‹ Les Polonais en Egypte, 1798-1801Chapitre 51 sur 115 · MORT DE SULKOWSKI · texte numérisé non relu

MORT DE SULKOWSKI

D'après une gravure du Musée National de Cracovie.

NOTES SUR l'expédition DEGYPTK . 65

plus dans l'homme qui vient au devant de lui, lui apporter de vivres et de l'eau, que de traîtres qui l'assasinent un instant après, des ennemis . . . dont la propriété doit alléger ses soufrances; aussi, en vain les villages entiers semblent nous inviter à les conserver, apportaient-ils tout ce qu'ils avaient pu ramasser de comestibles superflus, nécessaires peut être, leur pénurie les dévorait et la masse qui n'avait pas même pu se désaltérer . . . dans ces endroits isolés comme dans ces lieux aussi dénués à leur colère qu'à leurs besoins. Rien n'y était épargné. Leurs ressources étaient trop modiques , . . i; . . . ces habitante malheureux . . . perdaient tout comme si . . . aurait passé . . . Tous les jours un corps des équipés cherchait les retenir en poussant des cris affreux ... *

Un seul' remède à ce désordre, celui de donner au soldat une nourriture régulière, était impraticable . . . L'officier subalterne, celui qui jouit immédiatement de sa confiance, éprouvait les mêmes besoins . . ., il (s')est rencontré ... le coupable . . . partager . . . butin avec lui. Et les chefs après avoir . . . d'hommes, en certains cas . . . perdre pendant dix heures du jour . . ., soleil ... et ... la chaleur et le soif et la disette . . . quand il se cherchait une nourriture qu'il ne pouvait lui offrir et quand il s' . . . pour une espèce quelconque de soulagement.

A côté de ces hommes presque debtinés nu malheur^ se

>Nous avons l'ennemi par-tout... exactement la Vendée«. Copies of . . . 74: (Damas): sC'est une guerre... pire que celle de la Vendée». Miot p. 31: »... Notre route fut . . . tracée . . . par des cadavres . . .« Pietro p. 53: >Les déserts que nous parcourions étaient semés de victimes de la misère et de la soif Leurs cadavres noircis par l'ardeur du soleil et défigurés par des blessures nombreuses étaient méconnaissables au point qu'on pouvait à peine distinguer s'ils appartenaient à des Français ou à des ennemis*. Journal d'un dragon p. 18—19: >. . .Habitants surprennent les embarcations endormies et pillent les chargements après avoir massacré l'équipage».

^ On peut encore déchiffrer: «pour qu' . . . en route la moindre trace, s'étant gardé . . . quelque fois même . . .«.

2 Copies des... p. 30: ». . .Nous traversons des mers, ...nous pillons les villages, ruinons les habitants et violons leurs femmes, nous risquons de mourir de faim et de soif. .. et tout cela pourquoi, nous l'ignorons encore«. (La Jonquière IL 164, 165-6).

* Biffé: Il n'y avait aucun . . .

* Biffé: que la stupidité faisait... le jouet de leurs tyrans, la pénurie LôB Polonais en Egypte. 5

trouvait une autre caste parfaitement indépendante. Ce sont' les Arabes. i

Ceux qui avoisinent la branche (de Rosette) paraissaient' posséder au supérieur degré les qualités nécessaires . . . perpétuer leur existence. Leur position était plus terrible que celle des autres . . . leur audace et leur agilité supérieure.... Placés entre le fleuve et les sables, ils n'ont point d'emploi.! Les maîtres de l'Egypte dont ils bravent la puissance . . . pouvaient vouloir les détruire . . . Néanmoins ils existent. Il y ^ a des fellahs . . . qu'un courage ... fit repousser leur force . . .| Ennemis du genre humain, n'ayant entr'eux que ces rapports indispensables d'amitié que doit avoir un peuple nomade, . . . leur vie serait un supplice entier, s'ils avaient connu . . . aimables qu'avait l'humanité ... le fruit de travail . . . La ra-j pine . . . leur seul industriel Dans les autres tribus voisines! de l'Arabie, ce vaste continent, ... le vol était plutôt un goût qu'un besoin indispensable; ces quelques biens ... en fruits de la terre pouvaient leur (donner) le sentiment ... de la douleur de la privation et du prix du travail .... Le bédouin dans ces contrées ne connaît d'autres besoins que ceux de lai guerre, d'autre (jouissances) d'existence que la violence ... Le ! sang . . . voilà pour eux . . . jouissance . . . On ne put ... de 1 cette contrée saisir que les rapports qui l'unifîaienf indispen-

t la misère aveuglait, que la misère accablait de privations, qui dans la | grande révolution, ...qui dans la période révolutionnaire...

