‹ Les Polonais en Egypte, 1798-1801Chapitre 30 sur 115 · PREFACE LXV · texte numérisé non relu

PREFACE LXV

avec nous». Bientôt une nouvelle insurrection ^ de troupes aura lieu à Alexandrie, on tirera le canon, on parlera hautement de se rendre aux Anglais. «Le prétexte de toutes ces insurrections 6st toujours la réclamation de la solde arriérée, et le départ supposé de généraux.» Des prisons de la citadelle de Caire 2 «partent journellement des billets séditieux, adressés aux différents corps». Enfin, le 30 décembre 1799, pendant les négociations pour la trêve et la conclusion d'un traité, le fort d'El- Arich est livré aux Turcs. «Il n'y a plus à balancer 3». C'est en

vain qu'on se dit*: «L'événement d'El-Arich est affligeant,

mais il ne doit pas nous décourager. Une bataille gagnée peut nous donner encore le temps de nous reconnaître». L'effet moral de cette défection est décisif. Dès lors Kleber ne veut plus risquer la bataille. «Je ne puis réunir... plus de 6000 hommes...» se dit-il^. «Que cela suffise pour nous assurer la victoire, je le veux, mais quel avantage en tirerai-je? Celui d'être obligé de me livrer pieds et poings liés à la première sommation menaçante qui succéderait à mon triomphe momentané; et si je la perdais, cette bataille, qui me pardonnerait jamais d'avoir osé l'accepter». Et il autorise ses plénipotentiaires près le grand vizir «à traiter de l'évacuation pure et simple, en évitant seulement de donner à cette reddition la formule d'une capitulation ». Certes, c'est pour lui le moment le plus pénible de sa vie; pour lui, qui capitule, ainsi que Desaix, pour la première fois^ La veille de la conclusion du traité d'El-Arich «il se couche toute la soirée dans la résolution de livrer le combat» et ce n'est que le matin, à son réveile, que «des idées plus

1 Kleber à Desaix et à Poussielgue,19 janvier 1800, (Rouss. 197). Poussielgue: Lettre (pièces justificatives) p. 40—4: Procès verbal du conseil de guerre tenu au camp de Salahieh le P* pluviôse "an VIII-21 janvier 1800.

' Kleber à Dugua, 26 décembre 1799 (Rousseau 161).

' Kleber à l'aide de camp Baudot, Caire, le 4 janvier 1800 (Rousseau, 177).

* Kleber à Reynier, 4 janvier 1799, Rousseau, 178).

^ Kleber aux plénipotentiaires près le grand vizir, 15 janvier 1800 (Rousseau, 187-8).

• Kleber à Reynier, 8 janvier 1800 (Rousseau, 184). ' Kleber à Dugua, 25 janvier 1800 (Rousseau, 203).

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LXVI PRÉFAOK

calmes et plus raisonnables » lui suggèrent « qu'il faut savoir sacrifier sa gloire personnelle à l'intérêt général, et n'être pas même arrêté par l'injustice qui vous attend».

Sacrifice inutile! A peine la convention pour l'évacuation de l'Egypte conclue, on en voit les suites fâcheuses. Des nouvelles de France ^ annoncent les victoires et le coup d'état du 18 brumaire. L'avancement de Bonaparte jette l'armée dans la joie et l'enthousiasme 2, et en présence de ce brusque changement de la situation politique, malgré le désir de rentrer dans la patrie, on se sent honteux de la convention d'El-Arich. Les rapports avec les habitants du pays s'empirent tous les jours. Jusqu'alors on a fait régner le calme et la tranquillité s. Cela n'est plus possible. La détresse de l'armée fait qu'on pressure l'Egypte «comme le limonadier presse le citron» et lorsqu'on a «tout exprimé tant en argent qu'en nature^», on rend le pays aux Osmanlis qui répartissent les impôts nouveaux pour hâter le départ des Français. La nouvelle ^ de la paix se répandit bientôt dans toutes les provinces, et la nation musulmane fit éclater la plus vive allégresse en voyant l'Egypte délivrée...,

et rentrer sous l'obéissance du gouvernement ottoman Le

grand vézir commença à se mettre en marche avec son armée, et, toutes les fois que les Français évacuaient un endroit, il y envoyait aussitôt des troupes. Il continua de s'emparer ainsi de châteaux, de forteresses et de villes florissantes, jusqu'à ce qu'il fût arrivé dans le voisinage du Caire». «Les notables du Caire®, les oulémas et les officiers civils, ainsi que les négociants et les gens du peuple allèrent au-devant du grand vézir. Tout le monde fut saisi d'étonnement à la vue d'une armée aussi imposante, et les cœurs pouvaient à peine contenir la joie que causaient le changement survenu dans les affaires et la délivrance de l'Egypte de la main des infidèles». Bientôt «les habitants' du Caire s'étourdirent et montrèrent toute leur

1 Courr. de VEg., N° 60—1.

» François, 388—9.

3 Nakoula, 155.

* Kleber à Dugua, 22 janvier 1800 (Rousseau, 202—3).

« Nakoula, 177-8.

« Nakoula, 179.

' Abdurrahman, 137.

PlîÉFACK LXVII

haine pour les Français, ils les injuriaient, les maudissaient, les tournaient en ridicule.... Les maîtres d'école accompagnés de leurs enfants, parcouraient les rues en criant de toutes leurs forces: Que Dieu accorde la victoire au sultan et maudisse les infidèles. Ils croyaient tout fini, et ne purent se contenir jusqu'à l'expiration de la trêve». «Les Mameluks reprirent^ leur ancien luxe — Dans leurs chants, ils proféraient des imprécations contre les Français...; ceux-ci les entendaient et leur cœur s'emplissait de fîei». En province 2, lorsque les Français étaient sur le point d'évacuer quelque ville, bien souvent les femmes, les enfants les injurièrent, jetèrent leurs chapeaux dans la boue.

Tel est le fond sur lequel se dessine le tableau, tout militaire, tracé par Lazowski dans sa relation de la bataille d'Héliopolis et du siège du Caire.

L'Egypte reconquise^, on retourna aux travaux de la défense, de l'administration et de l'exploration du pays. Lazowski coopéra* à la carte de l'Egypte; il leva conjointement avec Malus et Jacotin les environs du lac Sirbon^; le littoral et la langue de terre qui le sépare des lacs furent dessinés d'après la reconnaissance qu'il en avait faite. On s'occupa des travaux re latifs au récurement des canaux et à la réparation des digues^. On fortifia quelques portes et quartiers du Caire l Et le général commandant le génie, Sanson^ étant alors souffrant, l'activité de Lazowski devait s'accroître. Il rédigeait le journal des événements de la dernière campagne, quand il fut atteint par l'ophtalmie. Cette maladie commença**, comme d'ordinaire, par un vague mal de tête, quelques phénomènes nerveux et une douleur vive aux yeux, accompagnée de larmoiements. Il supporta difficilement la lumière. Bientôt les vaisseaux qui tapissent la conjonctive s'engorgeaient et rendaient les mouvements

1 Abdurrahman, 139.

' Abdurrahman, 162.

> Ordre du jour, 30 avril 1800 (Rousseau, 279-80). 4 Ms. de la Bihl. Nat, ancien fonds, 11,275. Jacotin: Mémoire sur la construction de la carte de V Egypte (Paris, mars 1823), p. 74. ^ Feuille 33 d'atlas.

« Kleber à Reynier, 11 mai 1800 (Rousseau, 290). ' Kleber à Sanson, 12 mai 1800 (Rousseau, 290—1). 8 Notice sur V ophtalmie.., par Bruant (La Décade ég. I, 58—63).

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