‹ Les Polynésiens: leur origine, leurs migrations, leur langageChapitre 4 sur 79 · DATE DES MIGRATIONS · texte numérisé non relu

DATE DES MIGRATIONS

DÎTergences des tuteurs à ce sujet, — Etude détaillée de chaque archipel. — Sandwich. — Marquises. — Paumotu. — Mangareva. — Hervey. — Tahiti. — Nouvelle-Zélande. — Renseignements contradictoires. — Impossibilité défiler exactement la date des migrations. — Conclusions.

On ne 8*accorde pas sur Tépoque des migrations. Pendant longtemps les renseignements historiques n*ont pennis de remonter qu'à trois cents ans environ ; mais, depuis quelques années, des traditions nombreuses et coucordantes ont reporté à une époque bien plus éloignée le peuplement de plusieurs des principaux archipels polynésiens. Il est bien certain que les migrations étaient effectuées en Polynésie au XVI* siècle, car les récits faits par les premiers navigateurs ont montré que la plupart des îles étaient habitées comme elles le sont aujourd'hui, et Ton a pu savoir, depuis, par leurs successeurs, qu* elles n*ont reçu aucune nouvelle émigration, sinon de temps en temps, quelques colonies égarées à la suite de coups de vent. Oomme les populations sont restées identiques à celles qu^on avait d'abord vues, on a conclu, avec raison, que les Océaniens n*ont pas progressé comme ils Teussent fait sur un continent. Tels avaient été vus les Samoans par Roggeween, les habitants des Nina et des Alu-Fatu par Lemaire (1), les Marquésans par Mendana et Quiros, tels ils ont été retrouvés tous par Bougain ville, par Cook et par tous les navigateurs modernes. Cook et Marchand avaient été particulièrement frappés de Texacte ressemblance des insulaires de Madré, de Bios ou Tahuata vus par Mendana dans le milieu du XYI* âècle, et nous-même, 69 ans après, nous avons retrouvé dans cette lie les mêmes hommes si bien décrits par le chi-

(1) Lemaire avait pris ces dernières lies pour les lies Salomon.

rurgien de Marchand, Roblet ; en un mot, le changement avait été si peu grand que les descriptions de notre confrère et celles de Quiros elles-mêmes semblaient avoir été faites d'après les habitants actuels. On sait, du reste, que Pigafetta aux îles des Larrons, Tasman à la Nouvelle-Zélande et aux Tunga, avaient également trouvé des populations dont les caractères physiques étaient absolument ceux des habitants d'aujourd'hui.

« Que l'époque des migrations fût très ancienne, dit M. Broca (1), c'est ce dont on n'a jamais pu douter; maison n*avait à cet égard rien de certain ni même de probable avant les travaux de M. Horatio Haie, auteur ^u volume intitulé : On ethnography and philology of the United Siaies expédition under com. Ch. Wilkes (1846). »

Or, M. Haie résume ainsi ses recherches jusqu^en 1840 : Peuplement des îles Sandwich, depuis 1400 ans ou mieux 1850 ; des îles Marquises, depuis 2640 ; de Tahiti depuisdÛOO ans ; et des Mangareva, depuis 810 ans seulement.

Le savant américain ne dit rien de l'époque de l'arrivée des émigrants aux îles Samoa et Tunga ; mais «par cela même qu'il regardait les Samoa comme la source des migrations allant peupler les îles de la Société, les Paumotu, les Marquises, les Mangareva, les îles Sandwich et mdme les lies Tunga et la Nouvelle-Zélande, il est évident qu'il faisait remonter la date des premiers émigrants, qui, pour lui, venaient de la Malaisie, à une époque infiniment plus reculée encore.

Moërenhoût (2) avait la certitude que desmilliers d'années s'étaient écoulées depuis l'existence des émigrants en Poly*-* nésie, et c'était probablement Topinion de M. J. Gamier (3) qui regarde les îles de cette partie comme peuplées depuis très longtemps (4). Seulement, il n'admet pas, malgré les

(1) Bullei. Société (fanthrop. 1868, p. 806.

(2) OuTT. cité, t. II, p. 199.

(3) Les migrations poljrnétienneSy p. 81.

