XVII 1 PREFACE
de foi, qui puissent me mettre à même de détruire l'effet de ces manœuvres. Des raisonnements ne suffisent pas pour faire voir les aveugles, marcher les paralitiques ». Les détails des combats livrés autour de Varsovie assiégée, ne peuvent pas percer à travers les gardes ennemies. Non seulement on fait courir les rumeurs des plus alarmantes, ont les notifie au gouvernement ottoman. «Les trois ministres russe, prussien et impérial se sont réunis pour donner officiellement à la Porte la nouvelle que Varsovie avait été prise par les Russes, la Lithuanie soumise i». «A les en croire, c'en serait déjà fait de l'insurrection polonaise». Il était « aisé de sentir ^ les raisons assez fortes, si cependant il peut en exister jamais pour justifier le mensonge », que ces messieurs croyaient avoir «de tenir ce langage, à Constantinople principalement». Néanmoins dans cette circonstance -ci, relativement aux Polonais, entièrement dépourvu, comme il l'était de nouvelles directes, l'envoyé de la France ne pouvait se défendre de quelques inquiétudes. Et ses efforts pour tirer les Turcs de leur léthargie échouaient com.plétement.
Alors Suîkowski se charge de transmettre des dépêches à Kosciuszko et à Ignace Potocki. Quelques dangers qu'il pût courir, en raison de la sévère et vigilante inquisition des Autrichiens et des Russes, cela valait mieux que de rester témoin inactif des dissensions françaises à ConstantinopIe^ que de s'y exercer au fade métier d'un rhéteur décadeur*, et, le «jour mémorable où le thrône chancellant d'une cour corrompue a été renversé à jamais par le courage des braves sansculottes» chanter en chorus la chanson de la Gamelle, et boire^
1 Descorches à la Commission des relations extérieures. Constantinople, le 21 thermidor l'an 2 de la République (8 août 1794) (Turquie, corr., v. 188, f. 397).
2, Ibidem.
3 Arch. des Aff. Etr., Turquie, corr., v. 188, f. 345 et 386 — 8: Pétition à l'envoyé extraordinaire de la République près la Porte Ottomane et sa réponse — du 25 thermidore an 2. Parmi les signatures celle de a Joseph Suîkowski, comme témoin des manœuvres désorganisatrices du 14 juillet (26 messidor l'an 2)».
* 6* Albin, l, 90—3.
5 Verbal de la fête célébrée le tridi 23 thermidor l'an 2... à Constantinople (Turquie, f. 423—6).
PREFACER XIX
«aux progrès des lumières de la philosophie, mère de la liberté ».
Mieux valait partir. Et il part, dans les derniers jours de septembre, déguisé en négociant arménien, et s'achemine par Bukarest vers les frontières de la Galicien. Arrêté plusieurs fois par les postes autrichiens, il n'arrive en Pologne que pour apprendre la fin de l'insurrection. Donc il revient aussitôt suises pas, il renvoie les dépêches à Descorches, il séjourne quelque temps en Valachie où se forme un foyer d'émigrés polonais, et enfin il rentre en France.
De cette époque date son «Précis historique et philosophique de l'état passé et présent de la Pologne», rédigé quelques jours avant son départ de Constantinople l Cette critique est des plus impressionnantes, des plus tristes aussi. Elle n'envisage les choses que sous un seul aspect, celui de la liberté du peuple. Elle ne cherche pas à comprendre les siècles reculés, elle les arrache du fond de leur tombeau et les cite au tribunal révolutionnaire. Dans aucune fibre de son âme il n'est plus comte ni seigneur. Son patrimoine est celui des pauvres. 11 se pénètre de leur misère et c'est comme d'un œil abruti par un labeur séculaire qu'il regarde les fastes de sa patrie. 11 se crût de force à juger et à condamner aussi la génération dernière, faible et indécise dans ses efforts pour reconquérir l'indépendance. Eloigné de la France et de la Pologne, il ne pouvait observer de près les cataclysmes de 1793 et de 1794, qui ne se révèlent à lui que dans leurs résultats définitifs. C'est ainsi qu'il contemple la Pologne ensanglantée, asservie, et la France couronnée de lauriers.
