ORDRE DES MAI.ACOPTÉRYGIENS APODES
Une seule famille compose cet .
poissons assez nombreux en genres et en especes.
mille des AnymUiformts. t„„s une forme allongée,
les ÊquüleSy les Gymnotes, les Jfui «»«.
POISSONS OSSEUX
Les Êquillcs ou Ammodytes, ont le corps très-allongé, semblable à celui d’un serpent, et pourvu d’une nageoire qui règne sur une grande partie du dos, d’une autre nageoire à l’extrémité du corps, et d’une troisième nageoire fourchue, au bout de la queue. Leur museau est allongé ; la mâchoire inférieure est plus longue que la supérieure.
L ’Équille-appât que nous représentons (fîg. 26), a l’habitude de s’enfoncer dans le sable de la mer; aussi l’appelle-t-on Anguille
Fig. 27. Équille-appàt.
de sable , en Suède, en Danemark, en Angleterre, en Allemagne, en France.
C’est avec son museau que l’Équille creuse le sable fin des rivages, et y pénètre jusqu’à la profondeur d’environ deux décimètres. Elle y cherche les dragonneaux et les autres vers dont elle aime à se nourrir, et se dérobe dans cette retraite à la dent de plusieurs poissons voraces, qui la poursuivent et en sont friands. Aussi l’Équille sert-elle d’appât dans beaucoup de pêches.
Ce poisson est d’un bleu argentin, plus clair sur la partie inférieure du corps que sur la supérieure. Des raies blanches et bleuâtres sont alternativement placées sur l’abdomen.
Les Gymnotes ont le corps très-allongé, presque cylindrique et serpentiforme ; la queue est très-longue relativement aux autres parties du corps. Au-dessous de la queue est une longue et large nageoire. Ce poisson n’a pas d’autre nageoire, et c’est cette nu-
dité de son dos qui lui a fait donner le nom qu’il porte (yugvdç, nu, vwto;, dos).
Les Gymnotes sont des poissons d’eau douce, propres à l’Amérique du Sud. Ils peuvent atteindre une grande taille. On en connaît plus d’une espèce, mais la plus célèbre, en raison de ses singulières propriétés physiques, est le Gymnote électrique.
Ce poisson avait tout ce qu’il faut pour frapper 1 imagination
Fis. 28. Gymnote, ou Anguille électrique.
des voyageurs, et pour étonner les physiciens. N’est-il pas bien surprenant, en effet, de voir le Gymnote arrêter soudainement la poursuite de son ennemi ou la fuite de sa proie, suspendre a l’instant tous les mouvements de sa victime, et la dompter par une invisible puissance-, comme aussi de voir les pêcheurs euxmêmes, subitement frappés et engourdis, au moment de le saisir, sans que rien à l’extérieur trahisse l'arme mystérieuse,
dont ce poisson dispose!
Les propriétés électriques du Gymnote furent constatées pour la première fois, auprès de Cayenne par Van Berkel L astronome Richer, qui avait été envoyé a Cayenne, en 16 I par l’Académie des sciences de Paris, pour s'y livrer a des operations géodésiques, fit connaître en Europe les propriétés singulières
de ce poisson d’Amérique :
fus très- étonné, dit-il, de voir un poisson long de trois ou quatre 1 J f lunVh une anguille priver de tout mouvement pendant un
du brasdeceluiqui,e
quart d heu c son bâton. Je fus non seulement un té-
touchait avec s g duisait son attouchement, mais je l’ai senti
moi-même’en touc£ I jour ua de ces poissons encore vivants, quoique
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blessé par un crochet au moyen duquel des sauvages l’avaient tiré de 1 eau. Ils ne purent me dire comment on l’appelait; mais ils m’assurèrent qu’il frappait les autres poissons avec sa queue pour les engourdir et les dévorer ensuite; ce qui est très-probable lorsqu’on considère l’effet que son attouchement fait sur les hommes. »
L’observation si nette et si intéressante de Richer fit pourtant peu d impression sur les savants de Paris, qui pensaient trop au pioverbe . A beau mentir qui vient de loin. Les choses en restèrent là pendant près de soixante-dix ans. Au bout de ce temps, le naturaliste voyageur La Condamine parla, dans ses Voyages en Amérique, d’un poisson qui produisait les mêmes effets que celui qui avait été décrit par Richer.
En 1750, un physicien nommé Ingram, fournit de nouvelles notions sur ce poisson, qu’il croyait entouré d’une atmosphère d’électricité.
En 1755, un autre physicien, le Hollandais S’Gravesande écrivait :
f P +tParC,ep01SS0n eSt le môme <îue celui de la bouteille
de aV6C C£fe T6 dlfférence qu’on ne voit aucune étincelle sortir
de son corps, quelque fort que soit le coup qu’il donne ; car si le poisson
parfont le Torps^ ^ temSSéS et sentent la secou^
\ ers 1 773, plusieurs voyageurs naturalistes publièrent le résultat de leurs recherches. Nous croyons inutile de rapporter urs assertions, dont plusieurs ont été contredites par des observateurs venus après eux.
