DIAGNOSTIC
C’est au début, alors qu'aucune localisation musculaire importante ne vient frapper l'attention, que le diagnostic est le plus difficile, et c’est d’ailleurs à ce moment qu’il importerait qu’il fût rapidement posé. Mais la polymyosite simule alors une maladie infectieuse, et rien ne permet de l’en différencier.
Plus tard seulement, quand la symptomatologie est au complet, la question se pose véritablement de savoir si c’est à une myosite que l’on a affaire et à quelle espèce de myosite.
Tout d’abord la localisation des lésions sur les muscles de l'abdomen pourrait faire errer le diagnostic et conduire à l'hypothèse d’une affection abdominale profonde ; mais, dans la polymyosite, il est rare qu’il n’y ait pas en même temps d’autres muscles atteints, et l'examen des différents appareils permettra vite d’écarter l'hypothèse un instant soulevée.
D’autre part, il est facile d’éliminer les affections musculaires non fébriles et les tumeurs des muscles: fibromes, myomes ou sarcomes. Îci, en effet, les phénomènes généraux font défaut, la fièvre en particulier manque ; le début n’a pas la soudaineté de celui de la polymyosite ; la radiographie montre l’opacité de la tumeur ; et les Symptômes morbides, au lieu de rétrocéder comme dans la polymyosite, présentent une marche progressive vers l’aggravation.
Dans les abcès musculaires mélastatiques, il y a de l’œdème et Souvent même de l’exanthème comme dans la polymyosite ou dans la dermatomyosite. Mais les phénomènes musceulaires sont absolument effacés par la gravité des phénomènes généraux qui dominent la scène. Cependant il est facile de Sy tromper, comme le prouve le cas rapporté par M. Lyot ; le malade qu’il avait observé avec M. le professeur Le Dentu ne
présentait que peu de symptômes généraux, mais en revanche des lésions locales intenses avec rougeur, œdème et douleurs vives ; on crut à un abcès et on incisa : on ne trouva rien que de infiltration œdémateuse ; dans ces cas, la ponction exploratrice est d’un réel secours.
Les hématomes intramusculaires sont presque toujours dus à une rupture musculaire. C’est dire que, dans les commémoratifs, on trouvera l’existence d’un traumatisme ou d’un effort, parfois d’une maladie infectieuse, comme la fièvre typhoïde, ayant altéré la fibre musculaire ; dans ce dernier cas, ce sont souvent les muscles droits de l’abdomen qui sont atteints. En tout cas, fait capital, l’hématome est unique, tandis que la polymyosite est, par définition même, multiple dans ses localisations.
La gomme syphilitique est facile à différencier de la polymyosite ; outre la notion étiologique, on sait qu’elle se ramollit généralement quand elle atteint un certain volume.
Au contraire, le diagnostic avec la myosite tuberculeuse est souvent très difficile, d’autant plus que celle-ci se présente avec tous les caractères de la polymyosite, comme le prouve l’observation rapportée par Préchrajensky et Margouliss dans la Revue de médecine de 1904. Les cas les plus heureux sont ceux où la présence de petits ganglions, de gommes cutanées en d’autres points, de manifestations pleuro-pulmonaires permettent de faire le diagnostic. Mais, bien souvent, seuls l'examen histologique après biopsie ou les inoculations donneront une certitude sur la nature de l’affection.
Les kystes hydatiques des muscles ne présentent pas, comme la polymyosite, des phénomènes généraux pouvant faire croire à une maladie infectieuse ; de plus, la ponction exploratrice ramène du liquide.
Enfin, dans les angiomes musculaires, on trouve concurremment des nævi au milieu de la peau.
Beaucoup plus délicat est le diagnostic avec la trichinose, et même pendant assez longtemps trichinose et polymyosite ont été confondues, notamment par Hepp. Dans les deux cas, en effet, on trouve de l’œdème, des douleurs musculaires, de
la rigidité et de la tuméfaction des muscles. Mais, si on analyse de près les symptômes, on voit qu’il y a entre les deux affections des éléments de diagnostic assez précis : tout d’abord, dans la trichinose, ce sont surtout les fléchisseurs qui sont atteints, tandis que la polymyosite semble avoir une prédilection pour les extenseurs ; la rigidité musculaire de la trichinose consiste plutôt en contractures généralisées rappelant presque le tétanos ; au surplus, avant la phase de myosite généralisée de la trichinose, se place une période dite cholériforme avec hyperthermie (400 ou 410), phénomènes typhoïdes, æœædème de la face. Interroge-t-on le malade ou son entourage, on relève la notion de l’ingestion de saucisses ou de jambon crus. Enfin, la trichinose n’existe guère en France, de sorte qu'on ne doit y songer que d’une manière tout à fait exceptionnelle.
Le diagnostic de myosite étant posé, l'existence d’une maladie infectieuse permettra d'éliminer la polymyosite secondaire à cette affection. De plus, les lésions musculaires y sont plus localisées et plus discrètes ; enfin les polymyosites secondaires présentent ce caractère important d'évoluer vers la suppuration, et la question revient alors à faire le diagnostic des abcès musculaires.
Il faut toutefois faire une place à part à la polymyosite consécutive au farcin, vu la fréquence, au cours de celui-ci, des lésions musculaires. Tendant généralement à la suppuration, cette myosite s'accompagne des signes habituels de la morve
La myosite rhumatismale, reconnaissable par les commémoratifs, ses caractères héréditaires, l’atteinte des articulations, est remarquablement sensible à l’action du salicylate de soude.
Quant au diagnostic de la myosite ossifiante, il ne serait, pour ainsi dire, pas à discuter, si, au cours de celle-ci, 1l ne se produisait quelquefois des poussées aiguës accompagnées de douleurs musculaires, voire même de véritables tuméfactions faisant corps avec la masse du muscle. Un traumatisme antérieur, la coïncidence du rhumatisme chronique, surtout la marche de la maladie permettent de faire le diagnostic.
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La dermatomyosite, avec la topographie et la consistance spéciale de son œdème, sera facilement distinguée des autres ædèmes. Cependant il faut noter que la syphilis des muscles peut donner lieu à une forme spéciale, décrite dans la littérature médicale sous le nom de dermatomyosite syphilitique. Cette affection pourrait être confondue avec la dermatomyosite vraie ; mais elle ne s’accompagne ni de fièvre, ni de phénomènes généraux, ni d’exanthème.
Ces exanthèmes eux-mêmes, d’ailleurs, au cours de la dermatomyosite vraie, sont faciles à distinguer des exanthèmes divers des maladies infectieuses ou des dermatoses par l’existence des lésions musculaires et la marche de la maladie.
La neuromyosite, enfin, est souvent difficile à diagnostiquer d’avec les polynévrites ; mais, dans cette dernière affection, les lésions sont plus généralement symétriques, les troubles de la sensibilité plus fréquents, les muscles ne sont pas indurés.