque la température est basse. 1
e serpent a sonnettes est révéré par quelques peuplades amé-
cames, qui savent les éloigner de leur demeure sans les tuer ait singulier! on prétend que ce terrible animal n'est pas in-
“ ““ so”s musique. Chateaubriand a écrit à ce sujet quelques lignes que l'on lira avec intérêt :
le éCriïai"’ "°US
‘agios. U„ jour que ^ niti°" des
rivière Génédie an sernenl a , bf dans "ne Plaine a“ bord de la aie, un serpent à sonnettes entra dans notre camp. Nous
avions parmi nous un Canadien qui jouait de la flûte; il voulut nous amuser, et s’avança contre le serpent avec son arme d’une nouvelle espèce. A l’approche de son ennemi, le superbe reptile se forme tout à coup en spirale, aplatit sa tête, enfle ses joues, contracte ses lèvres, découvre ses dents envenimées et sa gueule rougie ; sa langue fourchue s’agite rapidement au dehors; ses yeux brillent comme des charbons ardents; son corps gonflé de rage s’abaisse et s’élève comme un soufflet; sa peau dilatée est hérissée d’écailles, et sa queue, en produisant un son sinistre, oscille avec tant de rapidité qu’elle ressemble à une légère vapeur. Alors le Canadien commence à jouer sur sa flûte; le serpent fait un mouvement de surprise et retire sa tête en arrière; il ferme peu à peu sa gueule enflammée. A mesure que l’effet magique le frappe, ses yeux perdent de leur âpreté, les vibrations de sa queue se ralentissent, et le bruit qu’elle fait entendre s’affaiblit et meurt par degrés. Moins perpendiculaires sur sa ligne spirale, les orbes du serpent charmé s’élargissent et viennent tour à tour se poser sur la terre en cercles concentriques, les écailles de la peau s’abaissent et reprennent leur éclat, et, tournant légèrement ia tête, il demeure immobile dans l’attitude de l’attention et du plaisir. Dans ce moment le Canadien marche quelques pas en tirant de sa flûte des sons lents et monotones; le reptile baisse son cou, entrouvre avec sa tête les herbes fines et se met à ramper sur les traces du musicien qui l’entraine, s’arrêtant lorsqu’il s’arrête, et commençant à le suivre aussitôt qu’il commence à s’éloigner. Il fut ainsi conduit hors de notre camp au milieu d’une foule de spectateurs tant sauvages qu’Européens, qui en croyaient à peine leurs yeux. »
On s’accorde à dire que le serpent à sonnettes ne s’en prend à l’homme que lorsqu’il a été attaqué par lui. L est toutelois un foi t dangereux voisin, et il importe de connaître le moyen de 1 écai tei .
Le porc est un excellent auxiliaire pour obtenir ce résultat. Dans l’ouest et le sud de l’Amérique, quand un champ ou une ferme est infestée par ces féroces reptiles, on y met une truie, avec sa portée, et bientôt les serpents ont été croqués. Il paraît que, grâce à la matière graisseuse qui l’enveloppe, le corps de cet animal est à l’abri du venin. D’ailleurs il aime la chair de ce serpent et le poursuit avec ardeur. Lorsqu’un porc aperçoit un serpent à sonnettes, raconte le Dr Jonathan Franklin, il fait claquer ses mâchoires, et ses poils se hérissent. Le serpent s’enroule en spirale pour frapper son ennemi, le cochon s’approche sans crainte , et reçoit le coup dans les replis graisseux qui pendent sur le côté de sa mâchoire. Puis il pose un pied sur la queue du serpent; puis, avec ses dents, il dépèce la chair de son ennemi, et la mange avec des grognements de plaisir.
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Le cochon n’est pas le seul animal que l’homme emploie pour faire la chasse aux serpents à sonnettes. M. le Dr Rufz de Lavison, qui a longtemps habité les Antilles françaises, et qui a été directeur du jardin d’acclimatation de Paris, a publié un ouvrage très-intéressant, dans lequel il raconte les services signalés que rendent certains oiseaux, particulièrement le Secrétaire ou Serpentaire, pour faire la chasse aux serpents à sonnettes dans les Antilles.
Les crotales sont, avons-nous dit, les plus dangereux de tous les serpents venimeux. Citons quelques faits qui indiquent l’effroyable puissance de leur venin.
