‹ Les poissons, les reptiles et les oiseauxChapitre 19 sur 34 · PIGEONS · texte numérisé non relu

PIGEONS

Les Pigeons établissent une transition entre les vrais gallinacés et les passereaux : ils participent, en effet, des uns et des autres. Tandis qu’ils se rapprochent des premiers par les caractères anatomiques et purement matériels , comme la structure du bec, du sternum et du jabot, ils se rattachent aux seconds par leurs formes élégantes , leurs mœurs paisibles et l’ensemble de leurs habitudes.

Comme les passereaux, ils sont monogames; le mâle et la femelle procèdent ensemble à l’édification du nid, et partagent les soins de l’incubation et de l’éducation des petits. Ceux-ci naissent aveugles, couverts seulement d’un léger duvet, et complètement incapables de courir, comme le font les jeunes gallinacés.

Les pigeons naissent ordinairement au nombre de deux, parmi lesquels, fait très-curieux, il y a presque toujours un mâle et une femelle. Ils ne quittent le nid que lorsqu’ils ont

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acquis assez de vigueur pour voler do leurs piopies ailes. Dès les premiers temps de leur existence , ils ue îeçoivent de leuis parents d'autre nourriture qu une sorte de bouillie , séci étée par les parois de l’œsophage. Mais au bout de quelques jours le père ou la mère leur dégorge dans le bec les aliments qu’il vient d’ingérer, et c’est ainsi que les pigeonneaux croissent et prospèrent. Lorsqu’ils sont suffisamment développés , ils se réunissent aux adultes, et tous ensemble s’en vont, par grandes troupes, à la recherche d’un climat plus doux, ou d’une nourriture plus abondante. Le départ a lieu au printemps.

Ce qui les distingue encore des vrais gallinacés, c’est qu’ils ont le pouce inséré au niveau des autres doigts , et qu’ils peuvent conséquemment percher. Presque tous les pigeons, en effet, passent leur vie sur les arbres. Leur nourriture se compose principalement de graines, de baies et de fruits, quelquefois d’insectes, et même de petits colimaçons, comme cela a été constaté dans l’Ile de France. Leur chair, généralement bonne, acquiert , chez certaines espèces , comme chez le Goura couronne , une saveur exquise. Aussi entrent-ils pour une part immense dans l’alimentation publique, soit comme animaux domestiques, soit comme gibier. On les chasse très-activement aux époques de leurs passages. Bien que leur vol soit bruyant et présente même quelque apparence de lourdeur , il est facile et très-soutenu, à ce point qu’on voit des pigeons accomplir en quelques heures des trajets d’une longueur surprenante.

Nous partagerons les pigeons en trois familles : les Colombigallines , les Colombes ou Pigeons proprement dits , et les Colombars.

Famille des Colombi-gallines. — On range dans cette famille un certain nombre d’oiseaux qui, avec les formes générales des pigeons , conservent encore les mœurs des gallinacés : d’ou le nom mixte de Colombi-gallines. C’est ainsi qu’ils vivent constamment à terre, y établissent leur nid, et ne se réfugient sur les arbres que pour passer la nuit ou fuir quelque danger. Us courent parfaitement, mais volent mal, et sont sédentaires. Enfin certaines espèces ont des nudités céphaliques et des caroncules charnus, ou de longues plumes mobiles autour du cou, comme le coq. Physiquement ils sont caractérisés par un bec droit et grêle, et par des tarses assez élevés.

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Cette famille comprend un très-grand nombre d’espèces, répandues dans l’Amérique centrale et méridionale, dans les îles de l’océan Indien et dans une grande partie de l’Afrique. Le cadre de cet ouvrage ne nous permettant pas de les examiner toutes , nous citerons seulement la plus remarquable, le Goura

Fig. 294. Goura couronné.

couronné , très-commun dans la Nouvelle-Guinée et les Moluques.

Le plumage de cet oiseau est d’un beau bleu ardoisé , et sa tête est ornée d’une jolie huppe de plumes roides, longues et effilées. Il est presque aussi gros que le dindon et très-recherché pour les qualités de sa chair. Aussi les habitants de Java 1 élèvent-ils dans leurs basses-cours.

Famille des Colombes. — Les Colombes ont le bec mince et grêle , les ailes longues et les tarses courts. Les espèces principales sont le Pigeon ramier , le Pigeon colombier , le Pigeon biset , la Tourterelle et le Pigeon voyageur. Les quatre premières espèces sont propres à l’Europe.

