‹ Les Polonais en Egypte, 1798-1801Chapitre 4 sur 115 · XIV PREFACE · texte numérisé non relu

XIV PREFACE

ce côté». Au moins le territoire turc doit être un refuge pour les patriotes polonais et, dans leurs dessins ultérieurs, un point d'appui. «11 existe un plan secret (qu'on notifie ^ alors au nninistre des relations extérieures de la France), ce plan dont le citoyen Descorches à Constantinople et Tngestrônï à Stockholm, ainsi que tous ceux qui doivent y concourir dans l'intérieur de la Pologne, ont déjà des instructions, est une fomentation de désertion dans toute l'armée polonaise et particulièrement celle cantonnée vers les bords du Dniestre et les frontières de Poméranie. Toutes les dispositions sont faites, il ne s'agit plus que de convenir des points de ralliement en Valachie, Moldavie et Poméranie». Kosciuszko en avait parlé à l'agent français à Leipzig'^ et avait promis son consentement «si toute insurrection en Pologne devenait impossible».

Sulkowski avait devancé Sémonville à Venise ^ «Mais sur Tordre qui lui fut donné par le gouvernement vénitien d'en sortir sous 24 heures^ le citoyen Noël, envoyé de France à Ve-

1 La Roche dans la lettre du 19 mai et oelle du 18 août 1793 (Pologne, corr., 321, f. 31H-5 et 478, voir aussi f. 556, 564, 567).

2 Lettre de Pierre Parandier au ministre des aff. étr., Leipzig, le 10 septembre 1793 (PoL, corr,, 321, f. 506).

3 Arch. Adm. Rapp. du 10 avril 1796.

4 Voir aux Arch. d. Aff. Etr., Venise, corr., v. 250, f. 306, lettre de Fr. Noël, ministre plénipotentiaire de la République française à Venise, au ministre des affaires étrangères (Deforgues).

Venise, le 6 juillet 1793.

Le citoyen Venture est arrivé ici 3 du courant au matin. Il m'a remis votre dépêche du 27 mai. .Te me suis empressé de me conformer aux ordres qu'elle contenait; mais... avec un peu plus de connaissance du terrain... il nous a été démontré qu'il était impossible d'obtenir une frégate de ce gouvernement. Sa faiblesse et sa position géographique lui font trop une loi de ménager sa redoutable voisine pour que cette proposition ne lui fît pas une peine extrême; et dans l'hypothèse même où il aurait pour nous quelque penchant secret, nous nous exposerions encore à un refus. Mais cette hypothèse est loin d'être fondée, du moins si nous en pouvons juger par sa conduite non seulement à l'égard des Français patriotes, mais même à l'égard des étrangers qui témoignent quelque attachement à la révolution. Nous venons d'en faire aujourd'hui même la triste expérience. Le jeune Suïkou^ski n'avait précédé le c. Venture que de quelques jours, deux fois seulement il était venu à la maison de France: il n'en a pas fallu

PREFACE XV

liise, qui présumait que Sémonvilie s'acheminerait par Florence ^ le fit partir pour cette ville. A peine y était-il arrivé qu'il a appris l'arrestation de Sémonvilie 2, 11 allait repasser en France, lorsqu'il reçut du ministre l'ordre de se rendre à Alep et d'y attendre des instructions relatives à une mission dont il devait être chargé dans l'Inde».

Il est alors si maléquilibré qu'il prendra à tâche de «miner la prépondérance des Anglais dans cette riche partie du monde». De grand cœur même, car il rêvait depuis longtemps ces exploits lointains. — A Varsovie déjà, il écoutait probablement Jean Potocki raconter son voyage en Egypte-^ et il

d'avantage pour éveiller les inquiétudes de cet ombrageux gouvernement. Ce matin un huissier est veiiu lui signifier le même ordre qu'à Belleville... Je crois donc avec Henin que pour Sémonvilie le plus sûr est des passer comme voyageur et le plus rapidement possible. Je le lui ai mandé à Florence où il n'était pas encore arrivé».

Dans la réclamation contre l'expulsion des citoyens français (Gounod, Lefaivre, Belleville, Chanaleilles et Denon), présentée au gouvernement vénitien le 16 juillet 1793, on trouve ce passage: «Peu après encore, un jeune Polonais, le comte Suîkowski arriva à Venise: il venait de France où il avait quelques relations, et des recommandations particulières le mirent dans le cas de venir deux ou trois fois dans la maison de France. Omq ou six jours après son arrivée, c'est à dire, le 6 du courant, ordre lui fût donné de sortir de Venise dans les 24 heures et des Etats vénitiens dans trois jours». Arch. des Aff. Etr., Venise, v. 250, f. 321.

1 Voir aux Arch. des Aff. Etr., Turquie, corr., suppl., v. 22, f. 272 ~ 7, «Instructions particulières pour le citoyen Sémonvilie, ambassadeur de la République près de la Porte -Ottomane, devant séjourner quelque temps à Florence avant de se rendre à Constantinople». Becueil des actes du Comité de salut public, IV, 235, 500.

2 Avant cet incident le départ de Sémonvilie avait été suspendu pendant plusieurs mois par la méfiance de la Porte. Il était de plus devenu suspect au gouvernement français (Bec. des actes du G. de s. publ, IV, 58, 67, 83, 96—7, 99). Ibidem, III, 21. Les commissaires dans les Bouches-du-Rhône et la Drôme (Boisset et M. Bayle) à la Convention, 1 avril 1793: «Les ambassadeurs d'Angleterre et de Pologne dissimulent mal leur impatience de voir arriver Sémonvilie. Au lieu de hâter son départ on laisse à la Pologne, le temps d'être écrasée par l'ambitieuse Catherine».

