A PIERRE ET AU GÉNÉRAL DUGUA
Le général de brigade Zaj^czek au général dlvisionn. Dugua, commandant au Caire \
Médine en F'ayoum, le 12 germinal an VII (1 avril 1799).
J'ai eu l'honneur de vous mander, mon Général, dans ma lettre du neuf que Salah-Bey avec les siens après avoir traversé une partie de la province de Benesé avait gagné le désert, que de là il s'était jeté dans le Fayoum et que j'allais le 2 poursuivre. En effet, après deux marches forcées je me suis rendu dans cette province, mais je n'y ai plus trouvé Salah- Bey. Médine', capitale de Fayoum, s'est parfaitement bien conduite dans cette occasion; le divan de cette ville mérite des louanges et peut être une récompense. A l'approche de ces Mameluks le cheik qui est en même temps président du divan, a fait armer tous les habitants et a déclaré au bey qu'il ne pouvait pas le recevoir dans sa ville, tant qu'il n'aurait pas fait sa paix avec le gouvernement français. Cependant, vu les liaisons de l'ancienne hospitalité qui existait entre ce bey et plusieurs habitants de Medinet, on lui a permis de se reposer pendant deux jours dans un des faubourgs de Medinet. Ce terme expiré, le bey a quitté le pays. Il a pris sa route par le désert du côté de la province de Gizeh; son intention est de s'approcher du Caire et de demander la paix. J'ignore, si cela est^ réellement, mais il (l'ja dit partout. Je m'empresse de vous informer, mon Général, de tout ceci afin que le commandant de Gizeh prenne^ des mesures.
Les Arabes font des ravages dans cette province, mais j'espère que l'apparition des troupes françaises en imposera à ces brigands. — L'affût et tout le train de la pièce de huit que j'ai avec moi est totalement ruiné. J'ose vous demander, mon Général, de m'envoyer un train tout neuf.
* Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient. Ms. Oss. 2582. Reçu le 20 germinal, répondu le 21 idem.
2 Ms. Oss.: l'y.
' Medinet-el-Fayoum.
* fut.
5 prenait.
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Je m'arrêterai une quinzaine de jours dans cette province tant pour reposer ma troupe qui voyage depuis ^ 40 jours que pour percevoir le miri. — Mon absence de la province de Benesé ne préjudiciera point à la perception de miri parce que j'y ai laissé deux petits détachements qui continuent à parcourir le pays avec les Coptes.
Je ne puis m'empêcher de rendre justice à l'intendant copte de la province de Fayoum qui n'a point quitté Medine malgré que les troupes françaises avaient évacué cette ville. Il y est constamment resté avec le citoyen Noble, agent français, ce qui fait honneur à l'un et à l'autre, et peut être plus encore aux habitants de la ville qui ont respecté ces deux employés du gouvernement pendant une absence très longue de la force armée, c'est-à-dire depuis le 12 pluviôse. Je croirais réellement qu'il y aurait de la bonne politique à récompenser des traits semblables. Daignez le représenter au général en chef^.
* «depuis que».
' Voir la lettre de Dugua au général en chef du 1 floréal (20 avril):
a Salah-Bey, en abandonnant la haute Egypte, a passé à Médine. Les
habitants lui ont refusé de le recevoir, mais ils lui ont permis de rester deux jours dans un de leurs faubourgs, où il s'est réparé et approvisionné. Le général Zayonchek pensait que l'on devait savoir beaucoup de gré aux habitants de Médine de cette conduite; je l'ai assuré que je la regardais comme beaucoup trop politique et trop favorable aux beys. Ils ont donné une nouvelle preuve d'attachement pour les Mameluks en sollicitant la grâce de l'homme d'affaires d'Ali-Kachef, pris après s'être barricadé et défendu dans sa maison contre un détachement de 50 hommes, avoir tué un carabinier et blessé un volontaire. J'ai donné ordre au général Zayonchek de faire fusiller ce rebelle et de n'avoir égard en pareil cas à aucune solHcitation.
