OU DES OISEAUX DE PROIE
Les Rapaces sont de tous les oiseaux, ceux qui ont le plus de notoriété auprès du vulgaire, bien qu’ils ne nous rendent que peu ou point de services, et qu’ils aient infiniment moins de titres à notre intérêt qu’une foule d’autres volatiles. L’audace, le courage qui distinguent plusieurs espèces , les récits merveilleux auxquels ont donné lieu leurs exploits, et la frayeur supertitieuse que font naître certains d’entre eux, expliquent leur popularité. Les poètes et les romanciers, pour caractériser leurs personnages, se sont inspirés souvent des qualités et des défauts de ces oiseaux ravisseurs. Ils ont fait de l’aigle un type de noblesse, de force et de vaillance; du vautour, l’incarnation de l’âpreté lâche et immonde. La chouette, à l’aspect farouche, au vol silencieux est devenue pour eux, un oiseau de mauvais aufjure; son cri lugubre, retentissant dans les ombres de la nuit, sur la maison d'un malade, est un présage infaillible de mort. Ces observations, bien qu’inexactes pour la plupart, ont considérablement agi sur l’imagination populaire, et sont passées dans l’usage habituel de la conversation.
Les Rapaces ont le bec crochu, très-fort, acéré et tranchant, muni, à sa base, d une membrane appelée cire , qui est ordinairement de couleur jaune, et sur laquelle s’ouvrent les narines ; les jambes robustes et couvertes de plumes ; quatre doigts, dont trois en avant et un en arrière, généralement très-flexibles et pourvus d’ongles arqués, rétractiles, souvent d’une grande puissance, auxquels on a donné le nom significatif de serres. Ils ont la vue fort perçante, et sont merveilleusement organisés pour le vol. heurs ailes, longues et vigoureuses, leur permettent de planer
OISEAUX
dans les plus hautes régions, et de parcourir en quelques instants
Leur nom générique indique suffisamment qu ils ne vivent que de rapines, et sont d’un naturel pillard et batailleur. Us correspondent, dans la classe des Oiseaux, aux Carnassiers parmi les Mammifères. Comme eux, ils se nourrissent de chair vivante ou morte; comme eux, ils ont en partage l’adresse et la vigueur, pour satisfaire leurs appétits sanguinaires.
La nature, dans son admirable prévoyance, a sagement limité la reproduction de ces hôtes incommodes : les plus grands ne pondent qu’un ou deux œufs par an ; les autres, cinq ou six en moyenne. Chose singulière, la femelle est souvent dun tiers environ plus grosse que le mâle ; d’où le nom de tiercelet donne
à ce dernier, dans certaines espèces.
Les Rapaces n’ont rien de la gentillesse et du charmant babi de la plupart des oiseaux. Ils ne chantent pas ; ils ne font que pousser soit des cris rauques, soit des modulations étranges et plaintives. Leur plumage, presque toujours de couleur sombre, est triste et monotone. Comme ils n’existent que pour détruire, ils sont la terreur des autres oiseaux, parmi lesquels ils marquent chaque jour de nombreuses victimes. Ils vivent solitairement et par couples, dans les endroits les plus déserts, ce n’est que par exception qu’ils se rassemblent, pour devorer en commun quelque humble charogne. D’humeur despotique et belliqueuse, ils ne souffrent pas de concurrents dans leur voisinai. Ils pratiquent l’absolutisme sous sa forme la plus rigoureuse et régnent en maîtres dans les cantons qu’ils ont choisis.
Onrencontre les Rapaces sur toute la surface du globe; !es
des espaces immenses.
Cet ordre se divise en cieuî tûmes et les Rapaces diurnes. Ce car elle est fondée, comme on rence de mœurs très-tranchée, ganisation.
RAPAGES NOCTURNES.
Les Rapaces nocturnes se distinguent par de gros yeux, à fleur de tête, dirigés en avant, entourés d’un cercle de plumes effilées et rigides, qui forment, par leur rayonnement circulaire autour de la face, un disque à peu près complet, auquel on a donné le nom de disque facial ; — par le grand développement de la tête ; — par un bec très-court, dépourvu de cire, que remplace une simple peau recouverte de poils ; — par des tarses emplumés jusqu’aux talons ; — par la mobilité du doigt externe qui peut se diriger, soit en avant, soit en arrière ; — par des ongles très-forts, acérés et rétractiles; — par un plumage abondant et moelleux; — par une queue généralement courte.