* Voir Denon 1. 9L — 2: »Le Bédouin est le chasseur primitif; la paresse et l'indép -ndance sont les bases de son caractère ... Là où est le butin, là est l'ennemi des Bédouins». Copie des,., (lettres de Shechy): «Leur manière de vivre est très dure. Ils vivent d'un pain très noir, cuit sur le crotin de leurs chameaux. Leur eau, contenue pendant longtemps dans des sacs de peau de bouc, exposés toujours au soleil, est très puante. Ils trempent leur pain dans une espèce d'huile qui a une très mauvaise odeur». 105 6 (lettre de Lacuée): »Les Arabes Bédouins et les habitants sont aujourd'hui nos seuls ennemis. Les premiers sont indestructibles, voleurs par profession et par institution reçue de race en race«. 180 (Rosis): «Les ^ Arabes sont comme les animaux pillant leur nation comme l'étrangert. j Copies of . . . p. 5, 14t. Browne I. 86: »Je n'ai jamais appris que les Arabes errants payassent aucun tribu régulier. Lorsqu'ils s'approchent trop des villes, ils sont quelquefois repoussés et pillés; mais en général les beys semblent disposés à vivre en bonne intelligence avec eux, et ils les ménagent pour leur propre sûreté, en cas qu'ils soient écartés du gouvernements"

NOTES SUR l'eXI^ÉDITION d'ÉGVFTE 67

sablement dans sa position, car décrire leurs usages, leurs mœurs, leurs idées, est une chose impossible, il aurait fallu dès lors se rapporter aux opinions des auteurs et elles sont si insuffisantes . . .^

Les bédouins que nous vîmes, sont des hommes d'une moyenne taille, le teint très bronzé, les yeux hagards et petits 2, ou plutôt leur physionomie ^ semble fixer tous traits qui caractérisent ce mouvement de construction commun ^ chez les autres hommes lorsque leur figure est frappée par le résultat momentané que cause l'éblouissement d'une lueur sur abondante ^ Ce qui les distingue encore est leur pomme d'Adam entièrement . . . qu'un cou très sec et long fait ressortir davantage. Leurs membres sont bien musclés et décharnés sans avoir néanmoins cette maigreur^ de la faiblesse, leur corps coulé le cou tendu dans l'attitude habituelle d'un homme qui se baisse pour éviter les rayons du soleil. Leurs vêtements consistent d'une espèce de linge de laine blanche dont ils se font une tunique soutenue ^ par une ceinture et . . . d'un capuchon, pendant qu'un second morceau de cette laine est lentement plié sur leurs épaules comme un chapeau, tout cela couvre leur tête d'une seconde couverture qui la garantit du chaud. Ils ne connaissent . . . chaussure que des bottines jaunes. Leurs armes consistent en un fusil assez long . . ., un sabre, un . . . long couteau de la garde de deux pieds . . . dans la (gaine) pour d'entrer ... la lame, encore moins se servent de pistolets. Leur selle a la forme de toutes les selles-arches, un pommeau ... et une œuvre d'un pied de . . . avec des étriers aussi longs que les pieds. — Mais ce qui fait la force et la . . . de Bédouin, est son cheval.

On pourrait, quant à la conformité physique, presque trouver aux chevaux existant les mêmes rapports entr'eux et leur

^ On peut déchiffrer encore ces mots: »le... les voyait avec mépris, l'habitant môme ... et quand . . . avec eux d'entrer . . . que ceux de la guerre. . . aussi que dans ce point de... que l'on peut trouver quelques détails*.

' Voir Dénon I. 138.

' Biffé: apparence habituelle fixée.

* qui chez tous les hommes n'est qu'un . . .

* que leur cause un trop grand jour ou les rayons du soleil.

* ceinte.

