‹ Les poissons, les reptiles et les oiseauxChapitre 4 sur 34 · i. ém · texte numérisé non relu

i. ém

Pourvue d’un vaste estomac, la Morue est très-vorace. Elle se nourrit de poissons, de crabes et de mollusques. Elle est si goulue qu’elle avale même des morceaux de bois et autres objets qui ne sauraient la nourrir. Mais elle peut se débarrasser aisément des corps qui l’incommodent.

C’est un poisson essentiellement marin. On ne le voit jamais dans les fleuves et les rivières, et pendant presque toute l’année il se tient dans les profondeurs des mers. Son séjour habituel, c’est la portion de l’Océan septentrional qui est comprise entre le 40e et le 66e degré de latitude.

Dans la vaste étendue de l’Océan que fréquente la Morue, on peut distinguer deux grands espaces qu’elle semble préférer. Le premier est limité d’un côté par le Groenland et de l’autre par l'Islande, la Norvège, les côtes du Danemark, de l’Allemagne, delà Hollande, de l’est et du nord de la Grande-Bretagne, ainsi que des îles Orcades; il comprend les endroits désignés par les noms de Dogger-banck , Vell-banck, et Cromer; et l’on peut y rapporter les petits lacs d’eau salée des îles de l’ouest de l’Ecosse où des troupes considérables de grandes Morues attirent, principalement vers Gareloch, les pêcheurs des Orcades, de Peterhead, de Portsoy, de Firtli et de Murray.

Le second espace, moins anciennement connu, et plus célèbre parmi les marins, renferme les plages voisines de la Nouvelle- Angleterre, du Cap-Breton, de la Nouvelle-Écosse, et surtout te île Terre-Neuve, auprès de laquelle est ce fameux banc de sable désigné par le nom de grand banc, qui après de deux cents lieues de longueur sur soixante-deux lieues de largeur et au-dessus duquel on trouve depuis vingt jusqu'à cent mètres i uiu. C est la que les Morues vivent en phalanges innombrables parce qu elles y rencontrent en abondance les harengs et lei au î es animaux qui servent à leur nourriture

d’après LaCépède’ la diStribnti0" géographique des

Les Français, les Américains, les Anglais, les Hollandais les itTenti aïeC Une égale * •» Pèche de la

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L de de Tefre-Neuve avait été découverte et visitée par les Norvégiens dès le dixième et le onzième siècle, cÏwTdS

avant la découverte de l’Amérique; mais ce ne fut qu’en 1497, après la découverte de Christophe Colomb, que le navigateur Jean Cabot, ayant visité ces parages, les baptisa du nom qu’on leur connaît, et signala l’existence des bandes de Morues qui les occupent. Tout aussitôt l’Angleterre et d’autres nations s’élancèrent pour moissonner ces champs féconds de matière vivante. En 1578, la France envoyait 150 navires au banc de Terre-Neuve, l’Espagne 125, le Portugal 50, l’Angleterre 40.

Pendant la première moitié du dix-huitième siècle, les Anglais, les Français et les Américains exploitèrent seuls la pèche de la

Morue.

De 1823 à 1831, la France a envoyé à Terre-Neuve 341 navires montés par 7C85 matelots. Ces navires ont exporté 25 718 466 kilogrammes de poisson, dont 8 974 238 de poisson salé, 16744283 de Morue verte et 1 2 17 008 d’huile. Tout cela a donné en moyenne un chiffre de plus de six millions chaque année.

Aujourd'hui plus de 2000 navires et environ 30 000 marins sont envoyés annuellement, par l’Angleterre, à la peche de a Morue. La Hollande n’est pas en arrière des autres nations : elle •i exporté en 1856, l 172 203 kilogrammes de poisson diverse ment préparé; en 1857, 1 297666 kilogrammes; en 1858,

1 702 431, et en 1859, 1 507 788.

Sur les côtes de la Norvège, depuis la frontière de la Russie jusqu’au cap Lindesness, la pêche de la Morue est la source d’un commerce et d’une industrie considérables. Elle occupe plus de 20000 pêcheurs, montés sur 5000 bateaux, e^ on eva lue à plus de 20 millions le nombre de poissons qu elle fournit

à la consommation de ces contrées. .

