NT
d’autres fois, cette raideur est moins accusée, on perçoit seulement un léger empâtement un peu dur, les masses museulaires semblant indistinctes et comme fondues les unes dans les autres. Puis il se produit, dans l’épaisseur du muscle, une véritable tumeur semblant vraiment faire corps avee lui. Celle-ci est de volume variable : on l’a rarement vue dépasser la grosseur du poing, les plus petites sont de la taille d’une grosse noisette. Leur forme est plus constante et, très généralement, la tumeur est ovoïde, allongée dans le sens du muscle. La consistance est plus variable suivant les cas : la plupart des auteurs en ont constaté la remarquable dureté, dureté véritablement ligneuse et qui permet de la limiter facilement par la palpation ; dans d’autres cas plus rares, la tumeur donne une sensation de pseudo-fluctuation qui fait penser à une collection liquide intramusculaire. Si d’ailleurs on vient à pratiquer une ponction, on ne retire rien, ainsi qu’en font foi toutes les observations récentes.
La peau à la surface n’est pas modifiée, ou ces modifications sont de peu d'importance ; c’est ainsi que, dans presque tous les cas rapportés, on a observé, surtout au début, une coloration rosée des téguments, d’ailleurs légère et essentiellement fugace, au niveau de la tuméfaction. En tout cas, fait important, la peau est mobile sur la tumeur sous-jacente.
Du fait de ces tumeurs, l’aspect des membres est parfois modifié, le membre atteint est quelquefois complètement déformé et peut prendre, par exemple, l’aspect d’une véritable colonne ; on a rapporté des cas où la discordance était remarquable entre le tronc intact grêle et les membres démesurément hypertrophiés. Mais, à part même ces cas peu fréquents, le membre atteint est plus volumineux que son homonyme du côté opposé, ainsi que permet de le constater la mensuration.
Plus ou moins douloureuse spontanément, comme nous l'avons déjà montré, la tumeur est généralement très douloureuse à la pression et à la palpation, mais le fait n’est pas constant et des variétés à l’infini peuvent s’observer dans
lesquelles la tuméfaction est très accusée et presque indolore,
PS eee
ou bien inversement les douleurs sont très intenses presque sans tuméfaction. Mieux encore, chez un même malade, certaines tuméfactions sont douloureuses, d’autres ne le sont pas, et inversement la douleur s’observe sur des muscles qui ne sont pas atteints ; ce fait est tout spécialement remarquable à la face, où l’æœdème musculaire est très fugitif.
L'extension des douleurs comme des tuméfactions musculaires se fait progressivement ou par poussées, mais cela sans ordre, capricieusement ; et, comme l’a montré M. Gouget, les lésions tantôt gagnent de proche en proche, tantôt passent d’un membre à un autre pour revenir ensuite au premier.
Pour cet auteur, les muscles des membres sont atteints d’une manière à peu près constante, ceux du tronc dans la moitié des cas, ceux de la face dans le tiers des cas ; l’étude des observations récentes ne modifie en rien ces proportions. Un certain nombre de muscles sont très rarement touchés : tels sont les muscles moteurs de l’œil, dont l’atteinte a été observée par Strumpell et par Oppenheim ; ce dernier a constaté, chez un malade, du ptosis et de la paralysie du droit interne ; Sick a observé de la douleur dans les mouvements des yeux et même du nystagmus ; Fenoglio a relaté l’existence de tuméfactions douloureuses dans les muscles de la jangue ; Hepp et Lowenfeld ont noté l’extension de la polymyosite aux muscles du voile du palais.
Au membre inférieur, les muscles jumeaux d’une part, le quadriceps fémoral d'autre part semblent tout spécialement prédisposés.
Au membre supérieur, les extenseurs et surtout le triceps sont fréquemment touchés.
La musculature du dos n’est pas plus épargnée, comme Pont montré M. Vincent et plus tard Sick :le premier a observé des nodules douloureux constitués aux dépens du trapèze inférieur et du grand dorsal ; le second a noté l’atteinte de la masse sacro-lombaire. Ces mêmes auteurs ont constaté des lésions des muscles du cou et de la nuque ; Hepp avait déjà observé un cas où tous les muscles du cou étant atteints, la tête tombait dans tous les sens.
ve
À l’abdomen, M. Méry et plus tard Sick ont observé des tuméfactions dans le corps des muscles droits.
A la face, c’est au niveau des paupières que prédominent les lésions, etla vision peut même être gênée ; les masticateurs peuvent aussi être atteints et, dans le cas de Lépine, ce sont eux qui ont été pris initialement.
Cette atteinte des muscles ne va pas sans un certain degré d’impotence des membres atteints ; l’état de vigilance musculaire du début s’atténue parfois au bout de quelques jours, mais certains mouvements restent impossibles : le malade ne peut s’asseoir sur son lit, ou bien il ne peut porter la main à sa bouche ; chez d’autres la marche est difficile, voire même tout à fait impossible.