Le Pigeon ramier (fîg. 295) est la plus grande espèce de cette famille; son plumage est gris-ardoisé, avec des reflets bleuâtres, verts et roses. Il est répandu dans toute l’Europe, mais surtout dans ses parties chaudes et tempérées. Il est très-commun en

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France. Il y arrive vers le commencement du mois de mars , par bandes nombreuses , et il en repart en octobre ou en novembre, pour aller passer ses quartiers d hiver en Italie, en Espagne. Aux époques de passage, les chasseurs des Alpes et des Pyrénées leur font une guerre acharnée, et en détruisent de grandes quantités.

Les ramiers habitent les forêts, et se plaisent sur les cimes des grands arbres. * Ils se nourrissent de glands, de faînes, et sont très-friands de fraises. Quand ces aliments leur manquent, ils se jettent sur les terres cultivées, et cherchent à déterrer, avec leur bec, les céréales qui commencent à germer ; ce qui occasionne de grands dégâts.

Ils établissent leur nid dans Fig. 295. pigeon ramier,

les arbres touffus. La femelle, après en avoir choisi l’emplacement, s’occupe de le construire , avec les matériaux que le mâle lui apporte. Ces matériaux sont de petites branches mortes., que le pigeon détache des arbres, à l’aide de ses pattes ou de son

bec : jamais il ne ramasse les branches qui jonchent la terre. Ce nid n’est d’ailleurs qu’un ahri grossier, à peine assez grand pour contenir les deux oiseaux , et qui s’écroule quelquefois avant que les jeunes soient capables de voler. Dans ce cas la couvée se maintient comme elle peut, sur les grosses branches qui supportent le logis de la femelle.

Les ramiers font ordinairement en mars et en août des pontes, qui se composent chacune de deux œufs. La durée de 1 incubation est de quinze jours, et les Ramereaux peuvent prendre leur essor au bout du même délai. Pendant tout le temps de l’incubation et de l’éducation des petits , le mâle reste auprès de sa femelle, et charme ses loisirs par ses roucoulements.

A l’état sauvage, les ramiers sont défiants et farouches, mais leur caractère se modifie par la domesticité, ou même par une vie indépendante, s’écoulant dans le voisinage de

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l’homme. Aussi les petits, pris dès leur naissance, se familiarisent-ils sans peine et ne semblent pas regretter leur liberté. Dans ces conditions ils ne se reproduisent pas, ou 'du moins, nous ne savons pas les faire reproduire en captivité ; les anciens connaissaient, dit-on, cet art.

On voit à Paris des ramiers qui ont élu domicile depuis un temps immémorial dans le jardin des Tuileries, au Luxembourg et dans les Champs-Elysées. Ils montrent une grande familiarité, et viennent s’abattre presque sous les pieds des promeneurs. Quel est l’habitant de la capitale qui n’ait vu, aux Tuileries, le spectacle charmant d’un vieillard qui attire autour de lui une légion de ramiers et de moineaux, auxquels il distribue des miettes de pain? La confiance qu’ils témoignent à ce tendre ami , en reconnaissance de ses bons procédés , est sans égale. Us se posent sur les épaules du bonhomme, viennent prendre le pain entre ses doigts et jusque dans sa bouche , ils se laissent saisir et caresser par lui, sans manifester la moindre frayeur. De là résulte, avec évidence, la possibilité d’élever en domesticité le ramier.

Le Pigeon colombier a de grands traits de ressemblance avec le ramier, mais il est plus petit, et cette circonstance justifie le nom de Petit ramier qu’on lui donne quelquefois. Ses mœurs sont les mêmes que celles de l’espèce précédente, sinon qu’il établit son nid dans le creux des arbres , au lieu de le construire sur les branches. Très-répandu dans le midi de l’Europe et en Afrique, il passe régulièrement en France, au mois d’octobre.

Le Pigeon biset ne se plaît que dans les lieux rocailleux et arides. Il dépose ses deux œufs dans les fentes des rochers et des habitations en ruines. On le rencontre peu en Europe, dans l’état de complète liberté, si ce n’est sur quelques côtes d’Angleterre, de Norwége et dans certaines îles de la Méditerranée. Il fait volontiers le sacrifice de son indépendance pour vivre dans les demeures , appelées colombiers , que l’homme sait lui préparer. Aussi s’accorde -t- on généralement à le regai der comme la souche des nombreuses races de nos pigeons domestiques.

