DESCRIPTION PARTICULIÈRE DES TROIS GROUPES
Aperça géographique sur les trois groupes : Iles Samoa ; vents régnants. — Iles Tunga; vents régnants. —Iles Fiji ; vents régnants. — Caractères physiques des Samoans, d’après Bougainville ; La Pérouse ; Roggeween ; Hamilton ; d’Urville ; A. Lesson. — Caractères physiques des Tongans, d’après nos propres obseivations ; d’après Pritchard. — Caractères physiques des Fijiens, d’après A. Lesson ; Quoy et Gaimard ; Pritchard. — Des différences profondes séparent les Fijiens des Samoans et des Tongans.
Iles Samoa. — Les îles Samoa forment un groupe de huit îles principales et de quelques îlettes occupant l’étendue de 4 degrés de l’Est à l’Ouest, environ cent lieues, entre 171°42’ et 175°8’ Long*. Ouest, 13°26’, et 14°21’, Lat. Sud.
Ces îles sont nommées : Manua, Olosenga, Ofu, Tutuila, Upolu, Savaii, Manono et Apolima.
Manua (1), l’Opoun de La Pérouse, est une île circulaire, si élevée, qu’on la voit à la distance de 40 à 50 milles ; ses côtes sont raides et saines. Elle gît par 14°9’ Lat. Sud. et 169° Long. Ouest.
Olosenga (2) et Ofu (3) sont presque unies, ce sont les îles appelées Fanfoue et Leone par La Pérouse ; elles sont habitées.
(1) Manua, coup, blessure, être blessé. En Maori, manu, oiseau, flotter ; manuka, nom d’un arbre.
(2) Olo , forteresse ; senga, sega , nom générique des perroquets. En Maori, oro, aiguiser ; henga, bande de bois sur le côté d’un canot.
(3) Ofu , nourriture mise dans une feuille, prête à faire cuire. En Maori, ohu, compagnie de travailleurs.
Tutuila (1), par 14°2Q’ Lat. S. et 170°16’ Long*. O., est à 50 milles environ à l’Ouest d’Olosenga : cest une île de 80 à 100 milles de circonférence, ayant plusieurs baies, entre autres celles dites Rangopongo et Leone : cette dernière est fort grande et fort belle ; elle est exposée aux vents du Sud ; c’est là qu’eut lieu le funeste massacre des compagnons de La Pérouse.
Upolu (2) est une île de 150 à 200 milles de circonférence ; elle possède plusieurs ports et particulièrement celui d’Apia, qui fait face au Nord. Ses montagnes, très élevées, peuvent être vues de 50 à 60 milles au large. Elles sont recouvertes d’une belle verdure.
Ma-no-no (3) a environ cinq milles de circonférence. Elle tient à Upolu, dans le Sud-Ouest, par un récif. Quoique petite, cette île a plusieurs ports et une bonne rade dans le Nord. Ses habitants sont de grands guerriers, aussi les appelle-ton Malo ou peuple victorieux. L’eau douce y est rare.
Apolima (4) est une île de deux milles de circonférence, élevée de 2 à 300 pieds. Son nom, dit J. Williams, signifie creux de la main, et provient de sa forme qui semble indiquer l’emplacement du cratère de quelque volcan éteint. Elle est couverte de précipices auxquels on ne parvient que par une seule ouverture, assez petite.
(1) Tutu , allumer, éclairer, bâtiment, couper, séparer ; ila, là, nœvus, envie de femme. En Maori, tutu , nom d’un arbrisseau, obstiné, effronté, insolent, se lever, sortir; hira, multitude , nombreux. Tutuira est le nom d’une raie chez les Waikato.
(2) Upolu , je, moi. En Maori, u, gorge, sein, être ferme, arriver par eau ; po, nuit ; ru, tremblement de terre.
(3) Ma, prépos., pour, avec, à cause de ; nono , faire une pause pendant un discours, corde, fourmi blanche ailée ; no, emprunter. En Maori, mano , mille ; ma, blanc, net. Manono est en Hawahiki le nom d’une colline et d’une maison occupée par Ati Hapaï.