(4) M. Gaussin, après avoir dit qu*il croyait avoir établi que la langue poljnésiejme se trouTO dans un état de jeunesse relatiTe»

LBS POLTiniSIENS. 83

belles recherchée de MM. Haie et de Quatrefages, qu'il soit possible de fixer la date première des migrations polyné-* sienneSt et encore moins l'itinéraire particulier de chacune d'elles ; sur le premier point, nous sommes complètement de son avis.

Noos ne pouvons nous borner à ces quelques lignes dans une question qui est si obscure ; nous allons donc examiner en détail les diverses opinions émises à ce sujet dopais HalOt par les principaux écrivains. Nous commencerons, comme nous Favons déjà fait, par les îles Sandwich, c'est-à-dire par le point extrême et probablement le dernier peaplé, nous rapprochant ensuite successivement du lieu d'origine première.

Ile$ Sandwich. — Bn 1840, d'après M. Haie, les généalogies royales aux îles Sandwich comptaient 67 générations ou 2,100 ans ; pour M. J. Remy (1), le chiffre des chefs qui avaient régqé jusqu'en 1838 s^élevait k 75 et donnait une dorée de 2250 ans. Le premier de ces documents faisait donc remonter à 170 ans avant notre ère l'arrivée à Hawaii des premiers colons venant des Marquises ou de Tahiti ; le second reportait cet.^e arrivée à l'an 412 ou 307 ans avant notre ère.

Mais après une étude attentive, M. Haie, ayant cru voir que 22 générations pouvirient ôtre regardées comme fabuleuses, ces 22 générations furent retranchées par lui, de sorte qu'il ne reste plus que 45 générations donnant un total de 1350 ans et reportant la première colonisation d'Hawaii par les Polynésiens à la fin du V* siècle. C'est à ce chiffre de 1350 ans qu'il s'arrêta.

^aud oa la compare à nos langues aaropéeanes, (p. 262) crojait à rmeitiuieté des migrations. Car il dit, p. 268, « que la séparation « timaltanée ou succassiTe des Polynésiens (de la souche comc mime on entre eux) a dû ayoir Uea à une époque très reculée. «

(t) Auteur d'une notice sur les Sandwich, intitulée : « Récits iwM vieux sawage^ 1859, et d*une Histoire de V archipel hawaiien^ tndaitede celle oomposéa par Darid Malo et quelques autres indigèass (18SS).

Ce fut ce calcul que M. de Quatrefages adopta, et appliquant égfalement cette suppression de 22 générations aux 75 généalogies de chefs de M. Remy, il ne resta plus que 53 générations représentant 1590 ans et conduisant vers le milieu du III* siècle. Mais ne se contentant pas de ces soustractions, M. de Quatrefages trouva qu*il fallait diminuer encore ce chiffre, parce que, disait-il, les vers des généalogies ne représentent pas des générations mais bien des rè« gnes : de sortç, en résumé, que les généfllogies se bornaient pour lui à 45 ou 53 qui, multipliées par 21 15/100 et en négligeant les fractions, donnaient 945 ou 1113 ans, et par 22 990 ou 1166 ans. Pour lui donc les Tahitiens étaient arrivés aux Sandwich 405 ans ou 237 ans plus tard que ne Pavaient dit MM. Haie et Rémy.

On verra bientôt pourquoi cette diminution. En faisant venir de Tahiti les premiers habitants des Sandwich, il fallait bien faire concorder les dates, et il n'y avait guère d'autre moyen d'y parvenir.

Si M. de Quatrefages était bien convaincu que les généalogies n'étaient en définitive que celles de règnes au lieu de générations, M. Rroca, à la même époque, soutenait (1) € que c'étaient bien des générations et non des chefs qui étaient indiqués sur ces listes, attendu que lorsque plusieurs frères avaient régné l'un après l'autre, ils étaient énumérés dans le même vers et ne formaient qu'une unilé sur la liste générale. > Nous pensons comme lui que ce sont plutôt des générations que des règnes. Or, à 30 ans par génération, cela donne bien le nombre de 2010 ans jusqu'à Tamehamehaou 2100 ans jusqu'en 1840.