Un crotale , long d’environ un mètre , tua un chien au bout de quinze minutes, un second au bout de deux heures, et un troisième au bout de quatre heures. Quatre jours après, il moi dit un autre chien, qui ne survécut que trente secondes, et un autre qui ne résista que quatre minutes. Trois jours après , il piqua une grenouille, qui périt au bout de deux secondes, et un poulet qui périt au bout de huit minutes.
Un Américain, nommé Drake, arriva un jour à Rouen, avec tiois serpents à sonnettes vivants. Malgré le soin qu’il avait pris p oui les préserver du froid, l’un de ces serpents mourut. Il mit la cage qui contenait les deux autres, près d’un poêle, et les excita avec une baguette, pour s’assurer de leur état. Comme lm des crotales ne faisait aucun mouvement, Drake le prit Par Ia tete et Par la queue, et s’approcha d’une fenêtre, pour voir s U était mort. Aussitôt, l’animal tournant vivement la tête, mordit le malheureux Drake, à la partie externe de la main gauche. Comme il replaçait le crotale dans la cage, il fut mordu c e nouveau à la paume de la même main.
« Un médecin! un médecin! » criait le malheureux. Il frotta
deu^m C01itle de ^ glaCG qiÜ était sur le seuil de la Porte, et corde Untn-^r’ “ " Ornent . le. poignet avec une
I i l ' 1 ' leure après, un médecin arriva et cautérisa
la b ssure; ma.s bientôt des symptômes alarmants se pro-
évacintin ' SïnCOpe’ resplr'atl0" bruyante, pouls presque nul, "s mvo ontaires. Les yeux se fermèrent, les pupilles
froid Dr1teI'ent’ ICS membreS deVinrent Sensibles et le corps iro.d. )rake mourut au bout de neuf heures
cl, mat de la France étant peu différent de celui des États-
Unis, est, par conséquent, tout aussi convenable à la reproduction des serpents à sonnettes. D’un autre côté, si une femelle et un mâle vivants de ces dangereux crotales venaient à s’échapper d’une ménagerie, ils pourraient bientôt infester nos contrées de leur terrible progéniture. C’est pour ces raisons décisives que l’exhibition publique des serpents à sonnettes est interdite en France. On peut en voir pourtant deux ou trois, dans la collection du Muséum d’histoire naturelle de Paris , si misérablement installée d’ailleurs dans un hangar pauvre et bas, bien peu digne de cet établissement. Les serpents à sonnettes sont enfermés dans une double cage, et l’on prend toutes les mesures que réclame la prudence.
La défense d’exhiber en public, dans les ménageries, des serpents à sonnettes n’existe pas en Angleterre, comme elle existe en France. C’est ce qui fait qu’il peut se produire en Angleterre des accidents du genre de celui que nous allons raconter, et qui s’est passé au mois de juillet 1867.
Huit serpents à sonnettes avaient été débarqués à Liverpod, venant d’Amérique. Un montreur d’animaux, nommé M. Manders, les acheta, et les fit voir, à Northampton, dans sa ménagerie, en les enfermant dans une cage très-solide.
De Northampton, la ménagerie se rendit à Tundhridge-Wels , et c’est là qu’arriva l’accident dont nous allons parler.
Au-dessous de la cage des serpents à sonnettes était un récipient, que l’on entretenait plein d’eau chaude, pour maintenir autour de ces animaux une douce température. Le gardien des reptiles faisait chauffer cette eau , tout en surveillant la cage. L’eau étant venue à bouillir avec trop de violence, cet homme s’approcha un moment du foyer, pour arranger les tisons, et malheureusement il laissa la cage entr ouverte. En revenant, il s’aperçut que l’un des huit serpents s’était échappé.
En effet le terrible crotale bondissait au milieu de la ménagerie, sifflait et dressait sa tête d’une façon menaçante. Le gardien s’empressa de fermer la porte de la cage, et d appeler les autres gardiens, qui étaient en train de nettoyer les écuries et les cages. Une terreur panique s’empara d’eux, à l’exception du plus âgé, nommé Godfrey. Celui-ci finit par détenninei quelques hommes à rester avec lui, pour tâcher de ressaisir le reptile.
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Armés de pioches, de pelles, de leviers, ces gardiens, ayant Godfi ey à leur tête, allèrent droit au serpent.
