PRÉFACE XCIX
«les troupes inquiétaient les marchands; elles insultaient les femmes». «Hors de la ville les soldats dépouillaient et tuaient tous ceux qu'ils rencontraient; tellement que tout le monde et surtout les paysans regrettaient les Français i». On se rappelait leurs adieux: «Les principes d'après lesquels nous avons gouverné l'Egypte vous sont connus. Nous avons maintenu et respecté votre religion , vos lois, vos usages et la jouissance de tous vos biens^». Bien plus encore, pendant son séjour en Egypte l'armée française avait gravé dans l'esprit des habitants le souvenir dqs ses victoires ^ Le nom français fut longtemps respecté non seulement dans cette province de l'empire ottoman, mais encore dans tout l'Orient. Et les Polonais n'y étaient pas pour rien.
* Abdurrahman, 2M-5, 249, 255-6.
* Kleber au Divan du Caire et à ceux des différentes provinces de l'Egypte, le 1 février 1800 (Rousseau, 220).
» Kleber au Directoire, le 30 janvier 1800 (Rousseau, 219).
Sulkowski: Lettre de Malte K
De grands événements se préparent et un coup décisif vient de se frapper! Je me peins ton impatience à en connaître les détails et je me hâte de la satisfaire.
Tu connais l'aspect imposant qu'offraient les plans conçus par le gouvernement! Pendant que des apprêts formidables inquiétaient déjà l'Angleterre depuis le Texel jusqu'à Rochefort, que ses flottes paralysées se concentrent à la défense de ses
1 Voir aux Archives historiques de la Guerre à Paris N° 14490 du registre impérial (15 feuilles): «Notes sur l'expédition d'Egypte en l'an VII de la rép., depuis l'embarquement à Toulon jusqu'à la bataille de Chebreisse« avec cette remarque: »ces notes sont présumées être d'un aide de camp du g-al Bonaparte nommé Sulkovvsky«. C'est à la première partie de ce manuscrit autographe qu'on donne le titre de lettre de Malte. Cette lettre ne fut ni signée, ni adressée; elle est écrite dans le genre littéraire du XVIII s., très commun alors, (voir autres pièces autographes de Sulkowski dans l'édition de S* Albin). Cette pièce importante n'était pas complètement inconnue. M. le commandant Guitry en cite quelques pages dans: L'armée de Bonaparte en Egypte 1798— 1799 [PsiTis 1891, p. 61—4, 106—8), mais avec une légèreté un peu choquante, conforme du reste au caractère tout à fait populaire de son livre. M. de La Jonquière s'est également servi de ce document dans son ouvrage excellent sur L'Expédition d'Egypte (I. 464, 594, 604-6; II. 9, 10, 32, 34-5, 104-5, 138, 141, 143, 145, 156, 158, 161, 167, 178—9). Il essaya avec beaucoup de peine de déchiffrer les parties les plus essentielles d'un texte souvent bien difficile à lire. Ses effort» ne furent pas toujours couronnés de succès. Nous ne fûmes pas plus heureux et force nous a été de laisser dans la deuxième partie du récit de nombreuses lacunes. Nous ne crûmes pas de notre devoir conserver l'orthographe originale, nous citons seulement dans nos références les fautes les plus remarquables. Sulkowski écrit en général: isle (île), quar ré {carré) ^ hled (blé), solemnel (solennel), principeaux (principaux), ce (se), tout (tous), était (étaient), cens (cent), chaque (chacune), habitans, oeuil, terrein, l'hasard, brieg, Malthe, fauxbourgs, burg etc. Les Polonais en Egypte. 1
côtes, nous menaçons tout à coup la Méditerranée par des armements nombreux ^
Cinq convois s'approvisionnent 2, les bataillons ^ refluent vers les ports et une escadre de quinze vaisseaux de ligne se prépare à protéger les efforts de trente mille combattants.
Le général en chef arrive* à Toulon; il rassemble les troupes qui s'y trouvent, et croit devoir redoubler leur ardeur en offrant 5 de nouvelles chances à leur espoir. Il leur retrace, en peu de mots, les souffrances qu'ils endurèrent sur le sommet aride des Alpes, leur disette, leur misère, il leur rappelle le bien-être qu'il leur procura par la conquête de l'Italie, le butin qu'ils y avaient acquis; il leur promet dans cette nouvelle entreprise les mêmes avantages, et en outre six arpents de terre à chacun. Des cris de: »Vive Bonaparte !« l'interrompent et se prolongent^.
Les ordres du départ ne tardent pas à se donner, et nous levons l'ancre le 30 floréal ^ après la jonction du convoi de Marseille ^.
En mer rien n'est plus difficile que de faire aller de conserve un grand nombre de bâtiments dont la marche est essentiellement différente, et de même rien n'est plus épineux! que d'indiquer un lieu de rassemblement à des convois que l'on, doit protéger, et qu'on ne surveille pas à leur sortie du port.i
* Biffé: qu'ils fixent ses flottes dans.., ne songent qu'à défendre ses côtes, un armement nombreux menace . . .
2 Biffé: se préparent, rassemblent, s'aguerrirent...
^ Biffé : les troupes se rassemblent . . .
4 9 mai 1798.
