PREFACE LXXIX
d'arpenteurs et d'écrivains subalternes». Il y avait au moins un de ces derniers dans chaque village. Leurs manœuvres frauduleuses décourageaient absolument l'agriculture. Chaque feddan de terre supportait le fardeau de l'impôt dans la proportion de trois cinquièmes du produit i. Le peuple était comme la graine de sésame qu'on écrase tant qu'elle donne de l'huile l— Mais sans les coptes il eût été impossible aux Français d'administrer l'Egypte. On n'eût pu se procurer ailleurs, les renseignements utiles. On regardait donc comme imprudent d'extirper trop promptement ce ver rongeur 2. Et les cophtes enseignaient aux Français la manière de lever les contributions. «On^ les voyait partir du Caire pour les diverses provinces avec un cortège de prince... Ils étaient armés et escortés par des troupes françaises. Ils avaient des chevaux de main, des huissiers portant des cannes à pomme d'or et d'argent: ils étaient accompagnés de secrétaires, de banquiers, de maîtres d'hôtel, et suivis d'une foule de domestiques. Ils envoyaient dans les villages un de leurs agents qui fixait un temps pour compter la somme exigée. Ce temps expiré, si l'on ne payait pas, le village était incendié^ et les femmes enlevées. Si les cheiks de village cherchaient à se sauver, ils étaient aussitôt arrêtés et mis sous le bâton; on leur donnait des coups de marteau sur les genoux ou on les traînait impitoyablement par les rues. Les cophtes enfin donnèrent un libre essor à leur haine pour les musulmans». — Le recouvrement des revenus commençait vers la fin du novembre pour les pays cultivés en rizières; en février, pour ceux cultivés en blé et autres denrées, mais qui payaient en argent; et en juillet, pour ceux qui payaient en nature ^ Les paysans tenaient leur
1 Décade, III, 219.
' Proverbe arabe.
> Décade, III, 223.
* Abdurrahman Gabarti, 163—4;.
I 5 Millet, 57-9.
1 «Poussielgue: lettre du 1 vend. VIII. Estève, 54: La portion due en argent est exigée avant les récoltes; celle qu'on acquitte en nature se recouvre à mesure qu'elles se font. Les denrées doivent être portées dans un magasin situé sur les bords du fleuve, quelle que soit la distance des ! possessions des contribuables. On tolère que les grains soient mêlés d'un sixième de corps étrangers en terre, paille et autres substances.