POSSIBILITÉS D'UTILISATION PHARMACEUTIQUE
Considérations générales
sur les huiles de foie de poissons
Si l'utilisation des huiles de foie de poissons dans l'alimentation humaine remonte pratiquement au siècle dernier, par contre, l’apothicaire utilisa, dès les temps les plus anciens, des formules où les sousproduits des poissons manifestaient leur bienfaisante action.
. L'huile de foie de requin (centrina, C. Glaucus) était réputée pour « molilir » la dureté du foie de l’homme. Le fiel de la même centrina, avec du miel, était bon contre la cataracte ; la cendre du euir du même animal élait recommandée contre la teigne, Les adultes, par exemple pouvaient recourir à la prescription de PLINE : « se frotter les dents, une fois par an, avec de la cervelle de chien de mer cuite et gardée dans l'huile d'olive ».
Dans le Codex de 1866, nous voyons les huiles de foie de morue, de raie et de requin, présentées comme ayant des propriétés thérapeutiques intéressantes. Elles étaient préconisées par Lerour et DELATRE et DEVERGY.
GuBLer, dans ses « Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius » [47], les préconise dans une foule d'’affections et suggère même leur utilisation à la place des huiles végétales.
: Dès 1906, les Portugais (Luiz CasrTiLLo) constataient que l'huile de foie de « Tollo », chien de mer du genre Mustelus, avait les mêmes eflets curatifs que l'huile de foie de morue.
Morue, flétan et thon ont été, dans l'erdre, les poissons utilisés le plus souvent comme source d'huile de foie à usage thérapeutique.
BReTonnEAU, dès 1827, expérimenta, en France, l’action de l'huile de foie de morue sur le rachitisme, mais ce sont OsBorne et MENDEL [70] qui, en 1914, reconnurent les premiers la présence de la vitamine A dans ces huiles de foie, en l’expérimentant sur de jeunes animaux. [ls constatèrent ainsi que l'huile de foie faisait augmenter le poids et régresser les lésions anatomiques de la cornée. C'était le point de départ des études sur la vitamine A. Tout l'intérêt des huiles de foie de poisson réside en leur teneur en vitamine A et leur activité vitaminique D (anti-
rachitique).
Considérations anatomiques : Les foies
Lorsqu'on pratique, sur le ventre d’un Sélacien ou d’un Téléostéen, une incision longitudinale allant des pectorales au cloaque, on voit d’abord apparaître le foie. Ses lobes sont parfois assez étendus pour occuper la cavité générale sur toute sa longueur.
Chez les poissons gras comme les Clupéidés, le foie est petit et contient peu d'huile ; par contre, chez des animaux maigres comme les morues, le foie peut en être gorgé. En général, chez les Téléostoméens, le poids du foie forme de 0,5 à 10 p. 100 du poids de l’animal ; ces chiîires sont essentiellement variables avec l’espèce, la saison et le sexe.
Chez les Requins, le foie est un organe volumineux, souple, au toucher onctueux, de couleur variable, allant du chamois au bistre fonsé, nous dit Bupxer dans « La vie des Requins ». Les Squales ne sont pas des poissons gras : leur chair est particulièrement sèche, mais loutes leurs réserves de lipides sont accumulées dans le foie, ce qui explique l'énorme volume qu'atteint parfois cette grosse éponge huileuse.
Exceptionnellement, il peut arriver que le foie atteigne 20 ou 25 p. 100 du poids du requin, le pourcentage moyen étant de 5 à 15 p. 100 du poids brut de l'animal.
Quant à la teneur en huile, elle est aussi variable chez les Téléostéens que chez les Elasmobranches. Le pourcentage varie avec l'espèce, mais aussi avec le procédé d'extraction. On en trouvera ainsi 50 p. 100 chez carcharinus obscurus, 30 à 60 chez le requin-marteau, 20 à 30 chez les Scombridés (23 p. 100 chez Thynnus thunnus), 1 à 8 p. 100 chez les Clupéidés, 40 à 65 p. 100 chez Gadus morrhua, 70 p. 100 chez l'aiglefin et 20 p. 100 chez le flétan.
Composition chimique des huiles de foie de poissons
L'huile extraite du foie frais de la morue franche ou cabillaud (üadus morrhua L.) fut la première utilisée en thérapeutique, La découverte en 1836 de la présence de l’iode dans cette huile (époque où elle u'était pas encore utilisée comme médicament), intervint pour répandre l’usage thérapeutique de l'huile de foie de morue. Des travaux plus récents ont montré que cette teneur est extrêmement variable : de 0,0002 à 0,02 p. 100. Il est peu probable que l’iode, à des taux aussi faibles, puisse avoir une action pharmaco-dynamique appréciable.
Comme la plupart des huiles d’origine animale, cette huile de foie de morue est constituée en très grande partie par des éthers glycériques d'acides gras. Selon pe Joxen, l'huile de foie de morue contenait : des acides biliaire, palmitique, stéarique, butyrique, acétique, et de la gaduine. GoBLey et RIEGEL y ont trouvé du soufre. A côté de cela, il y aurait aussi des principes minéraux (chlore, brome), du phosphore à l’état d'acides phosphorique et glycérophosphorique, du calcium, du magnésium, du sodium, le tout combiné à des molécules organiques complexes. On a même recommandé le dosage de l’iode et du phosphore pour l'essai chimique de l'huile. Gaurrr et MourGuEs ont retiré de l'huile de foie 4e morue 0,350 à 0,500 g. d’alcaloïdes secs par kg. d'huile, formés par un mélange de bases volatiles (butylamine, amylamine, hexylamine, dihydrolutidine), de bases fixes comme l’aselline, la morrhuine (représentant 1/3 des alcaloïdes totaux, elle serait toxique à forte dose) et surtout d'acide morrhuique (C, H,, NO;, cristallisable, soluble dans l'alcool dilué), auquel on attribua une grande partie des propriétés thérapeutiques de l'huile. On isola un complexe sodique qui fut mis en vente sous le nom de morrhuale de soude, tandis que les éthers éthyliques correspondants avaient reçu le nom de morrhuate d'éthyl.
Ce n’est qu'avec la découverte des activités antixérophtalmique et antirachitique de l'huile de foie de morue que l’on put commencer à faire une mise au point. Mise au point non seulement pour l'activité thérapeutique, mais encore pour la composition chimique, cette dernière étant considérablement perturbée par le fait que les huiles commerciales sont souvent le résultat d’un mélange d'huiles de foie de poissons très divers (4).
(4) L'addittion d'huile de foie de squale, riche en insaponifiable, fut longtemps considérée comme une fraude ; alors qu'elle ne faisait qu'augmenter, dans des proportions considérables parfois, la richesse en vitamine À du produit commercial.