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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES ARCHIPELS

SAMOA, TUNGA, FIJI.

Considérations préliminaires. — Les deux archipels Samoa et Tunga diffèrent géographiquement et historiquement. — Les îles Tunga et Fiji ne sauraient être confondues dans un même groupe. — Situation relative des terres occidentales par rapport aux Samoa et aux Tunga : ces terres ne sont pas dans une même relation géographique avec les deux archipels*

Considérations préliminaires. — Nous voici arrivés au point le plus difficile, au nœud même de la question qui nous occupe ; il n’est plus possible, en effet, de demander la filiation polynésienne à des îles voisines ou peu distantes ; il faut aller la chercher dans des terres fort éloignées. Or l’on sait que tous les ethnologmes ont cru reconnaître la contrée d’origine première des Polynésiens dans les îles Malaisiennes ou Asiatiques.

Pour nous, nous sommes convaincu que l’opinion, g*éné°

râlement adoptée depuis Haie, ne repose sur aucune base solide et nous avons été conduit, par l’étude attentive des faits, à en avoir une presque diamétralement opposée. Il ne nous suffira donc pas, dans la recherche que nous allons entreprendre de ce pays d’origine, d’exposer notre propre opinion ; il nous faudra aussi, chemin faisant, combattre les arguments de ceux qui en ont une contraire.

Nous l’avons déjà dit, l’étude des faits et des traditions conduit à reconnaître que les archipels Samoa et Tunga ont envoyé des colonies vers le Sud-Est, vers l’Est et vers le Nord-Est même de la Polynésie. Nous allons maintenant tâcher de montrer, en poursuivant la même étude, que ces archipels eux-mêmes ont reçu des colonies de contrées vers lesquelles on leur en fait généralement envoyer ; nous établirons en outre que l’archipel auquel on fait jouer un rôle secondaire dans le peuplement des îles polynésiennes est, au contraire, celui qui a joué le principal rôle.

Ici, pour la première fois depuis le commencement de notre travail, nous allons voir en présence les races polynésienne et mélanésienne. Le voisinage des Fijiens ne pouvait manquer d’exercer une grande influence sur les Tongans et les Samoans ; il devait nécessairement faire naître un antagonisme profond. Cet antagonisme s’est produit d’une manière apparente, mais pourtant beaucoup moins générale qu’on ne l’a cru.

Nous chercherons à indiquer les limites de cette influence réciproque des trois archipels. Pour y parvenir plus sûrement, nous nous aiderons de la linguistique qui, jusqu’à présent, pour ces archipels du moins, ne nous semble pas avoir été assez prise en considération, bien qu’elle soit peut-être le seul moyen d’éclairer la question.

En résumé, nous aurons à examiner les trois archipels des îles Samoa, Tunga et Fiji, c’est-à-dire les trois archipels que presque tous les écrivains ont considérés comme la première étape des émigrants venant de la Malaisie. Et, par le fait, ils sont tellement placés dans l’Océan Pacifique, qu’on n'aurait pu, en partant de la Malaisie, se diriger vers l’Est ou le Sud-Est sans rencontrer l’un d’eux ; de même

aussi qu’en venant de tout autre point, on eût été également forcé d’y passer, tant leur position est intermédiaire. Nous chercherons particulièrement à établir que l’un d’eux, ainsi d’ailleurs que son nom l’indique, a été la première étape des émigrants vers la Polynésie ; mais ce n’est pas celui auquel, jusqu’à ce jour, on a attribué ce rôle.

Nous ferons remarquer, à cette occasion, que ceux qui se sont occupés de ce sujet, ont eu le grand tort de confondre dans une même description les deux groupes Samoa et Tunga. Non seulement la position géographique de chacun n’est pas la même, mais cette confusion a suscité le principal obstacle à la découverte de la voie véritablement suivie par les émigrants se rendant en Polynésie. Nous signalerons également une autre confusion géographique qui a été faite par quelques navigateurs : Beechey, particulièrement, classait dans un même groupe les Fiji et les Tunga et, par suite seulement de leur proximité, il leur donnait la dénomination commune d’Iles des Amis. Or, sans parler des 120 lieues qui les séparent, ces deux archipels diffèrent trop et par leur nature géologique et par les caractères physiques de leurs habitants, pour qu’il soit permis d’admettre une semblable classification.

Nous examinerons donc séparément chacun de ces groupes et, contrairement à ce qui a été fait jusqu’à ce jour, nous n’excepterons même pas de cette distinction ceux qui sont habités par la même race. Si, en effet, les îles Samoa et Tunga ont entre elles les plus grandes analogies par leurs populations, elles diffèrent néanmoins géographiquement et, pour ainsi dire, historiquement. Si les caractères physiques et le langage des deux nations sont identiques comme leurs croyances, si le voisinage des deux archipels est assez grand, puisqu’ils ne sont séparés que par 500 milles environ, il n’en est pas moins vrai que ces groupes sont situés à des latitudes et à des longitudes différentes : l’un est beaucoup plus au Sud et plus à l’Ouest que l’autre. Or une pareille confusion, en préjugeant le lieu d’origine de l’un d’eux, ne peut que nuire à l’explication du peuplement de l’autre. Toutefois, pour éviter des longueurs, nous exposerons

en bloc les documents historiques qui s’appliquent également aux deux groupes.

Nous commencerons par étudier le peuplement des îles Samoa» tant à cause de la plus grande importance que leur accordent les ethnologues, qu’en raison de leur plus grande proximité des îles plus orientales, et surtout de la marche que nous montrerons avoir été réellement suivie par les émigrants. Nous aborderons ensuite le peuplement des îles Tunga. Mais comme l’étude de ces deux groupes ne peut, sans les plus grands inconvénients, être séparée de celle des îles Fiji, si voisines surtout des Tunga, nous aurons, dans l’intervalle, à examiner tous les documents relatifs à cet archipel, venus à notre connaissance : ce sont eux qui peuvent le mieux aider à la solution de la question. Nous insis* terons même tout particulièrement sur quelques-uns d’entre eux» en raison de l’influence que l’archipel des îles Fiji a fait subir aux deux autres archipels, ou qu’il a éprouvée à leur contact.

Avant tout, nous commencerons par présenter quelques remarques sur les directions qui auraient pu être suivies par les migrations venant du couchant, et nous indiquerons, aussi rapidement que possible, la composition géographique des divers archipels en présence, ainsi que les caractères physiques de leurs populations. Cet exposé aidera par lui-même à élucider un sujet si obscur.

Situation relative des terres occidentales par rapport aux Samoa et aux Tunga. — Nous avons déjà fait remarquer que ceux qui ont placé le lieu d’origine des Polynésiens en Asie ou en Malaisie, se sont contentés des mots Ouest et Occident pour indiquer la position absolue du point de départ, Ils ont certainement ainsi plutôt cherché à simplifier l’énonciation, qu’à l’exprimer avec exactitude, car si ces mots suffisent pour indiquer, d’une manière générale, la position de ce point de départ par rapport à l’ensemble des îles Polynésiennes, il n’est pas moins vrai qu’ils conduisent nécessairement à confondre des lieux souvent séparés par une grande distance, et qu’ils entraînent à des erreurs géo-

graphiques, puisqu’ils ne sauraient être applicables à la fois à des îles situées sous des latitudes différentes.

C’est pourquoi nous croyons indispensable de commencer par indiquer exactement la position des terres occidentales relativement aux Samoa et aux Tunga.

Or, dans le Nord-Ouest des Samoa, en allant jusqu’au Japon, on ne rencontre que des îles généralement petites et nombreuses : ce sont celles qui forment les groupes Gilbert, Marshall, Carolines et Mariannes.

En se rapprochant de l’Ouest, c’est-à-dire dans l’O.N.O. on trouve, à mesure qu’on s’éloigne des Samoa, d’abord les îles Rotuma, Vanikoro, Salomon; puis les grandes terres appelées Nouvelle-Bretagne, Nouvelle-Irlande ; et enfin, près de l’Asie, les îles Philippines et Formose.

En se rapprochant encore plus de l’Ouest, c’est-à-dire dans l’O. 1/4 N. O, on voit le détroit de Torrès, puis la Nouvelle- Guinée ; et en s’éloignant toujours dans la même direction, les îles Moluques, Bourou, Céram, Célèbes, enfin Java et Bornéo, pour ne citer que les principales.

Dans l’Ouest direct, ce sont d’abord les îles Wallis, Waitupu, les îles Banks au Nord des Nouvelles-Hébrides, et une très petite portion de l’extrémité la plus Nord de la Nouvelle-Hollande ; enfin l’entrée du détroit de Torrès.

Dans l’O.S.O, les premières îles sont les Fiji ; puis vient la partie la plus Sud des Hébrides ; la Nouvelle-Calédonie, la Nouvelle-Hollande encore, se prolongeant vers le Sud, et la terre de Yan-Diemen.

Enfin dans le S. O. ou S. 0. 1/4 S. on rencontre d’abord, à peu de distance, les îles Tunga et, plus loin, dans la même direction, le groupe des îles de la Nouvelle-Zélande.

Les émigrants auraient donc pu, tout en restant dans les limites de l’Occident, partir de six points différents pour se rendre aux Samoa :

Du N. O. c’est-à-dire des îles Carolines et Mariannes ;

De l’O.N.O, c’est-à-dire de Yanikoro, des îles Salomon, de la Nouvelle-Bretagne, de la Nouvelle-Irlande et des Philippines ;

De l’O. 1/4 N. O., c’est-à-dire de la Nouvelle-Guinée, du détroit de Torrès, de Bourou, de Bornéo ;

De l’O., c’est-à-dire d’une partie du détroit de Torrès et de l’extrémité Nord de la Nouvelle-Hollande ;

De l’O. S. O., c’est-à-dire des Fiji, de la Nouvelle-Calédonie, et de la Nouvelle-Hollande.

Du S. 0.1/4 S. c’est-à-dire des Tunga et de la Nouvelle- Zélande.

11 est évident que ces routes diffèrent beaucoup ; mais cependant, pour simplifier cette étude, nous les réduirons à quatre directions principales, qui comprennent toutes celles admises par les ethnologues, ainsi que celle dont ils n’ont pas parlé et que nous croyons être la véritable :

Le N.O. sera la première ;

L‘0. la seconde, comprenant l’O. N.O. etl’O. 1/4 N.O ;

L’O. S.O. la troisième ;

Le S.O, ou S.O. 1/4 S. la quatrième.

Il suffit d’ailleurs de signaler les inconvénients qu’il y a à placer dans une même direction, par rapport aux Samoa, les terres qui gisent dans l’O.N.O, l’O. 1/4 N.O et l’Ouest pour que le lecteur y remédie facilement.

D’un autre côté, en remarquant que les îles Tunga sont situées beaucoup plus au Sud, et en même temps plus à l’Ouest que les Samoa, on verra que les premières n’ont plus les mêmes lieux placés de la même manière, par rapport à elles, c’est-à-dire que, dans le N.O., ce sont, pour les Tunga, une partie des Fiji, Vanikoro, les îles Salomon, la Nouvelle-Irlande et la N ouvelle -Bretagne ; dans l’Ouest, en y comprenant l’O. 1/4 N.O. et l’O.N.O., d’abord les Fiji, puis les Nouvelles-Hébrides du Centre, la Nouvelle-Guinée, le détroit de Torrès et la pointe Nord de la Nouvelle-Hollande, tant il y a de marge en réunissant ces trois directions. On verra encore que dans l’Ouest direct, il n’y a plus que les Nouvelles-Hébrides les plus Sud, la Nouvelle-Calédonie et la Nouvelle-Hollande , que nous avons vue dans l’O. S.O. des îles Samoa ; et qu’il n’y a plus, dans l’O.S.O. des Tunga, absolument que l’Australie. Enfin, pour les îles Tunga, la Nouvelle-Zélande se trouve à peu près dans le S. 0.

Il est évident que puisque les Samoa et les Tunga occupent des positions différentes, les terres qui se trouvaient dans certaines directions, par rapport aux Samoa, ne pouvaient pas être dans les mêmes directions par rapport aux Tunga. C’est donc à tort, par conséquent, que les ethnologues ont généralement confondu ces directions, et que quelques-uns ont cru pouvoir prendre l’une pour l’autre, suivant les besoins de la thèse qu’ils avaient à soutenir.

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