Us commencèrent par lui lancer un sac, espérant l’envelopper mais le reptile se dégagea, et se dirigea vers le milieu de la salle, en sifflant d’une manière épouvantable. Différents animaux étaient enfermés dans les compartiments de la ménagerie. Le serpent à sonnettes passa devant ces animaux, sans leur faire
“ “a! ; mais arrivé en *•<» d’un magnifique buffle, du poids de 2000 kilogrammes, il s'arrêta tout court, bondit à l'intérieur
ce a cage du buffle qu’il mordit aux naseaux, puis se glissant entre les barreaux de la grille, il se dirigea vers une cour où les
vmTurelqneS ^ ManderS chargeaient de la paille sur une
| A cette voiture était attelé un magnifique cheval de haras Le eipent s élança sur le cheval, qu’il piqua. Mais le cheval mordu
n rvi, fri , T e! à 86 Cabrer avec tant violence qu'il parunt a faire tomber le reptile. Le serpent, étourdi par sa
chute était a peine remis de ce rude assaut, qu’il était brové
sous les fers du cheval, qui ,e piétinait avec fflréum '
, dlftants aPrès av°ir été mordu par le reptile on vit
leuZrbtrL üTler, 6t 1friS,SOnnel' SeS ye“ sortaie”t de
US orbites, et il faisait entendre des hennissements plaintifs Quolques minutes après, il expirait dans une efihavant a
a„ m moment> le bnfltei qili ayait ét.
et ^^ro^^rc/cC:^:: ruIsions;
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vieLlV„rs“ ochetsS°nt PaS SeU‘ement à crai”dre dans l’état de
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de ParisUa fflé’ aide:naturaIiste a« M«séum d’histoire naturelle
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crotnip ! 1 S grande précaution les squelettes do
^s:sSt.ce7^usieurs“nées^^^!
sont pas en chrt , , De semblables préparations ne
1 •». en ohet, sans danger. Le fait suivant donne un exemple
remarquable de la persistance des propriétés toxiques des crochets du crotale.
Un habitant des Antilles avait été mordu par un serpent à sonnettes, à travers de fortes bottes. Il mourut, sans que 1 on put se rendre bien compte de la cause de sa mort. Son lils ayant trouvé ces bottes dans son héritage, les porta. Bientôt il tomba malade et mourut. Les effets du défunt furent vendus. Il se trouva qu’un de ses frères, ayant envie de ces malheureuses bottes, les acheta, les porta une seule fois, et mourut.
Les médecins recherchèrent alors les causes de ces morts successives, et l’on songea aux bottes. Quand on les examina de près, on trouva le crochet d’un serpent à sonnettes fixé dans le cuir. C’est ce crochet qui avait successivement piqué les trois malheureuses victimes.
Ce que nous avons dit du serpent à sonnettes se rapporte particulièrement au Crotale Durisse ou Bisquira. On connaît encore cinq espèces américaines, que nous passerons sous silence.
Les Trigonocèphales ont les formes et les apparences des crotales, mais leur queue est pointue et dépourvue de grelots. La* principale espèce de ce groupe est le Trigonocèphale jaune , que l’on appelle aussi Serpent jaune des Antilles, et Vipère fer de lance.
Ce redoutable serpent se rencontre à la Martinique, à Sainte- Lucie, et dans la petite île de Boquin, près Saint-Vincent. Il parvient à une longueur de près de deux mètres. Sa robe n est pas toujours jaunâtre; elle est quelquefois grisâtre, quelquefois marbrée de brun. Sa tête, qui est assez grosse, est îemaïquab e par un espace triangulaire, dont les trois angles sont occupés par le museau et les deux yeux. Cet espace, relevé par ses bords antérieurs, représente un fer de lance, large à sa base et un peu arrondi à son sommet. De chaque côté de la mâchoire supérieure, on aperçoit un, quelquefois deux, et même trois cro chets, dont l’animal se sert pour faire les blessures dans lesquelles il répand son venin.
Le Serpent jaune des Antilles se tient caché sous les ftui sèches, dans des troncs d’arbres pourris, et se retire souv ® 1 dans les plantations de canne à sucre. Il se nourrit de lezarc, de petits mammifères, particulièrement des rats. Sa blés
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peut faire périr de grands animaux, comme les bœufs. Les Nègres qui travaillent à la culture des cannes à sucre, et les soldats de service à la Martinique sont souvent victimes du Fer de lance.
Fig. 13 1. Trigonocéphale, ou Serpent fer de lance.
Ce serpent est malheureusement très-fécond, et son venin est 1 su Mil que les animaux qu’il a piqués, meurent, trois heures ouze eures, un jour ou plusieurs jours après l’accident. La morsure produit une douleur extrêmement vive, qui est suivie immédiatement d’une enflure plus ou moins livide. Le corps se refroidit et devient insensible. Le pouls et la respiration se ra lentissent, les idées se troublent, le coma arrive et la peau deent bleuâtre. On éprouve quelquefois une soif ardente des attaques de paralysie, des crachements de sang.