^ Voir LaJonquière 1.461—4, Bourrienne: ilfemotVes (Paris 1839), II. 56 — 8, Vigo Roussillon: L'expédition d'Egypte {Bévue des Deux- Mondes t. 100, p. 581-2).
6 Dominique di Pietro: Voyage historique en Egypte, pendant les campagnes des généraux Bonaparte, Kleher et Menou (Paris 1818) p. 38—9. >I1 est impossible de peindre l'ardeur qui régnait parmi les braves... La présence du général Bonaparte inspirait aux troupes une confiance sans] bornes. La fortune de ce grand homme électrisait jusqu'au dernier de sesj soldats. L'enthousiasme était général. Je ne puis mieux le comparer qu'à celui qui animait ces aventuriers Espagnols qui, lors de la découverte du nouveau monde, partaient en foule pour aller en arracher les trésors».
' 19 mai 1798.
« 18 mai.
.ETTRE DE MALTE
Nous en fîmes l'expérience! Les convois de Gênes ^ et de Corse 2, que nous vînmes chercher à leur mouillage, joignirent l'armée, mais celui de Civita-Vecchia, auquel on indiqua un point de jonction plus éloigné, courut les plus grands risques.
Le Commodore Nelson croisait dans la Méditerranée avec trois vaisseaux de ligne, il bloquait depuis quelques jours une division de frégates espagnoles qui était entrée dans le port de Mahon, lorsqu'il les quitte et va mouiller en Sardaigne presque à notre portée. Il serait difficile d'affirmer si le mouvement qu'il exécuta après, est dû au hasard ou à son audace, mais il manqua de nous être funeste K Notre sortie de Toulon devait lui être connue, et notre route vers les parages du Levant avait dès longtemps cessé d'être un secret^. En pareille circonstance, parvenue à la vue du stad de la Sardaigne, on quitte ^ cette île pour cingler en droiture sur le cap Bon en Afrique, mais ^ (elle)^ tint une route différente et longea la Sardaigne jusqu'à la hauteur de Cagfiari. Or Nelson alla^ couper la ligne de marche qu'il pouvait présumer que nous parcourions. Il ne rencontra
1 21 mai.
2 27 et 28 mai.
3 Voir La Jonquière I. 534 — 7: Positions et distances des flottes française et anglaise du 30 floréal an VI au 15 thermidor an VI (19 mai — 2 août 1798); E. de Viiliers du Terrage: Journal et souvenirs... (Paris 1899), p. 24.
^ Voir Corr. XXIX (Campagnes d'Egypte et de Syrie), p. 365, 378; Capitaine Thurman: Bonaparte en Egypte. Souvenirs publiés . . . par le comte lleury (Paris 1902), p. 2; Arnault A, V.: Souvenirs d'un sexagénaire (Paris 1833), IV. p. 32; (L. Reybaud): Histoire scientifique et militaire de l'expédition française en Egypte (Paris 1830—6), III. p. 35, 37; Niello Sargy: Mémoires (Paris 1825), I. p. 1.8; Bévue d'Egypte, recueil mensuel de documents historiques et géographiques relatifs à V Egypte et aux pays voisins Soudan, Arabie, Palestine, Syrie etc. etc. publié sous la direction de Ch. Gaillardot bey (Le Caire 1895), p. 41 (lettre de Charles Wilkinson); D es ver n ois: Mémoires 1789— 1815 (Paris 1898), p. 93; V Agenda de Malus (Paris 1892), p. 35; Jacques Miot, commissaire des guerres à l'armée d'Egypte: Mémoires... (Paris, an XII — 1804), p. 13—5; La Jonquière I. 191, 252—4, 320—1, 327—9, 397—8, 493, 564.
5 Biffé: on quitte ordinairement le stad...
•^ Biffé: pendant que la route que nous tînmes, fut différente, car nous longeâmes . . .
' Mot illisible; probablement »elle« c. à d. la flotte.
8 Biffé: de son côté va...
pas l'armée là, mais il prit un brick ^ armé qui se trouva sur son chemin. Ce brick ^ avait été envoyé ^ à la rencontre du convoi de Civita-Vecchia qui errait dans ces mers sous l'escorte d'une seule frégate*. Je n'ai aucun doute que Nelson instruit de ce fait n'ait astreint ses efforts à le rencontrer pour obtenir une victoire aussi décisive ^ Le génie de la liberté qui préside à nos succès, empêcha apparemment cette rencontre désastreuse^, qui nous aurait privé de six mille guerriers de l'armée d'Italie.
Nous restâmes dix jours dans cette perplexité, connaissant la démarche ^ de Nelson, car il avait donné la chasse à une de nos frégates^ et, n'ayant aucune nouvelle du convoi, nous partîmes enfin pour Malte, et le premier objet qui se présenta à nous aux attirages de cette île, est ce même convoi! Un bonheur aussi extraordinaire ^ servit d'augure favorable pour l'attaque de l'île dont on ne tarda pas à organiser les apprêts.
Je 10 fus du nombre de ceux qui reconnurent le lieu de débarquement. Le lendemain '^\ il s'exécuta dans quatre endroits. Le général Reynier devait attaquer le Goze ^^^ le général Baraguey d'Hilliers la cale de Saint-Paul, les ^^ généraux Desaix et Vaubois devaient cerner la cité Valette. Le point de jonction j de ces deux dernières divisions était l'aqueduc, qui conduit i*|' dans la forteresse le seul filet d'eau qui existe ^^ dans l'île. Ce 1 poste important devait naturellement être le plus défendu, etf le hasard fit qu'il n'y eut que l'avant-garde de la brigade de ' Marmont qui surmonta les obstacles que l'on nous y opposa.