Mais le caractère original de ces oiseaux, celui qui a présidé à leur réunion en un même groupe, c’est l’impossibilité où ils sont de supporter la lumière du jour, et, par contre, la faculté qu’ils possèdent de voir dans une demi-obscurité, ce qu’ils doivent à l’énorme dilatation de leur pupille. Aussi restent-ils cachés dans leurs retraites, tant que le soleil est au-dessus de l’horizon, et ne se mettent-ils en chasse qu’aux dernières lueurs du crépuscule. Alors ils distinguent parfaitement les objets, et peuvent saisir leur proie avec d’autant plus de facilité, qu’ils veillent seuls dans la nature endormie.
11 ne faudrait pas croire, toutefois, que ces oiseaux puissent voir au milieu d’épaisses ténèbres. Quand la nuit est tout à fait noire, ils rentrent dans la loi commune. L’épithète de nocturnes qu’on leur applique n’est donc pas rigoureusement exacte, et il importe de ne pas la prendre au pied de la lettre. Ils ne deviennent réellement actifs que lorsque la lune répand sa clarté sur la ten e ; c est alors qu ils s abandonnent à leurs instincts destructeurs, et font un ample butin de petits mammifères et d’oiseaux.
Les Rapaces ont le sens de l’ouïe extrêmement développé, ce qui tient à ce que leur crâne présente de vastes cavités, qui,
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communiquant avec l’oreille interne, augmentent dans de notables proportions la capacité de cet organe.
Leur plumage, strié de bandes et de taches irrégulièrement disposées, ne présente pas plus de consistance que le duvet des jeunes oiseaux. Cette dernière particularité tient probablement à leurs conditions spéciales d’existence. Constamment privés des rayons du soleil, dont 1 action sur la couleui du plumage ne saurait être mise en doute, ils ne peuvent acquérir ces splendides couleurs, qui font une brillante parure aux oiseaux des régions intertropicales.
Grâce à la structure et à la nature de leurs plumes, qui n’offrent aucune résistance à l’air, les rapaces nocturnes volent sans faire le moindre bruit. Ils peuvent ainsi tomber à l’improviste sur leurs victimes, et les saisir avant même qu’elles aient songé à s’envoler. Lorsqu’ils atteignent leur proie, ils la happent tout d’une pièce, ce qui leur est très-facile, vu l’énorme ouverture de leur bec, dont les deux parties sont mobiles. Puis leur estomac sépare' les parties non digestibles, telles que les os, les poils et les plumes. Réunies sous forme de pelotte, elles sont expulsées par le vomissement. Les rapaces diurnes qui se nourrissent d’animaux vivants possèdent la même propriété.
A l’exception d’une seule espèce, l 'Effraie, les rapaces nocturnes pondent tous des œufs de forme sphérique. Ils vivent isolément, par couples, se rassemblent quelquefois en troupes, à l’époque des migrations, mais ne chassent jamais en commun. Ils ne construisent, pour ainsi dire, pas de nid, et se contentent de déposer leurs œufs dans les excavations des vieux troncs d’arbres, ou dans les habitations en ruines. Iis exhalent une odeur fade et nauséabonde, qui tient sans doute à leur régime
exclusivement animal.
A moins d’y être forcé, l’oiseau de proie nocturne ne sort jamais de son trou pendant le jour. Lorsqu'il s’y aventure, il est assailli par tous les Passereaux du voisinage, qui viennent limiter à son impuissance, et se venger par de nombreux coups de bec, de l'oppression qu'il exercesureux pendant la nuit. 11 prend alors les postures les plus étranges, balançant sa teted un airs lipide faisant craquer son bec et enflant ses plumes u ns e i n’essaye pas de se défendre, et reçoit passivement les coups de ses ennemis emplumés, qui ne lui font pas d’ailleurs grand mal.
