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ILE DE PAQUES

Considérations historiques. — Caractères physiques des habitants anciens et modernes. — Ces caractères les rangent parmi les Polynésiens, et les rapprochent surtout des Néo-Zélandais. — Ils s’en différencient par la distension lobulaire des oreilles et l’usage de la poterie, d’origine mélanésienne. — Discussion à ce sujet. — Traditions relatives à l’île de Pâques. — Le langage de Pile est polynésien et se rapproche surtout du Maori. — Liste des rois de Pâques. — Description des statues et autres monuments de Pâques. — Les habitants de Pâques sont des émigrants d’îles polynésiennes situées plus à l’Ouest, et probablement des îles de la Société ou de Raiatea.

L’île de Pâques a été appelée Paaschen par Rogg'eween, Easter par les Anglais, te Api ou Tapi, par Cook, Waïhou par Forster et Waïhu (1) par Beechey. On lui a même donné, dans ces dernières années, le nom de Rapa nui ; mais le contre-amiral de Lapelin pense que c’est à tort (2) : selon lui, les habitants de l’île de Pâques nient que Rapa nui

(1) Enmaori, Wai signifie eau; hu, bouillir, marais, silencieux* On sait que Wai-hu est le nom de l’un des districts de l’île de Pâques ; il se pourrait donc que, cette fois encore, on se fût trompé sur la véritable appellation indigène de cette île.

(2) Yoy. Revue maritime et coloniale , t. XXXY, p. 105, où M. de Lapelin a fait insérer les rapports : 1° de M. Pana, capitaine de la corvette de guerre chilienne Ohigghins ; 2° du commandant du

soit le véritable nom de leur île, qu’ils disent se nommer Mata kite rage (1).

L’île de Pâques fut découverte, comme on sait, le 6 avril 1722, par Roggeween, qui la nomma ainsi en raison de la solennité du jour, et qui décrivit le premier quelques-unes des statues colossales, dont ont tant parlé depuis tous les voyageurs.

Elle fut revue en 1770 par Gonzalez, qui la prit pour Tîle Davis ; il la plaça à environ 600 lieues de Callao, et il ajouta à la description de Roggeween, touchant les habitants et les statues (2).

En 1774, Cook et les deux Porster y trouvèrent les poules et les cochons signalés par les premiers visiteurs, et parmi les principales plantes, le mûrier à papier • ( Broassonctia pcipyrifera ), V Hibiscus populneus , les patates douces, les ignames, les bananes, les cannes à sucre, le Tz, (. Dracœna terminalis ), etc. L’Hibiscus y était appelé Hau (3). Les Forster n’y virent d’ailleurs que neuf espèces de plantes de l’Amérique, y croissant à l’état sauvage, mais en plus g’rand nombre qu’à la Nouvelle-Calédonie, où ils n’en avaient rencontré que trois.

Ils remarquèrent quelques maisons en larges pierres parfaitement assemblées ; quelques-unes, à moitié construites

navire de guerre anglais la Topaze ; 3° des chirurgiens de ces deux navires, avec des annotations fournies à Tahiti probablement par quelque missionnaire ayant séjourné à Pâques.

(1) Ces mots ne sont peut-être que les mots maori matakite rahi : matakite , personne qui prévoit les événements, sorcier ; rahi, grand. Peut-être aussi peuvent-ils se décomposer ainsi : mata, figure ; ki , à ; te , le ; rage pour rangi, ciel. Mais nous croyons plutôt que c’est le mot maori matakitaki , mal entendu et estropié, et signifiant, prendre garde, veiller : ce mot s’appliquerait alors aux statues élevées sur Pile.

(2) Il commandait le San Loren^o et la Santa Rosalia sous le vice-

roi Amat.

(3) A Tahiti, V Hibiscus est appelé Pur au et F au ; il est appelé Hau aux Marquises.

en terre, avaient une voûte en pierres ; d’autres étaient souterraines. Ils reconnurent également que les naturels parlaient un dialecte de la langue de Tahiti, puisque le compagnon de Cook, Oedidee (1) avait pu causer facilement avec eux.

Le 9 avril 1786, de La Pérouse visita cette île, et constata que les demeures souterraines vues par Cook étaient des habitations et non des tombeaux.

En 1816, Kotzebüe remarqua, pendant sa courte et dangereuse relâche, que les statues du rivage avaient été renversées de leurs piédestaux.

Après lui, Beechey s’y présenta en 1826 et y fut aussi mal reçu ; il y vit des maraë, c’est-à-dire des enclos sacrés, servant à la prière.

Il est inutile d’ajouter que, depuis ces navigateurs, de nombreuses visites ont été faites à cette île, surtout par les baleiniers, et que c’est dans ces derniers temps, avant que YOhigghins , la Topaze et la Flore s’y présentassent, qu’une mission française y a été établie, et que le rapt d’un grand nombre d’insulaires a été opéré par des navires péruviens armés dans ce but (2).

Comme pour presque toutes les îles de la Polynésie, on a diversement estimé la population de l’île de Pâques. Ainsi, d’après Roggeween, elle s’élevait à plusieurs milliers ; Gonzalès l’estimait être de 3000 âmes ; de La Pérouse en portait le chiffre à 2000 seulement et Forsterne Tévaluait qu’à 900. Depuis ces dernières années, tant d’insulaires ont fui leur patrie, tant d’autres ont péri à la suite d’enlèvements et de maladies importées par ceux qui sont revenus des îles Chinchas, tant d’autres enfin ont succombé à l’abus des liqueurs fortes, que la population se trouve réduite aujourd’hui à un nombre excessivement restreint. En 1868 on comptait encore 900 individus ; ils n’étaient plus

(1) Petit chef taliitien, dont le nom véritable était Malline ; il était né à Raiatea.

(2) Voir Revue coloniale , t. XXXV.

que 700 en 1870, d’après le commandant Pana ; enfin en janvier 1872, lors du passage de la Flore commandée par l’amiral de Lapelin, on n’en comptait plus que 275, dont 55 femmes seulement. Cette dépopulation, générale dans la Polynésie, est attribuée surtout à la scrofule et à la phthisie (1) ; mais ici elle a en plus pour cause la variole rapportée par les hommes que les Péruviens avaient enlevés et qui, sur les réclamations des autorités européennes, furent enfin rapatriés, alors que la plus grande partie d’entre eux avait déjà disparu.

Une tradition rapporte, dit-on, que, faute de nourriture suffisante, les habitants de Pâques ne laissaient pas la population dépasser le chiffre de 900 personnes. Ce fait est peu croyable, car non seulement les anciens navigateurs ont indiqué des chiffres plus élevés, mais encore le premier missionnaire français qui est allé s’établir sur cette île assure y avoir trouvé environ 1500 habitants vivants. Que les infanticides y fussent aussi communs qu’aux Mangareva, aux Marquises, à Tahiti, il ne pouvait guère en être autrement, puisque les indigènes étaient d’origine polynésienne ; que les vieillards malades y fussent tués et enterrés presque tout vifs, comme aux Mangareva et aux Marquises encore, il n’y a pas à en douter ; mais nous n’avons jamais entendu, pendant notre long séjour en Océanie, rapporter de tradition pareille à celle que l’on cite au sujet de l’île de Pâques.

Nous ajouterons que, pour Roggeween, l’île de Pâques avait 16 lieues d’étendue ; 12 à 15 lieues de circuit pour Gonzalez ; que Cook et La Pérouse déterminèrent exactement sa circonférence en la portant à 36 milles ; qu’enfin, d’après La Pérouse et Dagelet, Pâques git par 27°8’ ou 9’ de Lat. S.

(1) Cons. sur ce sujet, Bulletins de la Société d’anthropologie , 1872, p. 682, 821; 1874, p. 103 ; 1875, p. 207, 210. — J. Garnier, Voyage autour du Monde, la Nouvelle-Calédonie , p. 240. — De Quatrefages, VEspèce humaine , p. 163, 315. — De Yarigny, Comptes-rendus du Congrès du Havre, p. 1064. — Annales de l’Extrême- Orient, février 1879, p. 256, etc.

et 112°4’ 31” de long*. O. mérid. de Paris, et d’après Beechey, par 27°9’ L. S. et 111°45’ long*. O.

Nous allons maintenant examiner la question qui a tant préoccupé les ethnologues, et qui, aujourd’hui encore, est si peu résolue, du véritable lieu d’origine des habitants de l’île de Pâques.

Bien que l’île de Pâques soit située à plus de 60 0 lieues du continent américain, à 500 lieues de l’île polynésienne habitée la plus voisine, à 1500 lieues de la Nouvelle-Zélande, et à 800 lieues de Tahiti, on sait aujourd’hui que ses habitants ont tous les caractères physiques généraux de la race polynésienne, qu’ils en ont les usages, les croyances, et même jusqu’au lang*ag*e.

Déjà Roggeween avait dit que les insulaires, vus par lui à Pâques, étaient vifs, alertes, vigoureux, d’un air doux, soumis, agréable et presque timide ; que leur peau avait la couleur de celle des Espagnols, et que quelques-uns étaient blancs ; que leur corps, enfin, était tout couvert de dessins d’animaux et oiseaux divers (1).