En 1860, la France a fourni pour la pêche e ce pois 210 bâtiments et 3275 hommes; en 1861, 222 balimen s 3602 hommes ; en 1862, 232 bâtiments et 3741 hommes.

Les Morues se prennent soit au filet, soit a la l.g. ». Le « employé à Terre-Neuve, et dont on ne se sert que le lon„ des cotes est rectangulaire, garni de plomb au bord mlei îeui , ■ liège au bord suceur. Une des extrémités est Axee a la -te l'autre se place en pleine mer, suivant une courbe formée par des bateaux. On entraîne le poisson en tirant sur les mm extrémités du filet, et d’un coup on en prend quelque charge de plusieurs bateaux (fig. 44 ) .

l'ig. 44. Pèche de la Morue devant l’ile de Terre-Neuve.

POISSONS OSSEUX

Quant aux lignes, elles sont de deux sortes : les lignes de main , que chaque pêcheur tient à gauche et à droite du bateau, et les lignes de fond, qui consistent en des cordes très-fortes, sur lesquelles on fixe un certain nombre de lignes partielles. A l’un des bouts de cette corde est attaché un grappin, qui l’entraîne au fond de l’eau ; une ancre est fixée à l’autre bout. Chaque ancre tient à un petit câble amarré à une bouée de liège. On dispose de cette façon jusqu’à 3000 hameçons.

L’appât destiné à garnir les lignes est frais ou salé. La chair fraîche est fournie par le hareng, l’encornet ou le capelan, petit poisson qui, au printemps, descend des mers du Nord, poursuivi par des bandes de Morues. Dans la terreur que leur causent les bandes innombrables de leurs ennemis , les capelans se répandent dans toutes les mers qui avoisinent Terre-Neuve, en masses tellement épaisses que le flot les rejette et les accumule parfois sur le sable des grèves.

La pêche principale du capelan destiné à servir d’appât aux lignes de fond se fait sur la côte de Terre-Neuve. Les habitants de ces parages apportent leur butin aux pêcheurs qui se rendent à Saint-Pierre, pour la pêche de la Morue.

^ Les goélettes, avecune bonne provision de ces appâts, quittent Saint-Pierre, prennent la direction du nord-est, et s’avancent sur le banc de Terre-Neuve. Lorsque le capitaine a choisi sa place de pêche, il mouille , c’est-à-dire fixe les navires au moyen de longs câbles de chanvre. La mer n’ayant en ce point que quarante à soixante brasses, on peut de cette façon mouiller à de pareilles profondeurs. C’est alors que l’équipage tend les lignes. A chaque instant on les relève, on en détache le poisson plis, on remet de l’appât et on recommence.

On s occupe immédiatement de faire subir au poisson une première préparation, qui permet de le conserver. On l’ouvre on le vide, on le fend en deux; puis on empile en tas les poissons ouverts et on les sale. J

Ce travail dure autant que la pêche. Le matelot demeure jour em11 . sur le pont, mouillé jusqu’aux os, couvert d’ huile et de

odeur intc”6 t0l'teS ^ ^ détrUuS’ qui réPandent >'„e

tioüf ’a PtêChe ai"Si faite n'est l)as suffii»nte. Des embarcations, montées par deux ou trois hommes, se rendent tous les

jours, plus au large, pour tendre d’autres lignes. L’équipage

rayonne ainsi fort loin autour du navire.

Une partie des Morues est expédiée en Europe, sans autre préparation que la salure qu’elles ont reçue sur le pont du navire Le reste, et c'est la plus grande partie, est préparé et séché sur les lieux. C’est aux îles Saint-Pierre et Miquelon que

se fait surtout cette sécherie. ,

0„ trouve dans le journal le Tour du Monde (annee 1863) une

description des diverses opérations de la sécherie des morues a Terre-Neuve, que l’auteur, M. le comte de Gobineau, a olisen à Vile Rouge, située non loin du banc de Terre-Neuve, et qui n’est qu’une sorte de roc placé en face de la Grande Tene.