«Un rassemblement d'Arabes et de Mameluks infestait les environs de Gibebat près d'Atfieh. Le général Zayonchek y est descendu le 23: le rassemblement a fui dans la montagne. On assure que Mohammed-el-Elfî-Bey en faisait partie. J'ignore le chemin qu'il a pris. Le cheik de Gibebat a été arrêté et envoyé ici; il appelait les rassemblements chez lui pour ne pas payer 4000 pataquès qu'il a levées du miri de son village. Dès qu'il s'est vu pris, il en a annoncé le remboursement. Le cheik du village d'El-Gedid, où les huit chevaux venant du Fayoum ont été volés, où l'émir Rodoan, qui s'était rendu, a été assassiné en revenant au Caire, a été conduit à Beni- Souef; le reste des habitants s'était enfui.
«Je fais partir aujourd'hui une pièce de 3 longue, pour remplacer la pièce de 8 du général Zayonchek dont l'affût est hors de service. Il sera
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Les Mameluks qui étaient dans le village de Gibebat n'y sont plus, ils se sont dispersés. Salut et respect.
Zayonchek.
Zaj^czek au citoyen Poussielgue, contrôleur des dépenses de l'armée et administrateur général des finances de
l'Egypte ^
Le 12 g-erminal an Vil (1 avril 1799).
Je me propose de vous entretenir un de ces jours de l'état de la province de Benesé, Aujourd'hui je me borne à vous demander les états du miri pour le second et troisième tiers pour la province de Fayoum. Daignez les faire passer au plutôt.
L'intendant copte de cette province est un homme très propre pour remplir la place qu'il occupe. J'en suis aussi content que je le suis peu de celui de Benesé.
Le général de brigade Zaj^czek au général divisionn, I Dugua, commandant au Caire ^.
Medinet, le 13 germinal an VII (2 avril 1799).
Mon Général, j'ai reçu votre lettre où vous m'ordonnez de retourner à Beni-Souef tant pour surveiller Saiah-Bey que pour être à portée de faire un mouvement combiné avec la garnison du Caire sur Alcababat. Salah-Bey qui m'a tant fait courir, est déjà dans la province de Gizeh. Quant à Gibebat, les Mameluks n'y sont plus et vous pouvez être tranquille de ce côtéià. Au moins les espions que j'ai employés, m'assurent-ils sur leur zèle que tous les Mameluks qui se sont trouvés, se sont dis-
réparé au parc, où il n'y avait pas de plus forts calibre à lui envoyer». (La Jonquière V. 57—8).
* Ms. Oss. 2582.
' Arch. hist. de la Guerre, Armée d'Orient. Ms. Oss. 2582. En marge: Reçu le 20, répondu le 21 germinal. Communiquer au général Leclerc (commandant la province de Gizeh).
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perses. — Les propos ^ que Salah-Bey a tenus à Medinet, ne prouvent rien moins que ses intentions pacifiques; il a dit^ aux gens de loi: comment pouvez vous souffrir que les Français dominent sur les vrais croyants, pourquoi n'éclairez vous pas le peuple que la religion ne lui permet ^ pas d'obéir aux chrétiens, et d'autres semblables. Ainsi, si en effet il négocie sa paix avec vous, ce que j'ai l'honneur de vous mander, vous servira à prendre vos mesures avec ces personnages. Salut et respect. Zayonchek.
Zaj^czek au citoyen Pierre^.
(Medinet-el-Fayoum), le 13 germinal an VII (2 avril 1799).
J'ai encore reçu une lettre du général Dugua où il me parle de Gibebat. Je l'ai assuré qu'il n'y avait plus de Mameluks^ mais, Pierre, vos espions ne vous trompent-ils pas? Au nom de Dieu, prenez y bien garde et si vous m'en croyez, vous y enverrez encore quelqu'un de bien sûrs, car il s'agit ici de la tranquillité du Caire qui doit nous intéresser tous tant que nous sommes.
Zaj^czek au citoyen Pierre ^
A Medinet, le 14 germinal an VII (3 avril 1799).
J'ai reçu; mon cher Pierre, votre lettre du 10 germinaL Barsou ^ (ne) me l'a envoyée qu'aujourd'hui.
Faites faire des perquisitions les plus exactes dans les deux villages de Mezoue et d'Elzigibe dont vous me parlez. Envoyez y des espions et si la chose est telle qu'on la dit nous y ferons une incursion.
* Biffé (ms. Oss.) : les conversations.