RAPACES
Cette haine naturelle des petits oiseaux pour leurs tyrans nocturnes a été mise à profit pour la chasse. L’art de la pipée n’a pas d’autre fondement. Il suffit de contrefaire la voix de la chouette ou du hibou, pour faire accourir les oiseaux sur l’arbre ou le buisson où l’on a placé les gluaux. Cette opération doit se faire une heure environ avant le coucher du soleil; plus tard, elle n’aurait aucun succès. La pipée était en usage dès l’antiquité, car Aristote l’a décrite.
Il n’est pas d’animaux qui aient donné lieu à autant de fables et de préjugés, conséquences de leurs mystérieuses allures. Bien qu’inoffensifs en général, et même utiles, car ils détruisent une grande quantité de rats et de souris, les rapaces nocturnes causent dans les campagnes une superstitieuse terreur, et l’on a mis de tout temps le plus grand acharnement à les poursuivre.
Les Grecs, mieux inspirés, avaient dédié le hibou à Minerve, déesse de la Sagesse, sans doute à cause de l’attitude calme et grave qui distingue les oiseaux de nuit, et leur donne un air de philosophes méditant sur les problèmes de la vie.
Les Rapaces nocturnes comprennent deux grandes familles : les Hibous et les Chouettes.
Famille des Hibous. — Les Ilibous se reconnaissent à deux aigrettes de plumes placées de chaque côté de la tète. Ils se subdivisent en trois genres : les Grands-Ducs , les Moyens-Ducs et les Petits-Ducs.
Le Grand-Duc commun , ou Duc d'Europe (fig. 389), est le plus remarquable des hibous, par sa taille et par sa force. Sa hauteur est de deux pieds en moyenne : c’est le roi des oiseaux nocturnes. Tl a le bec et les ongles noirs, très-forts et très-crochus. Son plumage est roux, parsemé de taches noires et de bandes brunes; les ailes ont cinq pieds d’envergure. Il a de grands yeux fixes, à prunelle noire, entourée de jaune. Il supporte plus facilement la lumière que les autres Nocturnes; aussi sort-il plus tôt le soir, et rentre-t-il plus tard le matin. Il habite les anfractuosités des rochers, ou les crevasses des vieilles tours, situées sur les montagnes, et ne s’en éloigne que rarement, pour descendre dans la plaine. Son cri : hui hou, houhou , bouhou ouhou! retentissant dans le silence de la nuit, jette la terreur parmi les animaux
OISEAUX
dont il fait sa pâture. Il se nourrit principalement de lièvres, lapins, taupes, rats, souris et de menu gibier. A l’occasion, et surtout lorsqu’il élève ses petits,' qui sont très-voraces, il ne dédaigne pas les crapauds, les grenouilles et les petits reptiles.
Le grand-duc est très-courageux, et accepte souvent, avec l’aigle fauve, des combats, dont il se tire avec honneur. La lutte est parfois si furieuse, qu’elle se termine par la mort des deux champions.
M. Bailly rapporte, d’après des témoins dignes de foi, qu un aigle et un grand-duc, qui se battaient dans les montagnes de la Savoie, s’enfoncèrent tellement leurs serres dans les chairs, qu’ils ne purent les retirer et succombèrent, sur place, 1 un et l’autre à leurs blessures. Dans un tournoi semblable, près de Zurich, le grand-duc vainqueur était tellement lié à son adversaire, qu’il tomba avec lui sur le sol, sans pouvoir se dégagei ; si bien qu’on le prit vivant.
Blessé, ne pouvant plus voler, traqué par les chiens, le grandduc veut du moins vendre chèrement sa vie. Il se renverse sur le dos, et là, les serres ouvertes, le bec menaçant, il parait encore assez redoutable pour faire reculer un moment ses ennemis.
En dépit de son naturel batailleur, le grand-duc s’apprivoise assez facilement: il connaît son nom, et répond à la voix de son maître. On peut lui accorder toute liberté; il reste dans le voisinage de son gîte, et y revient chaque jour, pour manger. Frïscli raconte qu il a eu deux fois des grands-ducs vivants, et qu il les a conservés longtemps; il les nourrissait de chair et de foie de bœuf. Ils engloutissaient parfois cinq souris, sans interruption, après leur avoir brisé les os à coups de bec. Au besoin, ils savaient se contenter de poissons. Quelques heures après l'absorption, ils rejetaient les os, les poils et les arêtes de leurs victimes.