Mais qu'il s'agisse de générations ou de règnes, c'est avec plus de raison encore, à notre avis, que M. Broca trouvait que M . Haie avait réduit d'une façon quelque peu arbitraire les 22 générations sur les 67 données par les généalogies, réduction qui abaissait à environ 1400 ans la durée de l'occupation d'Hawaii jusqu'à Tamehamehaet la portait jusqu'à nos jours à peu près à quinze siècles, c Je ne suis pas aussi convaincu que lui, disait-il, de la légitimité de cette sup-

(\) Bull. Société (Panthrop. 1862, p. S06.

pression. Les personnages revôtus du caractère mythologique sont loin d*âtre toujours imaginaires ; le plus souvent ils ont eu une existence réelle, et il est peut-être trop rigoureux de se montrer plus sceptique à regard des temps historiques de la Polynésie qu'on ne Test à Pégard de Romulus, lequelt pour n*âtre pas fils de Mars, pour n'ôtre pas le nourrisson d*une louve, et pour n'avoir pas été enlevé au ciel, n'en a pas moins existé. »

Nous partageons complètement cette manière de voir, et nous Tappuierons en parlant des Marquises. Pour nous, les 67 personnages cités dans les généalogies doivent être comptés, et il n'y a d'hésitation à avoir que sur le choix à fidre entre lea générations ou les règnes : cette différence se borne d'ailleurs à 536 ans. On a donc :

Par les générations 2010 ans jusqu'à Tamehameha.

Par les règnes de 22 ans, 1474 ans.

En un mot, d'après M. Haie, Hawaii avait été'peuplée par Nukuhiva et par conséquent après Nukuhiva, il y a 1350 ans avant 1840 ; d'après M. de Quatrefages 1113 ans ou 945 ans ; d'après nous, il y a 2100 ans (1).

/les Marquises. — Porter, le premier, a appris que le chef Ke-Ato-Nui, en 1813, faisait remonter son origine à l'arrivée des premiers émigrants dans Nuku*Hiva,etqu*il comp. tait jusqu'à cette époque environ 88 générations, c'està-dire que' le peuplement avait eu lieu 2640 ans auparavant ce qui reportait l'arrivée vers 827 avant notre ère. En un mot il y aurait eu 630 ou 660 ans de différence»(21 ou 22 générations) d'après M. Hale,entre le peuplement deNuku-Hiva

Ci) M. Fomsikdtf {An accountofthe Polynesian race, t. II, p. O)» relaie une généalogie d'après laquelle 56 générations existèrent dopais Wakeajusqu*en 1S70, ce qui, à 30 ans par génération ferait IM aas ; mais d'autres traditions telles que celle de Kumuhonua, Imi remonter la ligne des chefs hawaiiens jusqu'à Hawaii- Loa q^'oM légeode tahitienne fait trère de Tii (Tiki) et qui passe pour afoîr le i^reinier découvert les lies Hawaii et s'être établi sur elles ^rs que, dans une excursion de pèche, il se dirigeait de sa de- ■tare vers FBst.

et des Sandwich, et par conséquent le temps de peupler en partie les Sandwich. Cette période de 630 ou 660 ans est en harmonie avec la succession des migrations^ car pour que des colonies émigrassent il fallait le plus généralement que rîle ait eu le temps de se remplir, qu'il y eût exoès de population, résultat qui ne devait se présenter qu'après plusieurs siècles.

Pour M. de Quatrefages le nombre des générations donné à Porter était manifestement exagéré, aussi lui flt-il subir, comme Haie l'avait fait aux Sandwich, une diminution de 22 générations, réduisant ainsi les généalogies à 66 géné« rations, lesquelles multipliées par SO donnent 1980 ans et par 21 ou 22 règnes donnent 1386 ou 1452 ans. De plus il préfère voir dans le nombre réduit par lui des règnes au liett de générations, contrairement à sa manière de faire pour Tahiti. D'après lui donc, les Marquises auraient été peuplées

vers Tan 419.

