XCVI PREFACE
nope, était réduite à un quart ^ et mortellement démoralisée. On fut donc contraint d'évacuer et de raser plusieurs ouvrages avancés. Dès lors resserrées dans une étroite presqu'île, accablées de fatigues, exposées aux vapeurs pernicieuses du lac Maréotis, nourries de viande de cheval et d'un pain fait moitié de farine et de riz, les troupes furent travaillées par les maladies 2. L'ophtalmie fit passer successivement dans les hôpitaux plus de trois mille individus ^ Et bientôt les rangs furent clairsemés par le scorbut^. Le soldat devenait inquiet, mélancolique; il avait tendance à rester assis ou couché; il était inaccessible à tout ce qui pouvait exciter son moral; il perdait l'appétit; son sommeil était pénible, sa respiration laborieuse, ses yeux tristes, entourés d'un cercle bleuâtre; il éprouvait des lassitudes dans tous les membres. Dans la seconde période de ' la maladie la prostration augmentait, les douleurs devenaient! plus fortes et se localisaient à la tête et aux reins. Les ma- ^ lades tombaient dans un état de stupeur. Ils restaient presqu* immobiles dans leurs lits; les pieds et les jambes enflés et j couverts des taches noirâtres, les yeux ternes au pourtour! plombé, les paupiers boursouflées, l'haleine fétide, la langue J couverte d'un enduit visqueux et brunâtre, les geneives pro-l fondement ulcérées, les dents se détachant, la peau marbrée I et luisante d'un suintement aqueux, froid. Enfin à quelques paroxismes fébriles succédait un abattement général et les taches noirâtes prenaient un vrai caractère de gangrène. Etf cet abattement des hôpitaux transpira au camp. La gangrène de la panique, la désertion, fît de jour en jour des progrès. Dans de telles conditions Zaj^czek défendait le terrain pied à pied. Il assaillait sans relâche les postes ennemis ^, réprimait les défaillances, rallumait les courages, entraînait les troupes affaiblies par les maladies, les fatigues et les privations. Il
' Reynier, De l' Eg., 218 - 9; Reybaud, VIII, 169; Journal d'un dragon, 154;— 6.
» Reybaud, VIII, .S91.
'^ Larrey, 441; Journal de la défense... 28 floréal: Nous avions à cette époque 1139 malades.
* Larrey, 442—3, 445—50.
* Journal d'un dragon, 168.
PRÉFACE XCYIl
commanda dans les derniers combats livrés autour d'Alexandrie. C'était le lendemain de l'écroulement de la tour Marabout, sur la lanî^ue étroite de terre à l'ouest d 'Alexandrie i. «La nuit du 20 au 21 août, deux batteries furent élevées sur les flancs de la ligne que commandait Zaj^czek, l'une de deux pièces de 18 bassait en mer, l'autre sur le lac et était armée de deux pièces du même calibre». Le 22 août, à cinq heures du matin, l'attaque des Anglais commença. «Une de leurs colonnes protégée par des avisos et des cbaloupes canonnières longeait la mer. L'autre également soutenue par des embarcations nombreuses marchait le long du lac» Maréotis. Les «tirailleurs en grand nombre précédaient les colonnes et couvraient les hauteurs du centre». Les avant-postes de l'infanterie française placés dans les dunes et ceux de la cavalerie, dans la plaine, soutinrent quelque temps l'attaque, mais ils furent obligés de céder». «Le feu d'un grand nombre d'avisos et de chaloupes fut extrêmement vif». Il fallait une grande intrépidité pour tenir à ce poste pendant plus de deux heures. Toute l'armée ennemie n'était plus séparée que par un canal. Zaj^czek établit une ligne nouvelle «à environ 600 toises de la place», la droite appuyée à la mer, un peu en avant du fort Leturcq, et la gauche aux hauteurs de la colonne de Pompée. «La nuit une grande quantité de bombes fut lancée» sur les postes français et sur le fort Leturcq. Les jours suivants la fusillade continua, mais il était déjà fort difficile de rallier les soldats au combat 2. Les Anglais s'étaient déjà tellement rapprochés, qu'ils voyaient ce qui se passait à l'intérieur de la ville et entendaient le bruit sur les quais. «Une résistance plus opi-
* Journal de la défense La perte dans ce combat fut évaluée
* Ibidem: «Le 7 fructidor -- 25 août, à neuf heures du soir, un corps considérable de cavalerie, composé en partie des mamlouks et Osmanlis, charge brusquement nos avant -postes, à l'ouest, les culbute et se porte sur les derrières d'un bataillon de la 18™^ qui est en même temps attaqué
I de front par une colonne d'infanterie. La rapidité de la charge étonne I cette troupe, et l'obscurité de la nuit ne lui permettant pas de diriger son ! feu, la confusion se met dans les rangs. Mais la 21« légère et la SS'"^ de j ligne qui s'y portent. . . arrêtent l'ennemi et donnent le temps au bataillon de se rallier et de reprendre son poste. Nous avons eu dans les 2é heures s ^0 hommes hors de combat». Voir rapport de Zaj^czek p. 459—60.
Les Polonais en Egypte. VII
XCYJII PREFACE
niâtre des troupes... n'eût pas été prudente, à moins qu'elles ne se fussent volontairement dévouées à éterniser la gloire de l'armée d'Orient par un terrible sacrifice^». Le 29 et 30 août, la majorité du conseil de guerre vota la capitulation. «Les généraux Destaing, Delzons et Zaj^czek soutinrent seuls l'avis contraire. Ce dernier appuyait ses motifs sur sa qualité de Polonais adopté par le gouvernement français, à qui il croyait devoir même sa vie. Malgré l'observation qui lui fut faite, qu'il devait voter seulement comme général de division des armées françaises, et non comme étranger, il se rangea de l'avis de Destaing et Delzons 2».
Le drame était terminé. — On croirait que seules quelques esclaves noires pleurèrent amèrement la perte de leurs maîtres^ Mais «l'inquiétude et les vexations causées par les Osmanlis tenaient toute la population dans la tristesse». «L'armée ottomane tourmentait le peuple de toutes les manières». Au Caire
1 Wilson, II, 40-1.
2 Martin, II, 283-5. Reybaud, VIII, 391—3. «Il fut convenu que dans la nuit même (29—30 août) un plan serait délibéré et rédigé par les généraux Rampon , Priant, Songis, Sanson et Delegorgue. Ce plan fut prêt pour le lendemain. Quand on en eut donné lecture, les généraux dissidents dont la signature n'avait été que conditionnelle la veille, s'exprimèrent en termes assez aigres sur les clauses de cette pièce; ils y virent une humiliation trop directe pour nos armes ; ils plaidèrent les chances de la défense, et donnèrent à ce débat un caractère de personnalité et de récriminations déplorable. On eût dit que tout le fiel ergoteur de Menou avait passé dans la tête de quelques hommes, Destaing, Delzons et Zajaczek. — Enfin le général en chef s ' en étant mêlé , les récriminations cessèrent: une querelle assez vive entre Rampon et Destaing termina la discussion». 39G— 7. Le 31 août «le Conseil de guerre a arrêté à l'unanimité que le général en chef serait invité à traiter aux conditions proposées par les généraux ennemis en obtenant s'il est possible, des modifications à divers articles». Voir aux Arch. h. de la Gu.: Procès verbal de la séance du Conseil de guerre. Alexandrie, le 10 (—12) fructidor IX (28--30 août 1801). On y trouve la signature du général de division Zayonchek sans aucune remarque. Sur le compte rendu de la séance du 13 fructidpr la signature de Zaj^czek manque.
» Wilson, I, 294-5.