(4) Apo, prendre soin, être tranquille ; lima, main, cinq. En Maori, apo, cupidité, avare, être assemblé ; apa, compagnie de travailleurs ; rima, cinq. Aparima est le nom d’une rivière et d’un port dans l’île du Milieu.
Savaii (1) est la plus grande du groupe ; elle a près de 250 milles de circonférence. Ses montagnes, très élevées, sont visibles à la distance de 60 à 70 milles. Elles vont en augmentant depuis le bord de la mer jusqu’au centre de l’île, et sont entièrement couvertes de verdure.
Cette île est l’une des plus belles, sinon la plus belle de la mer du Sud. Elle est séparée d’Upolu par un détroit de 10 à 15 milles, à l’entrée Sud duquel se trouvent les deux petites îles Manono et Apoiima. Cinq cents milles environ séparent ces îles de celles des Amis.
La formation des îles Samoa, d’après la tradition indigène est des plus simples : Il n’y avait pas de terre d’abord, il n’y avait que les cieux en dessus et l’eau en-dessous. De sa demeure, dans les cieux, le dieu Tangaloa fit rouler dans les eaux deux grandes pierres : l’une de ces pierres devint Upolu, l’autre devint Savaii. La tradition ne dit rien des autres îles, qui passaient sans doute pour avoir été formées de la même manière (2).
Vents régnants aux îles Samoa. Les vents qui soufflent le plus ordinairement aux îles Samoa, comme aux Tunga et à Tahiti, sont les vents alisésde S.E, S.S.E, et E.S.E. Mais la mousson d’Ouest s’y fait sentir pendant toute une saison, c’est-à-dire d’octobre en avril.
C’est un fait qui a été constaté par le missionnaire P. Sun-
(1) Savai , oursin, echinus ; savay saleté, ordure, être capable. Savaii est pour Havahiki, en Maori Hawahiki , ou mieux Ka- wa~ hikiy pays nourricier.
(2) Samoa est le nom qu’ont adopté les voyageurs, d’après la prononciation des indigènes de ces îles; mais cette prononciation n’est plus que Hamoa aux Tunga et ailleurs. Seuls les Samoans prononcent le s. Nous croyons que c’est à tort qu’on écrit avec un seul a. Dans les autres îles polynésiennes nous avons entendu prononcer nettement Haamoa, et il est probable que c’est Saamoa qu’il faudrait écrire ; l’étymologie serait plus facile à expliquer. On aurait alors le mot polynésien haa, faire, équivalant au mot maori whaka, et moa , qui a la double signification de poule et de sacré. Au surplus, il y a, sur Savaii, une localité appelée seulement Amoa.
derland (I), pour les îles Samoa particulièrement, et qui tend à prouver qu’il en est de même dans les archipels Tunga, Tahiti, Fiji et même aux Marquises. On sait, en effet, que dans ces dernières îles, les brises régnantes soufflent du Sud-Est, pendant la majeure partie de l’année, et que l’hivernage, c’est-à-dire la saison des grandes pluies et des coups de vent, a lieu de novembre en avril, tandis que la saison sèche s’étend de septembre à novembre. On sait aussi que là, de décembre à février, se fait sentir la mousson d’Ouest, quoique d’une manière moins régulière.
On a vu que ce sont également les vents d’E.S E. et d’E.N. E. qui se font sentir la plus grande partie de l’année à Tahiti, mais que les vents d’Ouest ou de Sud-Ouest sont également observés. M. Philippe de Kerhallet a résumé de la manière suivante les observations de tous les marins, en disant, dans ses Considérations générales sur V Océan Pacifique : « Dans l’archipel de Taïti, en octobre, novembre et décembre et une partie de janvier, les vents soufflent de l’Ouest au Sud-Ouest; ils sont coupés par des calmes, de faibles brises de l’Est et quelquefois par des grains qui donnent de l’orage et de la pluie. En décembre et janvier, le temps et les vents sont très variables. »
Il dit encore : « Dans la zone tempérée de l’Océan Pacifique du Sud, les vents, pendant toute la saison, soufflent de toutes les directions. Dans la partie Ouest de cet Océan, les vents du S.E. sont remplacés pendant une partie de l’année, par des vents variables ou par des moussons, contrairement à l’opinion qui a longtemps prévalu à cet égard. »
Mais ce qu’il ne dit pas, et ce que nous croyons devoir dire, c’est que La Pérouse avait été le premier à signaler l’existence de la mousson d’Ouest, qui a été démontrée depuis par Dillon, ce marin si habitué aux îles Polynésiennes. Depuis ces observateurs, personne ne mettait en doute l’existence, dans les régions du Grand Océan situées entre l’Equateur et le parallèle de 12° Sud, d’une mousson du Nord-Ouest ou de l’Ouest.