Gonzalez les avait décrits d’une manière qui ne permettait guère de douter de leur origine polynésienne, car voici comment il s’exprime : « Ces Indiens sont d’un caractère souple et docile, et montrent un penchant irrésistible pour le vol. Leur teint est communément de couleur bronzée. Chez quelques-uns, ce teint est plus clair, chez d’autres, il est rougeâtre comme s’ils étaient brûlés par le soleil. Ils sont de la plus grande taille : on n en voit nulle part de mieux faits, ni de mieux proportionnés. Les hommes laissent croître leur barbe, qu’ils ont très-épaisse, et les femmes sont fardées d’un rouge très vif : ils conservent le feu sous terre et ne le prennent qu’avec des cérémonies qui annoncent quelque superstition. Ces insulaires n’ont d’autres armes que des bâtons et des pierres. Leur vêtement consiste en une légère draperie qui leur couvre les parties naturel -

(1) Quand les Forster virent cette île, les hommes étaient tatoués de la tête aux pieds ; les femmes l’étaient moins et les deux sexes se peignaient de rouge et de blanc.

les. Ces ceintures paraissent être tissées de fil de coton : elles sont artistement travaillées. On voit dans leurs maisons des couvertures de la même étoffe (l). »

Enfin voici ce qu’en a dit l’observateur si exact, Beechey(2) : « Ils forment une belle race ; les femmes sont particulièment belles. Le bel ovale de leur visage, leurs traits réguliers, leurs fronts hauts, arrondis et lisses, leurs yeux noirs, le plus souvent petits, quelquefois enfoncés, et leur rangée de dents blanches comme de l’ivoire, nous faisaient trouver que leurs figures ressemblaient aux têtes de la Nouvelle-Zélande. La couleur de leur peau est plus claire que celle des Malais. Leur corps est bien fait : les jambes ne sont pas très charnues, mais annoncent de l’agilité. La hauteur générale de la taille est de 5 pieds 7 pouces 1/2. La chevelure est d’un noir de jais, et portée modérément courte. Les lobes des oreilles sont démesurément percés. Les lèvres, quand elles sont fermées, ne forment qu'une ligme, laissant voir très peu de chair, et qui donne un air décidé. Les yeux sont petits et noirs, ou d’un brun foncé. Le menton est petit et un peu saillant quelquefois, et la langue excessivement large ressemble, par sa face supérieure, à celle d’un blanc malade. Le nez est aquilin et bien proportionné. Le tatouage est très-répandu, surtout chez les femmes. Les lignes sont tracées dans la direction des muscles, d’une manière semblable ficelle de la Nouvelle-Zélande (3). »

C’est en somme avec les Néo-Zélandais que Beechey leur

(1) Voy. Dalrymple, ouvr. cité, trad. de Fréville, p. 480.

(2) Ouvr. cité, 1er vol. p. 51.

(3) Pour montrer le contraste opéré depuis lors, nous donnerons la description qu’on trouve dans la traduction du rapport de M. Pana. Leurs traits principaux, dit-il, sont aujourd’hui : une stature moyenne (la taille aurait donc diminué) ; des yeux grands ; le front protubérant ; le nez effilé ; les cheveux déliés et plats, noirs ou jaunâtres ; la bouche grande ; les lèvres régulières ; les dents belles, blanches, et bien alignées. Peu d’individus sont remarquablement musclés ; les membres sont déliés, les épaules étroites, le cou long et féminin.

trouve le plus de ressemblance, malgré l’immense intervalle de 75 degrés ou 4500 milles qui sépare les deux terres. Ainsi qu’on le verra plus tard, c’est ce que fait également remarquer le missionnaire anglais Taylor (1). Il faut bien reconnaître, en effet, que tous les caractères indiqués, moins deux, sont complètement ceux des Polynésiens en général et des Néo-Zélandais en particulier.

Les caractères exceptionnels dont nous voulons parler sont : La petitesse des yeux, et l’ouverture démesurément grande pratiquée dans les lobules des oreilles, parfois si longs, dit Beechey, qu’ils tombent sur les épaules et qu’ils peuvent être attachés ensemble derrière la tête. Ces derniers caractères appartiennent évidemment à une autre

Mais c’est surtout la description du Dr Bâte, chirurgien de YOhigghins, qui montre les changements survenus, et qui ne fait plus des insulaires actuels que des êtres maladifs, scrofuleux, destinés à disparaître avant peu de temps. En voici le résumé : muscles peu développés, mous, blancs ; angle facial, 75° ; tête longue, basse et large ; nez régulier, aplati et déployé ; yeux noirs, expressifs, un peu obliques ; pommettes proéminentes ; bouche bien dessinée ; lèvres un peu grosses ; dents grandes, fermes, blanches ; mains et pieds petits et bien proportionnés ; peau couleur citrine ou bronzée ; cheveux plats, lisses et noirs ; barbe de la même couleur, mais rare ; articulations saillantes ; thorax faible, étroit, long, aplati ; omoplates proéminentes et séparées plus quà l’ordinaire ; stature moyenne, 1 m. 57. La plupart, ajoute-t-il, sont scrofuleux. Cela est significatif.

(1) Voici ce qu’il écrit à la page 89 de son ouvrage sur la Nouvelle-Zélande : a II y a encore plus de ressemblance entre les Néo- Zélandais et les insulaires des îles de la Société et des Sandwich, qu’entre les premiers et les Malais, et peut-être, de toutes ces îles, est-ce l’île de Pâques qui offre la ressemblance la plus complète. » Aussi en a-t-il conclu que l’île cte Pâques paraissait être la demeure des ancêtres de la race polynésienne, et lui a-t-il attribué le peuplement de la Nouvelle-Zélande. « Il est très-probable, dit-il, que quelques-uns de ses habitants ont trouvé le chemin de la Nouvelle-Zélande et, fait à remarquer, le point qu’ils devaient atteindre, grâce au courant, se trouve être nommé Waiho, c’est-àdire comme leur île. * Il y a ici une erreur de la part du savant missionnaire; c’est Waihu et non Waiho qui est le nom d’un district de la Nouvelle-Zélande et, peut-être aussi, celui de l’île de Pâques.

race que la race polynésienne, c’est-à-dire à la race mélanésienne. Il en est de même pour l'existence, à l’île de Pâques, de l’usage de la poterie pour la cuisson de certains aliments, usage qui n’a été trouvé que dans les îles à populations fuligineuses. Ces trois différences sont en effet trop remarquables, à notre avis, pour qu’il soit possible de les passer sous silence. Si elles ne détruisent pas le cachet polynésien, que tous les autres caractères donnent aux insulaires de Pâques, il n’en est pas moins vrai qu’elles soulèvent, relativement à leur origine polynésienne, quelques doutes que nous aller tâcher d’éclaircir.

Le premier fait signalé par Beechey,la petitesse des yeux, pourrait bien être une exception, et n’avoir pas par conséquent une grande importance ; mais il n’en est évidemment pas de même de la longueur des lobes des oreilles et de l’usage de la poterie, sur le compte desquels se sont étendus presque tous les voyageurs. On sait que les Péruviens, sous les Incas, avaient, eux aussi, la coutume de se faire aux oreilles un trou d’une grandeur incroyable, dans lequel ils passaient un pendant d’or d’une longueur démesurée. C’est sans doute ce fait, joint à quelques autres analogues, qui a porté plusieurs écrivains à conclure que les premiers habitants de Pâques provenaient probablement d’Amérique, où nonseulement les lobes des oreilles étaient si largement fendus, mais où les cheveux sont droits et raides, absolument comme ceux des statues de Pâques. 11 est vrai que ces mêmes analogies en ont porté quelques autres à conclure le contraire, c’est-à-dire à admettre que la partie sud de l’Amérique, et particulièrement le Pérou, avaient pu être peuplés par des émigrants venant justement de l’île de Pâques : cette dernière opinion paraît être celle de l’auteur du rapport inséré dans la Revue Maritime et coloniale , dont nous avons parlé plus haut, puisqu’il dit que Mango-Capac et Mama-Oello (1) pourraient bien être ces émigrants de l’ile de

(1) En maori, mango signifie requin ; kapa, ligne, cercle de personnes ; kapakapa , battre comme le cœur. Marna , léger, être léger, couler, coulage.

Pâques ou de quelque île malaise. Pour M. Pana, les premiers habitants de l’île de Pâques ne seraient point les ancêtres de ceux d’aujourd’hui ; il croit que ces habitants primitifs auraient pu venir de la Malaisie et qu’ils auraient été chassés par les Polynésiens, longtemps après leur première occupation. Mais s’il y a un assez grand nombre d’analogies entre les habitants de Pâques et les Péruviens, en existe-t-il entre ces derniers et les Malais ? Quelques-unes physiques, il est vrai; quant aux langues, mœurs, coutumes, croyances, etc., tout diffère.

En somme, l’opinion de M. Pana ne repose, à notre avis, sur aucune base solide, puisque, malgré quelques ressemblances, les Péruviens diffèrent des Polynésiens par une foule de points et même par les caractères physiques, et qu’ils se rapprochent plus des Chinois que des Malais (1).

Quoi qu’il en soit, d’autres écrivains ont pensé, avec plus de raison peut-être, que la distension exagérée du lobe des oreilles avait été introduite à Pâques soit par des Fiji en s, soit par des Néo-Calédoniens, chez lesquels on trouve cette coutume de même que l’usage de la poterie. Il était, en effet, naturel de supposer que ces usages, tout -à-fait inconnus aux Polynésiens, ou du moins inusités, provenaient de la race fuligineuse elle-même ; et l’on en a conclu que Pile de Pâques avait été primitivement peuplée par des hommes de cette race et que c’était eux qui avaient élevé les statues et les monuments de toute sorte qu’on y rencontre. Plus tard, ajoutait-on, les Polynésiens arrivèrent et ils finirent par chasser ou par absorber les Mélanésiens.