Gomme M. Haie, c'est sous le prétexte que les 22 premiè^^ ras générations ou règnes, sont fabuleux, que M. de Quatrefages les supprime. Gomme si on avait quelque moyen de savoir que ces générations sont plus fabuleuses que les autres et doivent être supprimées ni plus ni moins I On comprend cependant qu'en voyant certains noms on ait pu croire qu'ils étaient des non-sens ; mais c'était une enfeur, les chefs de ces îles avaient la même manie que les rois de l'Europe ; ils laissaient de côté leur véritable nom pour prendre celui que l'un d^eux avait d'abord adopté par caprice, ou par tout autre motif personnel. C^est ainsi qu*ild se faisaient appeler € le Grand, » < lePuissant« »«lel)ivin> c la Nuit, > < le Jour, » c le Constructeur, » etc., aussi bien aux Marquises qu'à la Nouvelle-Zélande et ailleurs. La liste généalogique que nous nous sommes procurée à Uapu (1) en est un témoignage : elle ne se borne pÀs à 88 générations ou règnes ; elle en présente presque le double.

D'après M. Fornander (2), les chefs marquésans d'Hivaoa, après avoir compté 148 générations depuis la eemmenee-

[{) Bile est relatée dans notre Vojragê du PylAit. (2) Oiiyr. cité, t. II, p. 7, note.

ment des choses, reoommenceût une nouvelle série depuis Ifstapa et comptent 81 grénérations jusqu'au temps actuel , ce qui concorde parfaitement avec nos propres renseigrnements.

Ici encore, avec M. Broca, nous pensons donc que cette sooBtraction opérée par M. de Quatrefages, n'a pu être faite sans arbritaire, et nous ne sommes paâ plus convaincu que lui de sa ilécessité^

Le chifEre 88 n'est pas d'ailleurs, comme le dit M. de Qua^ trefbges» d'un passé historique, ceët pourquoi nous croyons qu'il faut admettre au moins cette liste c'est-à-dire 2640 ans^ comme nous admettons 9100 ans pour les Sandwich.

Bn sommci M. de Quatrefages conclut que les Tong:ans (1), par qui il fait peupler en partie les Marquisesi ont dû ar« river daiis ces lies il y li 1880 ans» c'est-h*dire vers 419 ou 4fl7. Par conséquenti d'après ces calculs les Marquises auraient été peuplées par les Tongans, 873 avant les Saad«« wich, par les Tahitiéns, en prenant les calculs réduits de M. fiemy, et 441 d'après les chiflres réduits de M« Haie.

PaumotUé — Nous Tavons déjh fait remarquer : malgré ce qu'on en a dit, la population de ces tles a tous les caractères de la race polynésienne, et, ft part une coloration plus foncée et un langage plus dur elle a absolument les mômes traits, la même langue, les mêmes coutumes, etc. Aussi re^ gafde-t-on généralement Tahiti comme le berceau des habitants de cet archipel ; une tradition Tahitienne précise même le lieu de leur départ sur cette île ; mais si cette tra* dition désigne par leurs noms les districts qui ont fourni les émigrants, elle ne dit rien, elle non plus, de l'époque de la migration qUi semble d'ailleurs ne pas être très ancienne et qni aurait certainement pu être précédée du peuplement de rarehi^Msl Paumotu par une autre voie.

M. de Quatrefages semble admettre que cet archipel a été peuplé en partie perdes colons d'une autre race, en partie perdes Tahitiens : t Sans pouvoir préciser, dit-il, (2) à quelle époque arrivèrent dans ces Iles les colons qui mêlés aux

(1) Partit de Vavau.

(t) Jbmc d€S Deux-Mondes, 1864, p. 897.

88 LBS POLYNÉSIENS.

Polynésiens de Tahiti, les habitent aujourd'hui, tout porte à croire qu'ils y sont parvenus à une époque peu éloignée, car ils n*out pas encore atteint Textrémité de cet ensemble d*îles très rapprochées les unes des autres, et ne se montrent en populations quelque peu condensées que dans les groupes du Nord et de TOuest. >