Les Pigeons domestiques , issus probablement du Biset, sont de

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deux sortes : les Pigeons clc colombier et les Pigeons de volière. Les premiers jouissent d’une liberté presque entière : ils parcourent tout le jour la campagne, pour chercher leur nourriture, et quelquefois même retournent à la vie sauvage. Les seconds sont complètement apprivoisés, et l’on peut sans danger laisser ouverte la porte de leur habitation. Ils s’éloignent peu et reviennent toujours à leur domicile.

Si les pigeons domestiques causent quelque mal à nos récoltes, ils compensent largement ces dégâts par les services qu’ils rendent à l’agriculture. Ils sont également précieux pour l’éleveur et pour le consommateur ; car le premier en retire un bénéfice certain , et le second y trouve un aliment agréable et économique. Nous donnerons une idée suffisante des ressources qu’ils apportent à l’alimentation publique, en disant que certaines espèces font jusqu’à dix pontes par an ; ce qui donne un total de vingt œufs pour chaque couple. Ils fournissent de plus un engrais, la colombine , très-efficace pour certaines terres.

L’élève des pigeons nécessite certaines précautions , qu’il ne faut pas négliger, sous peine d’arriver à de mauvais résultats. On doit s’attacher à ce que la plus grande propreté règne dans le colombier ou la volière; il faut en exclure les individus turbulents, qui sèment le désordre, et nuisent souvent à la fécondité des femelles. On doit aussi, autant que possible, séparer les races les unes des autres, afin d’éviter la production des variétés stériles.

C’est parmi les espèces domestiques qu’on peut étudier à loisir les mœurs des pigeons, et se former une idée exacte de leur naturel et de leurs penchants. On les voit naître et grandir, on assiste à leurs premiers pas, à leurs timides tentatives pour s’élancer dans les airs. Plus tard, on observe les évolutions des sexes, entraînés l’un vers l’autre, et l’on admire leur fidelité pendant de longues années.

Nous examinerons rapidement les races principales de pigeons domestiques. La première est, comme nous l’avons dit, le Diseï de colombier , peu différente du Biset sauvage , qui alimente presque exclusivement la population des colombiers; on 1 appelle quelquefois Pigeon fuyard.

Le Mondain n’est qu’une modification du biset; ses formes

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sont plus élégantes et son plumage plus joli; c’est l’une des espèces les plus fécondes.

Le Pigeon grosse-gorge doit son nom à la faculté qu’il possède d’enfler prodigieusement son jabot, par l’introduction de l’air. Cette propriété lui est souvent fatale : en effet, lorsqu’il nourrit ses petits , il éprouve une telle difficulté à faire remonter dans son bec les graines qu’il a avalées, qu’il contracte une maladie, presque toujours mortelle.

Le Pigeon romain , ainsi nommé parce qu’il est très-commun en Italie , se reconnaît facilement au cercle rouge qui entoure ses yeux.

Le Pigeon volant est de petite taille; son vol est léger, rapide, et sa fécondité très-grande.

C’est à cette race qu’appartient le Pigeon messager . célèbre par son attachement pour les lieux qui l’ont vu naître ou qui recèlént sa progéniture, et par l’intelligence admirable qui le ramène au pays natal, quand il en est éloigné. Transporté à des distances considérables de son domicile, même dans un panier bien clos, puis rendu à la liberté, après un temps plus ou moins long, il retourne, sans hésiter un moment, à son point de départ.

Cette faculté précieuse a été longtemps utilisée, surtout en Orient. Chez les Romains, on fit quelquefois usage de pigeons messagers. Pline dit que ce moyen fut employé par Brutus et Hirtius, pour se concerter ensemble, pendant le siège d’une ville par Marc-Antoine.

Au siège de Leyde, en 1574, le prince d’Orange employa le même procédé pour correspondre avec la ville assiégée, et il parvint à la dégager. Pour marquer sa reconnaissance envers les pigeons libérateurs, le prince d’Orange voulut qu’ils fussent nourris aux frais de la ville, et qu’après leur mort leurs corps fussent embaumés et conservés.

