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Tous les Poissons peuvent devenir toxiques en se décomposant etles espèces les plus souvent comestibles n’en sont naturellement pas exemptes. Les accidents dûs à des défauts dans la préparation ou dans le mode de conservation : poisons de la saumure, Harengs-saurs, Esturgeons salés et caviars, Sardines et Morues rouges rentrent dans cette catégorie.
Mais après cette dernière cause et toutes les précédentes étant aussi éliminées, il reste les empoisonnements, de beaucoup les plus importants, produits par les Poissons réellement toxiques, par les Poissons vénéneux proprement dits. Chez eux, en effet, la production à l’état de vie en l’absence de tout microbe, d’alcaloïdes normaux, physiologiques mais toxiques, de leucomaïnes enun mot, est capable de déterminer chez ceux qui en font usage des accidents plus ou moins graves.
Déja Moreau de Jonnès au commencement dusiècle après une série d'observations intéressantes était arrivé à eette conclusion : (€ L’altération morbide qui parait avoir lieu dans les Poissons « toxicophores ne doit pas être confondue avec l’état de putridité qui suit la cessation de la vie. »
Pour lui, les effets vénéneux étaient dûs exclusivement à un état pathologique, (nous avons vu tout à l’heure ce qu'il y a d'exagéré dans cette opinion), mais il ajoutait, ce qui était curieux vue l’époque, qu’il produisait une transformation de substance animale ou l’exaltation de quelque Ft préexistant (sic).
Bien des auteurs ensuite ont entrevu la cause de Fe toxicité et dans des expériences bien ordonnées, sont arrivés à localiser les régions plus ou moins suspectes de l’animal, mais c’est grâce aux belles découvertes de M. le Professeur Gautier sur les toxines animales, sur la production physiologique des leucomaines à l’état normal dans les organismes vivants, qu'on arrive. à la solution définitive de ces délicats problèmes.
Nous appellerons done Poissons vénéneux' proprement dits ceux qui, soit d’une manière à peu près permanente, soit à des époques invariables sécrétent dans divers organes (glandes génitales, foie, chair musculaire, etc.) des alcaloïdes physiologiques qui peuvent produire par injection stomacale des accidents d’une intensité variable.
Nous séparerons de cette catégorie les animaux bien étudiés
maintenant dont le sérum sanguin est toxique mais n’agit que par inoculation et qui doivent, quoique formant peut-être une sorte de transition, être classés avec les Poissons vénimeux.
Nous ferons remarquer qu'il y a une très grande variété dans les effets produits par les Poissons vénéneux proprement dits. Entre la diarrhée légère que provoquera, par exemple, l’ingestion d'œufs de Brochet et les accidents presque foudroyants, puisque la mort arrive en quelques minutes, que causera l’absorption aussi d'œufs de certains Tétrodons, il existe une différence de degré sur laquelle il est inutile d’insister, bien qu’au fond il y ait identité de nature dans la cause efficiente des désordres.
Il serait sans doute avantageux de classer les Poissons véné:neux d’après l’intensité des accidents qu’ils produisent; cette intensité d’ailleurs est variable suivant les individus. De même qu’il n’existe pas d’espèces toujours rigoureusement vénéneuses, bien qu’en ne donnant au mot toujours que la valeur relative qu'il doit avoir dans les sciences biologiques, de même certaines espèces habituellement inoffensives peuvent dans quelques cas, et cela semble-t-il en l’absence de tout état pathologique, acquérir des propriétés nuisibles intrinsèques, principalement à l’époque du frai. (1)
Une classification exacte est donc, comme on le voit, assez embarrassante, néanmoins on peut adopter assez pratiquement celle admise par la plupart des auteurs qui rangent ces animaux en l’oissons vénéneux ou généralement vénéneux et en Poissons simplement suspects ou accidentellement vénéneux. Mais, en somme, les limites entre ces deux catégories sont mal définies, peu tranchées et bien difficiles à préciser.