En tahitien : mao, requin ; apa hameçon. Marna , léger, terminer une cérémonie, une prière. O, préfixe des noms propres au nominatif, etc.; oe , pron. toi, épée, cloche, erreur, disette, famine. (Le l n’est pas employé parles Tahitiens.) Hio , voir, regarder, etc.

En sandwi chien : oilo , première pousse des végétaux.

Ces rapprochements sont curieux, s’il est vrai qu’une grande terre, qu’on croit être l’Amérique, ait été connue des Polynésiens, ainsi que semblerait le faire croire la carte de Tupaia.

(1) Voyez ce que nous avons dit à ce sujet.

Il est bien vrai que les Mélanésiens ont l’usag'e de la poterie et qu’ils se font de grandes ouvertures aux oreilles ; mais ils n’élèvent pas de statues : du moins on n’en a jamais rencontré dans les îles qu’ils habitent, tandis qu’on en a trouvé dans beaucoup d’iles polynésiennes et même, comme nous le montrerons, dans le pays d’origine des Polynésiens. En outre, si les Mélanésiens avaient existé à Pâques, les insulaires n’auraient point les cheveux droits et l’on retrouverait dans leur langage quelques traces du langage mélanésien, si foncièrement différent de celui des Polynésiens. Cependant comme les deux usages retrouvés à Pâques appartiennent tout spécialement aux Mélanésiens, il faut nécessairement admettre qu’ils y ont été apportés par eux.

Peut-être quelque pirogue égarée soit des îles Fiji, soit de toute autre île à race noire, a-t-elle été fortuitement entraînée jusque là, et les survivants, nécessairement peu nombreux, de ce périlleux voyage, soit qu’ils aient devancé ou suivi les Polynésiens, se seront promptement confondus avec eux. Cette supposition expliquerait même la remarque, faite par presque tous les observateurs, par Moërenhoüt entre autres, que les habitants de Pâques ont la peau plus foncée que les autres Polynésiens, bien que leur île soit beaucoup plus Sud que toutes les îles Polynésiennes. Elle expliquerait aussi la forme donnée par les dessins des premiers visiteurs aux visages de ces insulaires : cette forme n’est pas exactement celle des visages polynésiens, et elle se rapproche des figures mélanésiennes plus allongées. Elle expliquerait enfin pourquoi on n’a pas trouvé à Pâques des traces de la langue mélanésienne.

Cependant, pour ce dernier motif surtout, nous ne croyons pas à la venue d’un canot tout Fijien. Nous aimerions mieux supposer, malgré les légendes que nous ferons connaître, que ce canot venait des Tunga ou de toute autre île, car Tongans et Fijiens avaient anciennement de nombreux rapports qui s’expliquent par leur voisinage et que relatent leurs légendes. Il aurait alors suffi que quelques Mélanésiens des Fiji se trouvassent dans la pirogue entraînée jusqu’à Pâques : ainsi pourraient s’expliquer la présence, dans

cette île, de deux usages appartenant à la race mélanésienne, et l’absence de tout autre langage que le Polynésien.

Quelle que soit, du reste, la supposition que l’on adopte, elle entraîne l’idée des migrations tout comme un peuplement venant d’Amérique ou d’ailleurs. Dans ce cas seulement les migrations se seraient faites de l’Ouest vers l’Est, absolument comme cela a eu lieu pour le peuplement de toutes les îles de la Polynésie plus occidentales que Pâques, ainsi que nous le montrerons au fur et à mesure que nous avancerons.

Sans doute quelques auteurs ont dit que les habitants de Pâques étaient autochthones, soit qu’ils se fussent trouvés réduits un instant au sommet de leur île, lors de quelque grand cataclysme, soit que leur île fit partie du continent que l’on a supposé exister dans le S.-E. des îles de la Société. Il n’est certainement pas plus difficile d’expliquer de la sorte l’origine des habitants de Pâques que celle des plantes qui croissent sur cette île et sur toutes les autres. Mais une pareille hypothèse n’est guère satisfaisante, et, d’un autre côté, trop de faits prouvent les migrations, pour que l’on puisse mettre en doute que quelques-unes aient pu avoir lieu jusque là.

Toutefois, vu l’immense étendue de mer qui sépare l’île de Pâques de toutes les autres îles, nous croyons que ce n’est guère qu’au hasard qu’elle doit son peuplement, et comme les Polynésiens, plus voisins, devaient être ceux que les coups de vent entraînaient le plus fréquemment, nous croyons que ce sont eux, plutôt que tout autre peuple, qui s’y sont présentés les premiers ; mais peut-être s’y sontils présentés avec quelques individus de race noire. Il est également bien certain qu’en admettant la possibilité d’un peuplement antérieur par quelqu’autre race, les Polynésiens plus forts, plus aguerris, n’auraient pas eu de peine à soumettre ces populations primitives, à leur faire adopter leur . langage, leurs croyances, à les absorber en un mot. Qn sait, en effet, qu’ils avaient la coutume d’exterminer tous ceux qui les gênaient. Cette coutume qu’on a retrouvée dans les îles de la Société, était surtout celle des Néo-Zé-

landais, avant comme après leur départ de leur pays d'origine ; or, on l’a vu, c’est à eux que Beechey, Taylor et tant d’autres ont comparé, pour leur ressemblance, les habitants de Pâques.

Telle est donc, d’après nous, la manière dont l’île de Pâques se serait peuplée, c’est-à-dire par des migrations involontaires, venant de l’Ouest ; car il est certain que pour atteindre Pâques qui est dans le Sud-Est de l’Océan Pacifique, il fallait nécessairement venir de l’Ouest et être poussé, en outre, par des vents d’Ouest et de Nord-Ouest, contraires aux vents alisés qui, eux, n’auraient pu amener les habitants de Pâques que du cap Horn ou de l’extrémité la plus sud de l’Amérique méridionale.

Du reste, personne aujourd’hui ne met en doute que les habitants de Pâques ne soient des Polynésiens : c’est ce qu’attestent leurs caractères physiques et crâniens, leurs mœurs, leurs usages et croyances, et leur langue elle-mêmême, comme l’avait déjà avancé Balbi (1). Ce savant trouvait même, ce qui mérite d’être [remarqué, que l’idiome de cette île a la dureté et les sons gutturaux de celui des Néo- Zélandais. Le P. Roussel, missionnaire français qui le premier a résidé dans cette île, préconisait aussi la similitude des deux langages, et la ressemblance de celui de Pâques avec celui de la Nouvelle-Zélande. Enfin il n’est pas jusqu’à la connaissance, acquise dans ces dernières années de quelques légendes polynésiennes , qui ne vienne appuyer la croyance en une origine polynésienne des habitants de l’île de Pâques.

S’il fallait s’en rapporter au récit du commandant du navire anglais la Topaze, qui a visité l’île de Pâques avant La Flore , ce ne serait même que d’une petite île polynésienne voisine, que seraient arrivés les premiers habitants de Pâques : « Il y a plusieurs siècles, dit-il, leurs ancêtres arrivèrent dans un grand canot de Rapa, île située à 1900 milles à l’Ouest. Ils abordèrent à Upipu, baie située sur la côte Est. Leur roi était avec eux, et il fit les statues avec la

(1) Y. Tableau 23 de la famille des langues malaises, et note.-

pierre d’une carrière située dans le cratère. » Il ajoute que le caractère de ces statues et celui des autres monuments dénote évidemment une origine orientale. Enfin, il regarde comme probable que le voyag-e a eu lieu avec les vents d’Ouest.

Qu’une pareille tradition ait été donnée, nous n’en doutons pas ; mais qu’elle puisse être fondée, on nous permettra d’en douter. Nous sommes même convaincu que cette opinion provient uniquement de ce qu’on a rencontré àRapa des pierres taillées de 2 m. 50 de long* sur 1 m. 80 de haut, placées les unes sur les autres de manière à former un mur monumental, comme on en a tant trouvé dans les îles de la Société, Marquises, etc. On comprend cependant que quelque canot de Rapa aurait pu être entraîné jusque là comme de tout autre point de la Polynésie, et il y aurait même un fait favorable à cette opinion dans le langage de l’île Rapa, qui se rapproche plus du maori que celui des îles de la Société. Mais nous avons pourtant de la peine à admettre que telle a pu être l’origine des habitants de l’île de Pâques.

t Nous croyons encore moins à la tradition rapportée par j le commandant Pana, d’après laquelle deux grandes em- | barcations sans voile, avec la poupe et la proue relevées comme celles des jonques chinoises,, et portant chacune 400 personnes, arrivèrent dans cette île sous le commandement d’un roi appelé Hotu ou Tu-Kaio, qui débarqua et se fixa à Anakena, puis partagea les terres et établit ses colons à Hang*aroa, à Mataveri, à Yaï-hu et à Utu-iti (1).

(1) Evidemment, ce ne seraient pas des Chinois qui auraient donné aux localités les noms signalés : tous cés noms, et celui du chef lui-même, sont polynésiens et surtout néo-zélandais.

Hotu est probablement mis ici pour 0*tu. Tu et hotu sont également tahitiens et néo-zélandais. En tahitien, hotu signifie porter des fruits comme un arbre, s’enflammer comme un homme eh colère ; O-tu est le nom d’un dieu et pétait autrefois celui du premier chef ou roi. En maori, hotu, être pressé, poussé, sollicité.