L’humeur sauvage de ces oiseaux ne cède pas toujours cepcn
dant à l’influence de l’éducation.
Les grands-ducs ont, pour leurs petits, un attachement sans
borne. Un gentilhomme suédois, M. Oronstedt , habita, pen dant plusieurs années, une ferme, située au pied dune mon tagne, en haut de laquelle un couple de grands-ducs aval
RAPAGES.
établi son. nid. Los domestiques prirent et enfermèient dans un poulailler un des petits, que la soit de 1 indépendance avait sans doute poussé à quitter prématurément l’asile maternel. Le lendemain matin, on fut très-surpris de trouver, à la porte du poulailler, un perdreau fraîchement tué. On pensa alors que les parents, attirés par les cris du petit hibou, avaient pourvu à sa subsistance. En effet, le même manège se renouvela quatorze nuits de suite. M. Cronstedt voulant savoir au juste à quoi s en
Fig. 389. Grand-duo commun.
tenir, fit plusieurs fois le guet pendant la nuit, afin de surprendre la femelle en flagrant délit d’amour maternel. Mais il n’y put réussir, probablement parce que l’oiseau, grâce à sa vue pénétrante, saisissait l’instant où son attention était détournée, pour' déposer ses provisions à la porte. Ces soins cessèrent au mois d’août, époque à laquelle les petits rapaces sont capables de pourvoir eux-mêmes à leur subsistance.
Le grand-duc habite l’Europe et l’Asie; il est commun en
OISEAUX
Suisse et en Italie; on ne le rencontre guère en France que dans les contrées de l’Est et du Midi; encore demeure-t-il rarement dans nos climats pendant l’hiver.
Une autre espèce , très-commune en Égypte , le Grand-Duc Ascalaphe, se montre quelquefois dans le sud de la Sardaigne et de la Sicile. On le désigne vulgairement sous le nom de Grand Hibou à huppes courtes.
Le Grand-Duc de Virginie , ou Hibou couronné , habite l’Amérique septentrionale et méridionale. Cet oiseau est à peu près de la taille du grand-duc d’Europe ; il s’en distingue par une disposition différente des aigrettes, qui, au lieu de partir des oreilles, prennent naissance près du bec. Il se nourrit de jeunes gallinacés, qu’il enlève avec audace, au milieu même des bassescours; le dindon a surtout pour lui un attrait tout particulier. Faute d’autre pâture , il se contente des poissons morts qu il trouve sur le bord des fleuves. Pris très-jeune, il s apprivoise assez facilement; mais, en grandissant, ses instincts sanguinaires le dominent à tel point qu’il dévore toutes les volailles, et qu on est obligé de s’en défaire.
Le Moyen-Duc vulgaire , ou Hibou commun (fig. 390), a un pied de haut environ. Ses aigrettes, proportionnées à sa taille, sont plus courtes que celles du grand-duc. Ses ailes ont un mètie d’envergure. Son plumage , où le roux domine , est nuancé de gris et de brun. Il a le bec et les ongles noirâtres, les yeux d un beau jaune. Il habite les creux des rochers ou des arbres morts et les vieilles masures abandonnées. Il trouve parfois commode de s’installer dans les nids laissés vacants par les pies, les corbeaux et les buses. Beaucoup moins sauvage que le grand-duc, il rôde souvent autour des habitations. Très-friand de la cbaii des souris, il en fait sa principale nourriture; aussi, pour l’attirer et le prendre au piège, suffit-il d’imiter le cri de ce rongeur. Il se nourrit également de taupes , mulots , grenouilles , crapauds, même de levrauts et de jeunes lapins, et, à défaut d’autre chose, d’insectes. Il déploie beaucoup de courage poui défendre ses petits, lorsqu’il les croit menacés, et ne craint pas alors d’attaquer l’homme. Son cri consiste en une espèce de gémissement grave, clow, cloud! qu’il fait entendre fréquemment pendant la nuit. Il s’apprivoise aisément, mais à la condition
RAPACES
d’ètre pris très-jeune. A l’âge adulte, il refuse toute nourriture, et se laisse mourir de faim dans sa cage.
