‹ Les Polonais en Egypte, 1798-1801Chapitre 72 sur 115 · A NOBLE ET A CHOLLET · texte numérisé non relu

A NOBLE ET A CHOLLET

«Je pense qu'il convient de faire arrêter l'intendant du Fayoum et de l'envoyer au Caire, pour y rendre compte de sa conduite relativement à Ali-Kachef. Il faudrait m'envoyer en même temps des notes sur toutes les preuves que vous aurez pu recueillir sur ce tait. Il faut envoyer aussi l'homme d'affaires d'Ali-Kachef que vous tenez prisonnier)).

Conformément à cette invitation du citoyen Poussielgue j'ai donné (ordre) au citoyen Gardien, capitaine des carabiniers de la 22-me légère, de se saisir le plus honnêtement qu'il pourra de Moallem Ibrahim et de l'emmener ici de suite.

Aussitôt que cet ordre aura été exécuté vous mettrez les scellés sur tous les papiers du Moallem Ibrahim. Vous tâcherez même de transporter ces papiers chez vous, si la chose est possible.

Le premier écrivain qui est sous lui doit remplir les fonctions de l'intendant en attendant que son procès soit fini. Le miri doit aller son train et en cas que vous voyez que l'arrestation dé Moallem Ibrahim fasse quelque impression sur les villages, ce que je ne crois pas, vous les éclairerez sur la cause de sa détention.

N'oubliez pas de rechercher parmi les papiers, les livres et comptes faits du temps d'Ali-Kachef. Si vous avez quelque notion qui constate le délit de cet homme, je vous prie de me l'envoyer. Il suffit de confronter ce qu'il a déclaré, avec ce que nous avons appris par l'homme d'affaires d'Ali-Kachef pour le convaincre.

Zaj^czek au citoyen Chollet^.

(Beni-Souef), le 6 floréal (25 avril 1799).

Je viens de recevoir la lettre du c'' Poussielgue, par laquelle il m'autorise de m'emparer des chevaux des Coptes, et voici comme il s'explique à cet égard:

«Il nous est utile que les intendants coptes jouissent de quelque considération de notre part, pour qu'ils en obtiennent eux-mêmes dans les villages. Ainsi qu'en les punissant lorsqu'ils prévariquent, il faut que ce soit d'une manière qui ne puisse avilir

1 Ms. Oss. 2582.

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la place aux yeux des habitants du village. Cependant ne balancez pas, Citoyen Agent, à confisquer tous les chevaux que les Coptes ont pu rapporter de leur tournée. Ils serviront mieux à notre cavalerie qu'à eux qui bientôt les auraient vendus. Ce sont des espèces de vol, ils sont bien heureux qu'on ne les punisse pas autrement».

Ainsi, mon cher Chollet, épiez le moment pour cette opération et mandez moi quel est présentement le nombre des chevaux appartenant aux Coptes.

Le c" Poussielgue vient de m'envoyer les états du miri de la partie de la province d'Atfieh qui est attachée à celle de Benhassé. Faites en faire une traduction en arabe et communiquez les à Moallem Borson ^ en lui demandant s'il peut se charger du recouvrement du miri dans cette partie, parce que en cas de difficulté le c" Poussielgue me prie de lui renvoyer ces états et qu'il trouvera un autre moyen pour le faire percevoir. — Dites à Moallem Bourson qu'il me faut encore 11 à 12 mille pataquès pour compléter la somme qu'on me demande du Caire. Renvoyez moi les états de la province d'Atfieh aussitôt que vous les aurez copiés.

Zaj^czek au général Davout^,

(Beni-Souef), le 6 floréal (25 avril 1799).

J'ai l'honneur de vous envoyer la copie de la lettre du général Dugua. Vous y trouverez une raison de plus pour vous approcher de nos contrées. Il est indubitable qu'il se trame quelque chose parmi les Arabes. Je suis averti que les cheiks de cette nation s'assemblent et se communiquent fréquemment. Les mouvements de la tribu Henady^ annoncent également des intentions (hostiles). Votre arrivée leur en imposera et pourra prévenir des mouvements dangereux. Cette tribu se trouve dans ce moment à six heures de marche de moi.

* Bortho, intendant copte de la province de Beni-Souef.

2 Ms. Oss. 2582.

^ «Ennis» ou «Hennis» dans texte original.