Dans cette étude, nous aurons plus spécialement en vue les Poissons vénéneux proprement dits; cependant nous serons obligé de mentionner un certain nombre d’espèces accidentellement vénéneuses, celles par exemple que leur genre de nourriture, la fréquence des maladies microbiennes qui les atteignent peuvent rendre dangereuses pour ceux qui en font usage. Ii n’y a que pour le botulisme que nous nous montrerons plus sobres
(4) IL semble, en effet, qu'à ce moment dans toute la classe des Poissons, il y ait une sécrétion d'alcaloïdes plus ou moins toxiques.
de détails. En effet, comme nous l’avons dit, tout à l’heure, tous les Poissons sont susceptibles de déterminer ces sortes d’accidents ; ce sont par conséquent les espèces les plus communes et les plus souvent consommées qui ont donné lieu au plus grand nombre de cas, de sorte que l’on serait porté à ce défaut auquel n’ont pas toujours échappé certains naturalistes, Chevallier et Duchesne, par exemple, de ranger pêle-mêle, avec les espèces réellement toxiques, les animaux les meilleurs et les plus inoffensifs.
Maintenant, il reste un nom à donner à tous ces accidents. Pour ceux produits par les Poissons vénéneux proprement dits il en existe déjà un d’ailleurs, il est dû aux médecins espagnols
des Antilles et il n’y a aucune raison de ne pas l’adopter c’est le
mot « Ciguatera» que nous orthographierons par un C non par un S comme le demande Poey. meilleur juge que tout autre en ces matières. Nous réserverons donc avec M. le professeur R. Blanchard le nom de «€ Ciguatera» aux intoxications produites par les leucomaïnes ou alcaloïdes physiologiques. Quant aux intoxications provenant des ptomaïnes, des toxines diverses de décomposition et de putréfaction, etc , pour lesquelsdit M. Blanchard il n'existe pas de nom et qui sont de même ordre que le « Botulisme » ou « Allantiusis » causé par le saucisson et autres préparations analogues, nous proposerons plutôt que d'agrandir l’extension de ces derniers termes, de leur réserver à désignation générale d'accidents d'Jchthyosisme ».
ELASMOBRANCHES.
PLAGIOSTOMES PLEUROTRÈMES.
La chair des Squales est en général peu recherchée, sauf par les Chinois qui se montrent très friands de leurs nageoires ou ailerons. Elle est, en effet, presque toujours dure, coriace, souvent musquée, et parfois même plus ou moins purgative. De plus, elle prend assez rapidement en se décomposant une odeur ammoniacale prononcée, que la cuisson n'arrive pas toujours à dissiper.
Nous l’avons nous-même constaté plusieurs fois, notamment en disséquant un grand Squale pélerin, (Selache maximus Cuvier), de prèsde 5'mètres de longueur, péché au mois de juin 1898 à Concarneau (Finistère). Les émanations ammoniacales devinrent telles au bout de quelques jours, qu’elles provoquaient le larmoiement et des éternuments, les mains étaient attaquées, l’épiderme rongé comme s'il avait été plongé dans une solution d'hyposulfite de soude. Des fragments de cette chair furent données aux Caïmans à museau de Brochet (A igator mississipensis Daudin) que possède la ménagerie des Reptiles du Muséum. Ces animaux se jetérent dessus avec l’avidité qui les caractérise, ainsi qu'ils ont l’habitude de faire pour tous les objets qu’on met à leur portée ; mais ils ne tardèrent pas à régurgiter, et bientôt tous les morceaux furent rendus, ce qui tenait sans aucun doute à leur saveur ammoniacale prononcée, car les Caïmans ne sont j ke P
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ordinairement pas si difficiles et se repaissent souvent de proies fort faisandées.
On comprend aisément que, dans ces conditions, la chair des Squales ait pu déterminer divers accidents chez l'Homme.