Le moyen-duc est plus sociable que la plupart des rapaces nocturnes ; on le rencontre assez souvent par bandes de sept ou huit individus. Il est répandu dans toute l’Europe ; en France,
Fig. 300. Ilibou commun, nu moyen-duc.
il est fort commun et sédentaire. On le désigne dans nos campagnes sous le nom de Chat-huant.
Le Hibou brachyote, ou à huppes courtes , habite le nord de l'Europe, et le quitte à l’automne, pour venir hiverner dans des régions plus chaudes; il passe régulièrement en France en octobre et en novembre. Ses aigrettes sont très-petites et placées au milieu du front. Il se tient moins volontiers que le hibou commun près des lieux habités ; il préfère les carrières, les ruines situées dans les endroits boisés et montagneux. Cependant on le
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trouve quelquefois dans les buissons, à proximité des marais et des rivières, où il saisit des grenouilles et même des poissons. Dans le Nord, surtout en Islande, il ne niche pas au-dessus du sol, mais dans la terre même; il occupe, en effet, les terriers creusés par les lièvres et les lapins, et s’y blottit dès qu’on l’inquiète. Nous verrons plus loin que cette singularité lui est commune avec une chouette de l’Amérique.
VÉphialte aux joues blanches a. la face, le bas-ventre et les tarses blancs ; sa taille est de dix pouces; il habite le Sénégal.
Enfin le Kètupu habite les îles de l’Archipel indien. Il fréquente souvent le bord des rivières : aussi se nourrit-il en grande partie de crabes et de poissons. Le nom qu’il porte est celui que lui ont donné les indigènes.
Le Petit-Duc ( Scops ) (fig. 391) est reconnaissable à sa petite taille, qui ne dépasse pas celle du merle, et à ses aigrettes tout à fait rudimentaires, et formées d’une seule plume. Son plumage, agréablement nuancé de roux, de gris et de noir, est plus joli que celui des espèces précédentes.
Plus sociables que les grands-ducs, les petits-ducs se réunissent en troupes en automne et au printemps pour passer dans d’autres climats; ils partent après les hirondelles et arrivent à peu près en même temps. Les petits-ducs rendent de grands services à l’agriculture en détruisant les mulots. « On a vu, dit Buffon, dans les temps de cette espèce de fléau, les petits-ducs arriver en troupes et faire si bonne guerre aux mulots, qu tn peu de jours ils en purgèrent la terre. »
Un historien anglais, Dale, rapporte un autre exemple de l’utilité des Scops. En 1580, il s’abattit une telle quantité de souris dans les plaines voisines de Southminster, que toutes les plantes furent rongées, jusqu’à la racine. Arrivèrent alors un grand nombre de petits-ducs, qui détruisirent toutes ces souris.
Quand il est pressé par le besoin, le scops ne dédaigne pas les poissons. On le voit alors raser la surface des eaux, et saisir, avec une dextérité remarquable, tous ceux qui se trouvent a sa portée. Il fait aussi sa proie des chauves-souris et des gros insectes.
Tl est assez difficile de tuer ou prendre les scops, bien qu ifs voyagent par nombreuses compagnies ; car ils ne se mettent en route que le soir, un peu avant la nuit close, et s’abattent dans
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les bois pendant le jour. S’ils rencontrent quelque région favorable à leur subsistance, telle qu’une plaine entrecoupée de marais et de petits bois, ils s’y fixent pour deux ou trois jours. Le soir, lorsqu’ils sont perchés, ils ont la singulière habitude d’accompagner les personnes qu’ils voient passer. Tantôt ils les précédent en sautant d’un arbre à l’autre et poussant de petits cris plaintifs, tantôt ils voltigent autour d’elles, au point de les effleurer.