Le docteur Williamson fit quelques expériences sur les Gym-
, mis en présence d’autres poissons. Ayant jeté de petits
™ lm bf " «* ™ Gymnote, i/vit ces po‘s-
sons bientôt engourdis et tués. 1
de“ ntio,f nteAleXaîdre de H"mb0ldt que ron doit la première tat e? .06 r rf'i ? fT” POiSSOn- Ce "«ste célèbre y Ann 7/ / InSÜ Ut de France, un important mémoire sur
ngmllc électrique, d’après les observations qu’il avait faites
les' BOnpland' Nous “trairons de ce mémoire
ÆST qm "0US paraîtr0nt devo*r offrir quelque
de Ia Provinee de Ca- . P nous embarquer à San Fernando de Apure et pour commencer
notre voyage sur l’Orénoque , nous nous arrêtâmes pendant quinze jours, dit Alexandre de Humboldt, à Galabozo. Le but de ce séjour fut de nous occuper des Gymnotes, dont une innombrable quantité se trouve dans les environs. On m’a' assuré que près d’Uritucu une route jadis fréquentée a été abandonnée à cause des poissons électriques. Il fallait passer à gué un ruisseau dans lequel annuellement beaucoup de mulets se noyaient étourdis par les commotions que les Gymnotes leur faisaient éprouver.
« .... Après trois jours de vaines attentes dans la ville de Calabozo , nous résolûmes de nous transporter nous-mêmes sur les lieux et de faire des expériences en plein air, au bord de ces mares dans lesquelles les Gymnotes abondent. Nous nous rendîmes d’abord au petit village appelé Rustro de Abasco. De là les Indiens nous conduisirent au Cano de Bera, bassin d’eau bourbeuse et morte, mais entouré d’une belle végétation de clusia rosea , de Vhymenæa courbaril , des grands figuiers des Indes et de quelques mimosas à fleurs odoriférantes. Nous fûmes bien surpris lorsqu’on nous dit qu’on irait prendre une trentaine de chevaux à demi sauvages dans les savanes voisines pour s’en servir à la pêche des anguilles électriques. L’idée de cette pêche, que l’on appelle embarbascar con caballos (enivrer par le moyen des chevaux), est en effet bien bizarre. Le mot de barbasco désigne les racines du lacquinia, du piscidia ou de toute autre plante vénéneuse, par le contact desquelles une grande masse d’eau reçoit dans un instant la propriété de tuer ou du moins d’enivrer et d’engourdir les poissons. Ces derniers viennent à la surface de l’eau quand ils ont été empoisonnés par ce moyen. Comme les chevaux chassés çà et là dans une mare causent le même effet sur les poissons alarmés, on embrasse, en confondant la cause et l’effet, les deux sortes de pêches sous la même dénomination.
a Pendant que notre hôte nous expliquait cette manière étrange de prendre le poisson dans ce pays, la troupe de chevaux et de mulets arriva. Les Indiens en avaient fait une sorte de battue, et en les serrant de tous les côtés, on les força d’entrer dans la mare. Je ne peindrai qu’imparfaitement le spectacle intéressant que nous offrit la lutte des anguilles contre les chevaux. Les Indiens, munis de joncs très-longs et de harpons, se placent autour du bassin; quelques-uns d'entre eux montent sur les arbres, dont les branches s’élancent au-dessus de la surface de 1 eau . tous empêchent par leurs cris et la longueur de leurs joncs que les chevaux n’atteignent le rivage. Les Anguilles, étourdies du bruit des chevaux, se défendent par les décharges réitérées de leurs batteries électriques. Pendan 1 longtemps elles ont l’air de remporter la victoire sur les chevaux et les mulets; partout on en vit de ces derniers qui, étourdis par la fréquence et la force des coups électriques, disparurent sous l’eau ; quelques chevaux se relevèrent, et, malgré la vigilance active des Indiens, gagnèrent le rivage ; excédés de fatigue et les membres engourdis par là force des commotions électriques, ils s’y étendirent par terre tout de leur long. J’aurais désiré qu’un peintre habile eût pu saisir le moment où la scène était le plus animée. Ces groupes d’indiens entourant le bassin • ces chevaux qui, la crinière hérissée, l’effroi et la douleur dans l’œil, vpulent fuir l’orage qui les surprend; ces anguilles jaunâtres et livides qui, semblables à de grands serpents aquatiques, nagent à la surface de
. Pèche des Gymnotes électriques pur les Indiens des Lords de l'Orénoque.
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l’eau, et poursuivent leur enuemi : tous ces objets offraient sans doute l’ensemble le plus pittoresque.
« En moins de cinq minutes deux chevaux étaient déjà noyés. L’anguille, ayant plus de cinq pieds de long, se glisse sous le ventre du cheval ou du mulet elle fait dès lors une décharge dans toute l’étendue de son organe électrique : elle attaque à la fois le cœur, les viscères et surtout le plexus des nerfs gastriques. Il ne faut donc pas s’étonner que l’effet que le poisson produit sur un grand quadrupède surpasse celui qu’il produit sur 1 homme, qu’il ne touche que par une extrémité. Je doute cependant que le Gymnote tue immédiatement les chevaux; je crois plutôt que ceux-ci, étourdis par les commotions éleclriques qu’ils reçoivent coup sur coup tombent dans une léthargie profonde. Privés de toute sensibilité ) s disparaissent sous l’eau; les autres chevaux et les mulets leur passent sur le corps, et peu de minutes suffisent pour les faire périr.
