‹ Les Polonais en Egypte, 1798-1801Chapitre 43 sur 115 · PREFACE LXXXV · texte numérisé non relu

PREFACE LXXXV

nous reste plus qu'à connaître une infinité de ces petits droits, qui ne sont point inscrits et semblent être seulennent consacrés par l'usage, puis à .connaître la quotité de chaque village et la nomenclature de ces derniers; tout cela est fort long, puisqu'il faut travailler avec les Coptes». Il croyait donc quelques améliorations déjà fort possibles i. Toutefois il entra ^ «en œuvre avec beaucoup de circonspection)). Pour combattre les abus, il n'était pas, d'après lui, nécessaire de chercher des remèdes nouveaux. «Les lois et règlements existent, et chaque officier général est apte à les lire et à les faire exécuter)). «Cela se faisait, remarquait-il^ la veille de sa mort, par une grande activité plus que par des paroles ou des ordres)).

C'est le système contraire qui prévalut bientôt. «Convaincu qu'il ne pouvait pas aspirer à une réputation militaire, le général Menou tourna ses vues vers la carrière administrative; il affecta de s'occuper de tous les détails, et cherchant à donner une grande idée de sa moralité et de sa probité, il cria fortement contre les dilapidations*)). Avant rebâtir les institutions du pays, il fallait convertir les âmes de ses habitants. 11 répète donc sans cesse: «J'ai été élevé dans les principes que l'honneur est tout et que l'argent n'est rien^». «Dès qu'il s'agit de la chose publique, je suis sans aucune espèce de considération quelconque^». Il faut «remettre à l'ordre du jour la moralité, l'honneur et l'attachement à la chose publique, à la place de l'immoralité, de l'oubli de tout principe et de l'égoïsme débouté^)). Il prêcha aux soldats les vertus évangéliques ^ et «pressé de donner des espérances favorables de son administration et d'y intéresser l'armée, il publia l'engagement de tenir toujours la solde au courant 9)). Il se fit, protecteur de

1 Ordres du jour, du 14; septembre 1799 et du 28 avril 1800 (Rousseau, 32—4, 273—7). Estève, 221-2.

* A Menou, le 18 septembre 1799 (Rousseau, 52). » A Menou, le 13 juin 1800 (Rousseau, 324).

* Reynier: Mémoires, p. 93.

5 A. l'adj. gén. Jullien, le 12 août 1800 (Rousseau, 335). « A Lanusse, le 24 août 1800 (Rousseau. 339). ^ A l'ordonnateur en chef Daure, le 11 août 1800 (Rousseau, 334). i 8 A l'armée, le 5 septembre 1800 (Rousseau, 343 — 4). ^ Reynier, 94.

LXXXVI PKEFACE

l'agriculture^ comme jadis Pétrone. Il voulait exploiter son apostasie^. La religion, les mœurs et les usages musulmans devaient être spécialement protégés. Il déclarait «que les chrétiens étaient les plus vils et les plus méprisables habitants de ce pays^)). Il faisait arrêter les agents coptes pour en tirer des informations sur la répartition des impôts; à ses yeux, toute question se réduisait à des proportions financières*. La supériorité territoriale et personnelle que les moultezims, propriétaires ou plutôt cessionnaires et feudataires usufruitiers, avaient sur les fellâhhs, serait abolie ^ C'était comme une charte émancipatrice, ce firman «émané du général en chef, victorieux, administrateur judicieux», A'bd-Allah Jacques Menou, proclamant | l'ère nouvelle «au nom de Dieu clément et miséricordieux qui donne la puissance à qu'il veut parmi ses créatures». En même temps on écrivait ^ du Caire à l'empereur d'Abyssinie; on faisait faire des propositions aux rois de Sennaar, de Darfour et de Dongola pour établir de grandes liaisons de commerce avec tous ces princes. Dans son cabinet, Menou travaillait à l'organisation complète du pays en matière de finances, d'admi- . nistration , de justice, de commerce, et entouré de liasses de ^ papiers^, il croyait que tout allait «à merveille».

Quant à la possession même de l'Egypte, il affirmait au ministre Talleyrand^: «La République et le Premier Consul peuvent être assurés que nulle puissance ne pourra arracher cette conquête à l'armée d'Orient». Car n'était -elle pas «au courant de sa solde», «parfaitement vêtue et nourrie 9».

Elle était morte cependant. Les officiers voyaient leur réputation attaquée par un général en chef « en l'air, sans pu- , f^

^ A Lepère, le 24 août 1800 (Rousseau, 342).

2 Reybaud, VIII, 6. J

^ Au gén. Rampon, le 26 décembre 1800 ("Rousseau, 381). i

* Reybaud, VIII, 71, 84. Rousseau, 382—93: Ordre du jour du 20 janvier 1801.

5 Estève, 850—3; Rou s seau, XLIX: ordonnance du 20 janvier 1801.

« Menou au min. des rel. ext., le 24 septembre 1800 (Rousseau, 259).

' Reynier, Mém., 95.

8 Le 25 janvier 1801 (Rousseau, 394).

» Menou à Bonaparte, le 10 brumaire et le 2 vendémiaire IX (Dernière campagne, p. 11, 26); Journal d'un dragon, 139—40, 143.

PREFACE LXXiVlI

deur ni remords i». Les troupes disséminées, fatiguées par les marches inutiles, travaillées par les intrigues 2, n'avaient aucune confiance dans un chef ridicule 2. L'état nudériel de l'armée était sans doute excellent: ses corps étaient parfaitement habillés et équipés; sa cavalerie admirablement montée; son artillerie très bien attelée; mais personne, ne représentait plus son âme collective.

Et le pays fût bientôt dans l'effervescence. Reynier, Damas, Lanusse, Belliard, Verdier «firent '^ sentir» au général en chef «qu'il ne pouvait en aucun cas, se mettre au-dessus des lois françaises,., que si i'Eg-ypte était déclarée colonie, le gouvernement déterminerait son administration». Les «nations» copte, syrienne, damasquine, grecque et juive devenaient tcmt à fait hostiles^. Les «francs» étaient à chaque instant lésés dans leurs intérêts. Les fellahs bien loin de comprendre la portée des réformes ne les croyaient pas stables. Les Turcs consternés par une politique intransigeante envers la Porte, gardaient leur aversion et leur haine pour les conquérants. En vain^ «quelques Français même, affectant de se faire musulmans, articulaient de vive voix les deux professions de foi». On s'aperçut bien que «cela ne leur coûtait rien, puisqu'ils n'avaient pas de religion». Jamais^ on ne pouvait persuader aux marchands turcs de venir aux ports occupés par les Français, charger leurs navires des denrées de première nécessité que leur fournissait l'Egypte, telles que le riz, le café, le moka. Ils craignaient qu'on ne leur en refusât ou même qu'on ne les empoisonnât.

Et l'Egypte étant la porte des deux villes sacrées de Medine et de la Mecque, l'invasion des Français fut pour tous les mu-

* Lanusse à Menou, le 19 août 1800 (Rousseau, 337). 2 Reynier, De l'Eg. p. 109, 111, 114, ia8-9. ' Desvernois, 255; Pietro, 261.

4 Reynier, De l'Eg., 143.

5 fie y b au d, VIII, 85; Rousseau, p. L. ^ Abdurrahman, 210.

' Quelques idées sur le Levant par Magallon, Paris, le 6 brumaire VII {Arch. des Aff. Etr., Turquie, corr., v. 199, doc. 63); Manifeste de la Sublime Porte relatif à la guerre contre la République française, le 9 septembre 1798 {Ibidem, suppl., 23, f. 121— B).

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