Le scops est très-familier et s’apprivoise aisément; aussi est-il très-recherché en Savoie, pour la chasse à la pipée. Il connaît parfaitement la voix de celui qui le nourrit, et quoique libre, n’aban-
F;g. 3U1. Scops d’Europe.
donne pas la maison de son maître. Mais, à l’époque des migrations, on tenterait en vain de le retenir; soins et caresses sont, inutiles. Si l’on ne prend la précaution de l’enfermer, il va rejoindre ses frères, pour passer probablement en Afrique et en Asie.
Il en existe une variété, le Scops asio , qu’on trouve dans l’Amérique septentrionale, sur les bords de l’Ohio et du Mississipi. Il est très-doux et se laisse caresser, lorsqu’il est pris, sans chercher cà mordre ni à griffer. Audubon raconte qu'il en emporta un de New York à Philadelphie; il le tint dans sa poche pendant tout le voyage; il l’habitua à manger dans sa main,, et l’oiseau ne tenta pas de s’échapper.
On connaît différentes autres espèces de scops répandues sur les deux continents. La plus intéressante des espèces exotiques est le Choliba, que les habitants du Brésil et du Paraguay élèvent dans leurs demeures, pour chasser les rats et les souris.
Famille des Chouettes. — Les chouettes se distinguent des hiboux par l’absence d’aigrettes sur la tête. Elles comprennent quatre genres : les Chevêches , les Chouettes proprement dites ou Chats-huants , les Effraies et les Chouettes épervières.
Les Chevêches sont toutes de petite taille; elles ont le disque facial incomplet, les tarses allongés, les doigts nus ou légèrement velus, la queue courte et carrée. On en compte un grand nombre d’espèces , parmi lesquelles nous n’examinerons que les principales.
La Chevêche commune est fort répandue en France et dans toute l’Europe; sa taille égale celle du merle. Elle habite les vieilles masures et les carrières , mais jamais le creux des arbres; aussi s’installe-t-elle rarement dans les bois. Elle est beaucoup moins nocturne que ses congénères : on la voit souvent poursuivre les petits oiseaux en plein jour, avec peu de succès, il est vrai. Sa nourriture habituelle consiste en souris et en mulots, qu’elle prend soin de dépecer avant de les manger, car elle ne peut les avaler tout entiers. Elle plume aussi trèsbien les oiseaux qu’elle saisit. En hiver, par les temps de neige, elle vient dévorer les immondices déposées dans les cours des fermes. Comme le scops, elle aime à accompagner, en criant, les personnes qui passent près d’elle, surtout à l’aube naissante. Elle pousse, en volant, un cri : poupou , poupou! qu’elle remplace, lorsqu’elle se pose, par des sons présentant la plus grande analogie avec la voix d’un jeune homme qui dirait : aime , hem, esme ! Buffon raconte à ce sujet une anecdote assez curieuse :
e Étant couché, dit-il, dans une vieille tour du château de Montbard, une chevêche vint se poser un peu avant le jour, à trois heures du matin, sur la tablette de la fenêtre de ma chambre, et m’éveilla par son cri heine, edme. Comme je prêtais l’oreille à cette voix, qui me parut d autant plus singulière qu’elle était tout près de moi, j’entendis un de mes gens, qui était couché dans la chambre au-dessus de la mienne, ouvrir sa fenêtre e , trompé par la ressemblance du son bien articulé edme , répon re oiseau^ , Qui es-tu, là-bas? Je ne m’appelle pas Edme, je m’appelle Pierre. » Ce domestique croyait, en effet, que c’était un homme qui en appe ai u
RAPACES
autre, tant la voix de la chevêche ressemble à la voix humaine et articule distinctement ce mot. »
Les oiseleurs du Tessin emploient la chevêche pour la chasse à la pipée. Prise très-jeune, elle s’apprivoise facilement, et se montre sensible aux caresses. M. Bailly en possédait une qui témoignait beaucoup de plaisir lorsqu’on lui frottait le sternum, le dos ou la tête. Elle restait alors dans la plus grande immobilité, tantôt sur le ventre, tantôt sur le dos, laissant voir ainsi le plaisir qu’elle ressentait.