Quant à l'arrestation, voir aux Arch. Etr. Toscane, v. 145 B., corr., f. 199—200: lettre de La Flotte, min. rés. de la Rép. à Florence.

3 Voyage en Turquie et en Egypte, fait en Vannée 1784 (A Varsovie, 1788).

XVI PIŒFACE

avait commencé l'étude du turc ^ Plus tard cette préoccupation s'accentuera chez lui sous Tinfluence de Venture^, vieux secrétaire -interprète pour les langues orientales, qui travaille à cette époque à la réorsfanisation du service consulaire dans le Levant.

Il quitte donc l'Europe et court le monde pour contenter ' sa passion de voyages qui seule contrebalance en lui la passion des armes. Mais cet éloignement ne devait-il pas le croire préjudiciable à son pa^/s? En flânant dans les rues du quartier de la Monnaie n'a- 1- il pas déjà ressenti une secousse douloureuse à la nouvelle des préparatifs du second partage? N'a-t-il pas dit tout récemment: «Si j'avais été sûr de mon régiment à l'entrée des Prussiens dans la Grande -Pologne, ils auraient peut-être, en dépit de tout ordre contraire, trouvé une rési- | stance plus considérable que celle de Bage ou de Pose; j'y aurais soutenu l'honneur des armes polonaises ou creusé mon tombeau 3)). Et pourtant les pronostics d'une crise prochaine se multipliaient chaque jour. La diplomatie française les sig- | nalait. «On s'attend à une explosion nationale en Pologne», avertit Parandier^. Le désespoir et l'indignation des Polonais semblent y conduire.

Et c'était à un pareil moment que Sulkouski s'en allait, si loin, et si vite.

Le sort ne tarde pas l'en châtier. Car voici qu'il lui fait jouer le rôle d'un aventurier romanesque, à l'heure où la Pologne touchait à ses derniers instants. Sulkowski attend vainement en Syrie les ordres du ministre Lebrun, pendant cinq mois. Il étudie l'Orient, le caractère des habitants, les ressources du pays et son histoire, il apprend la langue arabe. Mais ces loisirs dont il use malgré lui sont interrompus brusquement par l'écho d'un orage lointaine Cet orage ravage sa patrie.

1 S' Albin, I, 47.

î Arch. d. Aff. Etr., Turquie, suppl. 23, f. 6-7, 8—11.

' Albin, II, 80.

* Au ministre des affaires étrangères, Leipzig, le 10 et 14 septembre 1793 (Arch. des Aff. Etr., Pologne, corr., v. 321, f. 506 et 509).

» Lavallette dans ses Mémoires et souvenirs (Paris, 1831, p. 190 — 1) donne autre version dont la valeur, bien entendu, n'est pas celle d'un do-

PkEFACE XVII

Il s'embarque, arrive à Coiistaniin'jpie, va tiuaver iinrnédiaternent Descorches, lui demande des renseignements, des ordre;;. C'est en vain. L'incertitude règne à i'ambah^sade, on y flotte entre les nouvelles contradictoires, celles de Paris et celles des envoyés des puissances coparLa^ea.nteB, on y est indécis, hésitant. Les rapports de rambas.Tade donnent le tableau exact de cette situation.

A l'occasion de la fête de i'iiiauguralion du pavillon républicain dans le port de Constantinople, le 10 niessidor i'an 2, les toasts sont portés: aux succès des armes polo biaises et à l'exécration du roi de Pologne qui a dit aux Polonais en insurrection: mêliez vous des maximes iac( bines ^. Mais, à vrc. i dire, on ne savait rien de positif. Douze jours plus tard, le 10 juillet 1794, Descorches en répondant à La Roche qui mandait les événements favorables, écrivait^: «Cela va bien en Pologne. Les Russes et les Prussiens font pourtant beaucoup sonner un échec de^.s insurgents dans une bataille du 6 juin où le roi de Prusse commandait en personne». Et à la Commission des relations extérieures, le 6 thermidor •-: a La nouvelle est arrivée ici depuis quelques jours d'un échec considérable que la cause polonaise aurait éprouvé par la perte de Cracovie et de son territoire, dont le roi de Prusse se serait emparé, après avoir battu l'armée de Kosciuszko. On aggrave cet événement en disant qu'il n'a coûté presqu'aucuns efforts aux Prussiens, et qu'il est la suite de la mésintelligence qui s'est introduite parmi les insurgents. J'espère encore que la malignité et surtout l'intrigue ru^se fort active pour amortir les justes espérances et l'essor que la courageuse entreprise des Polonais est faite pour communiquer aux Turcs, auront la plus grande part à ces bruits, mais je suis malheureusement sans informations dignes

cument contemporain: «Le Comité de salut public désirait avoir un agent dans l'Inde, Suîkowski se chargea de cette mission; il était déjà arrivé audelà d'Alep, quand les Anglais le dépistèrent, et le firent piller par les Arabes pour connaître ses instructions. Echappé de leurs mains, il revint à Paris ».

1 Procès verbal de la fête... [Arch. des Aff. Etr., Turquie, corr., v. 188, f. 216).

« Ibidem, f. 279.

» 24 juillet 1794. Ibidem, f. 333.

Les Polonais en Egypte. II

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