Le convoi que commandait Desaix, ayant beaucoup dérivé
1 Biffé: Il rencontre un brieg armé et le prend...
2 Gorcyre.
3 31 mai.
* La Courageuse.
5 Barré: aisée, mais...
« Une rencontre aussi désastreuse...
' La route.
^ La Justice.
» Biffé: constant...
*o Voir La Jonquière I. 604—6; Guitry 61—4.
" 22 prairial (10 juin).
" Gozzo (La Jonquière 1. &62).
^3 La Jonquière et Guitry mettent ici: et...
^* Barré: conduisait...
*5 Biffé: qu'il y a dans l'isle, qui y court...
LETTRE DE MALTE
par les courants, se trouvant si éloigné de terre que ce général ne put exécuter son débarquement à Marsa-Scirocco ^ (deux lieues au-dessous de la ville) que vers les six heures du soir, pendant que Vaubois était déjà à terre, deux lieues au-dessus de Malte, douze heures avant 2.
Le général en chef avait partagé à^ deux la division Vaubois. Le général Lannes, avec sept bataillons, avait la tâche* de longer le port de Marsa-Musciet, à la droite de Malte, et (en y entrant^) de chercher à s'emparer d'un des forts qui commandent l'entrée; pendant que cinq bataillons, sous les ordres de l'aide de camp Marmont, devaient marcher droit à l'aqueduc et barrer l'isthme qui joint la cité Valette au reste de l'île, [l m'assigna pour mon poste l'avant-garde de cette brigade composée de plusieurs compagnies de carabiniers que je devais ofuider.
Nous partîmes le 22 prairial, de VOrient à la pointe du jour; toutes les chaloupes avaient été rassemblées à l'abri de ce vaisseau. L'ennemi ne défendit que faiblement le débarquement, 3ar il fut surpris; ce n'est qu'une heure plus tard, lorsque nous avions déjà gravi plusieurs coteaux qu'il vint engager une fusillade insignifiante. Lorsque Marmont eut réuni toutes ses fores, il marcha en avant. L'on nous avait avertis que l'ennemi lous attendait; mais il fut impossible de le reconnaître dans m pays barré par un dédale de murailles sèches qui contourlent chaque champ. Je m'avançais vers les tirailleurs, lorsque
* »Ohiroco«. Voir les cartes de cette époqua et la description de Malte La J on qui ère I. 587—590, 597).
2 Guitry: »Vaubois était déjà à terre deux heures avant«. C'est une Inodification du texte original tout à fait injuste. Voir journal de Savary, d'aide de camp du général Desaix (La Jonquière L 601—2): »Le Frandin... avait reçu ordre de se rendre dans le sud de l'île pour seconder it couvrir notre débarquement... Le général Kleber le montait. 11 nous mvoya à midi une chaloupe... L'on embarqua la 21^ demi-brigade légère, it nous nous mîmes en chemin dans le sud pour aller débarquer. La traversée était extrêmement longue. Il nous fallut ramer plus de quatre heu- •es pour y arriver...»
' La Jonquière et Guitry: »en«.
* Biffé: devait.
^ La Jonquière et Guitry lisent: >sans y entrer et de chercher à 'emparer«. Voir les instructions données au général Vaubois {Corr. IV. 627, La Jonquière L 583).
je trouvais 1 déjà ceux-ci engagés. Les Maltais s'étaient placés derrière l'aqueduc même, car il domine les alentours; ils occupaient aussi plusieurs maisons et une muraille leur servait de parapet. Les tirailleurs furent repoussés, et je voyais l'instant où l'ennemi, enhardi, aurait prolongé sa défense. Sans attendre le reste de la demi-brigade, je perçai avec les grenadiers par un chemin à demi-couvert; on les joignit; une décharge à brûlepourpoint les déconcerte, et ils fuient en déroute; l'habitude de sauter des murailles les préserva du trépas, nous n'en tuâmes qu'une quinzaine, et un ^ drapeau rouge que j'atteignis, moi troisième, [fut^] pris. Ce choc fut court mais vif; nous ne tardâmes pas à en avoir un autre. Marmont qui, pendant ce temps, avait enfoncé la droite des ennemis, plaça ses troupes militairement et m'envoya reconnaître la ville, en me soutenant d'unbataillon. Je m'approche des portes, et mes tirailleurs s'engagent malgré moi; alors cinq cents hommes, qui se trouvaient sur le glacis, les serrent et les poussent à leur tour. Ceci enhardit la garnison et elle tenta une sortie. Mon dessein était i de feindre une retraite pour les attirer sur le bataillon; mais l l'ardeur des grenadiers ne me permit pas d'exécuter cette ma- 1 noeuvre; ils ne virent pas plus tôt les ennemis à leur portée j que, fondant dessus au pas de course, ils les forcèrent de sel renfermer dans leurs murailles *. Le soir, les Maltais tâtèrent f encore inutilement nos avant-postes, et, la nuit, une forte fusillade, du côté de Desaix, nous mit à même de nous convaincre! que ce général avait rempli son but; effectivement, il venait' de s'emparer des forts qui commandent la rade de Marsa-Sciroco et venait pour cerner la ville de l'autre côté.