Dans l’Italie septentrionale , on l’élève en domesticité ; elle se nourrit de souris et mange même des fruits ou de la polenta. M. Gérard rapporte qu’il a élevé une chevêche dont la familiarité était si grande, qu’elle se laissait volontiers earesser à tout instant de la journée, sans être offusquée par les rayons du soleil. Elle détruisait beaucoup d’insectes, mangeait de tout ce qu’on lui présentait, mais montrait surtout un goût trèsvif pour la viande crue, à tel point qu’elle restait quelquefois suspendue à un morceau d’intestin pendant plus de dix minutes, sans lâcher prise. Elle était dans les meilleurs termes avec le chat de la maison; on les trouvait souvent couchés l’un près de l’autre, dans le même panier. Le chien n’avait pas su gagner son affection; et elle haïssait cordialement un corbeau, qui vivait dans la maison au même titre qu’elle. Elle manifestait, d’ailleurs, beaucoup d’irritation à la vue des autres oiseaux, même de ceux qui étaient empaillés; elle s’emparait souvent de ceux-ci, pour aller, dans un coin, les plumer à son aise. Elle aimait aussi à s’étendre dans la poussière.
La Chevêche Passerine , ou Chevêchelle , n’est pas plus grosse que le moineau. Elle habite le nord des deux continents, et s’aventure quelquefois jusque dans l’Allemagne septentrionale. Son plumage, cendré au-dessus, est d’un blanc éclatant, marqué de taches noires, sous le ventre. Elle porte un collier blanc sur le devant du cou.
La Chevêche cabure se trouve dans l’Amérique méridionale ; sa taille ne dépasse pas celle de la grive. Cet oiseau si petit a cependant des instincts sanguinaires très-développés; il se glisse sous l’aile des gros oiseaux de basse-cour , et les met à mort en leur déchirant le côté.
Iluffon rattache à cette espèce une variété qui habite le cap
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de Bonne-Espérance. Cette dernière est douée d’un plumage magnifique, en partie rouge et noir, mêlé de gris. Les colons du Cap l’apprivoisent, et s’en servent avec avantage pour purger leurs maisons des souris.
L ’Urucuru, ou Chevêche à terrier, tire le dernier de ces deux noms de son mode de nidification. Le premier nom est une onomatopée de son cri nocturne. A peu près de la grosseur du pigeon, elle se tient dans les immenses plaines, ou pampas , de l’Amérique du Sud , et dans les dunes qui bordent les deux Océans. Comme le Hibou brachyole, l urucuru niche dans les terriers; mais il ne les creuse pas lui-même; il s’installe tout simplement dans ceux des renards, tatous, etc., après avoir chassé ces animaux, par son insupportable odeur. Ce moyen de conquête du territoire , pour être pacifique , n’en est pas < moins singulier.
L’urucuru ne se borne pas à sortir le soir et le matin ; il aime la lumière dujour, et cherche volontiers sa nourriture en plein midi. Fait curieux, il vit en association avec des êtres auxquels ne le rattache aucun lien naturel, tels que les Viscaches, sorte de lapins particuliers au nouveau- monde. Un voyageur anglais, le capitaine Francis Head, qui traversa un jour une troupe de. ces animaux, vivant de compagnie, dépeint ainsi leur attitude .
« Vers le soir, les viscaches se tiennent hors de leurs terriers avec un air sérieux, comme des philosophes ou des moralistes, graves et réfléchis. Pendant la journée, les trous des gites souterrains sont gardés par deux des hibous, qui ne quittent jamais leur poste. Pendant que les voyageurs galopaient dans la plaine, les hiboux continuèrent leur faction, les regardant en plein visage, et hochant, l’un après l’autre, leurs têtes vénérables d’une manière presque ridicule, à force d’être solennelle. Lorsque les; cavaliers passèrent tout près d’elles, les deux sentinelles perdirent beaucoup de leur air de dignité, et se précipitèrent dans les trous des viscaches. »
L’urucuru se nourrit de ruts , de reptiles et d’insectes. 11 est doux et s’apprivoise facilement; aussi l’élève-t-on pour chasser les souris et les rats.