(1) Voy. Samoan reporter.
Iles Tunga (1). — Ce groupe, également appelé archipel Tunga, depuis Mariner, se compose d’une centaine d’iles ou d’îlots, qui occupent environ 200 milles du Nord au Sud, et une largeur moyenne de 50 à 60 milles ; il s’étend du 18e degré au 20e degré de latitude S., et du 176e au 178e degré de longitude O . Il a été subdivisé en trois groupes secondaires qui sont : au Sud, les îles Tunga proprement dites ; au centre, les îles Hapaï ; au Nord, les îles Afulu-hu.
La première subdivision se compose des îlots et écueils appelés Ka-tao, Hunga-tunga, Hunga-hapaï et de quelques petits îlots à toucher Tile Tunga-tapu, tels que Pung’a-i-motu, Oneata, etc. Elle comprend en outre : 1° Eoa, terre médiocrement élevée, située par 21°25’ Lat. S. et 175°17’ Long. E., découverte par Tasman en 1643 et appelée Middelbourg; 2° Tongatabou, dont le véritable nom est Tunga- tapu,. île peu élevée, également découverte par Tasman qui l’appela Amsterdam.
Cette île étant la plus connue et presque la seule dont on parle quand il s’agit des îles des Amis, nous dirons qu’elle est située par 21° Lat. Sud, c’est-à-dire de la manière la plus favorable pour être rafraicliie par les vents alisés. Elle est de nature madréporique et on n’y trouve aucune source
(1) Les mots tonga et tabou doivent être écrits, tunga et tapu : tunga , faire halte, s’arrêter, lieu de halte, station ; tapu, sacré. G’est John Martin, le rédacteur du voyage de Mariner, qui est la cause première de l’erreur généralement admise : c’est lui qui le premier se servit du mot tonga, employé ensuite par tous les navigateurs et écrivains. Mariner avait, lui du moins, évité cette erreur, puisqu’il écrit toonga : or on sait qu’en anglais oo se prononce ou. Il faut remarquer du reste que l’on ne doit pas dire tunga ou tonga 5 mais bien tu ~nga, avec prononciation fortement nasale.
Quant à tapu, que Ton prononce tapou , c’est le mot vrai, et non pas tabou : les Polynésiens n’emploient pas le b, comme on l’a cru longtemps, quoique les Tongans l’aient adopté, par suite de leur voisinage des Fijiens.
Au surplus, pour nous conformer à l’usage et afin d’ètre mieux compris, nous écrirons parfois Tonga , Tongans, Tonga tabou ; il suffit que le lecteur soit prévenu.
d’eau douce ; mais il y a de nombreuses flaques ou des puits qui se remplissent d’eaux pluviales. Une couche de terre végétale assez épaisse recouvre dans quelques points le calcaire, mais presque partout cette couche est mince et la végétation y est pauvre.
Les deux saisons s’y font sentir, et, pendant l’hivernage, les missionnaires anglais ont vu monter le thermomètre jusqu’à + 33°, tandis que dans l’autre saison ils l’ont vu descendre parfois -f- 12° et même 10°, mais exceptionnellement.
Nous avons fait connaître, en 1832, la botanique de cette île, (1) et nous n’ajouterons plus qu’un mot pour dire qu’on a eu tort, dans les Archives de Médecine navale du ministère de la marine (2), d’avancer que cette île est relativement très élevée : elle l’est à peine au-dessus de celles appelées îles basses.
La 2e subdivision, ou groupe Hapai, est composée des îles Lefuka, Namuka, Foa, Uiha, Haano, Niniva, Futuna, Kao, Lataï et Tofua : cette dernière est une île élevée.