mnleï nLtUtiaiSTP m ^ ^ P<3U à peu Ia Plus Srande Partie des
minfp 65 > riS TS assurèrent <Iue la Pêche serait bientôt ter-
douw lîn mm6 n •! qu?,îf premier assaut des Gymnotes qu’il faut reout ,r. En effet, soit que 1 électricité galvanique s’accumule par le repos
SI * X rtrique “T de faira ses *»•««. lorsqu'il es, ressemblent b ries b°it° ,usayy ’ es anguilles, après un certain temps, neore é 'imen, vif S d"Mr?ées- Le"r ™"vement musculaire es! ’ bl faefgt^es " ’ ma'S eUeS n °nt »:“s '» for“ * lancer des coups
« Quand le combat eut duré un quart d’heure, les mulets et les chevaux parurent mot ns effrayés: ils ne hérissaient plus la crin è e leur œiUa
va-e piipe * les atta(Iuer> s approchèrent elles-mômos du rio •••• g les sont prises a.vec une grande fanîlîfÆ nn 1 • , ,
harpons attachés à des corde, - i» f té' 0n Ieui’jetade petits
à la fois. Par ce moven on le, t; • h rP° j e° accrochait quelquefois deux
sèche et assez longue, communiquât l^choc à eT — T6 k C°rde’ très" on avu que les anguilles rTZrTent i l qui .Ia tenait”” Q“a»d
Sibilité, on doit craindre sans doute de leT touche^ PnVant de t0Ute sen‘ qu’on les a sorties de l’eau Pette n • / toucher au premier moment les gens du pays ,u .aucun d W , ? eiïect"™™‘ si forte cher
Gymnotes des cordes du harpon ou à iLf “ rés,0U(Jre à dégager les remplis d’eau fraîche crue ■ transporter aux petits trous
Bera. Il fallut ^ ^ du Cano de
commotions, qui certainement n’éf . f V01r nous'mêmes les premières
«Tique* surpiss'aient érrce les rs Us P1"5
que je me souvienne jamais d’avoir reçu r 6<t U(ÏUes es pIus douloureux teille de Leyde complètement chî^î!Sï f°rtuUement d’une grande boudoute, il n’y a pas d'exagération i^'e\ °US conÇdnies dès lors que, sans surent que des personnes tmfnTboT8 ° réC“ d6s Iniiel,s lorsqu’ils as-
Jes attaque par la jambe ou par le brts^Une dTîf ^ ^ 068 an^uilles bien capable de priver l’homme nnnr ni U déchar^e aussi violente est ges membres. Si le Gymnote sc JL*--? usieurs minutes de tout l’usage de
a rnort Pourrait même suivre iatanlMémen?' l' “ V6ntreet de la Poitrine,
msianlanément la commotion. Il existe peu
ïï.i"isSe°et X.”3C- >U * - -
titude boréale. »
Le Gymnote surpasse en grandeur et en force, tous les autres poissons électriques. Humboldt en a observé decmq pieds trois pouces de long. Ce poisson varie de couleur selon l age , la n riture et selon la nature de l’eau bourbeuse dans laquelle U 7 Le dessous de sa tète est d’un beau jaune mêlé de rouge , la bouche est large et garnie de petites dents disposées plu
SiZ S£2- font sentir les commotions »
quelque partie du corps qu’on les touche-, ma on ' «te
plus facilement en 1 ^ ^'iTdonTle. wnuDOtions les plus
ment musculaire dans les nageoires, dans la tete ou dans tou Imtre partie de son corps. La commotion
volonté de l’animal, qui n’est pas, comme on 1 a s0"'” ; une bouteille de Leyde qu’on décharge, en si n t comn 1 ^
lourmentépe ndaT longtemps ne donne jusque des comn^^e^êmement
terrible^Le phénomène’ dépend tellement de la volonté de teriinie. 1 c; nn l’irrite avec deux ba-
S°rÏ t hors de dente la ^ «
suivante, qui avait ucja cil w. sup-
’. C\r Æ^T^nd on touche
l'animal , en tenant à la main une tige métallique. Mais on ne
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reçoit aucune commotion si l’on touche le poisson avec un tube de verre, un bâton de cire d’Espagne, un canon de soufre ou une tige de bois sec. De Humboldt et Bonpland ont répété plusieurs fois cette expérience décisive.
Ces mêmes observateurs ont essayé en vain de sentir l’effet du Gymnote à travers l’eau, sans toucher immédiatement le poisson, par l’intermédiaire d’un corps solide. Une couche d’eau d’un millimètre d’épaisseur, suffisait pour intercepter la commotion la plus vive. Ce résultat établit encore la nature électrique du phénomène.
De Humboldt et Bonpland ont donné la description de l’organe dans lequel réside la vertu électrique du Gymnote. Cet organe règne tout le long du dessous de la queue, dont il occupe près de la moitié de l’épaisseur. Il est divisé en quatre faisceaux longitudinaux : deux grands en dessus, deux plus petits en dessous et contre la base de la nageoire anale. Chaque faisceau est composé d’un grand nombre de lames membraneuses parallèles, très-rapprochées entre elles, et à peu près horizontales. Ces lames aboutissent d’une part à la peau, de l’autre au plan vertical moyen du poisson. Elles sont .unies l’une à l’autre par une infinité de lames plus petites, verticales ou dirigées transversalement. Les petits canaux prismatiques et transversaux interceptés par ces deux ordres de lames sont remplis d’une matière gélatineuse. Tout cet appareil organique reçoit beaucoup de nerfs. En résumé l’organe électrique du Gymnote présente des dispositions analogues à celles que nous avons décrites dans celui de la Torpille.