Au surplus, la plus sérieuse des localisations musculaires est celle qui se produit sur les muscles respiratoires ; il est rare d’ailleurs que cette localisation se fasse d’emblée ; Le plus souvent, ce n’est que tardivement que l’élément inflammatoire s’étend aux muscles en question. Les intercostaux d’abord, puis le diaphragme sont atteints ; on observe parfois les symptômes de la névralgie phrénique ; en tout cas, les mouvements respiratoires sont douloureux et arrachent des gémissements aux malades, ils deviennent superficiels et fréquents et le patient peut succomber aux progrès d’une véritable asphyxie.
A ces signes purement locaux se surajoutent des phénomènes généraux qui achèvent de donner à la maladie son aspect spécial. Dès le début, aussitôt que s'installent les douleurs, la température monte et, au bout de un ou deux jours, atteint son maximum ; dans le cas qu'il rapporte, Sick l’a vue dépasser 410. Cette hyperthermie excessive est rare : le plus souvent la température oscille entre 389 et 3%, sans jamais dépasser 399,5 ; le matin, le thermomètre accuse une forte rémission et il n’est. pas rare de voir une différence de deux degrés entre la température du matin et celle du soir. Ce type thermique n’est d’ailleurs pas constant, et certains cas subaigus notamment paraissent devoir rester apyrétiques, puis, brusquement, la température monte et la fièvre persiste
pendant deux ou trois jours, caractérisant ainsi apparition d’une sorte d’accès.
Des transpirations abondantes, surtout nocturnes, affaiblissent le malade ; l'abattement est extrême. M. Gouget et, plus tard, Marinesco ont insisté sur l’importance d’un fait qui, s’il n’est pas constant, est du moins très fréquent, c’est Phypertrophie de la rate. Nous ne l’avons pas observée chez le petit malade dont M. Méry a rapporté l’histoire ; plusieurs auteurs ont, d’ailleurs, signalé l’absence de ce symptôme. Il semble donc que ce soit là un fait banal relevant d’un état infectieux ; on sait la fréquence de l’hypertrophie de la rate au cours d’un grand nombre de pyrexies.
Les urines, dans la majorité des cas, sont peu abondantes, assez foncées, concentrées, présentant donc les caractères des urines fébriles. La réaction de l’indican est assez souvent manifeste, et on trouve dans de nombreux cas la diazo-réaction d’Ehrlich. L’albumine aussi peut apparaître, mais on n’en décèle généralement que des traces ; il est rare que le dosage permette de trouver plus de 50 centigrammes par litre. La nature de cette albumine a été étudiée par Sick, qui a montré qu’à côté de nucléoalbumines, on rencontrait des albumoses. Le même auteur a constaté que, dans le sédiment urinaire, n’existaient pas d’éléments figurés ; cependant, en 1899, Neubauer avait rapporté le cas d’une jeune fille de dix-sept ans qui, au cours d’une polymyosite, avait présenté de l’albuminurie avec cylindres.
Enfin les observateurs récents n’ont pas négligé l’étude du sang : Lépine, chez le malade qu'il a observé, n’a trouvé que deux millions de globules rouges et la valeur globulaire était inférieure à la normale. La numération des globules blancs a donné habituellement, au moins pendant la période fébrile, une leucocytose légère sans éosinophilie ; mais la culture du sang en bouillon est généralement négative.
Pour terminer cette description clinique, faisons remarquer
l'absence, capitale en l’espèce, des phénomènes articulaires et des adénopathies.
ee
Mais à ce tableau se surajoutent un certain nombre de symptômes accessoires.
Les troubles digestifs sont variables, l’inappétence est généralement absolue, la langue est blanche et plus ou moins sèche, la constipation est fréquente et s'accompagne de météorisme.
Le système nerveux est peu touché. Cependant on observe fréquemment des troubles de la réflectivité ; mais l’accord n'est pas parfait, à cet égard, entre les auteurs : tandis que certains, comme M. Méry, ont trouvé les réflexes tant cutanés que tendineux exagérés, d’autres plus nombreux, comme Bœck et Prinzing, plus tard Marinesco et Vincent, les décrivent abolis ou considérablement diminués ; ces derniers auteurs ont constaté que la contraction idio-musculaire était nulle ; d’autres auteurs, Fenoglio et Lüwenfeld, plus récemment Sick, n’ont pas observé de modifications des réflexes. Les troubles de la sensibilité sont rares ; cependant Hepp et Unverricht ont trouvé de l’hyperesthésie de la peau à la piqûre au niveau des zones atteintes.
Les réactions électriques des muscles atteints ne sont pas moins intéressantes à observer, mais l’examen est généralement assez pénible à cause des douleurs éprouvées par le malade : normale pour Wagner et Fenoglio, la contractilité électrique est diminuée ou même disparue, mais sans réaction de dégénérescence, pour Hepp, Strümpell et Senator ; Lewy avait cependant observé un cas où il y avait une réaction de dégénérescence partielle. Il semble qu’on puisse expliquer cette divergence d’opinions par ce fait que les examens ont dû être pratiqués à des périodes différentes : d’après Sick, en effet, au début il n’y a pas de troubles électriques ; tardivement, au contraire, l’excitabilité faradique est un peu diminuée et l’excitabilité galvanique notablement atténuée. Cette opinion concorde avec les faits qu'avait déjà observés M. Vincent.
Enfin la radiographie, à laquelle de nombreux auteurs ont soumis leurs malades, n’a jamais donné de résultats : la transparence de la tumeur est parfaite.