68 SUtKOWSKl

espèce que ceux qui existent entre leurs maîtres et les autres hommes. Leur ... est bien fme, l'œil étincelant^, les jambes nerveuses, le poitrail léger et la croupe maigre quoique sa charpente soit accomplie, leur queue est ordinairement courte et peu touffue, elle se dresse horizontalement lorsqu'il court et leur crin se hérisse au leur cou. Le cheval arabe n'est pas grand, sa prestance dans les attitudes ordinaires ne paraît pas distinguée 2, mais c'est à la course, c'est dans l'aile qu'il faut le voir. C'est ces qualités que les rendent inestimables. Leur rapidité est telle que l'homme qui vous menaçait de son feu, part et disparaît au point de ne plus pouvoir le distinguer, dans moins de temps qu'il n'en faut pour charger ses armes. Nous les vîmes, ces animaux justement célèbres tenter parcourir . . . d'un trait des campagnes, sillonner . . . dans ces chemins ne pouvant faire un pas sans s'enfoncer les pieds . . . C'est avec de tels moyens que les Arabes bravaient les redoutables phalanges que nous avions débarquées ^ en Egypte. Dès la pointe du jour ils se montrent sur nos flancs et dans les intervalles de divisions. Il eût été inutile d'envoyer de la cavalerie, nos chevaux ne les auraient jamais joints s'ils fuyaient et il était impossible de leur échapper s'ils veulent en être poursuivant. Un . . .^ continuel leur permettait charger leurs fusils ... et leur tir était presque toujours meurtrier. S'ils voyaient un (détachement) disséminé, un homme isolé, ... ils viennent fondre (sur lui) comme un oiseau de proie, le dépouiller et le tuer était l'aftaire d'un instant, et ces événements douloureux se répétaient à chaque heure du jour, surtout la foule de marche de l'armée suivant à cent pas de nos colonnes (était) ... le jouet des balles qu'on (tira) plusieurs sur eux.

1 Biffé: farouche.

2 Voir Campagnes d'Egypte et de Syrie 1798 ■— 1799. Mémoires pour servir à Vhistoire de Napoléon dictés par lui même à Sainte-Hélène, et publiés par lé général Bertrand (Paris 1847), préface p. XXIX: »Nous nous mîmes en marche, escortés par des Arabes dont le costume, la figure maigre et noire nous parurent aussi tristes que le désert qui nous environnait. Ils étaient montés sur des haridelles qui ne nous donnèrent pas une grande idée des chevaux arabes. «

' Biffé: transportées. * Leur habilité.

Rarement un de nos coups a fait justice de ces assassinats, et leur ardeur . . . pris des dépouilles de nos frères d'armes.

Ce qui augmentait considérablement leur audace, est l'appui qu'ils trouvaient chez les habitants des campagnes. Ceux-ci les considéraient comme des gens plus indomptables que tous mamlouks qui fuyèrent devant nous et comme des hommes qui vengeaient sur nous le.-^ maux qu'on leur causait. Il était malheur, effectivement, de se faire haïr (par) des hommes qu'on venait délivrer de l'esclavage i, mais l'on avait épuisé toutes les combinaisons philanthropiques, qu'il eût été impossible d'obtenir des rapports d'amitié entre classe envahissante guidée par le besoin pour l'accaparer et une classe malheureuse qui voyait que Ton répandit avec apparence l'abandon de leurs individus que pour les dévastations et la violence.

Telles sont en masse les principales circonstances qui accompagnaient la marche de notre armée pendant plus de trente lieues. Nous traversâmes cet espace avec une rapidité extrême, mais qui aurait fini par nous excéder de fatigue au point de devenir un obstacle décisif au notre mouvement 2. Tout homme I qui avait le malheur de se s*)umettre à la lassitude, le fer des