Les Murènes sont des poissons qui ressemblent aux serpents par leur forme cylindrique et leurs proportions déliées. Trèssouples, très-fortes, flexibles et agiles, les Murènes nagent comme la couleuvre rampe ; elles ondulent dans l’eau, comme le serpent sur la terre.
Les Murènes n’ont point de nageoire pectorale; la dorsale et l’anale sont réunies à la nageoire de la queue. Une ouverture branchiale se trouve de chaque côté du corps.
On a décrit un assez grand, nombre d’espèces de Murènes qui vivent dans toutes les mers.
La Murène Hélène de la Méditerranée n’a qu’une seule rangée
de dents aiguës, sur chaque mâchoire. Elle peut atteindre lm,35 à lm,75 de long. Elle aime à se loger dans le creux des rochers, et elle s’approche des rivages au printemps. Elle se nourrit de crabes et de petits poissons, et recherche surtout avec avidité les polypes. La voracité de ces poissons est telle, que lorsqu’ils manquent de nourriture, ils se mettent à se ronger la queue les uns des autres.
Fig. 30. Murène Hélene.
On pêche les Murènes avec des filets et avec des lignes de fond; mais leur instinct les fait souvent échapper à tous les pièges. Lorsqu’elles ont mordu à l’hameçon, souvent elles l’avalent et coupent la ligne avec leurs dents, ou bien elles se renversent et se roulent sur cette ligne pour 1 entraîner et la rompre. Quand on les a saisies dans un filet, elles choisissent bien vite les mailles par lesquelles leur corps glissant pourra, en quelque sorte, s’écouler.
Quand on a lu les écrivains latins, on connaît 1 amour extraordinaire que les Romains avaient voué à ce poisson, et ce n était pas une affection purement gastronomique. Aux temps dégénérés de l’Empire , on vit faire de véritables folies à l'occasion des Murènes. On consacrait des sommes énormes à l’entretien des viviers qui les renfermaient, et elles s’étaient tellement multipliées, que César, à l’occasion d’un de ses triomphes, en distribua six mille à ses amis.
Licinius Grassus était célèbre, à Rome, par la richesse de ses viviers de Murènes. Elles obéissaient, dit-on, à sa ^ix, et quand il les appelait, elles s’élançaient vers lui, pour recevoir
Flg- 31 • EscIave romain jeté aux Murènes.
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leur nourriture de sa main. Ce meme Licinius Crassus et Quintus Hortensius , autre riche patricien de Rome, pleuraient la perte de leurs Murènes lorsqu’elles mouraient dans leurs viviers.
Tout ceci n’était qu’une affaire de goût, de mode ou de passion ; mais voici ce qui est affaire de cruauté et de corruption .
On s’imaginait chez les Romains que les Murènes nourries de chair humaine étaient plus délicates et plus savoureuses. Un riche affranchi, nommé Pollion, qu’il ne faut pas confondre avec un orateur célèbre du meme nom, avait la cruauté de faire jetei dans la piscine de ses Murènes les esclaves qu’il jugeait avoir mérité la mort, et quelquefois même, ceux qui n’avaient en rien excité son courroux.
Un jour qu’il recevait à dîner l’empereur Auguste, un pauvre esclave qui le servait, eut le malheur de briser un vase précieux. Aussitôt Pollion ordonna qu’on le jetât aux Murènes. Mais l’empereur indigné donna la liberté à l’esclave; et pour manifester à Pollion l’indignation qu’il ressentait de sa conduite, il fit briser tous les vases précieux que le riche affranchi avait réunis dans sa maison.
Aujourd’hui ces poissons sont bien déchus au point de vue gastronomique. Cependant on les recherche encore sur les côtes d’Italie. Seulement les pêcheurs ont grand soin d’éviter la morsure de leurs dents acérées.
lïOphisure serpent se range à côté des Murènes. Il habite les eaux salées de la campagne de Rome et plusieurs parties de la Méditerranée. lïOphisure serpent arrive quelquefois à la longueur de deux mètres. On le nomme souvent serpent de mer. Ses mouvements sont agiles, ses inflexions multipliées, sa natation est rapide. Il est de la grosseur du bras, brun en dessus, argenté en dessous, à museau grêle et pointu.
Les Anguilles ont pour caractères principaux de présenter des nageoires pectorales sous lesquelles les ouies s’ouvrent de chaque côté , et d’avoir les nageoires dorsale et anale s’étendant jusqu’à la caudale et se confondant avec cette dernière qui se termine en une extrémité pointue.
On partage les Anguilles en deux groupes, les Anguilles proprement dites et les Congres.
Qui n’a pas vu, qui ne connaît pas, qui n’a pas mangé l’Anguille? Essayons pourtant d’esquisser son portrait.
Le corps de l’Anguille est très-allongé, presque cylindrique, comprimé vers la queue. Sa tête est menue, le museau pointu dans la plupart des espèces, la mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure. Sa peau est enduite d’une mucosité gluante,
Fig. 32. Anguille à large bec.
qui la fait paraître comme vernie, et qui permet à l’animal de
glisser facilement entre les doigts.
