‹ Les Poissons VénéneuxChapitre 6 sur 42 · LORIE · texte numérisé non relu

LORIE

« tellement vénéneux.» Les observations d’empoisonnements par ces animaux abondent dans tous les recueils d'hygiène et de médecine navale, mais si les auteurs s'étendent ordinairement avec complaisance sur les symptômes et les accidentseux-mêmes les Poissons qui les déterminent sont, en général, au contraire complétement négligés et une description systématique des espèces nuisibles n’a pas.encore été entreprise. î

Dans cet ouvrage, nous nous sommes proposé de combler cette lacune.

Nous passerons en revue les Poissons vénéneux, espèce par espèce, en nous efforçant de sélectionner parmi leurs caractères les plus saillants, de façon— tout en ne donnant pas à ce travail une longueur disproportionnée — de permettre aux voyageurs possédant quelques notions même sommaires de zoologie de reconnaître, après avoir lu nos descriptions, les Poissons dont ils doivent plus parliculièrement se défier.

Nous avons eü soin de ne pas oublier nos espèces locales, dont quelques-unes ont été désignées comme pouyant donner lieu à des accidents. |

Des figures, dont plusieurs dessinées par nous d'après nature, complèteront ces renseignements.

Mais, ce n'est pas tout de signaler et de décrire les Poissons toxiques. Il fautencore indiquer quel est le degré de leur toxicité, quel en estle mode, lacause si cela est possible, dans quelles localités,en quelle saison les accidents se sont produits et pourront se reproduire. C’est ce que nous nous sommes efforcé de faire. En terminant, nousdirons, sans insister, quelques motssurles symptômes et le traitement des empoisonnements causés par l’ingestion des Poissons, mais nous ne reproduirons pas d'observations et nous ne donnerons pas de bibliographie. En effet, tandis que nous mettions la dernière main à cet ouvrage, notre excellent collègue et ami, M. Coutière, présentait il y a quelques semaines à peine, au concours d’agrégation de pharmacie, à Paris, une thèse particulièrement remarquable à laquelle nous nous faisons un plaisir de renvoyer pour tout ce qui à trait à la vénimosité et à la vénénosité des Poissons en général, et pour toutes

* les analyses et indications bibliographiques qui sont aussi cons-

ciencieuses et aussi complètes que possible.

Qu'on nous pardonne, si notre travail est parfois d’une lecture

un peu aride. Il a exigé des recherches nombreuses et des vérifications minutieuses. Si nous avons pu rendre service aux marins et aux voyageurs en les mettant en garde contre des espèces dangereuses et éviter ainsi quelques accidents, nous ne. croirons pas avoir accompli une œuvre inutile. Ce sera notre récompense.

En terminant il nous reste un devoir bien agréable à accomplir, c’est d'adresser à tous nos maîtres de la Faculté de médecine, des Hôpitaux, de la Sorbonne et du Muséum, à tous nos collègues et à tous nos amis, nos bien vifs remerciments.

M. le professeur Milne-Edwards, M. le professeur Potain, M. le professeur Becquerel, M. le professeur Dastre, M. le professeur Gréhant, M. le professeur agrégé Gley, M. le Docteur Mocquard, M. le Docteur Desnos se sont plus spécialement intéressés à nous, soit dans le cours de nos études, soit danscelui de cetouvrage. Nous ne l’oublierons pas.

Notre vénéré maître, M. le professeur Vaillant, a droit tout particulièrement à notre reconnaissance. Il a bien voulu nous encourager dans la confection de ce travail et bien souventnous avons mis à Contribution son inépuisable bienveillance et sa profonde érudition. Qu'il reçoive l’assurance de notre sincère gratitude et de notre profond attachement.

M..le professeur R. Blanchard nous à fait le très grand honneur d'accepter la présidence de notre thèse; plusieurs fois nous avons eu l’avantage de l’entretenir du sujet qui nous intéresse. Nous lui adressons ici tous nos hommages.

Diverses causes de la toxicité des Poissons

ICHTHYOSISME. ( CIGUATERA ).

La classe des Poissons fournit à l’homme des subsistances de premier ordre. La chair de ces animaux vient, comme nourriture azotée, immédiatement après la viande de boucherie. Il n’est pas, en effet, d’aliment habituellement plus sain, plus utile et plus agréable.

Les populations ichthyophages, ne se comptent point. Aussi bien parmi les nations civilisées que parmi les peuplades sauvages, chez les Anciens que chez les Modernes, l’usage du poisson quoique soumis à certaines variations locales (1), à diverses fluctuations suivant les époques peut néammoins être considéré comme absolument général.