On devra, en outre, se méfier particulièrementfde leurfoie qui d’ailleurs est souvent d’un goût détestable bien qu’on en tire une huile qui est parfois employée comme succédané de l'huile de foie de Morue. Les auteurs ont cité un grand nombre d’intoxications survenues à la suite de l'emploi alimentaire du foie de plusieurs animaux de cegroupe. Celles-ci n’ont pas, en général, été fort graves, cependant dans une des observations recueiliies par Coutaud à l’île des Pins (Nouvelle-Calédonie) en 1873, l’ingestion du foie de Requin fut suivie de mort après huit jours de maladie.
Quelle est la cause de cette toxicité du foie ?
Dans plusieurs cas, il y a lieu d’invoquer, avec M. le Professeur R. Blanchard, la formation de toxines de putréfaction et de les ranger parmi les accidents d’ichthyosisme. Néanmoins il n’est pas improbable que le foie de quelques Poissons possède par lui-même des propriétés vénéneuses. En raison de ses fonctions, cet organe estappelé à éliminer un certain nombre de poisons organiques, et l’oncomprendfacilement que dans plus d’une circonstance, il en conserve la trace.
CARCHARIDÉS.
Genre Carcharias,
Ce genre est répandu dans toutes les mers chaudes et tempérées du globe ; il comprend environ une quarantaine d’espèces, (35 d’après Günther). Il se reconnaît aux yeux qui sont pourvus d'une membranne nictitante, et à l'absence d’évents et d’expansions latérales sur les côtés de la tête.
Langsdorf, Tardieu, Coutaud ont tour à tour accusé de toxicité le foie des Requins.
Sur nos côtes, se rencontre le Requin bleu (Carcharias glau-
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cus Linné) (Fig. 1.) que son museau allongé, conique, sa dorsale reculée, plus rapprochée des ventrales que des pectorales distingue du Requin à museau obtus, (Carcharias lamia Müller et Henle), qui n’est pas rare non plus dans la Méditerranée. Le Requin bleuest de forme étancée. Son corps est mince, effilé,
Ÿ Fig. 1
assez grêle ; son dos, de teinte ardoisée, chezles sujets de grand, taille (il atteint souvent et peut dépasser 3 mètres de longueur), possède chez les jeunes individus une coloration bleu de ciel fort chatoyante.
. Son foie a déterminé parfois des accidents assez graves. Il en est de même pour la plupart des espèces exotiques, dont nous n’entreprendrons pas ici la description.
MUSTELIDÉS.
Genre Galeus.
Galeus canis Bonaparte (Fig. 2). — Bien connu sur toutes
nos côtes, le Milandre ou Chien de mer est assez voisin des
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Emissoles (AMustelus) dont il se distingue par ses dents aiguës et dentelées, mais sur le côté externe seulement. Derrière les yeux, pourvus d'une membrane nictitante, se trouventles évents assez grands. Le corps est recouvert d’une peau très peu rugueuse, presque lisse. Sa taille est de 1 mètre à 1 m. 50, quelquefois plus. es
Sa chair de qualité très inférieure est mangée assez communément, mais son foie, au dire de Chevallier et Duchesne, peut produire des coliques dangereuses et une exfoliation cutanée.
SCYLOIDÉS.
Genre Scyllium.
Les Roussettes sont fort communes sur nos côtes, aussi nous ne nous arrêterons pas à les décrire, car elles sont bien connues de tout le monde. #
[ y a lieu d'en distinguer deux espèces : La grande Roussette ou Roussette à petites taches, dont les ventrales sont triangulaires, les valvules nasales contiguës (Seyllium canieula Cuvier} (Fig. 3) et la petite Roussette ou Roussette à grandes taches,
dont les ventrales sont quadrangulaires, les valvules nasales séparées par un intervalle (S. catulus Cuvier).
La chair des Roussettes est habituellement consommée, mais elle est peu recherchée à cause de son odeur ammoniacale prononcée. On a coutume de rejeter le foie, et non sans raison, car outre son goût qui est détestable au dire du D' Emile Moreau, il a occasionné parfois des accidents, témoin le cas déjà ancien cité par Lacépède et tiré du mémoire de Sauvage, de Montpel-