Ceci se passait au dehors de la ville, lorsqu'un événement inattendu vint nous livrer cette place formidable.
* La Jonquière: »trouvai«...
2 Biffé: le.
3 Ce mot ne se trouve pas dans texte original; mais notre version, qui est aussi celle de M. de La Jonquière, est conforme au sens général de la phrase.
* Voir : Corr. XXIX, p. 372—3 ; ThurmanS; Marmont: Mémoires du maréchal..., duc de Eaguse, de 1792 à 1841 (Paris 1857) L 358—9; Doublet: Mémoires historiques sur l'invasion et l'occupation de Malte par une >• armée française en 1798 par... chef de la Secrétairerie française du Grand Maître... (Paris 1883), p. 165.
LETTRE DE MALTE
Malte est fameuse par sa force; ses remparts, taillés dans le roc vif, sont presque inexpugnables; 910 canons ^ en défendaient l'approche; un million de poudre, et du grain ^ pour six mois, éloignait^ l'espoir de la forcer par un blocus; il ne fallait à ses défenseurs que d'être passifs derrière leur quadruple rang de bastions, en nous laissant la tâche pénible de rompre ces rocs, et de végéter sur un terrain aride qui n'offrait point de ressources en vivres et où une seule source d'eau devait alimenter toute l'armée. Mais l'esprit révolutionnaire a été * encore ici le principe de nos succès!
Dans ^ ce gouvernement oppressif la haine contre les chevaliers était à son comble, cent mille individus ne pouvaient voir sans horreur une caste armée et peu nombreuse, se jouer de l'honneur des familles et de la bonne foi des habitants, pendant qu'ils insultaient à leur faiblesse en les forçant d'étouffer même leurs plaintes. Toutes les causes civiles étaient soumises à*^ l'arbitrage du grand maître. Les hommes, chargés de faire l'application des lois, ces individus qui sous régime ^ monarchique sont les seuls intermédiaires entre le souverain et le peuple, devaient à Malte borner leur ministère à des rapports insidieux, la volonté du grand maître n'avait pas de frein % l'humeur, l'ignorance, ou la cupidité pouvait dicter ^ les arrêts d'où dépendait la propriété ^^ des habitants. Le peuple ne payait rien à la vérité pour cette terre ingrate qui après un travail opiniâtre ne le nourrissait que trois mois, mais tous les objets d'industrie qui, vu la stérilité du sol, devenait réellement la source de son existence, étaient grevés par des douanes exor-
1 Ce nombre est tout à fait exact; voir: Aperçu des principaux objets de l'artillerie de la place de Malte (La Jonquière I. 645).
2 La Jonquière (L 594) lit: »...du pain... éloignaient* . . . L'examen attentif de l'original ne laisse cependant pas de doute sur l'exactitude de notre version.
3 Biffé: diminuait.
4 fut.
^ Guitry 64.
^ Biffé: au grand maître...
' Biffé: dans le pays...
^ était tout...
^ dictaient...
*<> l'honneur et la propriété...
bitantes. A ces maux s'ajoutait le contraste le plus affligeant: j pendant que les Maltais ^ gémissaient sous un despotisme illi* j mité-, ils voyaient devant eux ^ l'image d'un gouvernement*! paternel et juste, c'est celui de l'ordre même. Ses ^ statuts pourraient être comparés à ceux ^ d'une république; on y a multiplié la garantie des droits de chaque membre, et l'arbitralité ^ du chef ou du grand ^ conseil trouverait une entrave dans chaque forme qu'ils ont à remplir^.
Aussi 10 l'esprit de la liberté avait déjà percé dans cette île^^ les chevaliers craignaient qu'il ne se propageât et les cachots
1 Biffé; qu'ils.
2 le despotisme le plus illimité.
3 sous leurs yeux.
* du bonheur civil, basé sur l'équité, dans le régime paternel d'après lequel l'ordre se gouvernait...
5 »Ces« statuts (dans texte original).
6 Biffé : sont réellement ceux . . .
7 l'arbitraire. ..
8 de son...
^ 24: lignes biffées: Il eut été impossible que dans un siècle aussi éclairé, où tous les hommes commencent à discerner leur droit, le Maltais eut été le seul à ne pas désirer de pouvoir s'en ressaisir. Aussi les chevaliers commençaient récemment (déjà) à craindre la propagande de cet esprit de liberté, plusieurs individus avaient déjà été incarcérés (jetés aux fers d'...) sur le moindre soupçon et d'autres forcés de s'expatrier, lorsque l'escadre parut tout à coup à (vers) la vue de l'île. Le tocsin sonne. L'effroi d'un côté, de l'autre l'obéissance à un régime qui existait encore, force les habitants en campagne à s'enfermer dans la ville, ils accourent de toutes parts et on les arme. Jusqu'alors nos intentions étaient inconnues, mais lorsque le débarquement les eut dévoilées, le peuple placé entre la destruction et le joug ne tarde pas à prendre un parti.