Les oiseaux qui sont compris dans le genre Chouette proprement dit, ou Chat-huant, ont le disque facial complet, les tarses courts et emplumés jusqu’aux ongles. Leur taille atteint, et dé
passe même, celle du moyen-duc.
La première espèce de ce groupe est le Chat-huant hulotte, ou
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simplement hulotte , vulgairement appelée Chouette des bois. Son nom de hulotte lui vient de son cri hou ou ou ! qui ressemble assez au hurlement du loup, ce qui l’avait fait appeler par les Romains ulula , de ululare , hurler.
La hulotte a la tête grosse , et sa taille est d’environ quarante centimètres. Elle habite les bois pendant l’été, et se tient dans les buissons les plus touffus ou dans de vieux troncs d’arbres. Elle demeure cachée tout le jour , ne sortant que le matin et le soir , pour chasser les petits oiseaux et les mulots. L’hiver, elle se rapproche des habitations, et s’aventure jusque dans les granges pour y prendre les souris et les rats ; mais elle rentre au gîte dès que le jour commence à poindre.
Au commencement de l’automne, l’éducation de ses petits étant terminée, elle s’établit dans les lieux humides, parce qu’elle y peut saisir nombre de grenouilles et de reptiles dont elle est très-gourmande. C’est alors que les chasseurs de bécasses la font souvent lever en plein jour.
Comme beaucoup d’individus de sa famille , la hulotte aime à pondre dans les nids étrangers, tels que ceux des corbeaux, pies , buses. Les petits sont très-voraces ; lorsqu’ils ne sont pas assez forts pour se tenir sur leurs pattes , ils s’appuient sur le bas-ventre , et , tenant leur proie dans leurs serres , ils la déchirent avec le bec; devenus plus vigoureux, ils s’appuient sur une seule jambe et se servent de l’autre pour porter leur nourriture à leur bec.
D’un caractère très-doux, la Hulotte s’apprivoise facilement; elle connaît parfaitement son maître et lui réclame sa nourriture en poussant de petits cris. On la trouve dans toute l’Europe, même dans les régions les plus septentrionales.
La Chouette nébuleuse (fig. 392, page 656), ou Chouette du Canada , est commune dans l’Amérique septentrionale, et surtout à la Louisiane; ce n’est qu’accidentellement qu’elle apparaît dans le nord de l’Europe, en Suède eten Norwége. Son plumage est d’un gris brun, quiluiavalu son nom. Elle se nourritde lièvres, de lapins, depetits rongeurs, de reptiles et d’oiseaux ; elle mesure environ cinquante centimètres. Audubon a eu souvent l’occasion de l’examiner :
« Son cri, dit-il, est un waah , waahha , qu’on est tenté de comparer au rire affecté d’un fashionable. Combien de fois, dans mes excursions lointaines, étant campé sous les arbres et me disposant à faire rôtir une
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tranche de venaison ou un écureuil au moyen d’une broche de bois, n’ai-je pas été salué du rire de ce perturbateur nocturne! Il s’arrêtait à quelques pas de moi, exposant tout son corps à la lueur de mon feu et me regardant d’une si bizarre manière, que si je n’avais pas craint de passer pour fou à mes propres yeux, je l’aurais invité poliment à venir partager mon souper. Il habite constamment la Louisiane; on le recontre dans tous les bois isolés, même en plein jour et aux approches de la nuit. S’il y a apparence de pluie, il se met à rire plus fort que jamais ; son waah, waahha pénètre dans les retraites les plus reculées, et ses camarades lui répondent avec des tons étranges et discordants ; on serait tenté de croire que la nation des hiboux célèbre une fête extraordinaire. »
Audubon ajoute que lorsqu’on approche d’un de ces oiseaux, il vous examine en prenant les attitudes les plus grotesques;
Fig. 392. Chouette nébuleuse.
Si l’on tire sur lui et qu’on le manque, il s’enfuit, quelque distance et pousse son cri moqueui .
s’arrête à
Les oiseaux que comprend le genre Effraie , ont le bec long, droit à la base, crochu à la pointe, le disque facial extraoi 1-
nairement développé, les ailes pointues.