A OEIOLLET, DAVOUT ET A DUQUA 227

Zaj^czek au général Dugua ^

(Beni-Souef), le 6 floréal à 8 h. du soir (25 avril 1799).

Votre exprès envoyé le 4 à neuf heures du soir m'est parvenu le six à sept heures du soir. Il a été volé en route par ies mêmes Arabes que vous m'annoncez. Au moment où je recevais votre lettre, je fus averti que ces Arabes se trouvaient sur la frontière de ma province du côté de celle de Gizeh. Je ne puis, comme vous, deviner leur projet, mais il est indubitable qu'il se trame quelque chose parmi les Arabes. Je vous ai mandé, il y a quelques jours, que plus de soixante chefs de cette nation se rassemblaient, tenaient des conférences et communiquaient entre eux plus qu'à l'ordinaire. Le mouvement de la tribu Henady me confirme dans l'idée qu'ils veulent agir contre nous. J'ai mandé aussitôt le mouvement de ces Arabes au général Davout qui est, dit-on, à Miniet depuis hier, mais je n'en ai point la certitude. Je presse dans ma lettre ce général de s'approcher de nous.

J'observerai en attendant ces Arabes et vous informerai de tout.

Quant à votre lettre de la même date, que j'ai reçue, il y a deux heures, et où vous me demandez des renseignements sur la manière de tourner le camp d'Elfi-Bey, de mon côté, par le désert; j'ai l'honneur de vous observer que cette opération est presque impossible de mon côté, non seulement parce que le pays vest très découvert, mais encore parce que la plupart des villages par où il faut passer, ayant commis des vols sur le Nil, se gardent des Français et se sauvent à notre apparition dans le désert et par ce moyen sont une espèce d'avant-garde pour Elfi-Bey. Pour surprendre ce dernier il faudrait gagner le désert vis-à-vis de Beni-Souef et continuer à y marcher jusque vers Gibebat. Mais dix huit ou 20 heures de marche continuelle dans le désert sont très difficiles à entreprendre. Au reste lorsque le général Davout sera ici, nous nous concerterons sur les moyens de délivrer la capitale d'un voisinage aussi dangereux.

Je vous enverrai le cheik d'El-Gedid^ comme vous l'ordon-

1 Ms. Oss. 2582.

* «de Goudda» dans le texte original.

228 ZAJACZBK

nez. Je vous le ferai passer avec de l'argent un de ces jours. Je n'ai que 40 mille livres, mais j'en attends à tout moment

Zaj^czek au citoyen Noble ^.

(Beni-Souef), le 6 floréal à 9 heures du soir (25 avril 1799).

Les Arabes de la tribu de Henady au nombre de 500 cavaliers ont paru sur les frontières de cette province du côté de celle de Gizeh. On prétend qu'ils marchent du côté du Fayoum pour y piller. Je vous en avertis afin que vous soyez sur vos gardes et que vous n'exposiez pas le détachement. Restez à Medine jusqu'à ce que nous voyons plus clair dans les intentions de ces Arabes. Cependant faites observer tous leurs mouvements par des espions, envoyez en de tous les côtés parce qu'il se peut fort bien que cette tribu marche au devant de Mourad Bey qui, dit-on, doit descendre pour se rendre à Tripolis. Ecrivez moi ce que vous apprendrez à cet égard.

Je ne puis envoyer les cinq hommes qui ont accompagné les malades, parce que je crains qu'ils ne soient surpris en route par ces Arabes. Le payeur a reçu les 3 mille pataquès. Communiquez la présente au citoyen Savoye car je n'ai pas le temps de lui écrire.

Zaj^czek au chef de brigade Detrès"^.

(Beni-Souef), le 8 floréal à 9 heures du matin (27 avril 1799).

Vos lettres du 5 et 6 floréal me sont parvenues le 8 à 9 heures du matin (en me prévenant) que l'ennemi va se rendre ^ ici. Sans cela il me trouverait dans la plus mauvaise position du monde. J'ai deux détachements dehors, l'un dans le Fayoum^ l'autre dans la province. J'expédie pour les faire rentrer. Puissent-ils arriver à temps. Ne retenez pas le général Davout trop longtemps parce que la sûreté du Caire en dépend.

1 Ms. Oss. 2582.

2 Ms. Oss. 2582.

^ «a se rendu» dans le texte original.

A NOBLE, DETRÉS, DAVOUT KT A DUGL'A 229

Zaj^czek au général Davout^.