2 Biffé (ms. Oss.): par l'exemple en parlant. 8 Biffé (ms. Oss.): la religion lui ordonne.
* Ms. Oss. 2582.
« Ms. Oss. 2582.
« Mallem Bortho, l'intendant copte, membre de la Commission des^ grains.
AU CITOYEN HIEKKE
J'approuve très fort que vous gardiez l'interprète Jope aux devoirs. Je vous ai envoyé deux lettres du général Dugua. Il est constamment inquiet au sujet de Gibebat. Tâchez de vous assurer de la vérité le plus positivement ^ que vous le pourrez.
Expédiez le capitaine Dumont pour sa tournée; si l'agent français veut l'accompagner, il en est le maître. Ce détachement n'a pas besoin d'interprète les Coptes faisant la principale besogne; quant à ce qui (est) de marcher ou de rester dans un endroit, on pourra se faire entendre.
Dites au commandant de la place que si je lui ai montré du mécontentement dans ma dernière lettre, c'est parce qu'il s'est mal expliqué dans la sienne; s'il m'avait dit qu'il s'est conformé à la lettre que je lui ai écrite de Minieh, cela m'aurait suffi.
Les janissaires en partant n'ont laissé aucun cheval, ils devaient en amener seize, sans compter celui d'André, ainsi il y en a un de volés.
Quand vous aurez des nouvelles positives de Gibebat, informez en, de vous même, le général Dugua.
Quant aux chameaux, je suis de votre avis, le commissaire et tous tant qu'ils sont, ne se seront pas oubliés, ainsi ils n'ont rien à prétendre. Mandez moi, quelle serait votre idée pour la distribution de l'argent que l'on a retiré de la vente de bestiaux, si mauvaise, que ceux qui s'en sont mêlés, ne devraient avoir aucune part à la distribution.
Dorénavant ouvrez toutes les lettres qui viendront du Caire €t envoyez directement toutes celles qui seront pour Minieh afin qu'elles n'éprouvent pas de retard à venir à Fayoum.
Envoyez moi le citoyen Noble le plutôt possible; en cas qu'il tarde de venir, qu'il me mande au moins, s'il n'a pas reçu du Caire les états pour le miri du second et troisième tiers.
Biffé: possible.
1 98 ZAJA«ÎZEK
Zaj^czek au citoyen Chollet, agent français ^
(Medinet-el-Fayoum), le 14 germinal an VII (3 avril 1799).
J'ai reçu votre lettre du 10 germinal. Je ne suis point mécontent de l'interprète Jobe. Si je l'ai fait rester à Beni-Souef^ c'est parce que la garnison en a besoin et qu'il arrive journellement des affaires où on a besoin d'un interprète. Le détachement qui doit aller en tournée, peut plutôt s'en passer^ parce que le gros de la besogne roule sur le Copte; si vous voulez accompagner ce détachement, vous en êtes le maître, cela vous fera connaître la partie du nord de cette province.
Je suis ici depuis trois jours, je ne puis rien faire parce que les états du miri ne sont pas encore venus du Caire.
Zaj^czek au citoyen Pierre^.
Le 16 germinal an VII (5 avril 1799).
Le citoyen Noble m'a remis votre lettre. Au reçu de la présente, vous m'enverrez un état de situation de la troupe qui se trouve à Beni-Souef parce que vu tous les détachements que j'y ai envoyés et tous ceux qui se sont rendus du Caire, il devait y avoir 190 hommes avant le départ de 80 hommes pour Fechn.
Aussitôt que vos espions seront de retour, mandez moi ce qui en est de Gibebat. Je ne puis quitter de quelques jours le Fayoum, encore faudrait-il y laisser un détachement pour percevoir le miri et je n'ai que 150 hommes avec moi.
Envoyez des espions au devant de l'Elfi-Bey.
Quant aux villages qui ont chassé les janissaires, il faudra les punir quand nous serons en état.
Je suis bien fâché de ce qui est arrivé à la barque aux chevaux, je voudrais que le maudit reis fut arrêté, c'est un coquin qu'il faut punir et si vous êtes à même, tâchez de vous en emparer.
1 Ms. Oss. 2582.
2 Ms. Oss. 2582.