A FRIANT
Le général de brigade Zaj^czek au général divisionnaire Priant^.
Au qu. gén. de Medine, le 30 brumaire an VIII (21 novembre
Général, j'ai eu l'honneur de vous mander le 27 du courant ^ que la tribu deBagouchy^ m'a renvoyé le papier de paix que je lui avais donné. Cet événement a été suivi d'un rassemblement des Arabes de la tribu de Semanhoule, qui sont venus m'avertir qu'ils ont été forcés à cette mesure pour garantir leurs possessions des incursions des Bagouchys. Ils m'ont instruit en même temps que les Arabes de la province de Behnesé sont également sur leur garde contre les Bagouchys. — Ce mouvement des Arabes et surtout la conduite provocante de Bagouchys ne partiraient-ils pas de quelque insinuation secrète^ cela paraît au moins être combiné avec la marche du vizir. — Mais que cela part de tel principe qu'on voudra, il me faudrait 150 dromadaires pour attaquer avec succès les Bagouchys; si vous pouvez les ravoir, Général, veuillez bien m'en envoyer le dit nombre, alors unis à très petite garnison que j'ai, nous pourrions tenter le coup. Il faudrait seulement que l'on ne sût ce mouvement des dromadaires que le plus tard possible. Je fais espionner les Bagouchys. — Salut et dévouement.
Zayonchek.
Lazowskî, chef de brigade du génie, directeur des fortifications du 6-me arrondissement, au général de brigade Sanson, commandant le génie ^.
Lesbé, le 2 frimaire an VIII (23 novembre 1799).
Conformément à ce que vous me marquez dans votre dernière lettre, Citoyen Général, j'expédie un sapeur d'ordonnance
1 Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut., donation Priant, 9. Reçue le- 30 au soir.
2 Lettre non conservée.
2 Balgouchi.
* Arch. h. de la G., A. d'Orient, aut.
pour vous remettre directement la comptabilité des travaux faits dans la direction de Damiette pendant l'an VII. J'y ai joint la situation des travaux faits à Lesbé avec l'état de la recette et de la dépense depuis le mois vendémiaire an VII jusqu'au 30 brumaire compris. J'y ai joint aussi le plan de la place avec quelques détails d'absolue nécessité, comme mag-asin à poudre, dans le bastion n° 3, citerne dans le demi-bastion du côté du Nil, logement en forme de caserne adossé à la courtine de la rivière et au mur crénelé en face de la porte et le petit ouvrage qui couvre la porte.
Vous trouverez aussi, dans le même paquet, le croquis de l'affaire du 10 ^ par le capitaine du génie Duponthon qui était ce jour de service au camp. Cette affaire qui a durée 15 minutes au plus, a consistée dans une attaque prompte faite par 800 hommes d'infanterie et 200 hommes de notre cavalerie contre environ 1,800 ou 2,000 Turcs qui aussitôt débarqués ont travaillé à se retrancher. Le résultat de l'attaque a été ce qu'il devait être dans une telle proportion de tioupes attaquantes avec celles attaquées au moment d'un débarquement fait sans ordre.
C'était la seule chose à vous relater et je crois l'avoir faite dans ma dernière lettre. Vous n'avez pu la recevoir aussitôt que le général Kleber, parce que le général Verdier lorsqu'il expédie une ordonnance au général en chef ne prend pas naturellement nos paquets pour le Caire, et que nous ne pouvons vous écrire que par la poste dont les jours de départ sont très irréguliers.
Je ne vous envoie pas dans ce moment la comptabilité du capitaine Morlet depuis qu'il est à Catié, parce qu'elle renferme des dettes à payer, ce que je n'ai pas voulu ordonner sans vous en prévenir. Vous ne recevrez pas non plus par ce courrier la comptabilité du chef de bataillon Cazal depuis qu'il est à El- Arich, parce qu'il y a une lacune des deux premières décades de vendémiaire que j'attends toujours. Je vous observe à ce sujet que, n'ayant reçu aucune lettre du chef de bataillon Cazal, si non celle que vous m'avez renvoyée dernièrement de votre bureau, je pouvais d'autant moins pourvoir à des besoins
* brumaire c. à d. du 1 novembre 1799.
qu'il ne me faisait pas connaître, qu'il était à présumer qu'on suivrait avec lui la même marche qu'on avait suivie avec le chef de bataillon Geoffroy pour la place d'El-Arich, c'est-â-dire qu'on lui faisait passer directement des fonds du Caire et que d'ailleurs on ne soldait pas ici les ordonnances envoyées pour les travaux de la direction, ainsi que je vous l'ai mandé dernièrement.