Tukaio n’est pas maori en un seul mot ; peut-être est-ce Tü

Il n’est rien dit d’ailleurs des populations qui auraient pu exister antérieurement. Mais dans ce cas, il est évident que les nouveaux venus se seraient imposés par la force et auraient chassé ou exterminé des populations nécessairement peu nombreuses, puisqu’il n’est rien resté des noms qu’elles auraient évidemment donnés les premières aux localités. M. Pana semble du reste admettre comme nous que la colonie, arrivant ainsi à Pâques, était quelque tribu fuyant l’esclavage ou la mort, et rencontrant cette île par hasard. Mais tout se réunit, ajoute-t-il, pour donner à penser que les habitants actuels de l’île de Pâques y sont arrivés à une époque peu éloignée, peut-être même à celle qu’indique leur tradition. Ici nous différons de manière de voir avec lui : malgré que les traditions n’indiquent que vingt-deux générations, nous pensons, et nous ferons voir pourquoi en parlant de la date des migrations, qu’elles auraient pu avoir lieu bien antérieurement.

Si néanmoins il était possible d’accorder quelque confiance aux traditions obtenues de nos jours, nous aimerions certainement mieux admettre celle qui appartient aux îles Mangareva, parce que celle-là a du moins pour elle la vraisemblance, tout en témoignant d’un fait qui a dû se présenter et qui s’est présenté bien souvent en Océanie. Voici cette tradition :

Les partisans d’un certain chef de Mangareva ayant été battus, durent chercher leur salut dans la fuite. Favorisés par un fort vent d’Ouest., ils partirent en grand nombre,

Kaioio : ka, particule, brûler ; zozo, être dur; ou Tu-ka-iho : z'/zo, en bas. Kai signifie manger, nourriture et toute personne employée à quelque ouvrage.

Anakena est maori : anake , seulement; na , interjection.

Hangar o a est aussi tout maori : hanga , fait, faire ; roa, grand.

Mataveri, en maori : mata , œil ; veri , racine. En tahitien, veri est un insecte de mer.

Vai-hu , en maori : Wai, eau ; /zw, qui bout. En tahitien, hu signifie pet.

Utu iti , en maori : utu , paiement, présent ; iti, petit. En tahitien mêmes significations, en outre de plusieurs autres acceptions.

hommes, femmes et enfants, avec des provisions de toutes sortes, sur deux grandes pirogues qui ne revinrent pas. La même tradition ajoute cependant qu’on a su plus tard, par l’un d’entre eux qui revint à Mang*areva, qu’ils avaient rencontré une île en plein Océan, qu’ils y débarquèrent dans une petite baie environnée de montagnes, et qu’ayant voulu visiter l’île, il y trouvèrent des traces d’habitants. Pensant j alors qu’ils ne tarderaient pas à être attaqués, ils se fortifièrent au plus vite sur les hauteurs d’Anakena et se renfermèrent dans des carrés de pierres. Peu de jours après, en effet, ils furent attaqués par une nuée d’habitants armés de lances et de pierres, mais ils reçurent si bien les assaillants que pas un d’eux n’échappa. Le reste de la population, éparpillée çà et là dans l’île, fut impitoyablement massacrée, sauf les femmes et les filles que les nouveaux venus gardèrent pour eux.

Nous ne savons quel est le premier écrivain qui a fait connaître cette légende ; elle n'était point encore connue du studieux M. de la Tour, quand nous visitâmes les Mangareva ; mais nous ne croyons guère au retour de l’un de ceux qui avaient émigré à Pâques : ne serait-ce pas tout simplement la même tradition que nous avons racontée si longuement dans notre Voyage aux îles Mangareva (1), et qui n’avait trait qu’à la fuite d’un parti vaincu, vers la petite île appelée Timoe, en vue des îles Gambier ? Nous serions assez porté à le croire.

Cette tradition, si elle pouvait être admise, prouverait que Pîle de Pâques . aurait déjà été peuplée avant l’arrivée des Polynésiens dont elle parle ; mais puisque la population entière aurait été exterminée par ces derniers, ce ne serait pas elle, comme on l’a soupçonné, qui serait allé peupler le Pérou, ayant Mango-Capac à sa tète. Tout au plus aurait- elle pu en venir, comme le supposent les partisans du peuplement de la Polynésie par l’Amérique. Mais alors on aurait dû trouver à Pâques quelques mots laissant soupçonner l’origine péruvienne, ce qui n’a pas eu lieu.

(1) P. G et suiv.

Malgré tontes les suppositions faites, aussi bien relativement à l’existence d'une race américaine, que relativement à celle d’une race noire polynésienne, première occupante de Pâques, on n’a, jusqu’à ce jour, jamais trouvé dans cette île que des mots non pas seulement polynésiens, mais plutôt Néo-Zélandais. A ceux que nous avons déjà cités, on peut ajouter, par exemple, les mots miromiro , ti , hau , rano, kau papaku, puhu manga manga, etc., qui tous appartiennent à la langue maori (1). lien est de même de la plupart des mots qui figurent dans la liste des rois de Pâques, liste qui a probablement été donnée par le P. Roussel à M. de Lanelin , lors de son passage à Tahiti, mais que Ton a signalée comme incomplète. Voici cette liste, telle qu’elle a été transcrite. Nous ne chercherons pas à déterminer la signification de tous ces mots ; nous nous bornerons à dire que ceux où existe le k sont de la Nouvelle-Zélande, des Tunga, des Marquises, des îles Hervey ou des Sandwich.

Hotu motua : hotu , poussé, pressé, et plus probablement o-tu, nom de dieu et de chef ; motua , n’est ni Maori, ni Tahitien ; matua , père, mère à la Nouvelle-Zélande ; metua , à Tahiti.

Tu ma heke : tuma au-dessus de ; heke, personne qui a émigré ; tu, dieu, • chef ; ma, en Maori et en Tahitien, pur, blanc,, net, propre, etc.

(1) Miromiro ou mifo, est en Maori le nom du Podocarpus fefruginea ; à Tahiti, le toromïro ou amae est un arbre sacré planté dans les marae.

Ti , est, à la Nouvelle-Zélande, le nom de la cordyline australe; à Tahiti, celui du Dracœna terminalis.

Hau , hibiscus , ne peut venir que des îles de la Société ou des Marquises : c’est le purau des Marquises et le fau de Tahiti.

Rano , nom d’un cratère à Pâques, n’est pas maori : c’est rango , et en Tahitien, rao ; ce mot, dans les deux endroits, signifie : rouleau pour traîner les embarcations, grande mouche, marques pour enchantements, etc.

Kau papaku : en Maori, kau, seulement ; papaku , profond; à Pâques, il signifie cimetière; peut-être aussi est-ce raraku, tranquille.

Puku manga manga , en Maori, enflure, tumeur ; c’est le nom d’une montagne à Pâques.

Miru otu ma heke : miru n’est ni Néo-Zélandais, ni Marquésan, ni Tahitien ; ce doit être maru , nom d’un dieu, et signifiant en outre : puissance, être meurtri, tué, être couvert, protégé.

Lata miru : lata , apprivoisé, domestique (Samoa), être proche, être soumis ; latu , chef constructeur (Sam.)

Miru ohata : ohata n’est pas Samoan.

Mitiake : miti , lécher , sucer, boire à petits coups , claquer des lèvres; ake , toujours.

Ataraka a miru : ata , ombre, aurore, héros, homme fort (Samoa) ; matin, ombre, doucement (Nouvelle-Zélande) ; rafca, entortillé, embrouillé (Nouvelle-Zélande),

Atuu reraka : atuu n’est pas maori ; atu , d’ici, de là, en avant ; aturere , nom d’un poisson (Nouvelle-Zélande.)

Uraki kekana : uraki n’est maori ; ura , briller, resplendir en parlant du soleil ; ki ; très, parler, penser ; keka, se frapper la poitrine, se lamenter; na, interjection, conjonction, adverbe ; etc.

Kahui tuhuka : kahui , troupeau, (Nouvelle-Zélande); réunion, multitude (Marquises) ; tuhuka , prêtre , médecin, habile, maître (Marq.).

Te tuhüka roa : roa, grand, (Nouv-Zél.) ; le grand-prêtre (Marq.) ; long, grande distance (Tah.).

Marakapau : mara , ferme, culture ; ka , particule, temps des verbes; pau, patate* consommé, épuisé.

Ahurihao : ahuriri, haie élevée autour des cultures pour les préserver de l’inondation (Nouvelle-Zélande) ; hao, entourer, environner.

Nui te patu : nui , grand ; te, le ; patu instrument pour frapper, battre, tuer.

Hirakau tehito : hira , multitude ; kau , seulement ; tehitô , vieux, ancien, décrépit (Marq.).

Tupu i te Toki : tupu, descendre, pousser ; it de ; te , la ; toki , hache.

Kura ta hoka : kura , rouge ; ta hokaf abri en branches coupées.

Hiti rüaanea : iti , petit ; rua , deux, nom d’un dieu tahitien ; anea pour anahe , seulement.

Havi nikiro : ces mots ainsi écrits ne sont pas maori.

Te ravarava : ravarava, grand, mince, beau (Tahit). ; rava , noir, brun (Tah.) ; rawarawa n’est pas maori ; rawa, enjoué, étranglé, biens, propriété, etc. (Nouvelle-Zélande.)

Te rehai : peut-être pour te relie , le ridé, ou pour te raï qui sigmifie ciel, en Tahitien.

Koroiiarua : koro , personne, et probablement ho rua, ocre, descendre.