Pour nous, comme il ne reste aucun vestige d'une autre race, dans la population ou le langage, nous sommes persuadé qu'au lieu d'être d'une race différente, les colons, arrivés avant, ou après les Tahitiens, n'étaient bien probablement que des Samoans. Comme nous l'avons dit ailleurs, ces <;olons étaient, probablement aussi, établis dans plusieurs des Iles Paumotu avant la venue des Tahitiens. Mais, ce que nous voulons seulement faire remarquer ici, c'est que la raison que donne M. de Quatrefages du peu d'ancienneté de l'arrivée des émigrants quels qu'ils fussent ne repose que sur un fait d'observation inexacte. Tous les navigateurs des Paumotu ont appris, en effet, qu'il n'est pas une seule île habitable dans tout l'archipel, qui ne soit, ou n'ait été habitée, ainsi que l'attestent les restes de demeures qu'on y rencontre encore de nos jours. Ce ne serait donc pas parce qu'on n^a pas eu le temps d^atteindre les extrémités du groupe que cet archipel présente quelques îles désertes aujourd'hui ; c'est tout simplement parce que quelques-unes ne permettent pas d'y vivre et que les autres, ont eu leurs populations exterminées par les aventuriers d'Ânaa.

Mangareva. — « Les Mangaréviens, disions-nous dans une notice publiée sur leur île en 1844 (1), habitent leurs chétives îles depuis longtemps sans doute et portent leur premier établissement à six ou sept cents ans. Un calcul approximatif peut ôtre fait pour concorder avec leurs annales orales, en donnant 10 ans de vie moyenne à leurs rois. Or, comme ces peuples comptent de 60 à 70 monarques

(l) Voxafce aux Afangareya^RochQfoTtlSiik et Journal du yqy^ge du Pelade, ( Inédit).

ayant gouverné comme chefs suprêmes le groupe entier des tiesy on se trouve obtenir un résultat sinon précis, du moins probable. »

Mous avions pris dix ans seulement ; mais si nous adop* lions le chiffre de M. de Thompson 22 ans 1/55 ; ce serait presque le doifble, c'est-à-dire de 1320 à 1540 ans.

Si nous adoptions le calcul de M. de Quatrefages, si nous donnions à chacun des 60 ou 70 règnes, 21 ans environ, ce serait 1200 ans pour 60 et 1470 ans pour 70 règnes ; et en supposant des générations de 30 ans : 1800 ou 2100 ans.

n est vrai que ce dernier écrivain n'admet, d'après M. Haie qui le tenait du missionnaire français M. Maigret, que 27 chefs jusqu^en 1840 : ce qui ferait 567 seulement pour des règnes de 21 ans, et 810 ans pour des générations.

Nous ne pouvons dire lequel a raison quant au nombre des règnes^ de M. Maigret ou de nous-mâme ; mais il est certain que nos renseignements proviennent d'une source offrant toute garantie, car c'est sur les lieux qu'ils nous ont été donnés par le studieux et modeste savant M. Florit de la Tour de Glamaure, directeur des études dans l'archipel. D'un autre côté, M. Fomander dit (1) que les Mangareva comptent 25 générations depuis Te Âtu Moana, arrivé là des terres étrangères.

Des chiffres de M. de Quatrefages, il résulte que les îles Mangareva auraient pu recevoir leurs habitants de l'île Rarotonga, comme il l'avance d'après J. Williams, puisqu'il donne à cette dernière île trente générations. Dès que l'on n'admet que 27 règnes aux Mangareva, il est clair qu'il y aurait une différence en faveur des îles Manaia, c'est-àdire que les dernières auraient pu peupler les Mangareva, comme le croit M. de Quatrefages avec Horatio Haie.

Si nos chiffres étaient, au contraire, les plus exacts pour les Mangareva, force serait de reconnaître que ces îles au« raient été peuplées 630 ou 810 avant les Rarotonga en admettant la manière de compter de M. Thompson. Mais sont- Ils exacts T Nous n'oserions le dire, quoiqu'ils nous aient

(1) Ouït, cité, vol. Il, p. 7, note.

lA-j

été fournis par rhomme le plus au fait de Thistoire des Mangareva lors de notre yisite à ces îles.

Toute la difficulté, comme on voit, se borne à savoir si c*est bien 60 à 70 rois ou seulement 27 qui ont régrné depuis le peuplement de ces Iles jusqu*en IdiO» et s'il fteut compter par générations ou par règnes j mais il est bien certain qu'en ne donnant que 10 anB« comme nous ayions fenti nous étions resté en-dessous du chiffire véritable.

