A CIIOLLKT, PIERRE ET A DONZELOT
Si au reçu de la présente l'officier de santé n'a pas quitté Beni-Souef et si votre blessure demande encore sa présence, gardez le parce que le carabinier que je voulais soulager est déjà mort; cependant si vous pouvez vous en passer, envoyez le parce que nous sommes très souvent dans le cas d'avoir des blessés. Lorsque la chaloupe la Victoire passera par Beni-Souef, fournissez lui tous les vivres nécessaires, car je viens d'en être requis par le général Desaix.
Zaj^czek a r adjudant général Donzelot\
Le 16 germinal an VII (5 avril 1799).
J'ai reçu aujourd'hui, Citoyen Général, votre lettre du deux du courant. J'espère que les munitions de guerre dont vous aviez eu besoin, vous sont déjà parvenues; il y a plus de 10 jours que la barque qui les portait, est passé à Miniet; si un second transport passe par Beni-Souef, je ferai tout ce que je pourrai pour accélérer son arrivée à la division.
Le général Desaix m'ayant témoigné dans une de ses lettres l'envie de savoir tout ce qui se passerait dans les provinces de Fayoum et Behnesé, j'ai vous prie de l'instruire que les habitants de Medinet viennent de donner une nouvelle preuve de leur sagesse. Salah-Bey s'y était rendu avec une quarantaine de Mameluks. Les habitants ne leur ont pas permis de rester plus de trois jours. Après l'expiration du terme, ils ont signifié aux voyageurs de quitter le pays. Pendant tout le temps que Salah-Bey a séjourné à Medinet, les habitants furent armés afin de s'opposer, si jamais il eut voulu tenter quelque chose. Je suis accouru deux jours après le départ de Salah-Bey et je ne pus qu'approuver la conduite de la ville.
Salah-Bey se trouve actuellement dans sa province de Gizeh; j'en ai déjà averti le général Dugua.
A Beni-Souef où j'ai laissé une très petite garnison, deux kachefs et une vingtaine de Mameluks sont venus se rendre, on les expédiera au Caire.
1 Ms. Oss. 2582.
200 ZAJACZSK
Nous venons d'apprendre une nouvelle victoire du g"énéral Desaix sur les Mecquains et nous nous en réjouissons \
Je viens de donner ordre au commandant de Beni-Souef de fournir à la chaloupe la Victoire, ainsi qu'aux Mameluks qui s'y trouvent les subsistances dont ils pourraient avoir besoin.
Le gén. de brig. Zaj^czek au général divisionnaire Dugua, commandant au Caire ^.
Medinet, le 17 germinal an VII (6 avril 1799).
Mon Général, je viens de recevoir votre lettre du 10. Je vous ai mandé dans mes deux précédentes écrites de Medinet que le rassemblement de Mameluks en Gibebat s'était dissipé^ de lui même. Telles étaient alors les nouvelles que me donnaient mes espions. Aujourd'hui mon aide de camp me mande de Beni-Souef que le dernier émissaire qu'il avait envoyé à Gibebat lui apprit que quatre kachefs et une 5.0-ne de Mameluks étaient en effet à Gibebat. Je voudrais voler pour aller les dissiper, mais je me trouve ici retenu tant parce que le train du canon que j'ai, est brisé et que mon départ trop précipité pourrait faire une mauvaise impression sur l'esprit des gens du pays. Cependant le 19 ou le 20 au plus tard je marcherai sur Beni-Souef. Je laisserai ici un détachement de 60 hommes pour percevoir le miri; avec le reste de la troupe qui sera bien peu de chose, j'irai joindre les deux détachements que j'ai laissés dans la province Behnesé et qui se trouveront ces jours-ci réunis à Beni-Souef. De là, le 22 ou le 23, je passerai le Nil pour aller attaquer les Mameluks à Gibebat. Je vous le manderai, mon Général, plus positivement, quand je serai à Beni-Souef. Croyez, je vous prie, Général, que s'il y a du retard dans mes mouvements, il ne vient point faute de la bonne volonté à remplir vos ordres.
1 combat de Birambar (La Jonquière III. 627, lettre de Desaix à Zayonchek, 14 germinal).
' Arch. h. de la Guerre, Armée d'Orient. Ms. Oss. 2582. Reçu le 23 germinal, répondu le 24.
» Biffé (ms. Oss. 2bS2): dissout.
