TRADUCTION
Oui certainement j’aime les Français;
J’aime surtout les chefs qui disent oui, (4).
(]) Au figuré : chose précieuse.
(2) Signifie aussi surnaturel, mot propre à la poésie.
(3) Pua est le nom d’une tribu à Nuhu-Hiva.
(4) Les indigènes ont donné le surnom de ui-ui et de maka-ui , dire oui, aux Français qui, sans cesse, répètent : Oui-oui. De même, ils les avaient d’abord appelés Kai Kakaa, parce que, les voyant ramasser des insectes et des lézards, ils avaient supposé qu’ils ne les ramassaient que pour les manger. Dès le début, ils les avaient aussi appelés Atua , les Dieux.
Et qui se couchent sous la même couverture avec les femmes :
Il n’y a que les mauvais chefs qui battent les femmes.
Les Français des navires ne s’unissent à elles qu’en battant des mains.
Enlève, (disent-ils), le vêtement qui recouvre ta poitrine, o femme. (1)
MOT-A-MOT
Hinenao. — Aimer, amour, tendresse.
Tau — de moi 1 te — à les Farani — Français,
Hoi. — certes, certainement, aussi, encore ;
Tikao — désirer ardemment, avec passion
Te hakaiki , — les chefs
Maka ui. — faire, dire oui
Etahi — Seul, même
Kahu — couverture, vêtement
Me te — avec les
Vehine — femmes.
Hakaiki. — Chefs Ino — mauvais Pehi — battre
Vahiné — les femmes Hoï. — certainement;
Pahi — : navires (des)
Arani — les Français,
Pii — s’unir, s’attacher, union
Aka — faire
Me — avec
Upoko — la tête
Hoi — certainement.
Kahu — Vêtement To omo — de poitrine
(1) La fin de ce mumu n’est même pas traduisible en latin.
Vehine — femme Ahea ? — Qu’est-ce ?
Tuku — donner Moi — moi Aï — coït»
Popo — Après, plus tard Kopi — fermer, boucher Pipi — répandre, arroser Haka — faire Me te — avec le
Ihu— nez, beaupré d’un navire. Ce mot est pris ici au figuré.
Chanson faite pour nous par la fille du grand-prêtre
Veketu.
Hinenao Taua ia Timau hoï !
Mate to oe tu menava ia te pahoc :
Tau Timau tahia i te po ;
Vehine ino , vehine mako hoi ;
• Ueta ae ma titoï ue.
traduction.
Le docteur aime sans doute Timau.
Il faut que son goût soit bien malade pour s’adresser à cette fille.
Mademoiselle Timau se rend la nuit à bord des baleiniers.
C’est une coureuse, une femmeimpudique, qui se livre à tous les hommes.
MOT-A-MOT
Hinenao — Aimer,
Taua — docteur français
la — à
Tiraau — nom de fille,
Hoi ! — certes, certainement, sans doute.
Mate — Malade To — de Oe — toi Tu — être
Menava — goût, esprit, amour ; la — à, pour
Te pahoe : — la jeune fille.
Tau , — Aller, aborder, aller à bord des navires Timau *—• Timau.
Tahia — mademoiselle I te po. — dans la nuit.
Vehine — Femme Ino ; — mauvaise, coureuse ;
Vehine — femme
Mako-hoï — impudique, qui aime le titoï.
Ue — Pénis Ta — frapper Ue — pénis Ina — là
Titoi ue. — avoir vu, voir beaucoup d’hommes.
Provenance des habitants des îles Marquises. — De toutes les données précédentes, que conclure en somme ?
Que les Marquésans, qui ont probablement envoyé des colonies aux îles Sandwich, venaient eux-mêmes de Tahiti et des Tunga, et peut-être aussi, suivant nous, des îles Samoa.
On sait que Haie ne les croyait issus que des deux premiers archipels : il se fondait, pour soutenir cette opinion, sur ce que les dialectes des Marquises se trouvaient ramenés par l’analyse à deux dialectes fondamentaux, l’un entièrement tahitien, et l’autre tongan. Pour lui, le premier dialecte était plus général ; il trouvait même que les mœurs et les usages offraient, suivant les districts ou les îles, les mêmes contrastes que les dialectes. Aussi regardait-il les insulaires des Tunga comme ayant peuplé les îles du Nord-
Ouest et particulièrement Nuku-Hiva, tandis qu’il attribuait le peuplement direct des îles du groupe Sud-Est aux Tahitiens, dont la langue était conservée ainsi que le souvenir de Tahiti. Mais, comme les Marquésans avaient conservé, en outre, le souvenir vague de la patrie commune, qu’ils appelaient Havaiki, et que, pour M. Haie, l’Havaïki n’était que l’île Savaii des Samoa, le savant américain ne les regardait, en définitive, que comme des émigrants venus indirectement de ces îles qui, pour Tupaia, étaient la mère des autres.