* Voir Revue d'Egypte, avril 1896 (Mémoire de St. Priest) p. 663: >0n publiera . . . qu'on n'est venu que pour les délivrer de la tyrannie des beys et des étrangers attachés à leur service*. La Jonquièrel 167 (rapport de Talleyrand): »Ce peuple nous verra avec transport; il désire depuis longtemps que nous venions le délivrer de ses oppresseurs; il faut donc l'empêcher de croire qu'il n'aurait fait qu'en changer*. Corr. IV 2723 (proclamation du 2 juillet 1798): »... Peuples de l'Egypte... je viens vous restituer vos droits, punir les usurpateurs . . . Tous les hommes sont égaux devant Dieu ... Le peuple sera heureux . . . Gloire au 8ultan ! gloire à l'armée française, son amie ! malédiction aux Mameluks, et bonheur aux peuples d'Egypte*. 2818. Copies 0/ . . . p. 11 (lettre de Jaubert): »Tout nous promet qu'avant peu de temps, au despotisme imprévoyant des Mamelouks, et à l'apathie des Egyptiens, auront succédé un gouvernement créateur, et une émulation jusqu'à présent inconnue parmi les habitans.« Journal d'un dragon p. 18: Pillage >dans un pays que nous venons délivrer de ses oppresseurs< . Martin I 148: »Les jeux charmaient l'ennui de la navigation, et les soldats représentaient une comédie de leur invention dont le sujet était presque toujours la délivrance d'une esclave du sérail, son enlèvement des mains d'un vieux Turc, et son mariage avec le soldat français son libérateur. «

' Biffé : œuvre.

Arabes le moissonnait; il était impossible de le faire suivre^ car nous n'avions point de moyens de transport . . . quarante,! blessés que l'on avait entassés dans un bourg- furent quelques heures après massacrés par les habitants. Les (provisions) ^ san^ être nulles, ne se trouvaient pas suffisantes. Le pain, cette base de la nourriture des Européens, auquel les Français malheureusement sont trop accoutumés, manquait tout à fait,quelques gâteaux vendus, cuits dans les pays, ne pouvaient pas y suppléer ...

Nous ne trouvâmes les ressources que dans deux espèces ! de villes, des endroits plus considérables que le reste . . . nonimes Châbour et Zicana (?). Le reste du temps la nourriture du soldat se composait de légumes et de viande, deux objets ^ dont la distribution est aussi longue que la cuisine et qui pesait presque toujours sur les heures destinées au repos. Chobrakhit, Châbour, Koum-Cherik, Alqâm, Terraneh, Abou-Nochâbeh. voilà les camps où nous séjournâmes successivement avant de nous reposer à Wardan ^. ^^^^|

Wardan était un endroit qui nous présentait un aspect pluM satisfaisant que ceux que nous venions de traverser, c'était un ; bois de l'étendue d'une lieue de long qui entourait deux grands villages, des* amas de blé considérables, et ce qui pour le moment était plus essentiel quelques moyens de monture... on ^ crut pouvoir accorder aux troupes harassées par sept journées ' de marches un jour de repos. Cet instant de loisir permit de jeter un coup d'œil sur l'ensemble de notre position. On aurait pu comparer 5 l'effort de l'armée à celui d'une masse irrésistible qui se fait jour^ au travers d'un corps élastique, mais celui-ci se resserra aussitôt après son passage. Rien n'était à nous que ce qui se trouvait à la portée de nos armes ; l'espace qui suivait était occupé par les Arabes et les habitants. L'on ignorait également la position de l'ennemi, ces nouvelles

^ près de quarante.

2 Mot difficile à lire.

' Voir La Jonquière II 166—7, Journal d'un dragon 18—9, Desvernois 120, Richardot 43-54. Corr. XXIX p. 445. * Biffé: plusieurs . . .