Après cela, il est évident que d*après les calculs de MM a Haie et de Quatrefages, les Mangareva. auraient pu être peuplées par les Manaia, en supposant des générations ; mais pour nous il s^agit de règnes et les renseignements sur lesquels on s*est appuyé pour fixer l'époque du peuplement des îles Herveji n'ont pas la valeur qu'on leur a aocordée.

Ileê Hêtnyey. ^ En èfRrti M. de Quatrefages a admis comme eiacts les renseignements fournis par M. Jr Williamsi mais sans remarquer que Williams lui-mâmë ne paraissait pas y attacher une gi^ande importance, puisqu'il se borne à dire : < Le roi actuel Makea est le 29* de sa famille ; » il igoute en note : < L'oncle de Makea, alors que nous allions partir pbur les Iles de la Société^ nbus donna un renseignement fort intéressant, c^était rénumération des ancêtres du roi« Cette énumération ou généalogie commençait à Makea« Karika, et le caractère de chaque chef y était indiqué. Je regrette vivement de n'avoil* pu obtenir uil récit exact de ce renseigment que j'entendais avec un Intérêt tout particulier. 1»

Il est certes difficilei d'après Williams loi-même, de pouvoir conclure quelque chose de précis d'une pareille donnée, reçue pour ainsi dire en l'air ; mais ce renseignementi f&t-il

(1) A Narrative f etc., p. 197. Fomander ayanoe lo mémo fait, probablement puisé à la mémo source. Mais, d*après loi, les expéditions réimiefl à Tahiti et aux Samoa, sous la conduite de Karika et de Tangiia, subjuguèrent des populations précédemment fixées sur ces îles. «

exact, il ne reste pas moins d^une importance secondaire et pour ainsi dire nulle, puisque la date qu*il donne, comparée à celle des grands archipels, est toute récente. Tout au plus peut-on en conclure que ces îles auraient été découvertes et peuplées beaucoup plus tard que d'autres, mais cela n'aide en rien à en fixer Tépoque, pas plus que cela n*aide à découvrir l'époque probable de la grande émigration venant d*Hawaliiki et celle de Tarrivée des premiers émigrants en PoIy<« nésie. (Test même parce qu'on a voulu tirer quelques inductions de pareils faits sans signification, qu'on est si difficilement arrivé à des résultats satisfaisants en fait de date.

Encore une fois il est bien certain que les Manaia, puisqu'on leur accorde 29 générations ou 29 règnes, auraient pu peupler les îles Mangareva, s'il est vrai, comme le dit M. Haie, que celles-ci n'en comptaient que 27 ou 25 comme l'avance M. Fomander ; mais tout cela est si hypothétiquei létude des faits polynésiens vient si peu en aide à cette opinion, qu'il est au moins permis de conserver quelque doute.

En somme, nous ne croyons pas que les populations des Mangareva soient aussi jeunes que les font les chif&es de fiale, ni probablement aussi vieilles qu'il résulterait des

nôtres, interprétés à la manière de Thompson (1).

Sans doute les Manaia, par leur position autant que par les chiffres cités, doivent avoir été les premières peuplées ; mais ce qui est pour nous une raison de plus de douter qu^elles Tavaient été si tardivement qu'on paraît le croire, c'est que les plus anciennes traditions, comme on a vu, parlent de Karotonga, et montrent que cette île, pour ne citer qu'elle du groupoi avait les rapports les plus intimes avec Tahiti d*abord| et les îles Samoa elles-mômes.

^ (1) J. Williams (p. MO) cite un fait qui, s'il était exact, pourrait fuie douter du peu do temps qu'on croit écoulé depuis ce peuplement destles Herrey : à Manaia, un naturel descendu dans les eafemas où depuis un temps très éloigné étaient jetés les cadavres de la popiilation, assurait que ces cayernes étaient très grandes et qu'elles eontonalaat une innonibrable quantité d'ossements, mais oa fem supposer que la peur lui a fiut voir l'amas plus cousidéraldaqa'il n'était.

Tahiti. — M. Haie assigne au peuplement de Tahiti une antiquité beaucoup plus grande que celle du peuplement des îles Sandwich ; il le fait remonter jusque vers le 10* siècle avant notre ère, en se fondant uniquement sur Taltéra* tion que la langue et les mœurs présentent, lorsqu^on les compare à ce qui existe aux Samoa : si, comme nous le croyons, le chiffre de 2100 ans est exact pour les Sandwich, de même que celui de 2640 ans pour les Marquises, 3000 au moins sont nécessaires pourTahiti.

