‹ Les Polymyosites PrimitivesChapitre 6 sur 28 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

La première observation de polymyosite qu’on rencontre dans la littérature médicale est due à Wagner qui, ne pouvant la classer parmi les maladies jusque-là connues, Pavait décrite, en 1863, sous le nom de «maladie musculaire rare ». Plus tard, en 1875, Potain en communiqua un cas à la Société médicale des hôpitaux et crut pouvoir en faire une variété de morve chronique de forme anormale. En 1878, M. Debove publia, sous le nom d’atrophie musculaire protopathique, un cas qu'il avait observé et qui, malgré l’opinion de Wagner, ne semble pas appartenir à la polymyosite. Mais ce ne fut guère qu’en 1887 que la question fut reprise et étudiée plus à fond : à ce moment, en effet, trois médecins allemands, Wagner, Hepp et Unverricht, eurent l’occasion d’observer des malades atteints de polymyosite et publièrent les résultats de leurs observations en essayant de fixer la symptomatologie et l’allure générale de la maladie. Deux d’entre eux, Hepp et Unverricht, frappés de l’analogie de cette dernière avec la trichinose, proposèrent de lui donner le nom de pseudo-trichinose. Dès lors, plusieurs travaux se succédèrent, dont le plus intéressant peut-être est celui de Prinzing qui, en 1890, publia un cas de polymyosite à allures cliniques tout à fait spéciales et accompagnée d’hémorragies cutanées.

L'année suivante, en 1891, Unverricht observa un nouveau cas de polymyosite, différant un peu du premier par une participation intense de la peau au processus inflammatoire ; aussi donna-t-il à cette forme le nom de dermatomyosite. La même année, Larger rapporta lPhistoire d’un malade qu’il avait observé dans le service de M. Rendu et consacra sa thèse inaugurale à l’étude des polymyosites ; ce fut le premier travail français publié sur ce sujet.

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De nouvelles observations vinrent ensuite, surtout à l'étranger, et, en 1894, M. Gouget, dans une revue générale de la Presse médicale, mit au point la question de la polymyosite primitive : il montra que, de cause mal connue, elle est caractérisée cliniquement par des douleurs et des tuméfactions s'étendant progressivement à un nombre plus ou moins considérable de muscles, et que, presque toujours, on observe concurremment un ædème sous-cutané plus ou moins marqué et un exanthème d’aspect variable ; 1l opposa aux cas de guérison possibles, les cas de mort par paralysie des muscles respiratoires ou par pneumonie de déglutition.

De nouvelles observations suivirent et, la même année, Adler et Hoffmann puis, l’année suivante, Lévy-Dorn montrèrent la coexistence possible de l’inflammation des muscles et de l’inflammation des troncs nerveux ; ils donnèrent à la maladie qu’ils décrivaient le nom de neuromyosite.

La connaissance de tous ces faits engagea les auteurs à les classer et à les faire entrer dans des cadres déjà connus : en 1898, Lorenz, cherchant à ordonner les connaissances que l’on possédait sur les polymyosites, avait proposé de les diviser comme il suit : polymyosite, neuromyosite, myosite accompagnant les affections articulaires ; en 1900, Bonnet, dans la Gazette des hôpitaux, consacrait un important article à l’étude critique des différents cas précédemment publiés ; enfin M. Lyot, dans le Traité de chirurgie de MM. Le Dentu et Delbet, reprend l’histoire des polymyosites et y apporte d'intéressants documents. Une nouvelle observation vint, en 1901, apporter un précieux contingent à l’étude des polymyosites : Lépine, en effet, y rapportait un cas de polymyosite avec participation accusée de la peau à l'élément inflammatoire ; il proposait de donner à cette forme le nom d’angiomyosite pour bien mettre en relief la participation des vaisseaux au processus morbide.

En 1902, Marinesco, dans le Traité de médecine et de thérapeutique de Brouardel et Gilbert, décrivait trois formes de polymyosite : la dermatomyosite, la neuromyosite et la polymyosite hémorragique. Il semblait donc, jusqu’à ce

moment, que la polymyosite fût variable dans ses manifestations comme dans son essence.

C’est M. Vincent qui, en présentant en 1903 à la Société médicale des hôpitaux un cas de polymyosite, s’attacha à prouver l’unité de cette dernière : il montra que la dermite est en réalité secondaire et n’est, en somme, que l’expression banale d’un état infectieux ; que, d’ailleurs, les érythèmes ne correspondent pas toujours aux muscles malades et qu’en particulier des muscles peuvent être atteints qui ne sont pas en rapport avec les téguments, les muscles du pharynx ou du larynx par exemple. Il insista donc sur ce fait que le point capital est l’inflammation d’un certain nombre de muscles et montra l'intérêt qu'il y aurait à réunir sous une rubrique commune la dermatomyosite, la neuromyosite et la polymyosite hémorragique.

En 1904, MM. Méry, Terrien et Génévrier vinrent, à la suite d’une communication faite à la Société médicale des hôpitaux, confirmer cette manière de voir. Le cas qu’ils présentaient offrait, en effet, ce double intérêt : tout d’abord que le malade était un enfant, fait jusqu'alors unique, ensuite que le cas observé représentait un type pur, c’est-à-dire exempt de manifestations cutanées ou nerveuses importantes, exempt aussi de phénomènes hémorragiques.

Depuis cette époque, un certain nombre d'observations ont été publiées surtout en Allemagne, notamment par Sick en 1905, par Lorenz en 1906, mais aussi en France par Magnin et par Augier en 1906.

Il semble donc qu’actuellement, avec M. Méry, on doive envisager la polymyosite de la manière suivante : l’élément fondamental et capital est l’atteinte d’un certain nombre de muscles, atteinte à localisation variable, relevant d’agents infectieux encore mal connus. Concurremment on peut observer des phénomènes d’inflammation cutanée ou nerveuse, mais ce ne sont là, en quelque sorte, que des accessoires dont la présence ou l’absence ne change rien à l’essence propre de la maladie, Leur existence permet seulement de

Ares

décrire, à côté de la polymyosite pure type, des formes cliniques variant avec les phénomènes observés.

L’anatomie pathologique va, d’ailleurs, nous montrer l’unité de la polymyosite,

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