OBSERVATION I
Polymyosite infectieuse aiguë bénigne.
(Méry, Terrien et Génévrier. — Soc. méd. hôp., 25 nov. 1904.)
L'observation que nous rapportons, et qui a été prise par nous dans le service de M. le professeur Grancher suppléé par M. le professeur agrégé Méry, peut être regardée comme concernant un Cas de polymyosite pure.
L'enfant Pierre D..., âgé de neuf ans, entre salle Bouchut, dans le service de M. le professeur Grancher, le 23 octobre, pour des manifestations douloureuses dans les membres, accompagnées de fièvre, et survenues il y a quelques jours.
Antécédents. — Dans ses antécédents, on trouve peu de chose à signaler : la mère a eu du rhumatisme articulaire aigu, mais elle est actuellement bien portante ; père en bonne santé. L'enfant, élevé au sein, n’a cependant marché qu’à dix-huit mois ; il a eu la rougeole à treize mois et la varicelle à sept ans.
Histoire de la maladie. — En avril dernier, l’enfant est mordu par un cheval à l’épaule et tombe sur la tête ; à la suite de cet accident, il resta sans connaissance pendant quarante-huit heures, et pendant un mois il demeura fatigué, abattu, avec une courbature et une céphalée persistantes.
Huit jours après la morsure, les régions voisines des articulations du
coude, du poignet et du genou sont devenues rouges, mais sans tuméfaction ; en même temps des croûtes s'étaient formées au niveau de la morsure, qui par la pression laissaient sourdre, non pas du pus, mais du liquide séreux incolore.
Jusqu’au 6 octobre dernier, l’état de l’enfant est satisfaisant ; à cette époque, il y a dix-sept jours, il rentre de l’école courbaturé, ne marchant qu’avec peine, et se plaint de souffrir au niveau du mollet gauche et de la face interne de la cuisse du même côté.
On constate alors que la fièvre est intense ; il y à de l'agitation nocturne.
Etat actuel. — Depuis cette époque jusqu’à aujourd’hui, ces phénomènes ont persisté ; la région postéro-interne du bras droit a même été envahie.
Actuellement, on constate à la partie interne de la cuisse gauche, et semblant faire partie de la masse des adducteurs, une tuméfaction régulière faisant une saillie légère. À sa surface, la peau est très peu
modifiée ; pas d’élévation de température locale ; légère coloration rosée cependant, mais très passagère.
Cette masse est assez facile à limiter par la palpation: elle est ovale, à grosse extrémité dirigée en bas; son extrémité supérieure semble se terminer en pointe et remonter assez haut vers le bassin ; cette tuméfaction a la grosseur d’une mandarine environ, sa consistance est extrémement dure, presque ligneuse et d’une dureté uniforme.
Cette tumeur est douloureuse, un peu spontanément, mais beaucoup à la pression et à la palpation ; la marche, sans être impossible, est cependant très difficile. Il n’y a pas d’empâtement, pas de fluctuation ; la peau est mobile à sa surface, et elle-même semble faire corps avec la masse des adducteurs.
Il n’y a d’ailleurs ni ganglions ni phénomènes articulaires de voisinage.
Il existe d’autres localisations analogues : dans la masse musculaire du mollet gauche, dans le triceps du bras droit, dans le grand droit de l’abdomen, dans la masse sacro-lombaire.
Dans toutes ces régions, on retrouve plus ou moins nettement les caractères précédents ; la tuméfaction du mollet gauche est cependant un peu moins bien circonscrite, moins dure et aussi moins douloureuse ; comme la précédente, d’ailleurs, elle paraît fusiforme et incluse dans Jes masses musculaires.
Dans le triceps du bras droit, au contraire, elle est aussi dure, aussi douloureuse et aussi bien limitée que celle de la cuisse.
Celle du grand droit de l’abdomen du côté droit, de même consistance, st actuellement indolore.
Celle de la masse sacro-lombaire enfin, grosse comme une noix, est également indolore ; elle a de plus une coloration violacée, ecchymolque.
En plus de ces manifestations, l’enfant présente un peu de fièvre : 380,8 à l’entrée, et 389,1 le lendemain matin ; cependant l’examen des différents appareils est négatif : rien au cœur ni au poumon, pas d’albumine, pas d’angine, aucun trouble digestif. Seuls les réflexes sont peut-être un peu exagérés (réflexes rotuliens, achilléens, crémastériens).
Traitement : salicylate de soude, 3 grammes.
Le 26 octobre. La douleur a un peu diminué sous l'influence du salicylate ; cependant la température persiste, les tumeurs musculaires, gardent leurs caractères, et celle de la cuisse gauche prend une apparence plus nettement inflammatoire ; la peau est légèrement rosée à la surface.
28 octobre. Les douleurs sont atténuées, et la marche est un peu moins pénible. Cependant la température reste aux environs de 38°, Les manifestations locales restent stationnaires, mais la teinte légèrement rosée de la peau a disparu au niveau de la cuisse,
2 novembre. Les différentes tumeurs musculaires ont toujours la même consistance ; mais la douleur a presque complètement disparu, sauf dans celle de la cuisse ; la palpation en est rendue plus facile, et elles paraissent encore plus nettement circonscrites.
4 novembre. Hier soir, poussée de fièvre coïncidant avec une reprise des phénomènes douloureux au niveau du mollet ; quelques phénomènes inflammatoires locaux.
9 novembre. La température est revenue à la normale ; les manifestations locales se sont atténuées ; les douleurs et la réaction inflammatoire de la peau ont disparu; la consistance de la tuméfaction du triceps brachial est moins dure ; elle a aussi diminué de volume.
12 novembre. Une ponction exploratrice est faite dans la tuméfaction développée dans les adducteurs ; elle ne donne aucun résultat ; l'aiguille pénètre facilement, comme dans un muscle normal, sans traverser ni coque épaissie ni tissu fibreux.
17 novembre. Les tumeurs ont considérablement diminué de volume ; il n’y à plus ni fièvre, ni douleurs ; on note une très légère atrophie musculaire de la cuisse gauche.
Ajoutons que les radiographies qu’on a faites de ce malade n’ont fourni aucun renseignement.