De retour à Paris, il présente^ au ministère des relations extérieures des mémoires sur les affaires de la Pologne et de la Turquie. Mais le sens du réel, du possible, lui manque encore. On ne le croira donc pas quand il exposera les chances d'un renouvellement immédiat des hostilités en Pologne.
Il demande de nouveau à être employé dans les armées
» S' Albin, I, 93—8.
2 Arch. des Aff. Etr., Pologne, corr.,v. 322, f. 438—54.
8 S' Albin, I, 117—9.
PKEFACI<:
de la République. Descorches lui rend^ un témoignaee de civisme auprès du ministie des relations extérieures, Charles De-
1 Voir aux Arch Adm. lettre du 18 février 1796:
Paris, le 29 pluviôse l'an -i^ de la République une et indivisible. Je soussigné Marie Descorches, ci-devant envoyé extraordinaire de la République française près la Porte Ottomane, certifie, pour valoir ce que de raison, que Joseph Sulkowsky, originaire Polonais, m'est avantageusement connu, dès le temps de rna mission en Pologne, qu'après avoir servi sa patrie dans rhonorable et malheureuse CHmpugne de 17;'2, il se présenta à moi, m'exprimanl son désir de fuir le joug que les bayonnetes russes venaient d'appesantir sur la tête de ses infortunés compatriotes, et d'aller se rallier sous nos drapeaux aux défenseurs de la cause des hommes; que touché de ses sentiments qui me parurent être ceux d'un ami de la liberté et persuadé de ses moyens, c{ui sont ceux qu'une bonne l'éducation militaire et beaucoup d'intelligence peuvent donner, je lui remis avec plaisir des lettres de recommandation pour notre ministère; que les événements m'ayant forcé de me replier de Varsovie et conduit en Turquie, je n'ai pas été, depuis lors, à portée d'être infoi mé de ce qui le concernait, jusqu'à la fin de l'an 2 qu'il arriva à Constantinople, d'Alep où il s'était rendu à ce qu'il me dit, et où il avait attendu vainement, pendant plusieurs mois, des dépêches du ministre Lebrun, pour une commission dans l'Inde à laquelle, il l'avait destiné, C{u'il s'empressa vers moi, me démontra les mêmes sentiments qu'en Pologne, professant encore un dévouement plus particuher au service de la République qu'il m'a toujours paru se plaire à qualifier de sa mère adoptive, depuis qu'il avait rempli les devoirs et acquis le titre de citoyen français, dans la commune de Paris, ce qu'il me justifia par ses papiers; cp'ayant à cette époque des beaux moments de l'insurrection polonaise, des dépêches intéressantes à transmettre au généralissime Kosciuszlvo, ainsi qu'à des membres principaux du Conseil supiême provisoire, cette commission difficile, même périlleuse, à raison de la sévère et vigilante inquisition des Autrichiens et des Russes sur les communications entre les provinces turques et les pays insurgés qu'il leur importait d'intercepter, me sembla ne pouvoir être confiée en meilleures mains: qu'il l'accepta volontiers, que d'après le rapport qu'il m'en a adressé à son retour, son adresse et son courage avaient surmonté les obstacles infinis qu'il avait rencontrés pour pénétrer en Pologne, que mes dépêches seraient arrivées par ses soins à leur destination, si le malheur des circonstances n'eût voulu que, Kosciuszko pris et l'insurrection en décadence, il ait trouvé sa patrie gémissant encore une fois sous l'oppression de ses ennemis et ne lui ait laissé d'autre parti que celui de profiter de ses déguisements pour repasser promptement en Valachie d'où il m'a fidèlement fait repasser les dépêches dont il était porteur; qu'enfin tout ce que je sais de lui ne peut que me convaincre de l'utilité qu'on peut tirer de ses services et m'inspirer le désir de voir sa bonne volonté employée.— En foi de quoi je lui ai délivré la présente attestation.