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portants, lui-même n’a jamais été malade. Le début de laffection actuelle à eu lieu à la suite de quelques séances de tir sur le champ de la Grisière, grand plateau nu ouvert à tous les vents et qui est situé à quelques kilomètres au nord de Mâcon. Le 197 et le 2 mars, il éprouve une fatigue générale qu’il cherche en vain à surmonter ; le 3 mars, il se présente à la visite de l’infirmerie, et 1à nous constatons une fièvre assez vive (399), un abattement général, de la céphalalgie, de l’anorexie et quelques douleurs dans les muscles des membres. Il entre à l’infirmerie ; le premier jour de l’examen, il est surveillé de très près, car l'invasion menace d’être orageuse. Pendant ce séjour à l’infirmerie, l'appareil symptomatique s’accentue encore, la fièvre atteint 400; le soir, la céphalalgie est violente, les myalgies intenses, l'abattement profond, la langue couverte de saburres, l’anorexie complète. Le lendemain matin, il y a une légère défervescence fébrile. P.. présente absolument les allures cliniques du typhoïdisme, et nous l’envoyons d'urgence à l'hôpital, dans le service de M. le médecin-major de 17e classe Hahn. Le 5 mars, c’est-à-dire le lendemain de son arrivée à hôpital, nous voyons le soldat P.…. plongé dans une prostration extrême, mais sans stupeur proprement dite, car l’interrogatoire est aisé et la réponse facile : la céphalalgie est très accusée, les pupilles sont dilatées, la langue est sèche, les selles sont fréquentes ; de l’insomnie et du délire pendant la nuit ; les urines sont rouges et chargées, la température confine à 400 le matin et le soir. De cet ensemble de symptômes généraux graves et qui attestent une infection organique profonde émergent des symptômes de douleurs vives dans les masses musculaires des membres inférieurs et supérieurs, du gonflement et de l’'empâtement des mêmes parties, avec une violence telle qu'ils vont dès lors occuper toute la scène clinique.
Et, en effet, un inventaire complet des différents systèmes viscéraux ne révèle rien. Les plèvres et les poumonssont intacts. Les battements du cœur sont fréquents mais réguliers, peu énergiques toutefois; le péricarde et l’endocarde n’ont rien; phénomène important dans l’espèce, le pouls est à peine perceptible à la radiale. Rien du côté de l'appareil cérébro-sensoriel ou médullaire. Du côté des tégurnents, pas la moindre tache rosée, pas la plus légère éruption. Du côté des muqueuses, rien à noter, aucune hémorragie. La muqueuse bucco-pharyngienne et les amygdales n’ont rien révélé à notre examen. En somme, nous résumerons la situation clinique en disant qu'il n’y avait chez notre homme qu’un ensemble bien complet de symptômes généraux graves avec une localisation morbide de phénomènes aigus sur les parties molles des membres, sur lesquels nous nous étendrons maintenant.
Bras droit. — La région tricipitale est gonflée, principalement dans la partie qui confine à l’article huméro-cubital. Cette région est légèrement chaude au toucher, infiltrée, volumineuse, douloureuse spon-
Se — tanément, très douloureuse au toucher ; la peau à cet endroit présente deux ou trois taches violettes de la grandeur d’une pièce de un franc ; elle n’a pas de rougeur phlegmoneuse, uniforme, mordicante, et il est très facile de voir qu'il ne s’agit pas d’une cellulite aiguë, mais d’un processus morbide tout différent.
Bras gauche. — La localisation a lieu aussi dans la zone des extenseurs ; C’est encore ici la partie postérieure du membre qui est empâtée et tuméfiée dans le voisinage de l’articulation du coude. Notons aussi de petites plaques violacées en cet endroit qui sont étalées sur une peau un peu luisante. Toute cette zone de tuméfaction et d’empâtement est également très douloureuse.
Avant-bras droit. — La partie supérieure de l’avant-bras droit est tellement gonflée, tellement empâtée, que l’avant-bras présente assez l'aspect d’un gigot. La peau est chaude au toucher, couverte de plaques pourprées et de sugillations. Douleur vive à la pression, qui laisse Pempreinte du doigt. Le pincement de la peau seule est très douloureux ; il y a donc une hyperesthésie de toutes les parties molles.
Avant-bras gauche. — Les phénomènes de tuméfaction et d’empâtement sont ici très peu accusés. Ils n’existent à un état très léger que dans la région des muscles épicondyliens et les douleurs ne sont perçues qu’à la pression du paquet musculaire épicondylien ; aucune sugillation cutanée à cet endroit. Les différentes articulations des membres supérieurs sont intactes.
Cuisse droite. — À la cuisse comme au bras, c’est la région qui correspond au triceps fémoral et aux différents muscles extenseurs qui est envahie par le processus morbide. Il y a là aussi un gonflement considérable, de l’empâtement et de l’œdème avec de violentes douleurs spontanées ou provoquées par le toucher. La peau qui recouvre cette région présente deux grandes plaques violettes dont le pincement est également douloureux. La partie postérieure paraît intacte.