5 Voir La Jonquière II 178.

^ Biffé : qui part . . ,

NOTES SUR d'expédition d'ÉGYPTE 71

indispensables sans lesquelles l'on ne peut fixer ^ aucun mouvement avec certitude du succès. Il était possible que l'ennemi eût 2 assez d'audace pour nous attendre sur cette rive, il était plus probable qu'il concentrait toutes ses forces sur la rive droite, opposée^, qu'il se couvrait des eaux du fleuve . . . que sa flottille s'informait soigneusement sur toute l'étendue de sa dé- Ifense pour découvrir l'endroit de notre présence . . ., enfin que sa cavalerie se tient toujours prête à se porter en force contre le premier groupe excessivement faible qui eût passé. Ces I dispositions mêmes étaient si simples, si fort à la portée de l'homme le moins versé dans l'art militaire, qu'il n'était à supposer que l'orgueil ou l'ineptie turque en fit prendre de différentes. On songea donc dès lors à ce passage difficile. Tous nos moyens à cet égard ne consistaient qu'en sept barques de différente grandeur, menées par des soldats nécessairement apprentis dans ce métier et dont la capacité n'est point . . . cinquante hommes. Ceci était évidemment insuffisant pour un passage de vive force: on songea à faire des radeaux pour transporter des pièces. Certes, ceci eût tout changé, mais les moyens nous manquaient, car on n'avait pas pour leur construction d'autre bois que le dattier. Cet arbre ou plutôt cet immense roseau n'a aucune qualité propre à la construction, son écorce semble un tissu... ^, son bois est fîlasseux et joingneux . . . si faible qu'on ose à peine s'en servir pour soutenir ... de murs, enfin trop rempli de ces sucs... qui alimentent ses rameaux grappes de fruits, ... ^ et les parties de son tronc . . .^ disparaissent au moindre poid dont on voudrait les charger.

Ces expériences aggravaient notre situation ; plus la nécessité de passer le fleuve puissant, devient urgente, moins nous en avions les moyens, et avancer sans pouvoir en avoir ^ eût

^ Biffé : hasarder

* se trouvait devant nous.

' derrière les bords du fleuve.

^ On peut lire encore ces mots : »de jeune (?) corps de (?) leur tige«.

^ On peut déchiffrer seulement: »ce liqueur surabondant lui donne... que l'eau*.

^ tirées de cet . . .

7 Probablement on doit lire ces quatre mots : sans prévoir un avenir.

été inutile, et . . . avec des fatigues inouies qui usèrent peu à peu l'élite de nos soldats. Rester sur place était impossible vu le manque de vivres, reculer — un péril terrible, il aurait fallu risquer un mouvement rétrograde au milieu des horreurs des la disette devant un ennemi ignoré, dont l'audace pouvait avoir les suites les plus fâcheuses. Il ne nous restait qu'un parti, en supposition de reculement, celui de passer dans le Delta et d'y attendre les événements, la crue du Nil, le convoi d'Alexandrie, un équipage du pont, les bateaux avec biscuit, liquides, mais qui nous répondait que les vents affreux qui amenèrent notre flotte d'ouest et..., (le pays) contenait une foule d'obstacles dans l'armement et le nombre des habitants que nous n'avions pas prévus. — Comme jamais il ne pouvait y avoir de danger plus grand pour nous que celui de rester sur place, en proie à la famine; on résolut de s'avancer, soit pour obtenir des renseignements plus certains, soit pour intimider l'ennemi par l'audace de notre mouvement.

Le 2^^\ l'on fit cinq lieues et le gros de l'armée bivaqua près du village d'Omm-Dinar (la mère du . . .). C'est là où nous vîmes le premier réseau des travaux des anciens rois . . ., c'était un pont de pierre de taille qui traverse un longue canal à sec alors. L'avant-garde commandée par Desaix poussa plus loin. Nous 2 eûmes dans ce village quelques nouvelles incertaines qui s'accordaient à dire que les mamelouks ont résolu de nous livrer bataille en avant du Caire sur la rive gauche du fleuve, et que, pour conserver ce point d'appui avec la capitale, ils avaient fortifié un village nommé Embabeh, là oii se tenaient ordinairement les marchés. Quelque vague que fut cet avis, l'orgueil et l'ignorance de tous les éléments de l'art de la guerre nous l'eussent déjà rendu croyable, lorsqu'une autre circonstance sembla nous le confirmer ^r c'est la désunion* qui existait entre Ibrahim et Mourad: leurs troupes n'avaient pas voulu se joindre; elles s'accusaient les unes de lâcheté, les autres de trahison, et restaient chacune sur leur territoire, elles

* 2 thermidor (20 juillet).

* La Jonquière II 178—9.

' On peut lire: être confiée.

* La Jonquière lit: zizanie.

NOTES SUR l'expédition I>'ÉUYHTE 73

ne song'èrent en aucune manière à un concert nécessaire pour vaincre l'ennemi commun, mais seulement aux préparatifs [)artiefs de leur (arron)dissement^.

Les Pyramides.