A DUOUA RT A NOBLB 201
On me mande de Beni-Souef qu'une barque chargée de <îhevaux que je vous avais envoyés, fut attaquée par un village nommé Goudai sur la rive droite du Nil, les chevaux furent pris. Un second village sur la même rive attaque les passants et n'a d'égard que pour les Français. Quand j'aurai fini avec les Mameluks, je tâcherai de les mettre à la raison. Enfin, mon Général, j'ai fait tout ce que j'ai pu, mais les difficultés et les embarras croissent et augmentent tous les jours. La troupe que je commande, est fatiguée et éreintée, bivouaquant depuis un mois et demi. J'ai beaucoup de volontaires qui souffrent des yeux. Cependant je compte que j'aurai 200 hommes pour aller <îontre les Mameluks. Salut et respect.
Zayonchek.
Zaj^czek: (Instructions pour le citoyen Noble ^).
Le citoyen Noble aura soin de percevoir le miri avec la plus grande promptitude.
Il aura le plus grand soin d'éviter tous ces actes d'autorité qui pourraient impatienter les villages et les porter à la révolte.
L'article 10^ contenu dans le règlement du 13 pluviôse quoique bon et capable de faciliter le recouvrement du miri en destituant les chefs qui tarderont de le porter dans les chefslieux, cet article cependant, vu les circonstances où nous (nous) trouvons aujourd'hui, ne peut pas, ni ne doit pas être suivi à la lettre parce que son exécution pourrait être suivi du déj sordre, et peut être de la révolte, ainsi on doit seulement se j contenter de menacer le cheik de la destitution sans jamais I l'exécuter.
Le citoyen Noble veillera de même au recouvrement des
I effets appartenant à Ali-Kachef et suivra cette affaire le
I plus diligemment possible et me fera part des progrès qu'il y
fera. Je ne serai pas d'avis qu'il en écrivît au Caire tant qu'il
n'aura pas la certitude positive de ce que cela peut importer
à la République, parce que en mandant les choses trop tôt, on
1 Ms. Oss. 2582.
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pourrait se faire une idée trop gigantesque de profit qu'en pourra retirer la République.
Le citoyen Noble me donnera de ses nouvelles tous les huit jours et plus souvent si les circonstances l'exigent.
L'officier qui comnnandera le détachement a l'ordre de se conformer à ce qu'en exigera le citoyen Noble.
Le règlement du 18 pluviôse n'étant parvenu à notre connaissance que le 17 germinal nous devons en conscience aux chefs de la province du Fayoum deux m.ois de retard avant que de mettre cet article en exécution. Comme ce terme serait trop long, vu le besoin qu'on a de l'argent, le citoyen Noble fixera à un mois seulement le délai de l'exécution du dit article.
Le général de brigade Zaj^czek, commandant les provinces du Fayoum et de Benhassé, au général divisionnaire Dugua, commandant au Caire ^
Au qu. g. de Beni-Souef, le 20 germinal an VII (9 avril 1799).
Mon Général, j'arrive de Fayoum; demain je m'embarque avec deux cents hommes pour Gibebat, le 22 j'attaque les Mameluks, si je les y trouve. Ce village est à dix lieues d'ici. A mon retour je tâcherai de mettre à la raison les deux autres villages qui pillent les barques et dont un a pris nos chevaux. — Pendant mon séjour à Médine j'appris que l'homme d'affaires d'Ali Kachef qui fuyait continuellement les Français, se trouvait dans un village voisin de Médine. Je le fis chercher la nuit avec un détachement. Je commençai par bloquer le village, en suite sa maison; nous ouvrîmes la première porte, mais lorsque nous fûmes à la seconde, l'homme nous tira plusieurs coups, tua un carabinier et en blessa un second. Nous le prîmes, il donna beaucoup d'informations sur les effets de son patron, il continue à en donner encore. Cet homme mérite la mort pour avoir versé le sang français, cependant comme toute la ville de Médine s'intéresse à lui avec la plus
1 Arch> h. de la Guerre, Armée d'Orient, Ms. Oss. 2582. Reçu le 28, répondu sur le champ.
AU GÉNÉRAL DUGMA ET AU CIT. POUSSlELGUK: 203
vive chaleur, j'ose vous demander, Général, si l'on ne pourrait pas s'adoucir à son égard en considération d'une cité qui se conduit parfaitement bien à notre éi^ard. J'ai cru devoir demander votre ordre à cet égard, comme j'ai tiré ce prisonnier hors de Medine, et que je l'ai à Beni-Souef, nous pourrions l'exécuter sans exciter aucun tumulte, ce qui était à craindre à Medinet. J'attends votre décision. Salut et respect.