Cette peau, qui paraît nue, est en réalité garnie d’écailles; mais ces écailles sont très-petites et attachées de telle sorte que le toucher le plus délicat ne les fait pas reconnaître sur l'animal vivant. Un œil perçant ne les découvre que lorsque l’Anguille est morte et la peau assez desséchée.
Les couleurs de ce poisson sont toujours agréables, mais elles varient beaucoup. Lorsque l’Anguille vit dans une eau limoneuse, le dessus du corps est d’un beau noir, et le dessous d’un gris jaunâtre. Mais si l’eau est limpide et coule sur un
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fond de sable, les teintes qu’offre l’anguille sont plus vives et plus riantes. La partie supérieure du corps est alors d’un vert nuancé, quelquefois même rayé d’une teinte brune; d’autres fois une teinte argentée brille à la partie inférieure de l’animal. Les nageoires dorsales sont si basses qu’elles s’élèvent à peine au-dessus du corps. Elles sont d’ailleurs réunies à celles de la queue, si bien que l’on a peine à déterminer la fin de l’une et le commencement de l’autre.
Malgié la petitesse de sa bouche, l’Anguille est vorace. Elle
mange des vers, des mollusques, le frai et les alevins des autres poissons.
On la trouve à peu près dans toutes nos eaux douces, courantes ou stagnantes. S’accommodant facilement à toutes les circonstances, elle aime le mouvement et le bruit du moulin, comme elle se plaît dans l’eau d’un fossé. Le jour, elle se tient blottie dans les touffes de plantes aquatiques, ou même se retire dans des trous, le long des berges, à moins que les eaux, devenant troubles, ne la déterminent à quitter sa retraite par
l’appât de l’abondante curée que charrient ces eaux limoneuses.
On pèche les Anguilles à la ligne, en se servant pour appâts de gros vers rouges et de petits poissons. Mais on peut dire que l’Anguille n’est prise que quand elle est bien et dûment renfermée dans un panier ficelé. Nul poisson de nos rivières ne
s échappé plus aisément, aucun n’occasionne aux pécheurs des déceptions plus cruelles.
Combien de lois n'a-t-on pas vu un pêcheur, assis à l'ombre tranquille d un hetre, à dix pas d'un moulin gai et sonore qui charmait son ame par le bruit uniforme de son tic-tac joyeux et remplissait son panier en attirant les Anguilles ; combien de fois n a-t-on pas vu le même pêcheur, d'abord tranquille et fier tout d un coup frissonner et pâlir ! Hélas ! ces Anguilles si bien renfermées, en apparence, sous le couvercle du panier ont soulevé cette barrière insuffisante et trompeuse. Dm bond de
U'S convulsions ou de leur colère, elles se sont élancée! lûtes a la fois, vers l'onde qui les rappelait, à quelques nas de T *"*"• et "O* rampantes et frétillantes omrnfo
rviferiLri pied sur ie so1 *» «n» “iî
regagner avec délices leur élément naturel , tan-
dis que le malheureux pêcheur stupéfait regardait avec désespoir son déjeuner sautant dans la nviere.
' L’Anguille se trouve partout en Europe, excepte peuhet dans le Danube et dans les cours d'eau qui se deversenl dans la nier Noir à ou dans la mer d’Azoff. Dans les eaux courantes elle nage avec facilité contre les courants, mais en descendant elle se laisse entraîner au fil de l'eau sans faire d efforts. On la rencontre souvent dans des étangs desséchés depuis plusieurs
^Malgré leur souplesse, leur vivacité et la vitesse de leur fuite, les Anguilles échappent difficilement aux ennemis qui les guettent. Les loutres, plusieurs oiseaux de rivage , “mnm • crues, les hérons et les cigognes, les pèchent avec adiesse.
Le brochet et l’esturgeon en font aussi leur proie.
Un trait fort remarquable dans l’histoire de ce poissoi , riufa ététrop de fois constaté pour qu’on puisse le mettre en
.,-r ii retourne à sa demeure liquide, son appétit , el s jnoUlier que les naturalistes
Il paraîtra assurément toit smgunei que
uîe“i'un autre poisson, qui ne serait pas connu a
son âge adulte. opinion, mais d’autres,
Beaucoup de — pa’rexemple, com-
s,sxP^
veloppement de l’Anguille- se,rend à la mer. pour
DTTouts t ^ eunes Anguines, ou monde, sont réunies de
dire o„ payant ces^ ^ ^ ^ de la Loire-In-
férieure/vont recueillit, pour les jeter dans les étangs, qu . s veulent peupler d’Anguilles.