Aussi (mais) l'esprit de la hberté avait déjà percé parmi les Maltais, et les chevahers, craignant qu'il ne se propage, plongeaient (jetaient) dans les cachots (avaient déjà rempli, condamné, enseveli, ouvert les cachots pour...) ceux sur lesquels tombaient leurs soupçons... pendant que ceux qui conçurent être soupçonnés, se hâtaient d'éviter le même sort par un exil volontaire. Telle était la situation des choses lorsque l'escadre parut. Le tocsin sonna, (cela) (l'effroi d'un côté, de l'autre) la crainte de l'ennemi et l'obéissance à un régime encore existant fit refluer (força... de s'enfermer) les habitants de la campagne dans la cité, ils accoururent de toutes parts (et prennent) et on leur distribue les armes.
*o Biffé: mais.
" parmi les Maltais.
LETTRE DE MALTE
recelaient les victimes de leurs soupçons^ pendant [que] la crainte seule de ce soupçon fît^ choisir [à] un grand nombre d'individus^ un exil volontaire. Telle était la situation des choses: lorsque l'escadre parut, on sonna le tocsin*; soit [par] crainte des ennemis, soit [par] obéissance pour le régime existant, les habitants des villages accourent au secours de la capitale, mais réunis et armés ils sentirent leur force, et sitôt que le débarquement leur eut garanti ^ nos intentions, on ne tarda pas à manifester^ leur haine pour le joug qui les gênait.
Les chevaliers avaient posté l'élite de leurs troupes dans la cité Valette, comme le point ^ le plus menacé. Le seul bataillon des galères devait surveiller^ les immenses ouvrages au delà du port, ainsi que la vaste enceinte de la Cottonère, construite dans le temps pour contenir tous les habitants de l'île ^. Ces postes n'étaient donc réellement gardés que par les paysans et surtout par les habitants des faubourgs, tous ennemis jurés de l'ordre et issus des anciens régnicoles de Malte. L'insurrection commença dans ces endroits. Un quiproquo, qui fît prendre des individus chargés de couper un pont pour un détachement français, ayant engagé une fusillade, plusieurs chevaliers quittèrent leur poste. A cette vue, le peuple se met en fureur; il croit qu'on le trahit et demande à être conduit par d'autres ^^ contre ^^ les ennemis et de sortir des retranchements. Sur le refus qu'en
* plongeaient dans des cachots tous ceux qui étaient soupçonnés. ' obligea.
3 d'autres.
* le tocsin sonna, alors.
5 dévoilé.
* ils ne tardèrent pas à prendre leur parti, on ne tarde les voir suivre. ' poste.
8 surveillait.
8 Voir la description de Theviotte (La Jonquière I. 587—90): »Cette ville, bâtie sur des rochers en amphithéâtre autour des ports creusés par la nature, est composée de cinq autres villes: la cité Valette, la cité Floriane à l'ouest; la cité Victorieuse, la cité Sangle au centre; la cité Bormola à l'est... La cité Cottonera... enveloppe les trois précédentes... Cottonera est une immense ligne bastionnée servant de camp retranché... Il faut 15.000 hommes au moins pour la défendre... Il y avait à peine 1.500 hommes«.
" La Jonquière (I. 605) lit: »pour marcher»... Voir Guitry 64.
" Biffé: au devant des...
fit le bailli, qui les commandait ^, il fut massacré 2; des ^ compas'nons eurent le même sort et la fuite seule préserva les autres chevaliers du trépas ^. Cet acte de vengeance fut suivi d'une décharge générale; après quoi le peuple, laissant les postes^ de l'enceinte à l'abandon, retourne ^ sur ses pas et s'empare des faubourgs.
Cette nouvelle désastreuse parvint au grand maître Hompesch dans l'instant même où la sortie de la garnison de la> i cité venait d'être si vigoureusement repoussée. Ce vieillard sexagénaire, digne de combattre pour une meilleure cause, ne '" i fit que redoubler d'énergie. Il ordonne, sur le champ, de concentrer dans la cité les munitions et les vivres, il fait braquer i du canon sur les insurgés, il annonce que l'on se défendra jus-i qu'à la dernière extrémité; il y eut même des individus qui | proposèrent de faire sauter la forteresse dans un cas de détresse; mais le peuple de la ville ne partageait pas cette ardeur guer- i rière, l'attente d'un bombardement effrayait ^ tous les esprits ', j et l'exemple des faubourgs leur indiquait les moyens de s'eaH affranchir.
A l'issue d'une procession solennelle, par laquelle les chef& , avaient espéré de pouvoir électriser les esprits, les citoyens qui J gardaient le donjon des Chevaliers s'insurgent, blessent divers membres de la religion qui s'y trouvent, incarcèrent les autres et font cesser le feu que ce donjon n'avait cessé de faire sur la brigade de Lannes. En même temps, tous les propriétaires s'assemblent, dressent une requête, choisissent des députés et se présentent le soir devant la congrégation de défense, où présidait le grand maître. Le contenu de la requête était la demande de la paix, le refus d'exposer leurs vies et leurs propriétés pour la défense de l'Ordre et la menace de livrer la ville aux Français, si on s'obstinait à ne pas traiter avec eux.
* commandait dans l'enceinte.
2 massacré à l'instant avec ceux qui l'entouraient, la...
^ La Jonquière lit: »ses«.