(Beni-Souef), le 8 floréal (27 avril 1799).

Le chef de brig-ade Détrès me fait part d'un combat que les mamelouks lui ont livrée. Il m'a instruit en même temps que cette troupe d'ennemis file de mon côté. Il m'annonce votre arrivée à Miniet et votre départ fixé au 8 du courant. Je n'ai pas besoin de vous exposer la faiblesse de la g-arnison du Caire, le peu de force que l'on m'a confié pour défendre Fayoum et Benhassé, parce que vous devez en être parfaitement instruit. Je ne m'aviserais aussi de vous presser d'arriver à Beni-Souef parce qu'ayant l'ennemi devant vous, vous saurez mieux que moi diriger vos mouvements. Quant à moi, je n'ai encore reçu aucune nouvelle de l'approche des mamelouks. Il faut qu'ils soient arrêtés près de la province de Minieh ou qu'ils aient pris la route de Fayoum. Dans le dernier cas votre présence ici serait nécessaire. J'ai laissé cent quinze hommes dans la capitale de Fayoum et je suis très inquiet de cette troupe. Je viens d'expédier un ordre pour qu'elle me joigne le plutôt possible, mais le pourra-t-elle.

Le gén. de brig. Zaj^czek, commandant les provinces

de Fayoum et de Benhassé, au général divis, Dugua,

commandant au Caire \

Au qu. gén. de Beni-Souef, le 8 floréal an Vil (27 avril 1799).

Mon Général, je viens de recevoir deux lettres de Miniet du chef de brigade Détrès, elles sont datées l'une du 5 au soir et l'autre du 6 au soir*. Il m'annonce qu'il a essuyé trois attaques consécutives des Mameluks et de Mecquains qui descendent sur la rive o^auche du Nil. Ces bandes d'ennemis sont

1 Ms. Oss. 2582.

2 devant les murs de Minieh les 4 5 et 6 du floréal (La Jonquière III. 646; V. 73).

' Arch. h. de la Gu., A. d'Orient, Ms. Oss. 2582. En marge: Reçu le 10 à 2 h. Va- Répondu sur-le-champ. Communiquée au général en chef la lettre du cit. Détrès, le 11 floréal.

* Ms. Oss.: au matin.

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assez nombreuses et Détrès a eu à faire à plus de mille hommes. Heureusement le général Davout est arrivé à son secours. Le même général devait se mettre en marche le 8 pour s'approcher de Beni-Souef. En attendant son arrivée j'ai donné ordre au détachement qui est à Fayoum de venir me rejoindre le plutôt possible. Si les Mamluks retardent leur marche de vingt heures seulement, le détachement sera ici sans avoir couru aucun risque. Je fais également rentrer le détachement qui est à poursuivre le miri dans la province Benhassé. Comme il n'est éloigné que de 4 heures de marche de Beni-Souef, je compte qu'il me joindra avant le soir, mais celui du Fayoum ne peut être ici que le 9 à cinq heures du matin. Je vous informerai régulièrement de tout ce qui arrivera dans le pays. Il est indubitable que les Arabes s'uniront aux Mamlouks, leurs assemblées et leurs conférences que je vous ai annoncées, n'étaient tenues que dans cette vue.

Les Arabes de la tribu Hennis ne sont pas encore sur la frontière de ma province, comme je vous l'ai annoncé; c'était un rapport erroné que j'en avais reçu; le fait est que quelque dizaine d'Arabes à cheval avait paru aux confins de la province de Benhassé et de celle de Gizeh^. Salut et respect.

Zayonchek.

Zaj^czek au citoyen Pousslelgue^.

(Beni-Souef), le 10 floréal an VII (29 avril 1799).

Votre lettre du 28 germinal ne m'a été remise que le 5 du courant. Les détails que je vous ai donné sur la manière dont se fait le recouvrement des revenus publiques, sont de la plus stricte vérité. Il paraît que les Coptes en ont été avertis par ceux de leur nation qui se mêlent des affaires au Caire, parce qu'ils sont infiniment moins nombreux depuis. Les mêmes personnes les auraient aussi avertis que nous devrons faire main basse sur leurs chevaux, car il ne s'en trouve aujourd'hui parmi eux que les chevaux nécessaires au service.

^ «Giza» dans le texte original.

2 Ms. Oss. 2582.

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