Te rikaatea : te riki , le petit ; en Tahitien, rii ; ka , particule ; atea, clair, être clair, nettoyé ;

Kaï makoï : kaï , travailleur, homme ; makoi , menteur, tracassé, tourmenté, jaloux.

Teuetu karakura : probablement wuetu, étoile ou plutôt ketu, couler comme la marée, déraciner, arracher ; kara , vieillard, pierre basaltique ; kura , rouge. Hueiio : probablement ivero, pointe, aiguillon, percer à coups de lance ; en Tahitien, huero signifie graines des arbres, œufs des oiseaux, poissons, lézards, etc., huero moa , œuf de poule.

Kaimakoi : kai, homme ; makoi, menteur, tracassier. Kaimakoi et son fils Maurata ont été enlevés et transportés aux îles Ch in ch as, où ils sont morts.

On voit que presque tous ces mots sont néo -zélandais, à part quelques-uns, qui sont des noms tahitiens, samoans, etc.

Il existe une autre liste qui ne donnerait paraît-il que le nom des reines. Elle semble être encore plus incomplète que la première. Nous croyons devoir la donner également avec la signification des mots qu’elle cite :

Hotu, nom d’un roi dans la première liste.

Inümeke : inu , boire ; mehe, racine de fougère broyée.

Vakaï : 10 a, pays ; kaï, personne (du pays) .

Marama roa : marama, lumière ; roa, grande.

Mitiake : miti , lécher, sucer ; ake, toujours.

Ixukura : inu , boire ; kura , rouge.

Mira : chaleur roug*e.

Oturaka : raka, enveloppé, entortillé.

Ino iku : inu boire ; hiku , queue d’un poisson, le dernier d’une troupe de peuple.

Iku kanae : hiku queue d’un poisson, etc. ; kanae , espèce de poisson, saumon.

ïuku ia ia : tuku , descendre ; ia, courant, ce, lui, elle ; hiahia , désir.

Au mo a mana : au, moi ; mon, pierre ; mana, puissant. Tupai ïiiki : tupai , pierre ; riki , petite,

Mataipi : matai , mendier, nom d’arbre ; pi, monter. Terakai : tera, celui-là ; kai , homme.

Raimoicaki : rahi , serviteur ; rae, front ; rei , poitrine, grande dent ; mokaikai , tête desséchée.

Kopara : ko , préfixe ; para , couper des broussailles.

Tepito : te, le ; pilo , nombril, fin d’une chose.

Cette liste, à notre avis, n’a d’autre valeur que de montrer, mieux que la précédente, que la plupart de ces mots sont maori. Les mots me/ie et kanae surtout indiquent * cette origine. Peut-être aussi pourrait-on, de l’ensemble, conclure à l’entraînement, jusqu’à Fâques, de quelque colonie des Marquises qui aurait été la population première de l’île. Ainsi s’expliquerait l’absence de tout mot étranger et le peu d’influence que les femmes, conservées après le massacre des hommes, auraient eu sur la prononciation maori importée par les derniers Polynésiens arrivants. Ces langues, en effet, devaient alors se ressembler beaucoup ; on sait parfaitement aujourd’hui que les dialectes polynésiens sortent tous d’une source commune et que les légères différences qui existent entre eux ne se sont formées qu’avec le temps et l’isolement.

Quant à l’usage de la poterie et à la distension exagérée du lobe des oreilles, l’explication que nous avons donnée de leur introduction à Pâques nous paraît la plus rationnelle, car nous n’admettons pas, malgré quelques analo* gies, que les premiers habitants de cette île aient pu être des émigrants d’Amérique : les différences entre les deux

populations sont trop profondes. Le contraire serait plus vraisemblable.

Pourtant, il faut bien en convenir, c’est plutôt à cette dernière contrée que la plupart des écrivains, les modernes surtout, semblent disposés à attribuer l’ origine des habitants primitifs de l’île de Pâques qui, plus tard, auraient été chassés ou exterminés par les Polynésiens. Ce qui les y porte le plus, c’est l’analogie trouvée entre certains monuments de cette île et ceux du Pérou, mais particulièrement celle qui existe entre les statues des deux contrées : on a vu que telle est l’opinion émise par M. Pana. Déjà Beechey, croyant qu’il y avait impossibilité matérielle aux habitants trouvés dans cette île d’élever de pareils monuments, n’avait pas hésité à les regarder comme l’ouvrage d’une race d’hommes différente de celle qui l’occupe aujourd’hui, et qui aurait disparu à la suite de quelque grand cataclysme ; c’était également, comme on sait, l’opinion de d’Urville, qui écrivait, alors qu’il n’avait pas visité Pâques : « Les habitants trouvés par les premiers navigateurs n’étaient pas les aborigènes, mais bien une autre race qui aurait été exterminée par la dernière arrivée, venant des îles occidentales. »

Ainsi que nous allons tâcher de le montrer, l’opinion de Beechey ne repose que sur une observation incomplète, et les ressemblances réelles qui existent entre les habitants de Pâques et leurs statues prouveraient plutôt, à notre avis, qu’elles n’ont été faites que par eux. Mais avant d’aborder cette discussion, nous dirons ce qu’étaient et ce que sont encore ces statues, dont tous les voyageurs ont parlé, depuis Roggeween, jusqu’à M. Palmer, le chirurgien de la Topaze, qui a décrit les monuments encore nombreux de l’île de Pâques, jusqu’à M. de Lapelin, le commandant de la Flore, qui en a donné un dessin exact dans la Revue Maritime et coloniale de 1872.

Oes statues, au nombre de plusieurs centaines encore, sont hautes de 5 à 20 pieds, et en atteignent même parfois 30 à 40. Beaucoup sont couchées, mais la plupart sont éle-

vées sur de vastes plates-formes bâties avec des pierres polies et taillées avec soin (1). Quelques-unes sont enterrées jusqu’au cou, de sorte que la tête seule est visible. Elles sont faites d’un seul bloc de lave grise trachytique ; toutes autrefois portaient sur la tête une sorte de bonnet formé avec une pierre rougeâtre, d’une autre nature que celle du bloc principal. Une de ces statues,- mesurée d’une épaule à l’autre, n’avait pas moins de dix pieds de largeur. Leur principale singularité, c’est que toutes ont les lobules des oreilles très-allongés et percés absolument comme les lobules de la population actuelle.

Le reste des traits de la figure est assez fidèlement reproduit, mais les autres parties du corps sont difformes. Pour en avoir une idée exacte il suffit, du reste, de jeter un coup d’œil sur les quelques figures publiées dans la Revue Maritime et Coloniale de 1872, mais surtout sur le dessin que Dumont d’Urville a donné dans son Voyage pittoresque (2). Ce dernier fait parfaitement comprendre l’effet produit par le bonnet posé sur la tête et l’allongement des lobules de l’oreille.

Cook et Forster ont, les premiers, décrit ces statues avec soin. Tous les deux observèrent que le front était à peine marqué, le cou très-court, les oreilles énormes, et que les cheveux étaient raides et droits. D’après eux, le bonnet qui surmontait la tête de chacune était formé d’un cylindre en pierre, de quatre à cinq pieds de diamètre, faisant à lui seul le tiers de la statue.

Quoique vues dans le même moment par Cook et Forster, le premier, qui n’a jamais écrit un mot polynésien sans le dénaturer, donna à ces statues les noms de Goto-

(1) Le rapport inséré dans la Revue maritime dit, an contraire, que les pierres des plates-formes sont brutes.

(2) Ch. 63. Voir aussi le Journal sur Terre et sur Mer , 3e n° p. 73, où M. Viaud en fait figurer quelques-unes, dans les articles fournis par lui sous le titre de Journal d'un sous-officier de l'Etat- Major de la Flore .

moara , Marapate , Kanaro , Gowai-toogoo , Matta-Matta, devant lesquels devait être placé, disaitdl, le mot moü, auquel on ajoutait quelquefois celui d 'aree-kee. Il ajoutait que le mot moï signifiait, d’après ce qu’il avait compris, a lieu où l’on enterre, lieu où l’on dort. » C’est probablement une erreur : le mot moï n’a d’autre signification que «jeune fille » aux Marquises. Forster, au contraire, dit que ces statues étaient appelées : Kotomaï, Kotomoore, Ko-hoo-oo, Mo rahiena , Ouma-riva , Menabou , etc. : ces noms sont évidemment mal écrits, mais ils annoncent tous une origine polynésienne. Toutes ces statues, du reste, avaient, et ont encore un nom particulier; s’il fallait s’en rapporter aux renseignements publiés dans bi Revue maritime et coloniale,, leur nom générique serait Mohaï (1). D’après d’autres ce dernier nom serait Anga-tapu (2), mot d’origine tout-à-fait maori. Il en est de même de ceux cités par Forster, qu’on doit écrire ; Ro-toma , ou Ko-to-mai , Ko-to mûri, Kohuru ou Kohuhu, Uma-riwha , etc." (3), mais dont la véritable signification échappe.

(1) Mohaï , en Marquésan, signifie : sacrifier, sacrifice, offrir, offrande.

Mokai , en Maori, un pauvre homme.

Mokaïkaï , id . , tête desséchée; un oiseau ou reptile pris comme objet de curiosité.

(2) En Maori, anga signifie l’action de dériver, aller vers, tourner, etc. Ne serait-ce pas plutôt whanga, veiller, surveiller, protéger, ou encore mieux le mot un peu modifié de whaka-tapu , consacré, consacrée?