4 Voir: Relation... par frère... Vie Cesarini (La Jonquière L 599).
^ La Jonquière lit: »portes«.
6 quittèrent...
' La Jonquière et Guitry lisent: »n'en<... uBÉ
8 Biffé: il voyait avec effroi... «ï*
8 Voir: Doublet 165—6, 172; Desvernois 95: Corr. XXIX. p. 374
LETTRE DE MALTE 11
Cette requête, soutenue par les cris d'un peuple armé et furieux, convainquit le grand maître qu'il n'avait ^ d'espoir que dans la loyauté de la République ^ française, et il capitula dès le lendemain. Ce fut le dernier acte de souveraineté de l'Ordre de S. Jean ^
Un sentiment généreux, celui de secourir l'opprimé, présida à la fondation des hospitaliers; un état habituel de guerre en fît des soldats indomptables*, leur appui prolongea ^ le règne des Francs dans la Palestine et deux siècles après l'Europe voyait encore avec respect une poignée de chevaliers opposer une barrière insurmontable à l'élan dévastateur des Turcs. Mais la force même de l'île de Malte devint la cause de leur décadence, une trop grande sécurité fît naître la mollesse, leurs guerriers n'allaient plus dompter le Maure à Tripoli et à Sphaxe, et leurs galères loin d'offrir un appui à tous les navigateurs^ parodiaient^ dans une caravane les ^ courses pénibles de leurs prédécesseurs. La jeunesse militaire de l'Europe cessa d'aller^ à Malte faire ses premières armes ^, ce respect même que tant de familles anciennes décorées de la croix inspiraient au vulgaire ignorant, disparut dès qu'on put l'acquérir par l'or ou l'intrigue. Enfin, en somme, l'on n'y voyait plus le gage de ses
1 Biffé: ne pouvait...
' nation.,.
' Relation par Vie Cesarini: »Le général en chef a pénétré dans l'île par la trahison de nos milices. Ils (les chefs de la conspiration) insinuent... au peuple que ce sont les chevaliers français qui furent les premiers à l'y introduire ... La méfiance, la terreur et le meutre passent dans le coeur du soldat... On annonce que les commandants généraux sont en arrestation dans les forts, les ordres et subsistances interceptés, les poudres semées sur les routes ou dans les citernes, les batteries enclouées, les milices licenciées et les corps de deux chevaliers traînés dans les rues... La nuit du 10 au 11, les auteurs mêmes de tous ces désordres, des nobles et des jurats maltais, représentent séditieusement au grand maître... que tout... impose... de condescendre... à cette même capitulation dont ils sortent eux-mêmes de signer les préUminaires chez le consul de Hollande...»
* Biffé: longtemps les trônes chancelants de Jérusalem et de Chypre n'eurent . . .
' d'un demi... l'existence des...
^ ne faisaient plus que parodier...
' leurs nautiques...
s ne venait plus...
9 Doublet p. 12, 14-6.
anciennes institutions i, lorsque la révolution survint. Dès lors sa chute fut certaine. La philosophie dissipa le prestige qui environnait un édifice désormais inutile ^ et nos arnnées en plantant le drapeau tricolore sur l'église de S. Jean firent commencer la postérité pour ce corps politique récemment détruit 3.
Sutkowskî: Notes sur l'expédition d'Egypte.
Quelque secret qu'on eut mis dans les premiers ordres pour les armements de Toulon, la nouvelle en perça jusqu'au cabinet de Londres et douze vaisseaux équipés à la hâte dans la Tamise lui* parurent suffisants pour en arrêter les progrès. Une activité surprenante ^ suppléa dans un port au manque effrayant de ressources ^, et notre flotte, ainsi que le convoi, purent mettre à la voile avant que les Anglais eussent quitté les dunes. Un bonheur ^ non moins rare sauva le tiers du convoi du coup^ que lui préparait l'audace du commodore Nelson. Et ce même bonheur fit prendre en deux [jours] la place la plus formidable des deux hémisphères.
Mais^ ces^^ succès n'avaient encore diminué en rien l'état ^^ de crise dans lequel nous nous trouvions relativement à un ennemi supérieur s'il nous joignait, forcés alors de le combattre avec des vaisseaux encombrés d'attirails, et dont^^ la tâche pénible était de défendre un convoi immense ^^ et incohérent, que vingt jours de navigation nous avaient montré aussi incapable
1 Biffé: Enfin la masse de l'ordre entier avait cessé de présenter un..
2 mais étayé par son ancien lustre et par sept siècles d'existence
3 Voir Corr. XXIX. 367—9.
* Biffé: leur.
5 Voir La Jonquière I. 197-528, 663—73 (les préparatifs de l'expédition).
6 Biffé: ce n'est que par un bonheur rare... que célérité extraordinaire pour un port privé dès longtemps d'une foule de ressources...
' C'est par un bonheur... qu'une partie...
8 de l'audace . . .
» Donc...
10 La Jonquière II. 9—10.
1* Biffé: l'état violent dans lequel...
*2 et dont trois...
*3 Biffé: composé d'alors.