Depuis que je vous ai écris, le payeur a donné une somme de 700 piastres, toujours en acompte sur l'ordonnance de 16,000 =1= accordée pour vendémiaire; de manière que pendant cette 1''' décade de frimaire les travaux continueront de marcher à Lesbé, indépendamment d'un achat de bois que nous venons de faire, et dont nos magasins étaient absolument dépourvus.
La troupe ayant cessé d'occuper Mansourâh depuis l'arrivée de la flotte turque, on n'a pu continuer la tour, ainsi elle est restée au point où vous l'avez vue; nous avons maintenant les bois de fortes dimensions qui nous manquaient pour la terminer, aussitôt qu'on pourra reprendre ce travail.
Vous me marquez d'envoyer des crayons et une boussole à El-Arich, je vous avais donné une note à votre départ pour les besoins de la direction, nous n'avons rien reçu, et le peu de crayons qui m'appartenaient particulièrement, je les ai partagés avec mes camarades ici. Quant aux instruments de mathématique, je n'en ai plus, ils ont été pillés au Caire ^ avec mes effets, et le bureau du Caire n'a envoyé à Lesbé qu'une planchette et une allivade que j'y ai déposées. L'état des ma-
1 Voir (La Jonquière III, 282), relation dans le Journal de Detroye: «(Le 21 octobre 1798) la maison (du général Caffarelli) fut entièrement pillée: tous les outils de l'expédition, tous les instruments topographiques, astronomiques, etc., le travail de tous les ingénieurs, les effets de 30 officiers furent la proie des brigands». Marc de Villiers du Terrage: Les aérostiers militaires en Egypte. Campagne de Bonaparte 1798— 1801. (Paris, 1901) p. 9: aPresque tout ce que la mer avait épargné (Aboukir) fut du reste brûlé lors de l'incendie de la flotille du Nil (Chobrakhit), ou brisé le 30 vendémiaire de l'an VII jour de la révolte du Caire: plusieurs caisses sauvées des naufrages venaient d'être déposées à la maison du général Caffarelli, quand cette maison si hospitalière pour les savants fut pillée de fond en comble».
g-asins de Catié ^ que le citoyen Morlet m'a envoyé ne porte aucune boussole. Cet officier représente que sa jambe ne lui permet pas de continuer son service. L'humidité de Lesbé et Damiette ne convenant nullement au genre de sa maladie, je l'ai autorisé de se rendre au Caire aussitôt que le citoyen Duponthon sera arrivé à Catié pour le remplacer.
Je ne pense pas que le payeur puisse acquitter de longtemps les ordonnances qui lui ont été adressées pour les travaux de la direction. La troupe vient ici de se révolter pour être payée de cinq mois, on a été obligé à des emprunts et l'on a épuisé la recette nouvellement faite dans la province de Mansoura sur laquelle nous comptions.
Nous ne pouvons donc encore commencer les ouvrages de Tineh que vous avez ordonnés et dont j'ai fait le détail estimatif conjointement avec le citoyen Malus qui connaît le pays. La mer étant impraticable dans cette saison, d'Om-Fâreg à Tineh, les transports à dos de chameaux, des approvisionnements de bois, de chaux de terre ou de cendres, de briques, que nous serons obligés de faire, portant la dépense à la somme de douze à 15,000 livres, en suivant les prix que vous avez fixés à Catié et le prix des chameaux tixé par les commissaires des guerres, je vous ferai passer ce devis avec celui des travaux que l'on peut faire à Om-Fâreg où je vais me transporter. Vous recevrez aussi par la même occasion les mémoires que vous me demandez.