« Les maisons de commerce françaises qui se h, en a ia côte occidentale de Terre-Neuve ^ t de

bineau, aux ports de Granville et de Saint f' ‘e“C ^ es La minorité deux éléments très-distincts les équipages de leurs m .

des hommes se recrute pjmi es m P q nombre plu, grand de

c’est l’aristocratie du bord, i aïs o y Arrivés sur la côte, on les

travailleurs, qui portent le nom e gia nayj nt p;USj et leurs

débarque; pendant toute a camp ^ g . nècheurs leur apportent,

une plûSue ™

construite en planches et en ron 1 > navires la recouvrent,

circuler librement. Quelques gian es de peau notamment,

« Une partie du plancher celle qu espèces d’établis

est à claire-voie; et dans cette par i idée de p0deur infecte

où l’on décolle la morue. Rien ne Pe^ d°n ible à voir. Une atmophère du chauffant; c’est ^ ^armer e pl constamment; les débris de

s ou « ss

ribles immondices. . padavres tranchant et

. Ils soûl là le couteau à la mat», dépeçan les do ne pas

arrachant les intestins, déchirant es \ei q(s a,ent à courir...;

se piquer eux-mêmes, c est le plus réel da ® J iervitBlnsie moindre mais ceci mis à part et l'habitude contrac ,1 8 • milieu d’une

dommage pour sa santé ». * "fai* de longue main.

eu planches qui peut avoir deux à trois

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mètres de côté et la forme d’un cône renversé ; le fond est à claire-voie et domine une large cuve enfoncée dans la terre. On monte au cageot par un sentier tournant. C’est là qu’on verse les foies de morue pour les faire fermenter. L’huile découle par la claire-voie dans la cuve, où on la recueille ensuite afin de l’enfermer dans des barils....

« Tout établissement de pêche, à Plie Rouge comme ailleurs, a surtout besoin, outre les chauffants et les cageots, de ce qu’on appelle les graves , puisque c’est là qu’on sèche le poisson. Sans les graves, il n’y aurait point d’exploitation possible, et c’est pour ce motif que nous jouissons du droit d’occuper la côte pendant la saison de la pêche.

« Les graves n étaient à 1 origine que les grèves mêmes, dont le nom est prononcé ici à la normande. On construit maintenant en pierres et dans tous les lieux bien découverts particulièrement exposés à l’action du soleil et surtout du vent des graves artificielles. Le soleil, dit-on, ne sèche pas, il brûle, le vent, au contraire, remplit merveilleusement l’office, et afin d’éviter l’un et de favoriser l’autre, on a aussi inventé ce qui s’appelle des vigneaux. Ce sont de longues tables de branchages mobiles que l’on peut incliner dans tous les sens, suivant que l’on veut soumettre directement la morue à 1 influence du vent ou la soustraire à celle des rayons solaires, ce qui, du reste, est rarement redoutable.

« Voilà la moisson de Terre-Neuve ! »

) ï^us 8rande partie des Morues séchées à Terre-Neuve s’expédie et se consomme en Amérique et en Afrique, c’est-àdire aux îles de la Martinique et de la Guadeloupe (Amérique) aux îles de la Réunion et Saint - Maurice (Afrique). La morue

sechee est, comme tout le monde le sait, le fond de la nourriture des nègres.

Mais tous les produits de la pêche de la Morue ne sont pas préparés et seches à Terre-Neuve. La moitié environ des navires métropolitains sont armés pour la ptche sans sécherk: ce oui veut dire qu’ils remportent eux-mêmes en France leurs produits préalablement salés, ou qu’ils en expédient une certaine quantité, apres la première pêche, par des navires qui viennent eur apporter du sel, et prennent du poisson en retour Les envois sont principalement dirigés sur les ports de la Rochelle de Bordeaux et de Cette (Hérault).

Arrivés au port français, les navires chargés de Morues sa ees ies débarquent, et on les entasse dans de vastes magasins. On s occupe aussitôt de les dessaler et de les sécher Cette operation se fait à Cette, au mois d’août ou de septembre' en “-

ron, époque a laquelle sont revenus les navires, partis au mois de janvier pour Terre-Neuve.

Voici comment cette opération s’exécute. Après a\oii lait tremper les morues dans l’eau douce, un temps convenable pour les débarrasser de la plus grande partie du sel, mais non de sa totalité, on suspend à des cordes les poissons, ouverts et bien étalés, en pinçant leur queue entre deux liteaux. Le tout iorme une série de galeries entre lesquelles un ouvrier peut toujours passer. L’exposition à un soleil ardent produirait une dessiccation trop prompte, qui nuirait à la qualité de la morue. Quand le soleil est trop chaud, on dispose au-dessus des galeries des claies d’osier, qui laissent passer l’air et n arrêtent que les rayons solaires.