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Après leur éclosion, les jeunes restent, pendant quelques jours, réunis dans ces pelotes. Quand ils ont atteint la longueur de quatre à cinq centimètres, les petits se débarrassent des liens qui les entourent, et semblent adhérer à la plage, qu’ils paraissent sucer, ce qui a fait dire qu’ils naissent du limon. Quand ces jeunes poissons ont acquis quelques forces, ils remontent, en bande serrée, l’embouchure du fleuve principal ou de ses affluents, et se répandent dans toutes les eaux avoisi-
nantes. La quantité de jeunes Anguilles est si grande, dans certaines rivières, qu’on ne saurait s’en faire une idée. Sur les bords de la Loire, on en prend une charge de cheval. Quand les petites Anguilles ont dix à douze centimètres, elles sont grosses comme un tuyau de plume et d’un jaune de soufre. A ce moment de leur croissance, il est impossible de rien dire de précis sur leur manière de vivre et leur mode de dispersion dans différentes eaux. Ce point de leur histoire est encore très-obscur. f Ge n’est fIue dans les Ports de mer, ou dans leur voisinage, que l’on voit aviver sur les marchés des Anguilles de vingt à trente centimètres de longueur et ayant déjà les couleurs des adultes. On commence à les trouver dans nos eaux douces lorsqu’elles ont atteint la taille d’un demi-mètre environ, mais on ne voit jamais dans nos eaux douces d’Anguilles avec des laitances ou des ovaires pleins. Elles grandissent encore beaucoup et quoique leur taille soit habituellement d’un mètre, elles peuvent atteindre un mètre soixante-dix centimètres et plus. On en a meme vu du poids de quatorze kilogrammes.
Les Anguilles peuvent pénétrer dans les lacs intérieurs
7 • |l'a"d 18 so,lt Sltl,és à de grandes hauteurs au-dessui du niveau de la mer. Elles s’y rendent en voyageant par terre ainsi qu’on l’a bien des fois constaté. '
Les Anguilles sont si fécondes, qu’elles sont d’un très-grand 'apport dans certains pays. Le marché de Londres, par exemple
qui r,::rrA,,sres par deux c°mpa«nies hollandaises
In tàd^ mrne Cmq vaisseal,x “pables de contenir
salées dAP" kilogrammes d’Anguilles vivantes. Les lagunes ’ Commachio, qui reçoivent les crues du Pô et d’autres
Les Congres diffèrent des Anguilles par leur nageoiie dorsale, qui commence très-près des nageoires pectorales, et par leui mâchoire supérieure, plus longue que 1 inférieure.
Les Congres sont des poissons de grande taille, qui se trouvent dans les mers des pays chauds comme dans celles de l’Europe septentrionale. Le type de cette famille, c est le Congi e commun ou Anguille de mer (fig. 33), qui habite notre océan et
qui peut atteindre la grosseur de la jambe et une longues de deux mètres. Le Congre commun se trouve fréquemment sui nos marchés, mais sa chair est loin d’être délicate.
ORDRE DES MALACOPTÉRYGIENS SUEBRANC11IENS.
Les poissons de cet ordre sont caractérisés par leurs nageoires ventrales attachées sous les pectorales et immédiatement suspendues aux os de l’épaule. Exclusivement marins, ils hab»ten . toutes les régions du globe. Cet ordre comprend trois familles . les Discoboles, les Pleuronectes ou poissons plats , et les Gadouks.
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Discoboles. — Cette famille se compose d’un petit nombre d’espèces, caractérisées par leurs nageoires ventrales en forme de
Fig. 31!. Porte-Écuelle.
disque. Ici se rangent les Porte-Écuelle (fig. 34), les Cycloptères
Fig. 35. Cyclopt'ere ou Lump commun.
(fig. 35), chez lesquels le disque forme par les nageoires ventndes est pour 1 animal une sorte de ventouse ou de suçoir
pour se fixer aux rochers, et les Echènes, poissons réunir quables entre tous, par le disque-suçoir dont ils sont pourvus.
UEch'ene rémora ou Sucet habite la nier Méditenanée. Il est pourvu d’une sorte de disque aplati qui recouvre sa tête, et qui est formé d’un grand nombre de lames cartilagineuses transversales et mobiles. A l’aide de cet organe, il adhère trèsfortement aux rochers, et même aux navires. Il s attache aux grands poissons',, surtout aux squales qu’il rencontre sur sa route. Cette adhérence est si forte, que la force d’un homme ne peut parvenir à la vaincre. Le rémora se fixe quelquefois au ventre du requin, et fait de longs voyages, sous cette monstrueuse locomotive animale. Il se transporte ainsi au loin , sans fatigue et sans danger, car ses ennemis sont tenus à distance par le monstre redouté qui le voiture contre son
gré.
L’Échène était célèbre dans l’antiquité; on lui prêtait des facultés merveilleuses et diverses. On croyait qu’il pouvait arrêter à lui seul la marche d’un vaisseau, . et l’on prétendait sérieusement qu’à la bataille d’Actium le vaisseau d’Antoine fut retenu par cet obstacle invisible, ce qui donna la victoire aux vaisseaux d’Auguste. On croyait encore que ce poisson peut entraver le cours de la justice, arrêter la balance de Thémis, comme il arrêta la marche des vaisseaux. Pline s’est fait le complaisant rapporteur de beaucoup d’autres fables ridicules concernant le rémora.
Oppien, dans ses Halieutiques, décrit l’épouvante des matelots oui voient leur navire arrêté par cet étrange ennemi, es d’ailleurs cette circonstance qui a fait donner à ce poisson les noms d 'èchènèis ou rémora , qui, l’un en grec, l’autre en la in, signifient arrête-vaisseau.