Pierre Belon, le naturaliste de la Renaissance, nous apprend que de son temps les navigateurs d’Égypte et de Chypre emportaient des pigeons sur leurs trirèmes , et les lâchaient lorsqu’ils étaient arrivés au port de destination, afin d’annoncer à leurs familles leur heureuse traversée. Dans notre siècle on a fait quelquefois usage de ce moyen. C’est ainsi que le cours de la Bourse fut expédié pendant quelque temps, de Paris à Bruxelles, par des pigeons messagers.

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Le Pigeon culbutant doit son nom à sa curieuse manière de voler : il a l’habitude, après qu’il s’est élevé à une certaine hauteur, de faire cinq ou six culbutes, la tête en arrière.

Le Pigeon tournant décrit des cercles comme les oiseaux de proie; il est turbulent et doit être proscrit des colombiers.

Le Pigeon nonnain se reconnaît à une espèce de capuchon , formé de plumes relevées , qui lui couvre le derrière de la tête et le cou, et qui lui a valu son nom. Il vole lourdement, mais est très-familier et très-fécond.

Le Pigeon-paon , ou trembleur , se fait remarquer par sa queue, qui est très-large et relevée comme celle du paon , et par le tremblement convulsif dont il est agité, surtout à l’époque des amours. Il réussit mal en volière, et n’est guère élevé qu’à titre de curiosité.

Il existe deux espèces de tourterelles : la Tourterelle des bois et la Tourterelle à collier.

La Tourterelle des bois est la plus petite espèce de la famille des colombes; on la trouve dans toute l’Europe, mais au midi bien plus qu’au nord. En France, elle arrive au printemps, et repart à la fin de l’été, pour des climats plus chauds. Elle établit son nid sur les grands arbres, dans les parties les plus sombres et les plus retirées des bois. Elle se nourrit de graines et de baies. Après les moissons , elle se tient dans les champs de blé et autres céréales. La nourriture abondante qu’elle y trouve lui communique un embonpoint qui en fait, à cette époque, un succulent gibier. Quoique naturellement farouche, la tourterelle s’apprivoise facilement lorsqu’elle est prise jeune, et elle montre alors une assez grande familiarité.

La Tourterelle rieuse , ou Tourterelle à collier, est originaire d’Afrique, où elle vit en liberté. C’est cette espèce qu’on élève en Europe, dans des cages et dans des volières.

Dans certaines villes d’Égypte, particulièrement à Alexandrie et au Caire, ces tourterelles sont si bien apprivoisées qu’elles se promènent dans les rues, et pénètrent même dans les maisons sans s’effrayer de la présence de l’homme. Elles sont très-fé ’ condes, car elles couvent tous les mois, excepté pendant la mue tues produisent un roucoulement plaintif et monotone oui res semble quelque peu au rire : d’où le nom qui leur a été donné..

Les anciens avaient fait de la tourterelle l’emblème de la tendresse. Cette remarque est bien justifiée par les témoignages de sympathie ardente que se donnent le male et la temelle, et surtout par l’essence de cet amour, qui est moins brutal et moins grossier que chez les autres oiseaux.

Le Pigeon voyageur (fig. 296) habite l’Amérique du Nord. Il est remarquable par la force, là rapidité de son vol , et pai les migrations qu’il entreprend à certaines époques. Il se meut avec une vitesse inimaginable.

a Des pigeons, dit le naturaliste américain Âudubon, ont été tués dans 'les environs de New- York, ayant le jabot encore plein de riz qu’ils ne pouvaient avoir pris, au plus près, que dans les champs de la Géorgie et de la Caroline. Or, comme leur digestion se fait assez rapidement pour décomposer entièrement les aliments dans l’espace de douze, heures, il s’ensuit qu’ils devaient, en six heures, avoir parcouru de trois à quatre cents milles; ce qui montre que leur vol est d’environ un mille à la minute. A ce compte, l’un de ces oiseaux, s’il lui en prenait fantaisie, pourrait visiter le continent européen en moins de trois jours. »

Ce n’est pas pour chercher un climat plus chaud que ces pigeons accomplissent leurs voyages , mais pour se procurer de la nourriture lorsque les glands viennent à manquer dans les forêts qu’ils habitent. Leurs migrations n’ont donc rien de tégu-

lier.

Le spectacle des masses innombrables et serrées de pigeons qui prennent part à (ces voyages, confond l’esprit. Audubon voulut, un jour, compter les troupes qui passeraient au-dessus de lui pendant une heure; il en compta cent soixante-trois en vingt minutes, et il dut bientôt y renoncer tant les colonnes se succédaient rapidement.