Si cette alimentation a été tenue un peu en suspicion, dans l'antiquité, par les peuples de l'Orient (Egyptiens, Juifs, Mahométans), sans doute x cause de la rapidité de putréfaction des substances organiques sous les climats chauds, il n’en fut pas de même chez les Grecs, au moment de l’épanouissement de leur .civilisation et surtout chez les Romains qui ne reculaient,

(1) Le savant naturaliste M. F. Bocourt, nous rapportait qu'il avait observé dans ses voyages, que quelques populations paraissent ignorer complétement l'emploi des Poissons au point de vue alimentaire ; c'est ainsi que dans l'Amérique centrale il est très difficile de se procurer tes animaux. Au Siam, au contraire, ils occupent un rang de tout premierordre dans la nourriture habituelle des indigènes.

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comme on sait, devant aucun sacrifice pour se procurer et conserver les espèces les plus rares et les plus estimées, Le Christianisme en prescrivant cette nourriture durant le carême, n’a pas peu contribué non plus à généraliser l'emploi de ces animaux.

L'importance des Poissons dans la consommation, doit donc attirer tout spécialementsur cette classe si complexe et si variée au point de vue zoologique, l’attention de l’hygiéniste et du médecin. /

Mais ainsi que l’avait remarqué Van Swieten : ( Nullum alimentum, universali titulo, salubre dici, potest. » Or il arrive que si l’ingestion de la chair des Poissons est dans l'immense majorité des cas des plus salutaires, elle peut déterminer parfois cependant divers troubles dans l’organisme, des désordres plus ou moins graves et malheureusement quelquefois même mortels.

Les Poissons qui les produisent méritentle nom de vénéneux. Is ne doivent pas être confondus avec les Poissons vénimeux qui munis d'appareils variés, (épines operculaires, aiguillons, etc.) causent des accidents par inoculation et non par ingestion stomacale.

Il y à une distinction à faire dans la nature des perturbations apportées dans l’organisme par l’absorption des Poissons.

Les unes sont chroniques. L'usage répété de la viande de ces animaux en général et de certaines espèces en particulier, comme il arrive chez quelques peuplades exclusivement ichthyophages, peut avoir une influence sur la production de diverses affections principalement cutanées. La plupart des recherches entreprises à ce sujet ont montré que cette action était plus ou moins relative. Le principe est sans doute fondé, mais en réalité, dans la majorité des cas, ce sont les mauvaises conditions hygiéniques, les défauts de préparation, bien plus que l’emploi de la chaïr des Poissons, qu’il faut : incriminer.

Restent les accidents aigus de beaucoup les plus importants et aussi les plus utiles à connaître, qui suivent plus ou moins rapidement dans quelques circonstances une seule ingestion, non répétée naturellement, de certains individus d'espèces déterminées. Ces empoisonnements, que nous étudierons à la fin de

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cet ouvrage, sont des plus variables et dans leur forme, et dans leur intensité, et dans leur terminaison. [ls sont particulièrement intéressants pour nous et les Poissons qui les engendrent feront plus spécialement l’objet de notre travail.

Mais quelleestla causequirend dangereuse l’ingestion des Poissons? Quelle est l’origine, l'étiologie des désordres variés qu’elle produit ? Devons-nous attribuer ceux-ci à un facteur unique ou à plusieurs facteurs séparés ou diversement combinés? Cette derniére hypothèse est à notre avis de beaucoup préférable.

Il y a, en effet, une remarque qui dès l’abord s'impose, c’est Ja divergence d’opinions des auteurs sur la pathogénie des cas rapportés par eux.

Que de fois n’arrive-t-il pas, par exemple, que pour une même espèce, les avis des voyageurs soient diamétralementopposés! Sa chair est estimée, dit l’un, son ingestion est souvent rapidement mortelle, répond l’autre. ‘Et évidemment, il ne s’agitpas de confusion d'espèces, les auteurs sont d’autant plus dignes de créance que ce sont eux qui décrivent l’animal pour la première fois. Telle espèce est dangereuse dans une localité, elle ne l’est pas dans une autre ; on doit la redouter dans telle ou telle saison, elle est inoffensive à un autre moment de l’année; quand elle est de petite taille, elle ne produit pas d'accidents, à partir d’une certaine dimension elle devient nocive.

Ces résultats en apparence si contradictoires trouvent facilement leur explication, si au lieu de se montrer trop exclusif et d'essayer de les faire remonter à une cause unique, on examine les conditions oùils se sont produits et on afrive à attribuer à chacun d'eux sa véritable origine. Alors, loin d'apporter une confusion, ils viennent jeter un jour fort vif sur une question qui apparaît au premier abord si embarrassante.

Nous allons passer en revue les multiples causes de la toxicité des Poissons et nous examinerons la part qui revient à chacune d'elles dans les divers accidents signalés.

La chair de tous les Poissons n’est pas également digestible ; chez quelques-uns, elle est dure, coriace, huileuse, difficile à assimiler et peut déterminer chez les personnes qui en font usage des troubles gastriques plus ou moins violents. C’estainsi qu’on à été amené à considérer comme vénéneuses des espèces simplement indigestes.

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