Zayonchek.
Zaj^czek au général DugitaK
(Beni-Souef), le 21 germinal an VII (10 avril 1799).
J'ai reçu dans la nuit la nouvelle que les Mamelulis ont évacué Gibebat. Le 19, Elfi-Bey y a passé une heure et après une conférence qu'il a eue avec ceux qui y ont séjourné depuis plus longtemps, ils ont tous quitté cet endroit. L'espion n'a pas pu savoir le chemin qu'ils ont pris. Leur nombre en tout ne passe pas deux cents; la plupart sont montés sur des chameaux. Malgré tout cela je marche sur Gibebat tant pour m'assurer de la vérité que pour faire voir la troupe dans ce pays-là, ce qui en imposera un peu aux villageois et les contiendra. Si je puis pincer les cheiks de Gibebat qui ont nourri les Mameluks, je vous les enverrai. Salut et respect.
Zayonchek.
Zaj^czek au citoyen Poussielgue \
(Beni-Souef), le 21 germinal an VII (10 avril 1799).
Citoyen, je vous envoie les notes qui m'ont été présentées par des villages de la province de Benhassé. Les habitants s'y plaignent de ce que le Nil n'avait pas assez séjourné sur leurs terres et prétendent que du temps des Mameluks on a toujours eu égard aux réclamations de ce genres J'ai vu en effet une
1 Arch. h. de la Ou., A. d'Orient, Ms. Oss. 2582. ' Ms. Oss. 2582.
3 Estève: Mémoire .... p. 51. «Dès que la retraite des eaux permet l'ensemencement des terres, le mesâhhah qobtte, désigné par le moultezim,
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grande étendue de pays où la terre n'a point été cultivée cette année. Cependant l'évaluation de cette perte de paysans ne peut être faite que par des experts. Vous en déciderez comme vous le jugerez à propos.
II y a encore une autre sorte de réclamation de la part des habitans du pays. Plusieurs villa^,es assurent avoir payé le miri aux Mameluks, mais vu les grandes difficultés qu'on (a) de tirer de l'argent des villageois, il est très probable que les Mameluks ne sont pas parvenus à se faire payer en entier et qu'ils n'avaient pris que quelque acompte ou peut être pas du tout. Malgré cette incertitude c'est un article qui a besoin d'une décision et je vous la demande.
Il ne me reste à cette heure que de vous parler de la manière réellement barbare et tyrannique dont on perçoit les impôts dans ce pays-ci. La troupe armée, accompagnée d'une autre troupe d'écrivains coptes, se promène d'un village à l'autre 1. Chacun de ces malheureux villages est obligé à fournir la nourriture à notre troupe et outre cela nourrir une nuée de Coptes et leurs domestiques, mais c'est encore le moindre des maux. Chacun de ces Coptes pille pour son compte à lui. La preuve que j'en ai, est indubitable. Lorsque je suis parti pour faire la tournée, tous ces Coptes, au nombre de cent au moins, étaient à pied ou sur des bourriques. A notre retour ils sont rentrés tous supérieurement montés à cheval. Il en est certainement de même de leur bourse. Les villageois assurent qu'ils n'on^ jamais été tant feuilles qu'ils le sont à présent et je les crois parce que les Coptes craignaient les Mameluks et ne commettaient des avanies qu'en secret, au lieu qu'à cette heure ils se croient sûrs de l'impunité et peut être extorquent-ils de l'argent au nom des Français qui les accompagnent 2. Je ne
arrive dans le village; il mesure les terres susceptibles de culture, en présence du moultezim ou de son lieutenant et des officiers de lieu .... Cet ordre de partage et de possession annuels a pour cause l'inégalité des inondations et la bizarrerie de leurs effets. . . .»
^ Voir: «Mémoire sur l'administration de l'Egypte, à l'époque de l'arrivée des Français, par... Tallien, membre de rinstitut> et «Mémoire sur l'agriculture et le commerce de la haute Egypte par Girard» (La Décade IIL 205—33, 27—96).
' Recueil des arrêtés et proclamations de l autorité française en Egypte