Les Merluches vivent dans la Méditerranée, ainsi que dans l’océan Septentrional, et peuvent atteindre 8 décimètres a l métré de longueur. Elles vont par troupes nombreuses, et sont l’objet d’une pêche abondante et facile. Leur chair est blanche et lamelleuse. Lorsqu’on prend une grande quantité d individus, on les sale et on les sèche comme les Morues.

Le Merlan (fig. 45) a le corps allongé, revêtu d’ecailles trespetites, minces et arrondies. Ses nageoires dorsales sont au nombre de trois. Il n’a pas de barbillons, et sa mâchoire supérieure est plus avancée que l’inférieure. Il est blanc comme de l’argent. L’éclat de cette couleur est encore releve par la teinte olivâtre qui règne quelquefois sur le dos par la ( teinte noirâtre qui distingue les nageoires pectorales ainsi que la caudale, et par une tache également noire que 1 on voit sur quelques individus à l’origine de ces memes pectorales.

Le Merlan habite l'océan qui baigne les côtes européennes. 11 se nourrit de vers, de mollusques, de crabes, de jeunes poissons. Il approche souvent des rivages; et c'est pour cela qu'on le prend pendant presque toute l’annee. On le pêche ordinairement au moyen d’une vingtaine de lignes, on c acune garnie de deux cents hameçons, est longue de pli cent mètres, et qu'on laisse au fond de 1~™ dant trois heures. On le pêche aussi quelquefois arec

"'ce' poisson est très-gras lorsque, les harengs ayant déposé

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leurs œufs, il a pu en dévorer une certaine quantité. Sa chair est agréable au goût et légère à l’estomac.

La Lotte , connue sous le nom de Morue longue, a de l mètre à ln,,35 de long. Elle est de couleur olivâtre en dessus, argentée en dessous. Elle est aussi abondante que la Morue dans les mers septentrionales, se conserve aussi aisément et donne lieu à une pêche très-importante.

Une autre espèce qui se trouve dans nos rivières d’Europe, la Lotte commune, ou de rivière , est longue de 35 à 70 centimètres, d’un vert olivâtre clair, marbré de brun. Son corps, imprégné d’une humeur mucilagineuse , est couvert de petites écailles arrondies, peu discernables à la vue simple. De tous les

poissons de nos eaux douces, c’est un de ceux dont l’aspect est le plus étrange.

La Lotte de rivière (lig. 46) est répandue dans la plus grande partie des eaux douces de la France. Cependant sa pêche n’est abondante dans aucune de nos rivières. Introduite .1 y a quelques siècles dans le lac de Genève, elle y pullule aujourd’hui.

vent^des^D^nhp1 S^°U.r ^ Thonon, dit M. B’anchard, j’accompagnai souvent des pêcheurs qui, le matin, allaient relever des centaines de lignes

de fond tendues la veille au soir : souvent on tirait sans interruption trente ou quarante lignes auxquelles était accrochée une lotte ®

Ce poisson est extrêmement vorace. Il consomme une énorme quantité de vers, d’insectes aquatiques, de mollusques et d’œufs. Blotti dans les trous, au fond de l’eau, il attire les

Fig. 46. Lotte de rivière.

petits animaux, en agitant l’appendice charnu, ou barbillon, qui tombe de sa mâchoire inférieure, et lui donne une si singulière physionomie. Sa chair est du reste fort-estimée. Les goui mets apprécient particulièrement son foie, qui atteint un volume remarquable.

On raconte qu’un amateur ayant mis une Lotte dans un bocal, et lui ayant donné, pour lui tenir compagnie, cinq ou six goujons, la Lotte, dépaysée, éblouie par la lumière, et ne pouvant se mettre comme à l’ordinaire en embuscade, se laissa manger le barbillon par ses compagnons de captivité, et mourut.

On pourrait faire de ce petit drame aquatique, une nome e littéraire qui aurait pour titre : La revanche des goujons

1. Les Poissons dcaux douces de la, I rance, in-8°, Paris, lh66.

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