<r Plus l’avançais, dit Audubon, plus je rencontrais de pigeons. L air en était littéralement rempli; la lumière du jour, en plein nu 1, s en trouvait obscurcie comme par une éclipse; la fiente tombait se")Wab aux flocons d’une neige fondante, et le bourdonnement des ailes m étourdissait et me donnait envie de dormir. »

Ces pigeons sont doués d’une vue extrêmement perçante. Bien qu’ils volent à une hauteur considérable, ils distinguent parfaitement les lieux qui peuvent fournir à leur subsistance. Lorsqu ils rencontrent une contrée favorable, ils s’abattent sur un espace c e

GALLINACES

terrain immense , et en peu d’instants ils l’ont complètement ravagé. On peut alors en détruire des quantités effroyables, sans que leur nombre paraisse diminué.

Quelques heures après la descente, ils reprennent leur essor.

Fig. 296. Pigeon voyageur.

et regagnent leur domicile nocturne, éloigné quelquefois de vingt ou trente lieues.

G est la qu’il s’en fait un carnage épouvantable. Longtemps avant le coucher du soleil , les habitants des contrées environnantes les attendent, avec des chevaux, des charrettes , des fusils et des munitions. Quelques-uns même amènent des troupeaux de porcs pour les engraisser de la chair des pigeons qu’ils ne pourront emporter. Audubon qui assista à l’une de ces tueries 1 a retracée en ces termes :

éloigné, me rappelait ceiui d’epe cil"

dages d’an vaisseau dont les voiles sont ferlées. Quand ils passèrent audessus de ma tète, je sentis un courant d’air qui m’étonna. Déjà des milliers étaient abattus par les hommes armés de perches ; mais il continuait d’en arriver sans relâche. On alluma les feux, et alors ce fut un spectacle fantastique, merveilleux et plein d’une magnifique épouvante. Les oiseaux se précipitaient par masses et se posaient où ils pouvaient, les uns sur les autres, en tas gros comme des barriques; puis les branches, cédant sous le poids, craquaient et tombaient, entraînant par terre et écrasant les troupes serrées qui surchargeaient chaque partie des arbres. C’était une lamentable scène de tumulte et de confusion. En vain aurais-je essayé de parler, ou même d’appeler les personnes les plus rapprochées de moi. C’est à grand’peine si l’on* entendait les coups de fusil; et je ne m’apercevais qu’on eût tiré qu’en voyant recharger les armes.

« Les pigeons venaient toujours, et il était plus de minuit que je ne remarquais encore aucune diminution dans le nombre des arrivants. Le vacarme continua toute la nuit. Enfin, aux approches du jour, le bruit s’apaisa un peu , et longtemps avant qu’on ne pût distinguer les objets, les pigeons commencèrent à repartir dans une direction tout opposée à celle par où ils étaient venus le soir. Au lever du soleil, tous ceux qui étaient capables de s’envoler avaient disparu.

cc C’était maintenant le tour des loups, dont les hurlements frappaient nos oreilles: renards, lynx, couguars, ours, ratons, oppossums et fouines bondissant, courant, rampant, se pressaient à la curée, tandis que des aigles et des faucons de différentes espèces se précipitaient du haut des airs pour prendre leur part d’un aussi riche butin.

« Les chasseurs firent à leur tour leur entrée au milieu des morts, des mourants et des blessés. Les pigeons furent entassés par monceaux, chacun en prit ce qu’il voulut , puis on lâcha les cochons pour se rassasier

u reste. «

Ces massacres ne compromettent en rien 1 existence de 1 espèce : en effet, d’après Audubon, le nombre de ces pigeons devient double ou quadruple dans une même année.

Famille des Colombars. — Cette famille, établie par Levaillant, comprend quelques espèces qui appartiennent toutes aux brûlantes régions de l’Asie et de l’Afrique. Ces oiseaux sont caractérisés par un bec épais, vigoureux, à mandibules recourbées dont ils se servent, comme de tenailles, .pour briser les enveloppes des fruits dont ils font leur nourriture. Ils volent moins rapidement que les oiseaux de la famille des colombes et roucoulent d’une manière différente. Ils habitent les bois et nichent dans les trous des arbres. Leur chair est de bon goût. Les principales espèces se trouvent dans l'Abyssinie, le Sénégal et 1 Ai-

cliipel indien.

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