LXXIV PREFACE
qu'elle rencontrait sur la rive gauche i». Mais à vrai dire, les soldats débarquèrent bien avant cet ordre en sautant des djermes coulées, et la flottille n'était plus en état d'assurer les communications entre les deux rives du Nil.
Ainsi cette colonne, dite de réserve, renforcée par les trois compagnies de grenadiers de la 19^ demi-brigade, marcha séparément, n'envoyant au quartier général que les courriers pour chercher les ordres. Et dans cette marche ^ difficile, à travers un pays brûlant et couvert de glaïeuls et de chardons, Zaj^czek n'est plus aux yeux de ses subordonnés ^ tout à fait digne de confiance comme il l'était le jour de la bataille*. Il leur «paraît avoir toutes les qualités d'un honnête homme, mais aucune de celles d'un général». «Sans caractère, sans activité et sans prévoyance, ils laissa manquer de tout le soldat dans un pays d'abondance». Alors l'impunité et le besoin autorisent le pillage, et tous les villages près desquels la colonne bivouaque sont ravagés». «Les marches mal ordonnées furent toujours pénibles, les routes toujours incertaines, les obstacles toujours imprévus». La colonne partit le 14 juillet à 5 heures du matin, remonta le Nil, traversa plusieurs canaux, celui de Farastag, d'Amrous et de Menouf, à gué ou sur des ponts, avec des barques du pays, et bivouaqua, presque toujours en bataillon carré ouvert du côté du Nil, le 15 juillet, à la hauteur du village de Koum-Cherik, le 16, à celle d'Alqam , le 17 et 18, à celle de Terraneh, où elle fut attaquée par une nuée
^LaJonquière II, 160—1. (Journal de la marche de la colonne de de réserve, rédigé par chef de bataillon du génie Detroye): «Après le combat, le général Andréossy, avec une partie des troupes, se rembarqua et et laissa au général Zayonchek le commandement du surplus de la colonne. Celui-ci reçut alors du général en chef l'ordre de se rendre chaque soir avec le flottille à la hauteur du quartier général et de rassembler sur la rive droite la plus grande quantité possible de subsistances pour les troupes de la rive gauche».
' Journal de Detroye, passim, (La Jonquière 169 — 73).
' Corr. IV, 2834, (au Dir. ex., 24 juillet 1798): «Le général Zajonchek s'est fort bien conduit dans plusieurs missions importantes que je lui ai confiées».
* La Jonquière II. 156. Rapport de Berthier: «Je ne parlerai pas de la conduite qu'ont tenue en cette occasion (à Chobrakhit) le chef de division Ferrée, les généraux Andréossy et Zayonchek».
PRErACE LXXV
d'Arabes. Le 19 juillet, on séjourna vis-à-vis de Wardan; le 20, on arriva à la hauteur de Nikleh; le 21, la colonne atteignit de bonne heure la pointe du Delta, où elle se forma en bataillon carré entre la branche de Danniette et un canal parallèle. Ce jour-là, vers 1 heure après midi, les avant-postes furent attaqués par deux cents cavaliers et une foule d'Arabes à pied; on se mit sur-le-champ en bataille et les crrenadiers reprirent le village dont l'ennemi s'était emparé, à 800 toises de la position française.
On se reposa quelques jours en faisant seulement «sur les villages voisins quelques expéditions qui procurèrent des chevaux, des bœufs et du pain». Un détachement fut laissé au Ventre de la Vache, toutes les troupes dépendantes de l'artillerie et du génie 1 furent renvoyées au quartier général, et la colonne, guidée par Zajî^czek et accompagnée par Lazowski, reprit le chemin de la province de Menouf.
Dès lors Zaj^czek fut chargé du commandement dans les diverses parties du pays , il n'en fut relevé que pour quelque temps, pour raisons de santé. Quelque robuste qu'il fût le régime dans la colonie lui semblait dur: les jours brûlants, les nuits fraîches, les matins humides; les marches en terrain sec, friable, argilleux, crayeux, contenant du nitrate de la potasse, du natron, du muriate de soude; les bivouacs souvent dans des sables mobiles; les levers avant le jour; le manque de pain, de vin, d'eau de vie, de vinaigre; les moustiques et les puces; le hurlement des chiens sauvages autour du camp; la fusillade continuelle — tout cela réuni, rendait la vie insupportable. La situation était aggravée encore par les maladies. Zaj^czek n'évita pas Tophtalmie malgré toutes les bonnes recettes ^ et les
* Arch. h. de la Gu. Registre Y. Correspondance du chef de l' étatmajor du génie Detroye et du général Caffarelli, commandant l'arme du génie. 27 juillet 1798: Ordre aux ouvriers du génie et aux sapeurs de la colonne du général Zajaczek de se rendre à Gizeh le 10 thermidor au matin.
* La Décade, II, 180 — 90: Topographie physique et médicale du vieux Kaire par Renati, médecin; 201—8: Notes sur les maladies qui ont régné en frimaire an 7 (21/XI — 20/XI[ 1798) recueillies dans l'hôpital du vieux Kaire, par Barbes, médecin ord. ; 51 — 62: Observations sur les maladies.... en fructidor an VI (18/VIII— 22/IX 1798... par Bruant; 159—68: