‹ Les PolynésiensChapitre 21 sur 47 · CHANSON TAHITIENNE ATTRIBUÉE A BOUGAINVILLE · texte numérisé non relu

CHANSON TAHITIENNE ATTRIBUÉE A BOUGAINVILLE

Conduis, belle Mareta (1), conduis cet étranger dans la case voisine ; étends une natte sur la terre ; dénoue ta lon-

(1) Le texte de M. Ricard dit Nelida ; mais les Tahitiens n’emploient pas le d et le remplacent par le t ; ils n’emploient pas davantage le /. Il faudrait donc écrire Nerita, quoique ce mot ne soit pas Tahitien. Nous l’avons remplacé par Mareta, nom d’une belle Tahitienne fort amie des Européens, à notre époque.

g*ue chevelure, et, pour que tu sois plus belle encore, laisse tomber la pagne qui dérobe tes jeunes attraits.

Alors, Mareta, si dans les yeux de - cet étranger tu surprends un amoureux désir, si sa main, en pressant la tienne, t’attire doucement, s’il te dit : a viens près de moi ; »

Ne le repousse pas, Mareta : assieds-toi sur ses genoux, donne-lui tes plus douces caresses, et que sa nuit soit heureuse, que la tienne soit charmante.

L’amour le veut ainsi, Mareta ; obéis à l’amour, et ne reviens vers nous que lorsque le jour renaissant te permettra de lire dans les yeux du voyageur endormi, tout le plaisir qu’il aura goûté près de toi*

(Bougainville) o

ILES MANAIA.

L’archipel des îles Hervey a joué un rôle intermédiaire dans le peuple* ment de Raiatea et de Tahiti. — Aperçu géographique. — Considérations philologiques. — Caractères anthropologiques. — Croyance des habitants des Manaia en un Avaïki, patrie originaire située plus à l’Ouest encore que leurs îles.

S’il ne peut rester aucun doute sur la provenance des premières colonies qui ont peuplé Tahiti, il n’en est peut-être pas tout à fait de même pour le peuplement de l’île Raiatea qui avait fourni ces colonies. Là aussi, on croyait à une provenance plus occidentale ; les vieillards répétaient, comme ceux de Tahiti, que le berceau de leur race était situé du côté où le soleil se couche : mais c’était à peu près tout ce qu’ils en disaient. Chez eux, le souvenir du lieu d’origine semblait même encore plus confus que chez les Tahitiens, surtout quand il s’agissait de préciser de quelle terre étaient venus leurs ancêtres. En effet, aucune tradition ne fait allusion à une terre plutôt qu’à une autre, et il n’y a, pour ainsi dire, que les quelques mots d’un ancien poème, qui puissent permettre de croire que les premiers colons de Raiatea venaient plutôt des Samoa que de tout autre groupe. Pourtant, on a vu que ces quelques mots ont suffi à M. Haie pour lui faire émettre l’opinion, devenue générale depuis, que les premiers colons de Raiatea étaient venus des îles Samoa, sous la conduite du chef Oro, et, comme le savant américain ne parle pas d’étape intermédiaire, il est à supposer qu’il n’admettait qu’une migration directe.

Certainement, il est presque impossible, même après les données que nous venons d’exposer, de se refuser à croire que les Samoa et les Tunga, elles-mêmes aient pu contribuer au peuplement des îles de la Société. Mais cependant, quand on tient compte, plus que M. Haie ne paraît l’avoir fait, de la différence des dialectes samoan et taliitien, on ne peut se dispenser de reconnaître qu’il est douteux que les colonies des Samoa ou des Tung*a soient arrivées à Raiatea aussi directement qu’on le dit. Tout prouve, en effet, comme on va voir, que si les îles Samoa et Tunga ont envoyé des colonies aux îles de la Société, ces colonies y sont arrivées plutôt indirectement que par voie directe. Il est même encore plus probable qu’au lieu de venir de ces îles, les colonies ont été expédiées par un archipel différent, auquel on ne paraît pas avoir songé jusqu’ici : cet archipel n'est autre que l’archipel Manaia, moins éloigné et infiniment mieux placé qu’elles, pour expédier des colonies à l’Est. C’est ce que nous allons chercher à démontrer.

Mais, quelle que soit la part prise par chacun de ces divers groupes d’îles dans le peuplement de Raiatea, un fait certain résulte de toutes les données précédentes, c’est que les habitants de Raiatea, comme ceux des autres îles de la Société, plaçaient leur dernier lieu d’origine encore plus à l’Ouest que les terres habitées par eux : c’est là le fait culminant et incontestable.

Cherchons donc maintenant, dans cette direction, quelles sont les terres qui ont pu être ce lieu d’origine.

Nous ferons d’abord remarquer que par Ouest, alors même que ce mot est employé par les Polynésiens, il faut entendre le Couchant, l’Occident, qui comprend les points intermédiaires au N. -O et au S.-O. Cela seul, on le voit, donne une marge de provenance assez grande. Par conséquent, ce serait à tort qu’avec quelques écrivains, on en bornerait l’application au point cardinal de ce nom : ce point cardinal, d’ailleurs, est désigné lui-même par un nom spécial. Au surplus, il n’y a directement dans l’Ouest des îles de la Société, et à une assez grande distance, d’autres terres

que les îles Viti, d’où, avec raison, on n’a jamais songé à faire venir les Tahitiens.

Mais s’il n’existe pas de terres polynésiennes directement dans l’Ouest, on voit, dans une direction générale presque la même, puisqu’elles sont, les unes, dans l’0. 1/4 N. O. et le N. O, les autres dans FO. 1/4 S. O, et à une distance de 14 à 1500 milles des îles de la Société, les terres qui forment les groupes Samoa et Tunga. Aussi est-ce à ces deux groupes, mais surtout au premier, qu’en donnant évidemment au mot Ouest l’extension que nous venons d’indiquer, tous les ethnologues ont rapporté le point de départ des Polynésiens orientaux, et même,, mais à tort, comme on verra, celui des Polynésiens occidentaux. C’est surtout depuis que le savant américain Haie a cru retrouver le mot Havaï des îles de la Société, dans celui de Savaii, que cette opinion est devenue générale, et que la suprématie des îles Samoa a été acceptée : mais c’est à tort aussi, comme on a déjà vu, et comme on verra encore mieux, quand nous examinerons la question du peuplement delà Nouvelle-Zélande.

Sans doute, ces deux archipels auraient pu envoyer assez facilement des colonies jusqu’aux îles de la Société, puisqu’on ne peut mettre en doute que leurs habitants, et surtout ceux des Tunga, étaient d’intrépides navigateurs qui se portaient souvent, comme l’a montré la carte de Tupaia, à des distances infiniment plus grandes que celle séparant les Tunga des îles de la Société. Mais, quand on remarque qu’il existe, pour envoyer des colonies vers l’Est, un autre archipel mieux placé que les îles Samoa, et surtout beaucoup moins éloigné des îles de la Société, puisqu’il n’en est qu’à la distance de 5 ou 600 milles dans le S.-ü., il nous semble qu’il est plus naturel de lui attribuer l’envoi de ces colonies, que de l’attribuer aux Tunga et aux Samoa.

Non seulement, en effet, cet archipel est mieux placé que les Samoa et les Tunga pour expédier des émigrants à Raiatea, mais en outre, sa position est tellement intermédiaire, que ceux qui seraient partis des Tunga n’auraient pu passer sans le rencontrer. Quand on remarque que le langage des habitants des Manaia se rapproche plus du langage des îles

de la Société que de celui des Tunga et des Samoa, on doit être surtout porté à croire que les îles Manaia ont joué, dans le peuplement des îles de la Société, un rôle beaucoup plus important que celui qu’on leur a accordé jusqu’ici.

Telle est l’opinion à laquelle nous avons été conduit par l’observation et le raisonnement et nous espérons que les pages suivantes suffiront à la faire accepter par le lecteur.

On a beaucoup parlé des Manaia dans ces dern^res années : M. Thompson en Angleterre, M. de Quatrefages en France, ont voulu en faire l’étape nécessaire des Samoans allant peupler la Nouvelle-Zélande. Mais l’opinion de ces savants est erronée, comme nous le démontrerons en temps opportun, car l’île Rarotonga des Manaia ne pouvait être celle dont parlent les traditions.

On sait que le groupe des îles Hervey ou de Cook se compose de huit îles, parmi lesquelles se trouvent Manaïa, Aïtutaki, Atiu et Raro-Tonga.

Ces îles sont situées entre 18°47’ et 21°, 55’ Lat. Sud, et 159°35’ à 160° ou 162°33’ Long*. O. Elles sont à 6 ou 700 milles des Tunga, qui gîsent dans l’Ouest, à 6 ou 700 milles des Samoa, qui se trouvent dans le N. -O., et à 4 ou 500 milles de Tahiti, qui gît dans l’E.-N.-E. Peut-être même sont-elles encore plus voisines de cette dernière surtout.

11 n’est pas d’îles mieux situées pour envoyer des colonies vers le Nord-Est et l’Est, placées qu’elles sont à si peu de distance dans le S. 'O. des îles de la Société ; et, comme ces dernières îles ont l’usage, du moins en partie, des lettres qui sont usitées dans le groupe Hervey, c’est déjà, on en conviendra, une circonstance favorable à l’opinion que nous désirons faire accepter.

Mais il y a encore bien d’autres circonstances qui semblent prouver que les îles de la Société ont reçu leur population plutôt indirectement par les îles Hervey, que directement des îles Samoa ou Tunga, ou même directement des îles Manaia.

En effet, non-seulement la lettre r des Hervey est usitée dans les îles de la Société, alors, comme on sait, qu’elle est

remplacée par le l aux Samoa et aux Tung*a, mais en outre, les îles Hervey désignent le pays des ancêtres par un nom identique à celui des îles de la Société, tandis qu’il est complètement inusité dans les archipels Samoa et Tungrn : ce nom est le mot Avaïki, retrouvé par les missionnaires anglais à Àitutaki et à Karotonga ; dans les îles Tunga et Samoa, au contraire, ce même nom est le mot Bulotu.

Ne doit-on pas en conclure que si les émigrants fussent venus directement des Samoa, les îles de la Société auraient eu le nom de Bulotu plutôt que celui d’ Avaïki ? Du moment qu'elles ont ce dernier, il est plus naturel de penser que c’est de ceux qui le possèdent qu’elles Dont tiré, c’est-àdire que les colonies sont parties directement des Ma.naia, ou que tout au moins elles ont dû s’arrêter plus ou moins longtemps dans ces îles, en partant soit des Samoa, soit des Tunga pour se rendre aux îles de la Société.

La position donnée au pays des ancêtres par les habitants des îles Hervey, montre elle-même, à notre avis, que, si les îles de la Société ont été peuplées par les Samoa, ce n’a pu être qu’indir ectement .

En effet, tous les habitants de ces îles regardent leur Avaïki comme la terre de « dessous le vent », c’est-à-dire comme placée dans l’Ouest par rapport à elles : Tahiti n’a donc pu être cet Avaïki, comme le croyaient quelques missionnaires anglais et d’Urville lui-même, puisque cette île n’est pas plus placée dans l’Ouest des îles Hervey que ne le sont les Samoa elles-mêmes. Le studieux J. Williams avait cru voir, il est vrai, que les traditions de Rarotonga rapportaient le peuplement de cette île à des colonies venant des Samoa et de Tahiti ; ce fut même cette opinion qui porta M. Haie à dire que la migration s’est faite de ces deux archipels . Mais il nous sera facile de démontrer plus loin que la tradition citée par le missionnaire anglais et par ceux qui l’ont copié, ne parle pas et ne pouvait vouloir parler des Samoa. Elle se borne seulement à dire, comme on verra, qu’un nommé Karika, colonisateur et découvreur de Rarotonga, venait d’une île située à l’Ouest et nommée Manuka ou Manua. Cette île^ d’après la position qui lui est assignée.

ne pouvait être que l’une des Tung*a, puisqu’on ne trouve dans l’Ouest que cet archipel. Les îles Samoa, au contraire, sont dans le Nord-Ouest, et Tahiti, par rapport h Rarotonga, n’est pas plus dans l’Ouest que les Samoa.

Mais, en outre de l’appellation donnée à la contrée d’origine du premier découvreur de Rarotong-a, un fait plus important encore, c’est ce que dit J. Williams des caractères physiques des habitants de ces îles. Suivant lui, ils se rapprochent, par les traits et par le lang*ag*e, plus des Néo-Zélandais que des insulaires des Samoa et des Tung-a. En effet, le lang*ag*e est loin d’être pur tahitien, comme on l’a avancé ; son origine est toute autre ; et les traits, ainsi que nous avons pu nous en assurer nous-même, prouvent ég*alement cette origine différente (1).

Que conclure de ce qui précède ? que les Manaia, bien plus

(1) Le R. W. WyattGill, missionnaire protestant, qui a vécu pendant 28 ans dans les îles Hervey, affirme, dans un mémoire lu devant Y Association britannique pour F avancement des sciences , que la couleur, les cheveux, la physionomie générale, les habitudes, le caractère et surtout le langage des Polynésiens indiquent clairement une origine malaise. Il pense, avec J. Williams, que, dans un temps très reculé, les ancêtres de la race actuelle ont pénétré dans le Pacifique par la partie Sud-Est de la Nouvelle- Guinée, mais qu’ils ont été repoussés vers l’Est par la race Négrito. Il trouve facile, après l’avoir vu, de comprendre que les émigrants aient traversé dans leurs canots la distance de 700 milles, depuis les Samoa jusqu’au groupe Hervey.

Le même missionnaire, dans un autre mémoire, fait connaitre quelques-unes des légendes des îles Hervey. Comme nos missionnaires, il dit que l’enfer des insulaires s’appelle Avaiki : c’est presque certainement une erreur.

L’une des légendes qu’il rapporte vient corroborer celles relatées par Pritchard pour les Samoa : les âmes des morts, avant de partir pour Bulotu, vont se placer sur le bord d’une haute falaise regardant le soleil couchant. Là existe un arbre sur les branches duquel elles se posent et qui disparaît dans l’abîme dès qu’il en est chargé. Ce destin, dit-il, n’est réservé qu’aux lâches et à ceux qui meurent de mort naturelle ; quant aux esprits des braves, ils se rendent sur une montagne dominant le marae de Rongo, Dieu de la guerre, et ils se précipitent, du sommet de cette montagne, dans l’espace azuré où ils continuent à voltiger. M. Wyatt Gill ajoute,

probablement que les Samoa, ont envoyé des colonies de leurs îles peupler directement les îles de la Société ; ou tout au moins que, après avoir séjourné plus ou moins longtemps aux Manaia et avoir eu le temps de modifier leurs traits et leur langage, les colonies issues des Samoa sont arrivées aux îles de la Société. Nous montrerons plus loin que si les traits et le langage des habitants des Manaia se rapprochent plus de ceux des Nouveaux -Zélandais que ceux des Samoans, cela tient probablement à ce qu’ils se sont trouvés isolés de bonne heure, ou peut-être encore à ce que leurs îles ont été peuplées directement par les émigrants de l’Hawahiki. Mais, en attendant, nous répéterons que les premiers habitants de Rarotonga, dans les Manaia, ne pouvaient provenir, même d’après la légende de J. Williams, tant citée pour prouver le contraire, ni de Tahiti, ni des Samoa : cette légende dit que l’île d’où venait Karika, se trouvait directement sous le vent dans l’Ouest; or, il n’y a, dans cette direction, d’iles à populations polynésiennes que les Tunga. L’erreur des ethnologues à ce sujet ne provient du reste, elle-même, que de l’erreur commise d’abord par J. Williams.

Pour attester que le nom d’Avaïki était bien, aux îles Manaia, celui de la patrie première, nous allons rapporter

à propos de cette légende, mal comprise, et, en tous cas, incomplète, que les habitants du Port-Moresby, à la Nouvelle-Guinée orientale, placent leur paradis vers le soleil couchant, dans une région mythique appelée Erama , où, comme dans tous les paradis, on trouve à manger en abondance, sans parler, sans doute, des autres avantages.

