‹ Les Polonais en Egypte, 1798-1801Chapitre 45 sur 115 · PREFACE LXXXIX · texte numérisé non relu

PREFACE LXXXIX

l'accusèrent d'aignorance» et de «bassesses». Certes, il n'était pas un aigle, il n'en a pas moins rempli son devoir. Placé sentinelle sur ces côtes sablonneuses d'Aboukir où l'on ne pouvait marcher qu'en enjambant constamment épaves ou cadavres \ avec une poignée de soldats, il gardait les clefs de l'Egypte pour les remettre fidèlement aux mains de son chef. «A cette époque 2, l'Egypte était menacée de quatre côtés différents: dans la mer Rouge, par les troupes anglaises de l'Inde; du côté de Salehhyeh, par l'armée ottomane; à Damiette par une flotte de la même nation; à Alexandrie, Aboukir et Rosette, par les Anglais. Mourad-Bey devenait aussi très inquiétant)). Pourtant Menou occupé"^ «jour et nuit d'organiser une sorte de gouvernement)), préoccupé de vengeances mesquines et personnelles*, longtemps semblait regarder avec dédain les forces ennemies. «Si sir Ralph Abercromby veut...

j^czek. Ne peut lui envoyer la carte de la province de Rosette qui n'a point été levée. — 1 décembre 1800. Lagrange à Zajaczek, commandant à Rahmânieh. Arrestation de Soleyman-Mohammed, cheik de village de Semour (? Senhoûr). Ordre de faire saisir et de confisquer tout ce qui appartient à ce cheik. Témoignage de satisfaction donné au citoyen Houlard , capitaine à 75^, commandant à Damanhoûr. Beg., corr,, B: 2 janvier 1801. Menou aux généraux Friant, Zajaczek et Delegorgue. Les invite à procurer au citoyen Le Père, directeur général des ponts et chaussées, tous les moyens qui dépendent d'eux, pour la prompte exécution des opérations dont il est chargé. Détail des opérations. Beg. F. (corr.): 24 janvier 1801. Menou à Zajaczek. Lui envoie une lettre à l'adresse du g. Friant avec invitation d'expédier de suite un courrier à ce général. Le prévient que quelques accidents de peste se sont manifestés au Caire. Beg., lettre D. 2: 14 février 1801. Lagrange à Zajaczek. Le prie de donner des ordres pour que tous les invalides aveugles qui se trouvent à Rosette partent sur-lechamp pour se rendre à Alexandrie.

1 Thurman, 44,119; Denon, I, 118. — Robert Thomas Wilson: L^ histoire de V expédition de V armée britannique en Egypte (traduite de l'anglais), Londres, 1803, I, p. 76: «La corruption de ce champ de bataille était encore imars 1801) insupportable; presque partout où un cheval passait, l'impression du pied découvrait quelque cadavro encore vêtu».

«Menou à Bonaparte, le 24 avril 1801 (Reynier, Mém., pièces just., 338).

'Menou au conseiller d'Etat Thibaudeau, le 28 novembre 1800 (Rousseau, 377).

* Rousseau, p. LIIL

XC PREFACE

tenter un débarquement, s'écria-t-il \ nos baïonnettes l'atten- j dent. Nous ne parlementerons qu'à coups de fusil et de canon». , L'armée d'Orient «combattra, s'il le faut encore, toutes les 1 hordes de l'Asie, et elle les vaincra». Par économie il négligea la formation des grands approvisionnements des magasins de siège 2. Il reçut fort mal ^ Osman-Bey chargé par Mourad-Bey, en même temps, de faire connaître le plan de campagne des,, ennemis et les propositions du grand vizir qui «instruit de j l'ascendant que le parti opposé aux Anglais commençait à reprendre à Constantinople, aurait préféré des négociations aux chances que le sort des armes pouvait lui faire courir». Le nouveau général en chef répondit avec hauteur qu'il ne se réglait pas sur la conduite de Kleber, qu'il ne voulait pas, comme lui, vendre l'Egypte.