Mais ici M. de Quatrefages, se séparant de M. Haie, trouve qu*il fait remonter l'origine des Tahitiens à une trop haute antiquité. Il reconnaît bien la difficulté d'indiquer l'époque de la colonisation ; mais en s'étayant de la généalogie des anciens rois de Raiatea, faite par Mare, sous le gouverneur Lavaud, il croit pouvoir la reporter au 2* siècle avant notre ère, et il admet avec lui trente-quatre générations qui ramènent aux années 807 ou 1109 suivant qu'il s'agit de règnes ou de générations.

Toutefois 1020 ans et à plus forte raison 714, étaient insuffisants pour expliquer le peuplement des îles Sandwich par Tahiti ; M. de Quatrefages chercha à tc^mer la difficulté : au lieu de diminuer d*un certain nombre de générations ou de règnes, comme il l'avait fait pour les Sandwich et les Marquises, il augmenta au contraire d'un certain nombre les générations ou les règnes de Tahiti. On le voit, le procédé était aussi simple que commode. Il commença donc par adopter des générations au lieu de règnes, et aux trentequatre générations de Mare, il en ajouta 20 autres, ce qui porta de la sorte le chiffre total des générations à 54. Avec ces vingt générations, que M. de Quatrefages trouve cependant lui-même un peu fortf^s, on atteint, comme il le dit, à peu près l'époque du peuplement des îles Sandwich. On a, en effet, s'il s'agit de générations, un intervalle de 507 ou 675 ans, et s'il s*agitde règnes', de 11 années seulement. Le premier intervalle est bien suffisant pour faire comprendre que les Sandwich ont pu être peuplées par Tahiti ; mais le second ne suffirait guère : c'est peut-être pour cela que M. de Quatrefages n'admet pas ce dernier calcul.

Ainsi, d*une part, diminution de toutes les gfénérations admises pour les autres archipels en ne les considérant que comme des règnes; puis de Tautre, au contraire, choix de générations au lieu de règnes admis jusque-là, et augmentation de 20 générations : tel a été le moyen mis en usage pour expliquer la possibilité du peuplement des Sapdwich par Tahiti. Sans doute on arrive de la sorte à un surplus quelconque pour Tahiti, mais on voit combien il fautretran* cher d*un côté et augmenter de Tautré pour faire cadrer ces calculs avecle système adopté. Quelle confiance avoir, nous le demandons, dans de pareils calculs ? Et pourtant ce sont eux qui paraissent avoir donné à M. de Quatrefages la certitude que la migration Tahitienne est bien plus ancienne que celle des Maori, et que M. Haie s est trompé. Voici, du reste, textuellement ce que M. de Quatrefages dit à ce sujet (1) :

t Quant au peuplement de Tahiti, nous pouvons opposer à l'estimation toute conjecturale de M. Haie un document non moins précis que les précédents. C'est la généalogie des anciens rois deRaiatea, ancêtres des Pomare. Cette généalogie, recueillie avec grand soin par ordre du gouvernement français,ne comprend que 31 générations représentant 1020 années et reporterait Tavènement de cette dynastie vers le milieu du IP siècle de notre ère. Peut-être cependant mérite-t-elle un reproche opposé à celui que M. Haie adresse, évidemment avec raison, aux généalogies hawaïennes. On n'y voit figurer aucune de ces divinités locales qui sont certainement d'anciens chefs déifiés, et il serait bien étrange que la tradition tahitienne commençât d*emblée aux temps franchement historiques. Les recherches d*Ellis, en restituant au dieu Oro son vrai caractère, autorisent à croire qu'un certain nombre de générations humaines sont passées dans la mythologie ; mais probablement l'indigène nouvellement converti, chargé de recueillir ces documents précieux, aura sacrifié les temps héroïques de sa patrie, il aoraeuievé un certain nombre d'hommes de la liste royale de crainte d'y faire figurer quelques faux dieux, etc. >

{\)Reinte des Deux-Mondes^ 1864, p. 899; les Polynésiens, p. 171.

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