On trouve au Brésil une autre espèce de fer de lance , qui est la terreur des indigènes.
lesLmo«urls0nt eXtrêmemeut redoufe. car ils instillent dans
gScrzr zson rr Ums i,iiures sont p*» --
cres. Quand 1 animal est au repos, le cou n’a pas plus de
diamètre que la tête; mais sous l’influence des passions et d’une irritation vive, ce cou s’enfle; en même temps, l’animal élève verticalement la portion antérieure de son corps; celle-ci se tenant droite et rigide comme une barre de fer, l’autre partie du corps pose sur le sol et, servant de point d’appui, est mobile et permet la locomotion.
La faculté de dilatation du cou est le trait saillant de l’organisation du naja, comme la sonnette est celui des crotales; on les appelle souvent Serpents à coiffe ou à chaperon.
Les anciens habitants de l’Égypte adoraient ces serpents. Ils attribuaient à leur protection la conservation des graines, et les laissaient vivre au milieu des champs cultivés. Aujourd’hui le naja n’est plus un objet d’adoration dans l’Orient, mais il sert ; dans presque toutes les contrées de l’Asie, de la Perse et de l’Égypte à un très-curieux spectacle. Les gens du peuple s’assemblent autour de certains jongleurs, qui s’annoncent comme doués de pouvoirs surnaturels pour dompter et charmer ces redoutables reptiles.
Le psylle , c’est à-dire le charmeur de serpents , prend dans sa main une racine, dont la vertu doit le préserver de la morsure venimeuse du Naja; puis, tirant l’animal du vase dans lequel il le tient renfermé, il l’irrite, en lui présentant un bâton. L’animal dresse la partie antérieure de son corps, enfle son cou, ouvre sa gueule, allonge sa langue fourchue, fait briller ses yeux et ; entendre son sifflement. C’est alors que commence une sorte de combat entre le serpent et le psylle, qui, entonnant une chanson : ^ monotone, oppose à son ennemi son poing fermé, tantôt a dioite H et tantôt à gauche. L’animal, les yeux fixés sur ce poing qui lesj menace, en suit tous les mouvements, balance sa tète et son|j corps, et simule ainsi une sorte de danse.
D’autres psylles obtiennent des najas un mouvement alternatif et cadencé du cou, à l’aide de sons qu’ils tirent de sifflets ou de petites flûtes. On dit encore que ces mystérieux jongleurs, grâce à certains attouchements, savent plonger ces dangereux ennemis dans une sorte de léthargie et de roideur cadavérique, et les faire sortir à volonté de cet état de torpeur momentanée. Il est certain, dans tous les cas, qu’ils ne pourraient manier impunément ces reptiles, dont la morsure est extrêmement dangereuse,
rjg.
Les Psylles égyptiens ou les charmeurs de serpents
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sans avoir neutralisé on suspendu leur venin, d’une manière ou d’une autre.
On présume que les psylles ont la précaution d’épuiser, chaque jour, le venin du naja, en le forçant à mordre plusieurs fois un morceau d’étoffe. On croit aussi que, le plus souvent, ils arrachent les crochets, dont une seule piqûre peut tuer en un instant.
Les deux espèces les plus anciennement connues en ce genre sont le Naja vulgaire et le Naja aspic.
Fig. 133. Naja ou Serpent à coiffe.
Le Naja vulgaire ou Serpent à coiffe, a, comme nous l’avons > , le cou tres-dilatable. Sa couleur varie d'un jaune brunâtre,
1er r ,en ,eSS0US’ rarement avec des b“des noires transdW ? ’ f S°UVent P°rtant en dessus J» représentation nu” ,! , Smée 1Mr Un trait noir’ L'abdomen a des pla-
drtau i TeS tranT"SeS’ le corl« l0”S de quatre pieds, cylin-
trts-r „lbeTVer d tailleS PetiteS’ °ValeS et »«>; » est cpandu dans beaucoup de régions de l’Inde.
Le Naja aspic, ou A je, a le cou moins dilatable. Il est de couleur verdâtre et marqué de taches brunâtres. Plus petit que le précédent, il se trouve dans l’ouest et le midi de l’Afrique. I] est surtout commun en Égypte. C’est la morsure de l’aspic qui produisit, on le sait, la mort de la reine Cléopâtre.