NOTKS SUR L EXPEDITION D ÉGYPTK 1
de se grouper que de fuiri. La célérité, la sagesse, et les vents pouvaient seuls faire réussir cette expédition; on résolut donc de s'abandonner à la merci des derniers, quoique la vraie saison des brises de l'ouest ne se fut pas encore déclarée. La flotte appareilla de Malte le 1 messidor ^ Le même jour, une de nos frégates {la Justice), qui était en croisière sur les côtes d'Italie, distingua une escadre anglaise de seize voiles, qui cinglait vers l'ouest. Elle ne se donna que le temps de les reconnaître et dirigea sa route vers les points de ralliement.
Les vents furent maniables pour nous jusqu'aux atterrages de Candie; là ils [se] renforcèrent et, quoique leur direction fût bonne, nous ne tardâmes pas à sentir le danger dans lequel nous mettaient même les chances les plus ordinaires de la navigation; une seule nuit orageuse dissipa le convoi et fît même perdre la conserve^ aux vaisseaux de guerre. A la petite pointe du jour^, nous n'aperçûmes au bout d'un ciel nébuleux que quelques groupes de bâtiments qui luttaient ^ contre les flots. Le reste s'était réfugié sous la terre ou errait sans obéir à nos signaux de ralliement. Heureusement le vent diminua et, soufflant constamment de ^ l'ouest, facilita à tous les vaisseaux de reprendre la route. Cet événement ne nous coûta que vingtquatre heures de retard; mais il nous prouva ce qu'eût produit une tempête. Deux ^ jours plus tard, une galère de Malte ^ nous apprit la rentrée de la Justice et nous donna des détails vagues sur l'apparition des Anglais.
Dans cette incertitude, on se prépara au combat, toujours
1 Voir: LaJonquière I. 270—1, 274, 277, 367—8, 572—3; E. Che- I valier: Histoire de la marine française sous la première république faii sant suite à l'histoire de la marine française pendant la guerre de Vindé- \ pendance américaine (Paris 1886), p. 2, 3, 5, 52, 223, 225, 234, 266, 336—40, ' 343-4, 345-9.
2 19 juin.
^ La Jonquière lit: »le convoi«...
4 26 juin 1798.
5 »luttent« dans texte original.
^ >vers« dans texte original.
7 Biffé: Le même...
8 Voir Corr. XXIX. 430; Pajol: Kleber, sa vie, sa correspondance {Paria 1877), p. 275.
forçant de voiles sur la Tour-des- Arabes, un point vu ^ à dix lieues à l'ouest'^ d'Alexandrie. Le 12^, nous reconnûmes terre. Le 13-^, une frégate^, que nous avions envoyée en avant pour j prendre langue^, et qui avait réussi à attirer'^ à son bord le consul^ et le chancelier de France^, nous les envoie à ^^ l'Orient et ils nous donnaient les nouvelles suivantes.
Depuis ^^ deux 12 mois environ, l'annonce du projet de l'envahissement de l'Egypte y était parvenue par la voie de Constantinople. Les beys, prévenus, avaient fait des préparatifs ^^ et nous ignorions jusqu'à quel point ils avaient multiplié les obstacles 1*. Mais une nouvelle bien plus étonnante fut celle de l'apparition de la flotte anglaise; quatorze vaisseaux, dont trois à trois ponts, avaient mouillé à la vue d'Alexandrie, le lO^^, au matin: ils avaient répandu l'alarme dans le pays; on les prit pour les Français, depuis longtemps attendus; et, dès ce
1 La Jonquière (II. 10) lit: »connu«...
2 Biffé: au-dessous.
3 12 messidor c. à d. 30 juin.
4 1 juillet.
^ La Junon.
^ Voir Vivant Denon: Voyage dans la basse et la haute Egypte pendant les campagnes du général Bonaparte (Paris an X — 1802), éd. 8°, I. p. 43-4; Charles Norry: Relation de l'expédition d'Egypte... (Paris VII), p. 4.
' Biffé: soustraire...
8 Magallon (neveu).
9 Bracewich (Braswich), chancelier interprète.
10 Biffé: revint vers...
" La Jonquière II. 32.
12 Biffé: trois...
13 Biffé: quelques préparatifs, faibles à la vérité, mais tout l'événement montra qu'ils étaient... mais dans cette circonstance nous ignorions absolument...
1^ C. F. Volney: Voyage en Syrie et en Egypte pendant les années 1783, 1784, et 1785... (Paris 1787), p. 8: «Considérée comme ville de guerre, Alexandrie n'est rien. Il n'a pas quatre canons en état et pas un canonnier qui sache pointer. Les cinq cens Janissaires qui doivent former sa garnison, réduits à moitié, sont des ouvriers qui ne savent que fumer la pipet. B r o w n e W. G. : Nouveau voyage dans la haute et basse Egypte . . . fait depuis les années 1792 jusqu'en 1798... traduit par J. Castéra (Paris an VIII - 1800), I. p. 2.
15 10 messidor c. â d. 28 juin 1798.
NOTES SUR l'expédition D EGYPTE 15
jour, tous les habitants, ainsi qu'une foule de Maures qui se tenait dans les environs, le tout au nonabre de six mille combattants \ avaient pris les armes. Cette tourbe garnissait les murs, pendant que quatre ^ cents cavaliers parcourent la campagne 3. Les Anglais ne séjournent qu'un jour dans la rade* d'Alexandrie; ils appareillent^ leurs voiles ^ mettant le cap au nord-est. C'est tout ce que nous pûmes savoir à leur sujet l Ils n'avaient communiqué qu'un instant avec leur vice-consul s, et leur^ demande se bornait à savoir si le pays était disposé à nous recevoir ou à se défendre.
