LXXX PRÉFACE
ar^-erit caché, ne payaient qu'à la dernière extrémité, sou par sou, et s'enfuyaient devant les colonnes de troupes. Les gouverneurs des provinces avaient encore plus d'un autre souci. L'entretien des grands canaux était à la charge du gouvernement i; il fallait, trois mois avant le commencement de l'inondation, surveiller les habitants de villages qui devaient curer les canaux de distribution ^ La distribution des eaux, soit entre les villages, soit entre les propriétaires suivait un usage constant qui avait acquis force de loi, mais la violence et l'arbitraire le détruisaient souvent. Quand le Nil était mauvais, ce qui arriva en 1799, tous les villages craignant de manquer d'eau, ceux qui étaient les plus voisins du Nil se hâtaient, avant le temps, de couper les digues, ce qui ne se faisait pas sans combat contre les villages intéressés à s'y opposer. Et une grande partie des eaux se perdait sans utilité. — «Toutes les améliorations... étaient contrariées par les oppositions qu'elles devaient éprouver chez un peuple ignorant, pénétré d'une répugnance invincible pour tout ce qui s'éloigne de ses anciens] usages^». La différence de mœurs, de langue, et surtout dere-j ligion, était un obstacle invincible à tout rapprochement entre j les conquérants et les indigènes. Tout en détestant le gouver- ■ nement des Mameluks, tout en craignant le joug de Constantinople, les Egyptiens ne souffraient jamais la domination fran-^ çaise que dans l'attente de la secouer. Cet espoir entretenu, par les tentatives de l'extérieur, celles des Turcs et des Anglais,' l'était plus encore, chaque jour, par les combats et les retours! offensifs des Mameluks. La gaerre languissait à Tintérieur! même de l'Egypte. «Dans* un pays où l'ennemi n'attache aucune importance à conserver une position, il est difficile de le^ décider à abandonner le terrain». Quelques faibles qu'ils fussent,* les Mameluks résistaient encore; leur chef, Mourad-Bey, restait debout. Grand, magnifique, la figure coupée par un coup de* sabre, ardent, fougueux, capable de tout dans son premier mouvement, généreux, dissipateur, livré tout entier à ses plaisirs,
* Estève, 166.
2 Décade, III, 219-20.
» Estève, 216.
* Copies des... 22.
l'UEFACK LXXXI
détestant la gêne et le travail^ mais doué par la nature de cet ascendant qui appelle certains hommes à dominer les autres, il avait l'instinct du gouvernement ^ et il était un digne adversaire des Français. «Une longue expérience lui avoit appris le grand art de temporiser; il avoit senti cette vérité que heurter l'écueil, c'est se briser contre lui, que le faible doit user le malheur, et ne le combattre qu'avec la faux du temps^».
C'est dans de pareilles conditions, les armes à la main, toujours à la poursuite des Mameluks et des Arabes, ou en expédition contre les paysans rebelles, que Zaj^czek administrait ses provinces. Cette situation dût souvent le contraindre à de durs expédients. Il était difficile de ne pas se faire malgré soi le complice d'un système qui ne respirait que la corruption; de ne pas céder aux influences de l'esprit oriental. Mais si l'administration de Zaj^czek ne pouvait être bienfaisante, on doit croire qu'elle était probe, puisqu'il gouvernait sous les ordres du «sultan juste» Desaix et qu'il eût plus tard, sous le régime du désintéressement personnel, la confiance de Menou. Grâce à son activité il réunit le commandement de trois provinces; il n'avait cependant participé ni à l'expédition de Syrie ni à la bataille d'Aboukir. Son rôle se bornait à protéger le recouvrement des impôts par les cophtes «en liant ces mesures financières à ses opérations militaires^». Même pendant la marche sur Héliopolis et le siège du Caire il resta avec une petite réserve à Gizeh ^. Evidemment on faisait peu de cas de ses talents militaires. Du reste il était opposé à Kleber, non seulement par sa manière d'envisager le «dénouement de la pièce», mais par tout son caractère. Toutefois le commandement du deuxième arrondissement, composé des provinces de Beni-
» Arch. des Aff. Etr., Turquie, corr., 194, p. 364, (Thainville à Verni nac, Smyrne, le 16 fructidor IV).
2 Reynier: De V Egypte, p. 255.
s D en on, II, 325.
* Kleber à Zajaczek, 5 nivôse VIII — 26 décembre 1799 {Beg. Y., 149). Voir Kleber, sa vie, sa correspondance parle comte Pajol, p. 343—6, 366-7.
5 Reybaud, VII, 383. Selon une note de Bousseau (p. 315), Zajaczek «se fit remarquer à Chébreis et à la bataille d'Héliopolis». Les Polonais en Egypte. VI