Cuisse gauche. — Mêmes phénomènes qu’à la cuisse droite, mais avec une note moins accentuée.
Jambe droite. — La jambe droite est à peine atteinte ; il n’existe
qu’une petite zone très limitée correspondant à la partie supérieure de la loge musculaire des péroniers latéraux.
Jambe gauche. — À la partie antéro-externe de la jambe gauche, depuis la région malléolaire jusqu’au tiers supérieur, existe une tuméfaction de toutes les parties molles avec de l’empâtement et de l’œdème. La peau est constellée de larges plaques violettes et de sugillations ecchymotiques. Toute cette région est chaude au toucher, douloureuse au pincement, très douloureuse à la pression. La partie interne de la jambe est intacte ; ici comme à la jambe droite, la localisation est principalement limitée à la partie qui correspond à la loge externe ; toutes les articulations du membre inférieur sont intactes.
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Rien à la main, rien au pied.
Les parties molles de la face, du cou, du thorax et de l’abdomen ne présentent aucun phénomène d’empâtement ou de douleur, et leurs téguments sont intacts.
Par ce qui précède, on voit que l'affection est localisée dans les parties molles des quatre membres, qu’elle à envahi les régions correspondantes à l'extension, qu’elle à ménagé pour ainsi dire celles qui président à la flexion, et qu’enfin elle a pris une sorte de disposition croisée quant à l’intensité, la cuisse gauche et le bras gauche se trouvant beaucoup plus atteints que la cuisse droite et le bras droit, les lésions de la jambe gauche et de lavant-bras droit l’emportant de beaucoup en intensité sur celles de la jambe droite et de l’avant-bras gauche.
Tel est le tableau clinique présenté par P...: le 6, le 7 et le 8 mars, il n’y a pas de changement, la fièvre est toujours très élevée, présentant de l’exacerbation vespérine et une légère rémission le matin ; les phénomèênes pseudo-phlegmoneux des membres tendent à augmenter en acuité, la peau se cyanosant, la respiration devenant un peu irrégulière, le pouls radial finissant par disparaître le 9 et le cœur fléchissant graduellement et arrivant à ses derniers battements le 10 au soir.
La nécropsie, pratiquée le 11 mars, nous a révélé ce qui suit : les téguments présentent de nombreuses sugillations ecchymotiques et sont constellés de plaques violettes qui ont notablement augmenté post mortlem.
A l’ouverture du thorax, on constate l'intégrité des plèvres et des poumons ; pas de suflusions hémorragiques sous-pleurales ou intrapulmonaires.
Le myocarde présente à la coupe l’aspect granulo-graisseux : il est couleur feuille-morte et présente dans ses fibres un petit piqueté hémorragique. Ses cavités contiennent des caillots noirs et blancs, jeunes ou anciens. Le sang qui s’en écoule est noir et épais, inopectique.
À l'ouverture de l’abdomen, on constate l'intégrité de la séreuse péritonéale, l’intégrité absolue de la muqueuse intestinale et des plaques de Peyer.
Le foie est volumineux, jaunâtre, friable, paraît présenter des lésions dégénératives. Rien du côté de la rate ni de l’estomac.
Les reins ont un aspect normal ; ils sont un peu congestionnés toutefois. Cerveau et méninges cérébrales et médullaires indemnes ; pas de suffusions hémorragiques. Les lésions des parties molles ont été trouvées les mêmes dans les quatre membres ; voici en quoi elles consistent : la peau présentait, je le répète, de nombreuses taches violettes. Le tissu cellulaire était infiltré ; à la coupe, il s’écoulait un liquide séreux brunâtre assez abondant; la trame conjonctive était hyperémiée et d’un rouge brun. Tous les muscles qui président à l'extension, le triceps
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des deux bras et des deux cuisses, la masse épicondylienne des avantbras, les muscles de la région antéro-externe des deux jambes, présentaient des altérations identiques. Tous ces muscles étaient augmentés de volume, de couleur brune ou noirâtre, montrant çà et là de véritables foyers de ramollissement allant jusqu’à l'aspect d’une bouillie musculaire en certains endroits, comme à la partie moyenne du vaste externe des deux triceps fémoraux. On constatait aussi une injection hyperémique très intense du myolemne. La fibre musculaire était friable, elle se laissait déchirer avec facilité. Dans les interstices des faisceaux musculaires eux-mêmes, on note des foyers hémorragiques plus ou moins larges allant depuis la grosseur d’un grain de millet jusqu’à la largeur d’une pièce de 50 centimes. Ces foyers apoplectiques inter et intra-fasciculaires sont nombreux et constitués par un sang noir et épais.
Tous les muscles ne correspondant pas aux régions signalées, c’està-dire les muscles autres que les muscles extenseurs des membres, et les muscles des parois thoracique et abdominale avaient à la coupe une couleur brune feuille-morte.
A la coupe, les vaisseaux veineux laissaient sourdre avec peine un sang très noir et très épais.