L'avant-garde, quoiqu'elle eut avis qu'une troupe assez considérable d'ennemi se trouvait dans un village au devant, elle ne fit aucun mouvement jusqu'à ce que les trois autres divisions Me s'y furent jointes. Alors on s'approche de ce villag-e, on y lança même un bataillon qui avançait par un bout, lorsque les mamlouks s'éloignèrent par l'autre, il les salua d'une décharge qui les força d'abandonner ces lieux coupés pour se retirer dans la plaine. Nous les vîmes alors. C'était un corps d'observation de quatre à cinq cents chevaux qui servirent d'escorte à plusieurs de leurs chefs, entre autres à Osman- Bey . . ., soit qu'ils voulussent nous harceler, soit qu'ils conçurent par cette manœuvre nous attirer sur leur camp dont la position leur paraissait inexpugnable, ils ne tentaient rien de considérable, se contentèrent d'escarmoucher et de faire un mouvement en arrière. Ce mouvement avait des directions bien distinctes. L'avant-garde, dans la supposition toujours que l'ennemi touche les bords de la rivière, gagnait ^ peu à peu par les villages de la lisière du désert pour le tourner, pendant que les autres trois divisions marchaient à peu de distance l'une de l'autre suivant le Nil ^

Lazowski : Notes sur la nature et le prix des matériaux

de construction, sur le prix des journées et les diverses

sortes d'ouvriers que l'on trouve à Alexandrie^.

Alexandrie, le 12 messidor de l'an VI [30 juin 1798]. Tous les travaux de maçonneries se font avec les ruines de l'ancienne ville. On fait des fouilles et l'on prend les pierres de choix pour la chaux, le reste sert pour moellons.

^ La Jonquière: de résistance.

2 Cette partie du manuscrit est bien difficile à lire.

' C'est la fin des notes de Suikowski.

* Arch. h. de la Guerre. Armée d'Orient.

74 Ï.AZOWSKI

La chaux se cuit dans des trous que l'on fait en terre avec des broussailles que les Arabes apportent du désert, elle est de bonne qualité et coûte 8 à 10 pataquès de 80 parats l'une, la fournée, qui peut contenir environ 2 toises cubes.

Les briques viennent de Rosette ; elles sont transportées à Alexandrie par mer; on en trouve aussi beaucoup dans les fouilles; mais le déblai que l'on est obligé de faire et le transport à pied d'œuvre, les rendent presque aussi chères que celles de Rosette qui reviennent à 120 parats le millier, 28 parats font à peu près une livre de France^.

L'habitude du pays est de payer les ouvriers à la journée; celle d'un maître-maçon est de 30 parats; celle d'un manœuvre en tout çrenre de 10 parats 2; celle d'un maître-charpentier de 40 parats et moi ri s.

Les maîtres-ouvriers sont assez intelligents; mais ils ne sont pas actifs et demandent à être surveillés.

On trouve assez d'ouvriers à Alexandrie; il en vient aussi de Rhodes. Lorsque l'on veut faire de grandes constructions, on les fait venir du Caire où ils sont nombreux en tout genre.

Le plâtre vient de Barbarie; on n'en fait pas beaucoup d'usage, il y en a beaucoup au Caire.

Les bois de construction de nature de chênes sont tirés de Natolie, de Caramanie et de Rhodes. Ils se vendent 190 parats la pièce qui est ordinairement de 20 pieds de longueur sur 10 pouces d'équarrissage ^.

1 Le médin oa parât est unt> petite pièce d'argent allié de cuivre, qui a cours dans tout le Levant, et dont 28 équivalent à un franc de notre monnaie. La pataque est une pièce fictive de 90 médins. {La Décade égyptienne IIL 43 : Mémoire sur V agriculture et le commerce de la haute Egypte par Girard, ingénieur en chef des ponts et chaussées, lu à l'Institut, aux séances des 21 brumaire, 1 et 21 frimaire an VIII). (Voir La Jonquière II. 78 le tarif du cours des monnaies: la piastre d'Espagne ou le talari , pour 5 livres 7 sols de France,=150 parats ; l'écu de 6 livres=168 parats. Voir aussi Estève: Mémoire sur les finances de V Egypte p. 46; »A l'exception de la province de Fayoum, la pataque était reçue par la sserâf à un taux inférieur à celui de 85 médins»).

2 Voir B r 0 w n e L 88.

» Biffé: Il y en a dans ce moment '20 magasins bien fournis à Alexandrie.

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