Il était difficile de se trouver dans une passe plus périlleuse, les ennemis à peine à une journée de distance dont^^ on ignorait les mouvements, qui d'un instant à l'autre pouvaient revenir et nous combattre, tout le convoi mouillé à deux lieues de terre sur une plage découverte, et devant nous^^ une ville armée que l'urgence des événements. .. ^^ forçait d'enlever d'un coup de main. Encore s'il nous avait ^^ été possible de jeter à terre des moyens suffisants ou indispensables, mais avec cet
^ Bifl"é : à peu prés . . .
2 Biffé: à peu près...
8 Voir Copies of original letters from the army of gênerai Bonaparte in Egypte, intercepted hy the fleet under the command of admirai lord Nelson. With an english translation. The second édition (London, printed for J. Wright, 1798), p. 37. L'amiral Brueys au ministre de la marine et des colonies (Bruix), 9 juillet 1798: >...Le consul nous dit qu'on s'attendit depuis longtemps à l'arrivée des Français, qu'il y avait beaucoup de fermentation et une grande inquiétude dans le pays*. Journal d'Abdurrahman Gabarti, pendant Voccupation française en Egypte suivi d'un Précis de la même campagne, par Mou-allem Nicolas El-Turki.. . traduit de Varàbe, jpar Alexandre Cardin... (Paris 1838), p. 6.
* La Jonquière (II. 32) dit: »les eaux« . . .
5 La Jonquière: i>parcouraient« ..., ^séjournèrent*... , «appareillèrent bien vite*. Notre version est plus exacte.
« Biffé: mirent à la voile.
' La Jonquière omit ces trois mots.
8 Carlo Rosetti [Corr. IV. 2737,2921; Browne L 53; La Jonquière II. 345-6).
9 Biffé: toute leur.
10 et dont...
" soi . . .
12 Deux ou trois mots illisibles; peut-être: tant pénibles. 18 Biffé: eut.
élément terrible les moindres opérations trouvent quelquefois des obstacles insurmontables.
La brise d'ouest sur les côtes d'Alexandrie n'est pas un de ces vents, vus aux mois d'été, qu'on sent légèrement planer sur la mer \ soulevant à peine les flots. C'est presque toujours une suite 2 de rafales impétueuses, l'onde poussée par le vent, relancée 2 par des bas fonds, roule des vagues multipliées * qui bouillonnent eau sous des bâtiments 5. Rien n'égale dans ces moments la difliculté d'un débarquement^. Il faut voir les cha-
1 qui plane sur la mer plutôt que . . .
2 une rafale.
^ repoussée.
4 semble bouiller encore autour des bâtiments.
5 On peut lire aussi: sur des brisants.
« Voir: La Jon qui ère IL 37, M. 43 -^ 57, 59; Corr. IV. 2765, XXIX. p. 43L Thurman 17—18: ï>Le temps. .. était... très mauvais... Le point de débarquement devait être la Tour-du-Marabout. Mais l'ordre d'approcher de ce point d'une manière convenable ne put être exécuté, du moins complètement. Il y eut un instant de désordre. Deux vaisseaux s'abordèrent dans leurs manoeuvres, et allèrent tomber sur l'amiral, ce qui força de mouiller sur-le-champ, à plus de trois lieues en mer. Le vent soufflait nord avec violence; les vagues écumantes se brisaient fortement contre les récifs de \ la côte... Vers le midi, toutes les chaloupes étaient réunies autour d'une î galère maltaise que montait Bonaparte... Cette journée fut cruelle. Au milieu d'une mer en fureur, un soleil ardent sur la tête, nos barques se heurtaient en tous sens, se précipitaient violemment les unes contre les autres. Nous ne pouvions réserver les distances qu'à l'aide d'un travail continuel au moyen des perches. Un mal de mer affreux s'empara de tout le monde, jusqu'aux matelots et aux pilotes. C'est ainsi, horriblement ballottés autour de la galère de Bonaparte, que nous passâmes tout le jour; le soir seulement les chaloupes purent se réunir... La galère de Bonaparte avait fixé le point de réunion tout près du banc de récifs où se trouve la passe qui mène à l'anse du Marabout... Au moment du débarquement, nous eûmea une assez vive alarme: on signala une voile de guerre dans le lointain..* Il y eut un instant de cruelle angoisse. Mais bientôt on sut que c'était un vaisseau français... «. Le chasseur Pierre Millet: Souvenirs de la campagne d'Egypte (1798—1801), (Paris 1903), p. 41. »La mer était agitée cejour-là plus qu'elle ne l'avait encore été jusqu'alors. Les maux de coeur ne manquèrent pas à recommencer mieux que jamais«. Bévue d'Egypte, 1895, p. 58. Journal de Kleher: »La mer est on ne peut plus houleuse, je passe du Franklin à la galère où était monté ce jour le général Bonaparte, le passage ou l'enjambée du canot à la galère était le saut périlleux« . . . Villiers du Terrage 39: >La mer est très forte, la côte semée de rochers ; plusieurs accidents se produisent« .Desvernois99. Niello-Sargy