M. de Quatrefages, se basant sur ces diverses circonstances, a émis l’opinion que les Marquésans pourraient être venus directement des îles Samoa, et qu’ils étaient plutôt les frères que les fils des Tahitiens. Nous serions nous-même très disposé à partager cette opinion, en ne considérant toutefois les îles Samoa que comme une étape ; car l’Havaïki des Marquésans, comme nous le démontrerons, n’était pas plus Savaii pour eux que pour les Tahitiens et les autres habitants dés groupes orientaux. Il est certain que les Samoa, bien que deux fois plus éloignées que les îles de la Société, étaient mieux placées qu’elles pour envoyer des colonies aux Marquises : nul obstacle n’existait sur la route, tandis que les Tahitiens ne pouvaient les atteindre sans avoir à traverser les îles Paumotu les plus occidentales. Cette circonstance, dirons-nous en passant, doit faire supposer que si les Marquises ont été peuplées en partie par des Tahitiens, les îles Paumotu l’ont nécessairement été avant les Marquises.
Mais il faut bien l’avouer, excepté cette facilité de voyage, rien ne démontre que les Samoans aient pris part au peuplement des Marquises. Leur langage serait même plutôt un témoignage contraire ; car, on le sait, s’il est semblable par le fond à celui des Tunga et des Hawaii, il n’en diffère pas moins par l’absence de plusieurs lettres qui sont en usage dans ces derniers archipels. C’est ainsi qu’il n’a pas le k des Tunga et des Sandwich, ni le r de Tahiti, ni le n g des Tongans et autres, et qu’il emploie la lettre s, empruntée certainement à l’archipel mélanésien des Fiji: cette lettre
n’est employée par aucun autre archipel polynésien, si ce n’est par le petit groupe des îles Futuna et Alofi ou îles de Horn de Lemaire et Schouten, découvertes en 1616.
On le voit donc, ce n’est pas le dialecte samoan qui aurait pu donner aux Marquésans l’usag*e du k et du r. Il aurait pu donner seulement ce que justement les Marquésans n’emploient pas, c’est-à-dire le g seul, le l et le f que possèdent aussi les Tahitiens et les Tongans. On sait que dans les Marquises, le langage de quelques tribus se sert du ng , mais jamais du s, ni du g seul, ni du l des Tong-ans, des Samoans et des Hawaiiens ; il n’emploie même pas le r de Tahiti. Mais il est pourtant vrai que, de même que le ng , le r a du être plus employé autrefois, puisqu’on le retrouve encore dans quelques tribus ; ex : Kiore.
En somme, s’il est difficile, à ce sujet, de dire quelque chose de bien exact, il ne semble pas moins résulter des remarques précédentes, que deux archipels suffisent à expliquer la lang-ue des îles Marquises : Tahiti et les Tung-a. Cependant, malgré l’absence de témoig-nag-es positifs, nous croyons toujours pouvoir penser que les Samoans ont contribué au peuplement des Marquises, et cela parce que nous sommes convaincu que la lang-ue polynésienne, au début des migrations, était la même pour tous : ce que nous essaierons de démontrer plus tard. Mais il y a loin de là à conclure avec M. Haie que l’Havaïki, la patrie première des Marquésans, n’était que l’île Savaii, d’où les émigrants étaient venus indirectement : cette île Savaii n’était, comme nous le démontrerons, qu’une des étapes de la grande émigration se répandant en Polynésie, et on ne saurait la considérer comme la patrie première ou terre d’origine.
Il est impossible de mettre en doute la fréquence et la facilité des rapports entre les Marquises et les îles de la Société particulièrement, ainsi qu’entre elles et les Tunga, et "bien probablement aussi les Sandwich.
Si l’on ne peut dire exactement quelle est l’île qui a pris le plus de part au peuplement des Marquises, on voit du moins que toutes celles dont parlent les légendes sont placées plus à l’Ouest qu’elles, et que c’est, par conséquent, de
cette direction générale qu'elles disent avoir reçu leurs premiers habitants.
Ainsi donc déjà, l’examen des deux premiers archipels montre qu’ils ont été peuplés par des émigrants venant du Sud et de l’Ouest et se dirigeant, d’une manière générale, vers le Nord-Est, comme s’ils s’éloignaient de leur point de départ, poussés par des vents de Sud-Ouest.
Voyons maintenant à quelle contrée les autres archipels, formant la limite extrême de la Polynésie orientale, attribuent eux-mêmes la provenance de leurs populations. Ce ne sera qu’ après cette étude qu’il nous sera possible de désigner, avec une certaine certitude, le véritable point de départ des émigrants. S’il y a concordance, il n’y aura plus de doute à avoir : ce sera presque sûrement de la terre indiquée par le plus grand nombre de témoignages que les émigrants seront partis. D’après la position de cette terre, par rapport aux îles plus orientales, il sera facile de conclure quelle aura été la direction suivie par eux, depuis le dernier point de départ.
Ces archipels sont, d’abord les Paumotu, puis les Mangareva et l’île de Pâques.
Nous commencerons par les Paumotu.