Le rémora n’arrête point les vaisseaux, nous n avons pas besoin de le dire; seulement il s’attache à leur quille, tant pour se reposer, que pour se faire transporter, sans dépense de forces, à des distances plus ou moins grandes, lise Uac de a même manière à toutes sortes de corps, immobiles ou flot- P,„ts à des rochers, à des troncs d’arbres emportes par les courants, et même à des êtres vivants, comme des requins et
<leEn°i86T,Sun naturaliste français, M. Baudelot, a publié des
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observations anatomiques très-intéressantes sur le disque du rémora. Comme nous l’avons dit, ce poisson ne s’attache point
Fig. 36. Écliène.
par la bouche, comme les lamproies, qui sont armées d’une sorte de suçoir, mais par un organe spécial, le disque céphalique. Cet organe, placé, comme son nom l’indique, sur la tête de 1 animal, est formé de lames cartilagineuses, dentelées à leur bord postérieur, et qui sont mobiles. M. Baudelot a trouvé dans ce disque les pièces Osseuses et les petits muscles qui existent dans les nageoires des poissons. Le jeu de ces petits muscles suffit à expliquer l’effet de succion qui produit sa mystérieuse adhérence contre les corps.
Pleuronectes ou poissons plats. — Ces poissons ont le corps plat et déprimé, mais dans un sens différent de celui des raies et autres êtres analogues. Chez les raies, le corps est aplati de haut en has, tandis que chez les poissons qui forment le groupe des : Pleuronectes , le corps est déprimé latéralement. La tête des poissons de cet ordre n’est pas symétrique. Les deux yeux
sont placés d’un même côté, les deux côtés de la bouche sont inégaux.
Ces particularités de structure, sur lesquelles nous reviendrons. à l’occasion des types que nous examinerons de plus piès, coi respondent à des habitudes et à des allures propres à ces êties singuliers. Dans l’inaction comme dans le mouvement, es Pleuronectes sont toujours renversés sur le côté; et le côté
tourné vers le fond de la mer est celui qui est privé d yeux. G est précisément cette habitude de nager sur le côté qui leur a valu leur nom scientifique (de ^Xeupa, côté, et vexto;, nageur).
L’organe principal cle leur natation, c’est la nageoire caudale. Mais ils se distinguent des autres poissons par la manière dont ils se servent de cette rame. Quand ils sont renversés sui un côté, cette rame n’est point horizontale, mais verticale : elle frappe l’eau de haut en bas et de bas en haut. Ils peuvent avancer ainsi, mais moins vite que les autres poissons. Ils montent ou descendent dans l’eau avec plus de promptitude, seulement ils ne tournent pas à droite ou à gauche avec la même facilité que les autres poissons. Cette faculté de s’abaisser et de s’élever rapidement dans lés eaux leur est d’autant plus utile qu’ils passent une grande partie de leur existence dans les plus grandes profondeurs, sur des fonds bas. lisse traînent sur la vase du fond de la mer, et s’y cachent souvent
pour échapper à leurs ennemis.
Nous signalerons dans la famille des Pleuronectes les Soles,
les Turbots , les Flétans et les Plies.
Les Soles ont le corps oblong, le côté de la tête opposé aux yeux, généralement garni d’une sorte de villosité, le museau rond, presque toujours plus avancé que la bouche. Cette bouche est contournée du côté opposé aux yeux, et garnie de dents seulement de ce côté. La nageoire dorsale commence sur la bouche et règne jusqu’aux nageoires caudale et terminale.
La Sole commune (fig. 37) habite principalement la Méditerranée, mais onia trouve aussi dans l’océan Atlantique et la mer «Baltique. Elle est brune du côté des yeux, blanchâtre de 1 autre côté Ses nageoires pectorales sont tachées de noir; ses écailles raboteuses et dentelées. Sa taille semble varier suivant les cotes qu’elle fréquente : on prend quelquefois auprès de 1 embouchure de la Seine des Soles qui ont un demi-metre de
longueur. . ,
On pêche la Sole de plusieurs manières. On emploie des
hameçons dormants, auxquels on attache, pour appat, des fragments de petits poissons. On peut aussi, selon Lacépède, quand le soleil est brillant et la mer tranquille, chercher auprès des côtes et des bancs de sable des fonds unis, sur lesquels le
POISSONS OSSEUX
pêcheur puisse apercevoir nettement le poisson. Alors on lance un plomb attaché à l’extrémité d’une corde et garni de crochets, à l’aide desquels on harponne et retire le poisson. Si la profondeur de l’eau n’est que de deux ou trois brasses, on peut le
harponner avec une perche dont l’extrémité est armée de pointes recourbées.
On prend encore la Sole dans des filets tendus au bord de la mer, et qui se découvrent à la marée basse.
Tout le monde connaît la délicatesse et la finesse de la chair de ce poisson. Selon Lacépède, la Sole a le privilège de se consener plusieurs jours, non-seulement sans se corrompre, mais en acquérant un goût plus fin. C’est pour cela que, toutes c oses égales d’ailleurs, les Soles de l’Océan seraient meilleures n arisquau Havre, et celles de la Méditerranée à Lyon qu’à
Par sa forme générale, le Turbot (Rhombus maxwius) ressemble
à un losange. Cette figure lui a valu le nom latin de Rhombus (rhombe, ou losange) qui lui a été donné. Sa mâchoire inférieure, plus avancée que la supérieure, est garnie, comme cette der-
Fig. 38. Turbot.
nière de plusieurs rangées de petites dents. Ses nageoires sont jaunâtres, avec des taches et des points bruns. Le cote gauc le est marbré de brun et de jaune; le côté droit, qui estl mfenem,
est blanc, avec des taches biunes.