Nous venons de faire partir 300 Turcs pour Rosette de manière qu'il ne nous en reste que très peu pour continuer nos glacis; ils tombent tous malades de misères, mal vêtus, mal logés et sans paye, sans marmites pour faire cuire leur riz, travaillant dans l'eau, la maladie fera de grands progrès parmi eux, si une fois elle se déclare. Nous avons déjà ici deux pestiférés Français. — J'ai réservé pour les réparations du lazaret la somme de 28,000 parats que vous y avez destinée: je vous observe seulement que cette somme fait partie du reste en caisse porté dans l'état que je vous envoie.
Aussitôt que vous m'avez fait connaître le manque d'argent à El-Arich j'y ai fait passer 118,300 parats y compris une de-
1 Katieh.
mande d'approvisionnement faite par le chef de bataillon du génie Cazal; c'était tout ce dont je pouvais disposer alors; le payeur n'avait pas encore compté les 700 piastres qu'il a soldées depuis. Il est inutile de vous observer que ne recevant point de fonds ici je ne puis en envoyer à El-Arich.
Il y a erreur dans le tracé du chemin couvert en avant du réduit qui couvre la porte d'entrée sur le plan que je vous envoie; la contrescarpe en cet endroit ne sera distante du réduit que 4 toises, de manière que le pont dormant sera appuyé d'un côté sur le sommet de cette contrescarpe, et le pont levé sur le revêtement du réduit. La lunette coulera dans le fond à 9 pieds en contrebas du nouveau pont. J'ai tait d'ailleurs baissé la hauteur de la porte. — Salut et amitié.
Lazovvski.
P. S. J'oubliais de vous marquer que je joins à cette dépêche les comptabilités des chefs de bataillon Geoffroy et Malus pendant leur gestion à El-Arich et Catié.
Le général de brigade Zaj^czek au général divisionnaire Priant^.
Au qu. gén. de Mellaouée^, le 18 frimaire an VIII (9 décembre 1799), à 1 h. après midi.
Général, je suis ici depuis midi. Les Geammas sont campés dans le désert à la hauteur de cette ville. Ils sont au nombre |de deux cents. Corayme^ est dans ses terres, mais le scheik ■d'ici assure qu'il est entré dans la coalition avec Mourad * et les Geammas. Je n'ai pas pu prendre la petite pièce de Miniette, vu qu'elle est dérangée et qu'il fallait attendre après elle. Moutrad a cherché à passer sur cette rive, mais vous avez dérangé îson projet. Ma troupe est très fatiguée. — Salut et dévouement.
Zayonchek.
* Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut., donation Priant, 10. ' Melaoui.
' Probablement Abou-Koraim (La Jonquière V, 258).
* «Murai» dans texte original.
352 ZAJACZEK
Le général de brigade Zaj^czek au général divisionnaire Priant ^
Au quar. gén. de Semenhouse 2, le 24 frimaire an VIII (15 décembre 1799), à 5 h. du soir.
Général, j'ai eu l'honneur de vous mander hier que Mourad-Bey a paru à la hauteur de Mellaoué à 10 h. du matin. Il descendait. J'ai quitté aussitôt ce poste, en marchant tantôt à la hauteur du bey, tantôt à sa queue, jusqu'au soir, je me suis, approché de Miniette^ à une heure après minuit. Ce matin, j'ai flotté un moment dans l'incertitude entre la crainte de faire un faux mouvement et la nécessité d'agir, je ne savais pas ce qu'était devenu Mourad pendant la nuit. Il pouvait avoir remonté sachant que j'avais quitté Mellaoué*, mais enfin ce parti quoique possible m'est paru peu probable, vu que certainement vous le suivez. J'ai donc marché sur Semenhouse, où j'appria avec joie que Mourad y a passé à 11 h. du matin, ainsi j'ai bien fait d'avoir marché par Semenhouse. Ma troupe est extrêmement fatiguée, ce qui me force de lui donner quelque» heures du repos, mais à 11 heures de nuit je pars pour me rendre à Chersiate et de là à Charoué ^ La Thébaïde doit y être déjà. Autant que les forces des piétons me permettront, je tâcherai d'être toujours le plus près de Mourad que possible afin de l'empêcher de passer. — Salut et dévouement.
Zayonchek.
1 Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut.
2 Ce nom paraît une altération de Sammalout; de même plus bas. » Minieh ou Miniet.
* Lire: Melaoui.
5 Lire: Charouneh, à la hauteur de Behneseh.