M. Wyatt Gill, dans une communication précédente, disait que les ossements humains trouvés dans les grottes de corail de bile Mangaia, l’une des îles Hervey, n’auraient été, d’après les taata paari , hommes sages du pays, que les ossements de cannibales et d’envahisseurs de Tubuai, Le missionnaire ne se serait-il pas trompé ? Il est certain que là, tout comme aux Marquises, les grottes servaient de sépulture. Le même missionnaire pensait, du reste, absolument comme John Williams, que les Manaia n’étaient peuplées que depuis cinq à six siècles environ. (Voy. Revue d’anthropologie, 1813, p. 717 et 1876 p. 147.)

ici la légende d’Aïtutaki, que John Williams a fait connaître. Cette légende donne au créateur de cette île un nom en apparence différent de celui qu’on lui donne dans les autres îles : mais ce nom, en réalité, est absolument le même, car il ne signifie guère que « le créateur. » Naturellement, c’est un prêtre de l’endroit qui le lui a fourni.

« Te Erui, disait ce prêtre, a créé toutes les terres, et c’est lui qui a fait Aïtutaki. Après l’avoir créée, il lui a donné sa forme en la pétrissant dans ses mains. »

M. Williams lui ayant fait remarquer que cela ne pouvait pas être, que Dieu seul avait le pouvoir de créer, et qu’il avait fait Aïtutaki de même que toutes les autres terres, le prêtre soutint que Te Rui était tout puissant et qu’il était en même temps le premier homme.

Quand M. Williams lui eut demandé quel était le père de Te Rui, il répondit que c’était O Tetareva ; et quand il fut questionné pour savoir d’où venait ce dernier, il dit : d’Avaïki.

Au désir exprimé de savoir où se trouvait l’Avaïki, le prêtre répondit : c’est dessous, sous le vent.

Suivant lui, c’était de là que Te Tareva, était venu, et son nom lui avait été donné de ce qu’il était arrivé par le sommet de l’île.

M. William lui ayant dit : « Mais alors l’île était donc formée avant l’arrivée de Te Tareva ? » Le prêtre lui répondit : « bien certainement ». — « Mais comment, objecta M. Williams, comment Te Rui peut-il avoir créé une île que vous dites avoir existé même avant l’arrivée de dessous cette île de son père Te Tarewa ? » A cette objection, ajoute le missionnaire, le prêtre fut fort embarrassé et il garda le silence.

Notre but, en citant cette légende, était seulement de montrer que les habitants des Manaia ne donnent pas d’autre nom à leur pays d’origine que celui qui était donné au leur par les Tahitiens, les Mangaréviens, les Marquésans, etc. Nous nous abstiendrons donc de toute réflexion à son sujet ; mais nous ferons remarquer cependant que les indigènes des Manaia, d’après elle, plaçaient, comme toutes les

populations précédemment examinées, leur lieu d’origine encore plus à l’Ouest, que leurs îles. Et par Ouest, nous le répéterons, il ne faut pas entendre seulement l’Ouest direct, mais tout l’intervalle entre le N. -O et le S.-O. Autrement ce serait aux Tung*a qu’il faudrait attribuer le peuplement des Manaia, puisqu’il n’y a que les îles Tunga directement dans l’Ouest, et que les Samoa se trouvent seulement au N. O. des Manaia.

11 faut du reste en convenir, il se pourrait d’autant mieux que les premiers habitants des Manaia fussent venus des Tunga que, outre le voisinage, ils ont conservé l’usage des lettres k eing, qui sont usitées dans ces îles. Mais il faut en convenir aussi, il se pourrait encore mieux qu’ils fussent venus directement de l’Hawahiki à en jug*er par l’usage qu’ils font des trois lettres 7c, r et ng9 qui ne sont pas employées aux Samoa.

En résumé, que les îles Manaia aient été peuplées parles Samoa et les Tung’a, ou directement par l’Hawahiki, lequel ne se trouvait pas en Polynésie comme on le croit ; qu’elles aient peuplé à elles seules l’archipel de la Société, ou que ce soient les îles Tunga et Samoa qui l’aient peuplé par leur intermédiaire, toujours est-il que, d’après tous les faits, c’est de l’un de ces trois archipels qu’étaient venus les premiers occupants des îles de la Société.

Nous allons maintenant chercher à découvrir par quelles terres les Samoa et les Tunga ont elles-mêmes été peuplées.

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