On pêche le Turbot sur les côtes de l’Océan. C’est aux embou-
chures de la Seine et de la Somme que l'on prend presque tous oeux que l'on consomme à Paris. Ce poisson, de grande baille,
a une chair ferme el un goût exquis. .
Les Turbots sont très-voraces. Ils se nourrissent de jeunes poissons, et se tiennent en embuscade pour guetter leur proie.
Le Flétan, qui Habite les mers septentrionales de l'Europe est un énorme poisson, car il peut, dit-on, atteindre deux met e „u deux mètres trente-cinq centimètres de Hauteur, et un poid
POISSONS OSSEUX
de cent cinquante à deux cents kilogrammes. Il est d’un brun noirâtre, couvert supérieurement d’écailles solidement attachées et lubrifiées d’une humeur visqueuse.
On pêche de grandes quantités de ce poisson sur les côtes du Groenland, de la Norvège, et dans presque toutes les régions du Nord. D’après Lacépède, on se sert communément, pour le prendre, d’un grand instrument que les pêcheurs nomment gaugwaad. Il est composé d’une corde de chanvre de cinq à six
Fig. 39. Flétan.
cents métrés de longueur, à laquelle on attache trente cordes, moins grosses, garnies chacune à son extrémité, d’un crochet et d’un appât, armé d’un hameçon. Des planches qui flottent à a surface de la mer, mais qui tiennent à la grosse corde par |'es l,ens très-longs, indiquent la place de cet énorme engin rsqu on l’a jeté dans la mer.
ch^LGr0iinl“dÙ remPlacent ordinairement les cordes de ‘ par des lameres ou portions de fanons de haleine, et
par des bandes étroites de peau de squale. Au bout de vingtquatre heures on retire les cordes, et il n’est pas rare de trouver pris aux crochets quatre ou cinq gros Flétans (fig. 41).
Quand on surprend ces poissons couchés pendant les heures de chaleur, sur des bancs de sable ou sur des fonds rapproches de la surface, on les tue à coups de trident. Ajoutons que pour attaquer ainsi corps à corps ces énormes poissons, il tau attendre qu’ils soient affaiblis, car ils renverseraient, en se dé-
battant, la barque du pêcheur.
Les Groënlandais dépècent l’animal, salent les morceaux puis les exposent à l’air, sur des bâtons, pour les secier e
les envoyer au loin.
Malgré sa grande taille, le Flétan a pour ennemis acharnes les dauphins et les oiseaux de proie qui vivent sur les rivages. G’est, du reste, un poisson très-vorace, qui dévoré les crabes, les gades et même les raies. Il n’épargne même pas les individus de sa propre espèce : les Flétans s’attaquent les uns les autres, et se mangent les nageoires ou la queue.
Les Plies ont le corps en losange,
les yeux généralement
placés à droite, une rangée de dents tranchantes mâchoire, la nageoire dorsale ne s’avançant que
à chaque jusqu’au-
Fig. 41. Pèche du Flétan sur les côtes maritimes du Groenland.
POISSONS OSSEUX
dessus de l’œil supérieur et laissant , ainsi que la nageoire terminale , un intervalle nu entre elle et la nageoire caudale.
Les Plies habitent presque toutes les mers. Parmi les espèces de nos côtes, nous citerons le Carrelet, ou Plie franche, l’espèce la plus estimée du genre, et que l’on trouve communément sur
Fig. 42. Limande.,
les marchés de Paris. La Limande, qui doit son nom aux écailles dui es et dentelées de son corps, est une autre espèce qui figure avec honneur sur nos tables.
Candides. — Tous les poissons qui composent cette famille, se 1 econnaissent à leurs nageoires ventrales attachées sous la gorge et aiguisées en pointe. Leur corps est allongé et peu comprimé, leur tète bien proportionnée. Leurs nageoires sont molles et leurs écailles également molles et petites. Leur mâchoire est armée de plusieurs rangs de dents, coniques et inégales. Leurs ouïes sont grandes et garnies de sept rayons. es l)0iss°ns, qui vivent dans les mers froides ou tempérées des deux hémisphères, fournissent un aliment sain, léger et
agréable. Ils donnent lieu à d importantes péchés et a un commerce considérable.
Les Morues , les Merlcins , les Merluches et les Loles seront pour nous les représentants de cette famille.
La tète de la Morue (Gaclus morrhua) est comprimée. Les yeux, placés sur les côtés, sont très-rapprochés 1 un de 1 autre, trésors et voilés par une membrane transparente. Lacépède suppose que cette dernière conformation donne à 1 animal la faculté de nager à la surface des mers du nord de 1 Lui ope, au milieu des montagnes de glace, auprès des rivages couverts de neige,
Fig. 43. Morue.
resplendissante, sans que leurs yeux soient éblouis par cette vive lumière. Mais cette opinion est assez gratuite.
Les mâchoires de la Morue sont inégales et tout années de plusieurs rangées de dents fortes, et aiguës, dont plusieurs sont mobiles et peuvent être cachées ou relevées selon la volonté ce
l’animal. , . .
Le corps de ce poisson est allongé, légèrement comprime.
Il porte trois nageoires dorsales, deux nageoires anales, des J nageoires jugulaires étroites et terminées en pointe et une caudale fourchue. Sa couleur est d'un gris cendre tachete d iaunàtre sur le dos, hlanc et quelquefois rougeâtre en dessous.