(3) Ko, préfixe ; toma, lieu où les morts sont déposés ; et io , particule ; maï , ici, arbre.

Ko, préfixe ; to , particule ; mûri , derrière, dernier, brise de vent.

Ko, préfixe ; hum, natte eu peau de chien ; huhu, faire du bruit en bouillant.

Kohuru, en un seul mot, signifie tuer, massacrer, meurtre. Kohuhu , id., est un nom d’arbre.

Uma, poitrine, estomac, sein. Rhvha, être réduit en copeaux, être rompu, brisé ; rewa, haut, élevé, mât de navire.

Le mot mora hiena a été évidemment mal entendu et mal

C'était donc ces statues que Beecîiey disait n’avoir pu être élevées par les habitants polynésiens» parce qu’ils n’auraient pu les façonner avec les instruments qu’ils possédaient, ni les ériger, sur les plates-formes qui les supportent» sans des apparaux qu’on n’a jamais trouvés parmi eux. Il croyait que leur résistance et leur poids seul auraient empêché leur érection ; mais c’est à tort, car au lieu d’être composées de masses lourdes et difficiles à travailler et à manier, ces statues n’étaient fabriquées, au contraire, qu’avec cette matière volcanique légère» appelée lapillo, ainsi que La Pérouse, le premier» Fa fait remarquer (1). On comprend dès lors que les nouveaux-venus, malgré leur peu de ressources apparentes, qui, du reste, comme on le verra» étaient plus grandes qu’on ne le croit généralement, pouvaient facilement travailler cette matière, tout comme ils savaient façonner le bois en divinités de toutes sortes. L’on comprend en même temps le grand nombre des statues trouvées» de même que le renversement de la plupart, déjà signalé en 1816 par Kotzebüe ; car par esprit d’imitation, et surtout par croyance religieuse, chaque tribu, ayant les matériaux sous la main, aura voulu sans doute avoir les siennes.

Mais dans quel but l’érection de tant de statues, dans une île si peu étendue ? Car aucune tradition n’a été conservée qui puisse aider à éclairer le passé. C’est naturellement la question que se sont faite tous les voyageurs, tous les ethnologues» et que tous ont résolue diversement. Ainsi beaucoup y ont vu des idoles : telle est» en particulier, l’opinion du missionnaire français Roussel, opinion que ne partage pas le commandant de la Topaze. Quant à nous, nous serions assez porté à y reconnaître des divinités protectrices» parfois dénommées d’après des circonstances de bien peu

écrit ; il n’est ni maori, ni marquésan, ni samoan, ni futunicn ; à Tahiti, moora signifie canard sauvage.

(1) Dans le rapport inséré dans la Revue maritime, c’est une lave grise compacte (trachyte) : lequel a raison ? La matière première serait-elle différente suivant les localités ?

d’importance, mais le plus souvent, sinon toujours, dans le but de rendre quelque chose sacré ou tapu.

Moërenhoüt, l’historien de l’Océanie, s’est procuré, chez les habitants d’une autre île peu éloignée de Pâques, l’explication de leur création : Nous allons la rapporter telle qu’il la donne, afin que l’on puisse juger.

Déjà cet observateur avait vu l’île de Pâques; il avait reconnu que ses habitants parlaient le même langage que ceux des îles plus occidentales, et qu’ils en avaient les mœurs et les usages, car son domestique marquésan causait et comprenait la langue de Pâques dès son arrivée. Quand il alla visiter la petite île Raïvavaï, située par 23°50’ lat. S., et 151°12’ long. O., il y trouva absolument les mêmes statues que celles de Pâques, et elles y étaient au même point de dégradation (1). Ce fut là qu’il apprit que ces statues étaient les Tii-oni et les Tii-papa (2) de la cosmogonie polynésienne, c’est-à-dire les génies du sable et des rochers du rivage, les protecteurs de la terre contre les usurpations de la mer, en un mot des espèces de dieux termes. Ce n’étaient point, dit-il, comme on l’avait pensé jusque là, des divinités du premier ordre, ni des monuments élevés

(1) Ce qui prouve que l’on avance à tort que pas un seul monument pareil aux statues de Pâques n’a été rencontré dans aucune île voisine, afin d’en conclure que les habitants primitifs de Pâques, n’étaient pas les ancêtres de ceux d’aujourd’hui. Seulement ces statues étaient un peu moins grandes. Les traits de la figure étaient aussi bien exécutés ; les oreilles étaient énormes et percées, et tout le bas du' corps informe. Elles étaient, comme à Pâques, Libuaï (23°43’ et 151°42’) Pitcairn, Tupuaï, etc., montées sur des plates-formes aux extrémités des terres basses.

(2) Oni n’est pas maori, mais il signifie, en Tahitien, le mâle des bêtes, oiseaux, insectes, poissons, etc. Ce doit être le mot one , tahitien, marquésan ; one one et onepu, maori, signifiant sable, terre du rivage. Papa, rocher, stratum de rocher, etc., en Tahitien, et en Marquésan ; à la Nouvelle-Zélande, terre contestée, éclat, fondement, etc.

TU, en Tahitien, pour Tiki, en Maori, image, poteau, marquant un lieu tapu , consacré. C’est aussi le nom du premier homme ou du père des hommes, d’après la tradition maori.

à la mémoire des grands hommes, mais simplement des TU ou divinités inférieures, marquant les limites, et maintenant les droits des divers éléments, des dieux, des hommes, des morts et des vivants. Ces statues étaient très probablement érigées dans le seul but de perpétuer le souvenir des phénomènes les plus extraordinaires, des catastrophes les plus épouvantables connues dans le pays, comme la destruction du continent, par exemple, qu’il croit, ajoutet-il, avoir surabondamment prouvée.

Divinités tutélaires ou non, perpétuant ou ne perpétuant pas les évènements extraordinaires, les statues de l’île de Pâques devaient au moins avoir, nous en sommes convaincu, les mêmes attributions que celles rencontrées dans une foule d’autres îles de la Polynésie, et que les poteaux sculptés, plantés partout autrefois dans llle-Nord de la Nouvelle-Zélande, par les premiers émigrants de l’Hawahiki, qui les appelaient aussi tiki : on voit donc encore que c’était un nom polynésien. Aussi, quoique les Polynésiens des grands archipels, tels que celui de la Société, n’en aient pas présenté la moindre trace à l’arrivée des Européens, nous croyons qu’il faut reconnaître qu’un pareil fait est plus favorable à une origine polynésienne des statues de Pâques qu’à toute autre origine.

Loin donc de croire, comme Beechey Fa dit, qu’il y avait impossibilité matérielle d’attribuer Férection de ces monuments aux Polynésiens trouvés à Pâques par Roggeween ; loin donc de les regarder, avec le premier, comme l’ouvrage d’une race d’hommes différente de celle qui occupe encore aujourd’hui cette île, et qui aurait disparu à la suite de quelque catastrophe, nous croyons, pour toutes les raisons précédemment indiquées, que ce sont les ancêtres polynésiens des habitants actuels qui ont eux-mêmes élevé les statues en question. Mais, nous le reconnaissons, à moins d’admettre la venue de quelque pirogue mélanésienne, ou de quelques individus de cette race avec les Polynésiens, il n’est pas facile d’expliquer l’usage des oreilles largement percées, celui de la poterie, et peut-être aussi la teinte plus foncée de la peau des habitants de Pâques, comparée à

celle des habitants des principaux archipels polynésiens.

Un fait, bien important à signaler touchant ces statues, c’est leur existence sur les seules petites îles qui s’étendent de l’Ouest à l’Est, à la limite sud de la Polynésie , c’est-à-dire sur les îles qui semblent être , dans cette direction, la limite extrême de l’Océan Pacifique. Ce n’est que là, en effet, qu’elles ont été rencontrées, puisque jamais, depuis leurs premières visites, les Européens n’ont eu l’occasion d’en voir dans les grands archipels, tels que les îles de la Société, Samoa et Tunga, là même où il semble qu’on aurait plutôt dû les trouver. Nous l’avons déjà dit, c’est sur Pitcairn, Raïvavaï, Tubuaï et Libuaï ou Broughton, que l’on a vu des statues en pierre (1).

Moërenhoüt explique cette absence sur les grands archipels en supposant qu’elles y ont existé ; mais que, sans attendre, comme dans les petites îles, leur détérioration par vétusté, on les a fait disparaître à mesure que la civilisation polynésienne a perdu de son développement. 11 devait, en effet, trouver cette explication suffisante, puisqu’il admettait l’existence en Polynésie d’une antique civilisation plus étendue que celle trouvée par les premiers navigateurs : il concluait donc naturellement que la disparition des statues n’avait pu provenir que de l’état de barbarie dans lequel la race était tombée plus tard. Mais n’en aurait-il pas été de même dans les petites îles ? Est-ce que là aussi cette civilisation n’avait pas dû aller en baissant comme dans les

(1) Pitcairn, 25° 02’ et 130° 1. O. Green., découverte par Carteret en 1787.

Raivavaï, 23°50> et 151°12’ 1, O. Green., découverte par Gayangos en 1775.

Tubuaï, 23°25’ et 151°40’ 1.0. Green., découverte par Cook en

Libuaï, 23°43’ et 151°42’ 1.0. Green., découverte par Broughton en 1791.