Mais il ne savait pas la défendre. — Il restait passif au; Caire comme fasciné par l'adversaire le plus méprisable, cette armée du grand visir «faible quant au nombre, sans discipline, et infectée de la peste*». Alors qu'«on était assuré, par tous: les rapports, que le vizir n'était pas encore prêt à agir, et qu'il ne passerait le désert que lorsqu'il serait certain du succès, des Anglais»; et qu'on savait qu'Aboukir était le seul point,' de la côte qui pût leur convenir pour opérer une descente ^».

Le 4 mars 1801, une flotte anglaise de 175 bâtiments parut en vue d'Alexandrie ^; on signala cent trente cinq voiles ayant cap sur Aboukir; le 7 mars, dans l'après midi, les courriers portant ces nouvelles arrivèrent au Caire. Toute l'armée s'attendait à marcher vers Aboukir. Reynier rappela ^ au gé- , néral en chef qu'on avait besoin, pour combattre les Anglais,! de toutes les forces, qu'il fallait «mettre en usage la grand© i

1 A Talleyrand, le 25 janvier 1801 (Rousseau, 394). A Thibaudeau, le 28 novembre 1800: «Le grand vizir, avec ses hordes asiatiques, est à Jaffa. Il nous menace de nous attaquer. A chaque menace, je fais marcher des troupes, et alors la moitié de son armée déserte».

2 Reynier, De l'Eg., 136.

^ Ibidem, 168—73.

* Wilson, I, p. 9, 194-5; Reynier, De l'Eg., 162—5.

5 Reynier, De l'Eg. p. 188; Wilson, I, p. 27.

« Wilson, I. p. 10; Reynier, Mém., 338, 352.

^ Reynier: De VEgypte, p. 190-1, lettre du 13 ventôse IX.

PKKFACE XCI

maxime de guerre, do suppléer au nombre par la raj)idilé des marches». Cependant Menou s'opiniâtrait à resler au Caire et à diviser l'armée. Une caricature le représente marchant contre les Anglais à cheval sur une tortue, entouré et suivi d'un nombre considérable de chameaux, qui portaient sa ienmie, son fils Soleyman - Mourad et sa batterie de cuisine: l'un des chameaux était chargé d'ordres du jour, un autre de nouvelles presque officielles, un troisième de la vérité tout entière i.

Cependant les seules troupes du cinquième arrondissement défendaient la côte ^ le 11 mars, jour du débarquement. C'était le général Priant sur les hauteurs d'Aboukir avec les troupes de la garnison d'Alexandrie, 1550 hommes d'infanterie de la 61*^ et 75"^ de ligne, 180 dragons du IS'^ et 10 pièces d'artillerie légère contre 5850 soldats anglais débarqués. Zaj^czek fut posté à la Maison Carrée, entre Rosette et Aboukir, avec un bataillon de la 75^, les détachements de la 25^ (commandée par le général Delegorgue) et le 3*" dragon. Il avait en vain proposé au général Priant de réunir ces corps. Par des signaux il apprit le résultat funeste de la bataille et reçut l'ordre de venir à Alexandrie 2. D'après une mauvaise interprétation de cet ordre, la Maison Carrée fut évacuée et démantelée. En une seule marche Zajijczek se rendit à Alexandrie en passant entre les lacs Madieh et Maréotis. Le 24 mars, à la bataille de Canope il commandait avec les généraux Rampon et Destaing l'infanterie du centre. L'armée ne retrouvant pas son unité même devant l'ennemi, la bataille fut perdue. Le sort de l'Egypte n'était nullement décidé, mais d'autres pertes suivirent, celle de Rosette, de Rahmanieh, de Damiette, la capitulation du chef de brigade Cavalier. L'inaction des Anglais et la lenteur des Turcs auraient favorisé quelques mouvements hardis. «Il aurait probablement été possible de battre le corps qui avait marché sur Rosette; d'aller rejeter le vizir dans le désert; et si les Anglais s'étaient divisés pour bloquer Alexandrie et en faire

1 Reybaud, VIII, p. 152—3.

2 Reynier, Mém., p. 351-5, De l'Eg., p. 194.

» R e y n i e r. De VEg., 198, 200—21, Mém., 355 ; R e y b a u d , VIII p. 171 : Pietro, 291; Journal d'un dragon, 154—6; Wilson, I, p. 50—69.

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