Broughton (W. Robert), commandant le brick Chatam , conserve de Vancouver, découvrit les îles Chatam, les Snares ou Knight et Libuaï, cette dernière le 23 décembre 1791, sans la dénommer. Voir relation du capitaine Broughton dans Voyage de Vancouver , vol. I, p. 109.

grands archipels ? Pourquoi les premiers observateurs y ont-ils retrouvé ces monuments encore debout ? Néanmoins il est possible que Moërenhoüt ait raison ; mais à cette explication nous aurions préféré quelque fait positif et, plus particulièrement, l’indication de la nature des pierres ayant servi à la confection des statues : car, suivant cette nature, on aurait pu comprendre la détérioration plus ou moins prompte dans un lieu plutôt que dans un autre.

Pins on réfléchit à ces monuments, plus on doit être porté à croire qu’ils ont été façonnés à une époque assez reculée, soit qu’elle ait suivi de près quelque grand cataclysme, soit qu’elle soit celle des grandes migrations polynésiennes, dues, comme on verra, au besoin de fuir l’extermination dans le pays même d’origine, et qui probablement sont plus anciennes qu’on ne pense. Mais quelle que soit cette époque, ces statues ont été, à notre avis, presque certainement façonnées, d’abord par mie même race, puis par une race plutôt polynésienne qu’américaine ou mélanésienne. Car, malgré ce qu’ont dit quelques écrivains, les Péruviens ressemblent aux habitants de Pâques moins par ces statues que par les restes d’édifices en grandes pierres polies qui existent aussi, et qui existaient surtout en grand nombre, dans les grands archipels de la Polynésie, à l’arrivée des premiers navigateurs européens (1).

Non seulement nous croyons que ces statues ont été faites par les premiers Polynésiens entraînés jusque là, et par leurs successeurs, mais nous croyons, en outre, que si les Maori ne formaient pas à eux seuls ces Polynésiens, ils en étaient au moins les pins nombreux et les maîtres, puisque la plupart des mots connus de la langue de Pâques, et particulièrement ceux des monuments, sont des mots maori. La religion, ou plutôt les prêtres qui guidaient les émigrants, et qui étaient généralement leurs chefs, pour les

(1) Ces pierres sont bien, en effet, des pierres polies, mais elles l’ont été par la mer seulement ; les indigènes les tiraient du rivage pour élever leurs plates-formes, entourer leurs places publiques, etc.

raisons que nous ferons connaître quand nous chercherons à expliquer les émigrations de l’Hawahiki, auraient été , suivant nous , les promoteurs de cette espèce de manie d’ériger partout des statues sur l’ile de Pâques : nous n’en voulons d’autre témoignage que la forme du Tbonnet posé sur la tête de chacune d’elle : cette forme est encore aujourd’hui celle du bonnet qui distingme tous les prêtres des îles Marquises, et qui a existé aussi dans l’archipel des îles de la Société et ailleurs. Mais, sans l’abondance de la pierre propre à façonner ces statues, on n’y eût certainement pas tant songé, et l’on se fût borné probablement, comme dans les autres archipels polynésiens, à les faire en bois. Il est d’ailleurs supposable que les Marquésans ont dû prendre part à la confection de ces statues, car, en outre de la forme du bonnet que nous avons signalée, ils savaient travailler et façonner des divinités avec la pierre la plus dure. Ces divinités existaient encore dans plusieurs de leurs marae , lors de notre séjour aux îles Marquises ; mais celles en bois étaient surtout nombreuses dans tous leurs temples. Il en était de même dans les temples des Néo-Zélandais, ainsi que dans leurs pa ou forteresses. On sait du reste que les Néo-Zélandais savaient parfaitement façonner la pierre, puisqu’ils étaient parvenus à sculpter le jade vert.

L’île de Pâques n’a pas seulement présenté que des statues aux voyageurs : on y a trouvé aussi des demeures souterraines en pierres. Ces souterrains furent d’abord vus par Cook, qui les prit pour des tombeaux ; mais La Pérouse reconnut que c’étaient des maisons d’habitation^ maisons alors inhabitées. Comme aucun Polynésien ne paraît aujourd’hui se faire des demeures souterraines * en pierres surtout, et que de pareilles maisons n’ont guère été retrouvées qu’en Asie, au Mexique et au Pérou, où, comme on sait, les premiers conquérants ont constaté l’usage du ciment et l’art de tailler les pierres, on ne manqua pas d’en conclure que ces maisons prouvaient, encore plus que les statues, l’existeQce antérieure à Pâques d’une population non polynésienne, qui y était arrivée de l’un des

lieux désignés, et, naturellement, plutôt du Pérou que des autres .

Il faut convenir que le cas serait embarrassant, puisqu’ aucun archipel polynésien n’a offert pareil usage, (1) si Ton ne savait pas que tel était, et que tel est encore l’usage des Néo-Zélandais, qui n’ont point adopté les coutumes de leurs maîtres. On verra plus tard que tous leurs magasins de vivres étaient pratiqués sous terre, l’expérience leur ayant appris que c’était le meilleur moyen de les mettre à l’abri des ratset des voleurs. Les maisons vues par La Pérouseet Cook avaient-elles donc ce but ? Nous n’oserions l’affirmer ; mais après toutes les autres analogies signalées entre les habitants de Pâques et les Néo-Zélandais, nous serions assez porté à le supposer.

Toutefois nous sommes forcé de penser différemment pour les 80 maisons en pierres, parfaitement conservées, que les derniers explorateurs de l’île de Pâques ont trouvées à la pointe Sud. Evidemment ces maisons, si elles sont composées, comme on le croit, de pierres taillées, n’ont pu être élevées par des Polynésiens, qui eux, d’après tous les monuments que nous avons vus, ne savent construire qu’à la manière des Etrusques, c’est-à-dire entasser avec art de grandes pierres, soigneusement choisies, pour former des plates-formes» des espèces d’autels ou temples, etc., comme nous en avons vu un si grand nombre dans les îles Marquises. Mais ces maisons sont-elles bien construites en pierres taillées? Nous regrettons de n’avoir pu en observer aucune figure, car nous aurions pu dire si elles ressemblent aux monuments des autres îles de la Polynésie. Autrement, la seule conclusion possible, à notre avis, c’est qu’elles ne seraient que le résultat d’un travail Européen, fait dans l’intervalle des visites de Roggeweôn et de Cook. On n’ignore pas, en effet, que plusieurs îles Polynésiennes, et particulièrement les

(1) Nous avons vu plus haut (vol. I, p. 386), que le capitaine Mackay a trouvé, dans le groupe Fanning, des pierres taillées, des caveaux maçonnés, des restes de maisons, etc., et qu’il en était de même à Malden.

îles Mangareva, ont offert aux voyageurs des restes de maçonnerie qui ne permettent pas de douter de la venue d’Européens, à une époque probablement voisine du voyage fait à ces îles, en 1770, par Gonzalès. Pourquoi les Espagnols, plus voisins encore de l’Ile de Pâques, n’y auraient-ils pas tenté un instant quelque établissement (1) ?

Quant au parapet en pierres de 380 pieds de long sur 320 de large, que La Pérouse a vu, sans vouloir nier qu’il puisse aider à prouver le fait d’une civilisation antérieure, ainsi qu’on l’a dit, il est certain qu’on en a rencontré un trop grand nombre de pareils dans toutes les îles Polynésiennes, et particulièrement aux Marquises, pour que son existence soit bien significative. Tous ces parapets ou platesformes sont en pierres roulées par la mer, assemblées avec soin, et on en a même trouvés à Malden, enfouies sous une couche de guano, en même temps que des plates-formes, des maraë, des fosses profondes et des puits creusés dans le corail (2). On verra, quand nous parlerons de Tahiti, que ces plates-formes existaient également dans cette île, mais que, partout, les pierres, lisses surtout à la surface apparente, n’étaient que superposées avec habileté sans le moindre ciment. Le parapet cité par La Pérouse ne prouve, à notre avis, qu’une seule chose, c’est qu’à une époque antérieure, la population de l’île avait du être bien plus considérable qu’elle n’était à son passage. C’est à la même conclusion que mène la vue des tohua (3), de ces grandes places si curieuses et si désertes aujourd’hui, dans les îles Marquises, où la population a aussi tant diminué, quoiqu’elle n’ait rien changé à ses mœurs et à ses croyances et

(1) On sait que ce fut de 1772 à 1774 que les Espagnols essayèrent de coloniser Tahiti en y laissant quelques missionnaires, repris ensuite par eux. (Voir la relation de ces deux voyages dans les Archives de la marine espagnole , Madrid : Bonechea, 1772- 1773.)

(2) Voy. ci-dessus, vol. î, p. 38G.

(3) Tohua, pavés élevés.

qu’elle soit encore, au physique, absolument celle que Menti ana y a trouvée en 1595.

Il en est de même encore des maraë que Beechey a vus à Pâques en 1826 : leur existence prouve plutôt une origine polynésienne, car ils n’ont pas été retrouvés dans quelques îles polynésiennes seulement , mais dans toutes , aussi bien dans les îles de la Société, Marquises, Sandwich, que dans les îles Samoa, Tunga et à la Nouvelle-Zélande.

Il n’est pas enfin jusqu’à la croyance que leur pays d’origine se trouvait dans l’Ouest de leur île, qui ne vienne attester que les habitants de Pâques étaient des Polynésiens.

En résumé, toutes les données acquises établissent nettement que, depuis les premières visites européennes, au moins, jusqu’à ce jour, on n’a trouvé sur l’ile de Pâques qu’une population présentant tous les caractères extérieurs, moraux et intellectuels, et même jusqu’au langage de la race polynésienne. C’est ce que sont venus confirmer les quatre crânes de cette île rapportés par le chirurgien-major de la Flore, M. Fournier, et offerts par lui à la Société d’anthropologie. Ces crânes ont été trouvés par M. Fournier à la surface du sol ; ils gisaient, avec d’autres ossements humains, près de quelques groupes de statues, et formaient une sorte d’ossuaire dont il n’a pu connaître l’origine ; « mais, ajoute-t-il, ils appartiennent sans conteste à la population polynésienne qui a peuplé l’île à une époque indéterminée (1). » De son côté, M. Topinard, après avoir examiné ces crânes, déclare que « la série polynésienne et celle de l’île de Pâques se ressemblent ; elles répondent à la même race mésaticéphale, à bosses pariétales développées. La glabelle est identique, la face est largement développée au niveau des pommettes ; le prognathisme est faible ainsi qu’on le retrouve dans les races polynésiennes . » Enfin, il écrivait ailleurs : « Il est incontestable que les quatre crânes de l’ilo de Pâques sont polynésiens (2).

(1) Bulletins de la Société d'anthropologie , 1873, p. 436.

(2) Bulletins , 1873, p. 436 ; Revue d'anthrop , p. 371, et lettre particulière, juillet 1876.

Quant à la construction des monuments trouvés dans cette île, rien n’autorise la croyance en une race différente et préexistante à l’arrivée des Polynésiens. La plupart de ces monuments sont ceux que les Polynésiens savaient construire et qu’on a retrouvés dans les îles polynésiennes ; si les statues semblent faire exception, tout autant du reste qu’elles diffèrent de celles du continent américain, c’est que là seulement les Polynésiens ont trouvé, comme dans les îles qui présentent de pareilles statues, les matériaux qui leur ont permis de les façonner. Il n’y aurait donc, en somme, que les maisons en pierres, si ces pierres sont véritablement des pierres taillés, qui seraient favorables à la venue d’étrang*ers dans l’île de Pâques ; mais ces étrangers auraient pu être certainement plutôt des Européens que des Américains-Péruviens, puisqu’on sait parfaitement aujourd’hui que les Espagnols s’y sont présentés avant Cook et de La Pérouse. Mais, nous le répéterons, il reste à savoir si ce sont bien des pierres taillées, au lieu de simples pierres polies, qui composent ces maisons.

A moins donc de supposer que l’île de Pâques faisait partie, comme l’ont soutenu quelques écrivains et particulièrement le comte Carli, d*un continent qui a été submergé, et que ses habitants étaient autochtlionès, il faut presque nécessairement reconnaître que la population de cette île provenait des îles actuellement appelées polynésiennes et que, par conséquent, elle n’avait pu arriver à Pâques qu’à la suite de migrations ou plutôt d’entraînements causés par des vents de la partie de l’Ouest (N. -O). Si aujourd’hui les habitants de cette île ne peuvent, pas plus que ceux des Mangareva, dire exactement de quelle terre étaient venus leurs ancêtres, il n’est pas moins vrai qu’ils ont la croyance, pareille à celle de tous les archipels précédemment examinés, que la contrée d’origine se trouve située plus à l’Ouest que leur île, et qu’ils ne l’appellent pas autrement que les habitants de ces archipels, c’est-à-dire : Avaiki . Cela seul montre que leurs ancêtres étaient venus de la patrie commune à tous les Polynésiens, patrie dont nous espérons pouvoir déterminer plus tard la véritable

situation, si différente de celle que l’on a supposée jusqu’ici.

Nous savons bien cependant que les missionnaires français mettent encore en doute une pareille origine, et qu’ils s’appuient sur la découverte faite par eux, à l’île de Pâques, d’une écriture hiéroglyphique et phonétique, dont le prin-

cipe serait analogue à celle des Eg*yptiens, d’après MM. A. de Longpérier et A. Maury (1). Suivant M. Pinart, au contraire, c’est en Malaisie qu’il faudrait chercher ces affinités, et des inscriptions de même nature, encore inédites, auraient été rencontrées à la côte de Macassar (2). Mais nous ne voyons guère ce qui a pu motiver une pareille conclusion. En quoi consiste, en effet, cette fameuse écriture hiéroglyphique ? En trois planches en bois de Toromiro (3), sur lesquelles sont gravés, sur les deux côtés, des dessins représentant des hommes, des animaux et des poissons. Ces planches sont, dit-on, appelées « Bois parlants » par les indigènes.

Mais, ainsi que le dit l’auteur du rapport inséré dans la Revue coloniale , les indigènes ne connaissent rien de ce que contiennent ces bois, et n’ont aucune idée de leur objet ; en outre, d’après des renseignements pris à Tahiti auprès des habitants de l’île de Pâques qui s’y trouvaient lors du passage de la Flore, renseignements fournis sans doute par le P. Roussel, ces bois gravés seraient assez récents. Le dernier habitant qui écrivait et lisait ces signes n’existait plus, dit-on, à cette époque : il fallait peut-être un peu s’y attendre. «Je n’ai pu savoir, ajoute le traducteur, ce que ces signes représentaient, et s’ils avaient trait à l’histoire du pays. On pense que ce sont des sentences

(1) Voyez de Longpérier, Inscriptions polynésiennes et Revue d’ Anthropologie, 1875, p. 528.

(2 ) Rev. à'Anihrop ., ibid.

(3) Deux de ces planches se trouvent au musée de Santiago (Chili). On donne le nom de Toromiro à un arbre consacré, dont les feuilles sont employées dans les cérémonies religieuses ; on rappelle aussi Amae.

morales, des chants ou des prières aux idoles pour obtenir leur protection. Mais je crois que cette grande quantité de caractères ou de signes, sur une surface souvent relativement très grande, semble devoir signifier quelque chose de moins abstrait. »

Pour nous, nous serions assez disposé à partager la manière de voir de l’auteur de ces lignes ; mais cependant quand ces hiérogyphes auraient eu une signification beaucoup plus étendue pour l’inventeur et les initiés, nous n’en serions pas surpris, puisqu’on a retrouvé aux Marquises, ainsi que nous l'avons dit précédemment, jusqu’à des espèces de Quipos ; et que, comme on le verra, les Néo-Zélandais employaient un moyen pareil pour se communiquer des renseignements. Le sceptre rapporté par Sir Grey de la Nouvelle-Zélande est dans ce cas.

Nous nous bornerons seulement à faire remarquer que les bois parlants de Pâques ne paraissent représenter surtout que des animaux, des hommes, des oiseaux, des poissons, et que ces derniers sont encore aujourd’hui le seul tatouage de beaucoup d’iles, telles que les Paumotu et plus particulièrement Wllegen ; or, s’il fallait s’en rapporter à Roggeween, les habitants de Pâques, vus par lui, n’auraient pas eu d’autre tatouage. Cependant Cook et les Forster, comme tous les observateurs qui les ont suivis, en ont signalé un pareil, par l’étendue, à celui des Marquésans ou des Néo-Zélandais.

Peut-être pourrait-on se demander si ces bois n’auraient pas été tout simplement sculptés par quelque baleinier ou tout autre Européen, fixé pour un temps sur l’île ; car sans y croire, nous avons rencontré trop souvent, dans d’autres îles de la Polynésie, des objets de toute espèce, en bois, en ivoire, en fanons de baleine, etc., sculptés par eux, pour que cette question ne nous vienne pas à l’idée. Tous ceux qui ont navigué savent, du reste, combien les matelots américains, entre autres, sont habiles dans ce genre d’industrie. Mais que cela soit ou non, ce qu’il faut surtout ne pas oublier, c’est que, même d’après des habitants de l’île de

Pâques, ces bois gravés ne dateraient que d’une époque moderne (1).

On n’en peut donc rien conclure, à notre avis, quant au peuple qui aurait précédé les Polynésiens dans l’Ile de Pâques, et nous persistons à croire que ceux-ci, et peutêtre quelques Mélanésiens partis en même temps qu’eux, ou arrivés avant ou après eux, ont été les ancêtres des habitants actuels. Ce sont donc eux qui ont construit tous les monuments que l'on a signalés dans cette île, moins toutefois les maisons en pierres taillées, si vraiment elles existent .

Ainsi donc, pour dég*ag’er ce qui a trait à la question qui nous préoccupe, l’origine des Polynésiens, on voit que, depuis les îles Sandwich jusqu’à Pâques, toutes les données, tous les renseignements traditionnels, ramènent non-seulement vers l’Ouest, mais semblent désigner presque nettement les îles qui ont le plus contribué au peuplement des premières : ces îles sont celles de la Société, qui, en effet, se trouvent situées plus à l’Ouest que les cinq archipels que nous venons d’examiner. Si les Mangnreva et Pâques sont moins explicites à ce sujet, c’est, on peut le supposer, que leurs traditions sont beaucoup moins connues. Mais que ce soit ou que ce ne soit pas là le véritable motif de l’igmorance dans laquelle les traditions de ces îles, parvenues jusqu’à nous, laissent quant à Tahiti, il suffit qu’elles placent le lieu d'origine des ancêtres dans l’Ouest, et qu’elles le désignent comme le font tous les autres archipels, pour qu’il soit permis de penser que si elles n’ont point voulu parler de Tahiti, elles l’ont fait, du moins, d’une île bien probablement voisine, placée absolument dans la même direction, et par conséquent plus occidentale encore, c’est-àdire de Raiatea.

(1) On peut voir une de ces planches avec ses dessins dans le Tour du Monde du 24 avril 1876, p. 271 ; Souvenir du Pacifique , par Pailliès, enseigne de vaisseau.

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