Enfin la troisième ou Afulu-Hu (3), comprend les îles Pungaimotu, Taonga, Lekaleka, Hounga et Vavao. Cette dernière île, découverte par Maurelle en 1780, et appelée par lui Mayorga, a été revue par La Pérouse et par Edward Edwards qui la nomma île Howe (4) : il ne faut pas la confondre avec Pile Howe découverte par Bail en 1788, pendant qu’il commandait le Supply. C’est de cette même île Vavao que parlent les légendes des Marquises.
(1) Voy. dans le Voyage de /’ Astrolabe, la Botanique par A. Lesson et A. Richard, Paris. — Tastu, 1882.
(2) Tom. Y, p, 27.
(3) Afulu est le mot maori ahuru , dix, le h se changeant en /et le r en / ; hu , pet, marais, boue, bouillir, silencieux. Le h n’existe pas en Samoan.
(4) A voyage round the world , in His Majestys frégate Pandora, performed under the direction of captain Edwards , in the years iygo, i7gi , 17 92, by George Hamilton , late surgeon of Pandora, Berwick, 1793.
On ajoute à ces divers groupes l’ile Amargura, de Mailrelie, terre peu élevée dans le Nord-Ouest de Yavao et qui est probablement l’île Gardiner d’Edw. Edwards, ainsi que File Pylstart, découverte par Tasman, à trente lieues au Sud de Tongatabou : c’est une terre haute et boisée.
Entre les Samoa et les Tunga se trouvent les îles Niua (1) ou Àlu-Fatu (2).
Ce sont des îles élevées, placées par 15°50’Lat, S. et 176°25’ Long O. d’après La Pérouse. Elles ont été appelées îles de Hoorn, des Cocos et des Traîtres par Lemaire et Schouten ; îles Boscamen et Keppel par Wallis, en 1767.
Niu-a, ou Niu-a-taputa, est File Keppel ou la Niuha Foho d’Edward Edwards ; Onoafu est l’île Proby du même capitaine, ou la Goode Hope de Schouten (1616).
La Pérouse remarqua que les habitants de ces îles offraient une grande analogie avec ceux des Samoa. Au rapport de Maurelle, ils étaient tatoués, sans barbe, et ils se coupaient les phalanges des petits doigts comme aux Tunga. Ils parlaient, disait-il, la même langue qu’à Yavao.
Yents régnants auxTunga. — Aux îles Tunga, situées entre 18° et 21° de Lat. Sud et 176° et 178° de Long. Ouest, les vents le plus ordinairement rencontrés sont également les vents d’E.S.E., S.E, et S.S.E, c’est-à-dire les vents ali— sés, et là, ce sont les vents de S.S.E. qui sont les plus forts. C’est surtout en février, mars et avril que se font sentir les vents d’O. et de N. O., en même temps que des orages accompagnés de pluie et de violentes rafales.
En lisant les récits de voyages, on voit que La Pérouse et d’Urville ont essuyé, à cette époque, des vents prolongés
(1) Niua, en Samoan plein de cocotiers.
(2) Alu. en Samoan, arrivée heureuse, opportune ; aller de l’avant, de l’arrière.
Aru, en Tahitien, bois, forêt, lame, vague ; filet ; cri de joie du voyageur.
Fjztu, en Tahitien, maître, seignéur ; en Samoan, pierre ; cœur d’un fruit, semences, chant, composer une chanson, dur.
de cette partie. Il y a en outre des raisons de croire que c’est avec des vents de N. -O. que la Pérouse s’est perdu sur Ya« nikoro, car les vents entraînèrent immédiatement des débris de son naufrage jusqu’à Tukopia, qui gît dans le S.E.
Enfin on a fait l’observation importante qu’il règne souvent, sur les côtes méridionales de Tongatabou, une houle de S. O. regardée comme la suite des tempêtes qui ont lieu dans les hautes latitudes australes.
Iles Fiji ou Viti. — Ces îles sont au nombre d’environ 225 grandes et petites, presque toutes, sinon toutes, d’origine volcanique ; la plus proche des îles Tunga, dans l’Est, en est éloignée de 100 lieues.
Elles se trouvent entre 15°30’ ou 16° et 20°30, de Lat. Sud, et 177° et 178° Long. Est. D’Urville les place entre 16° et 20° Lat. Sud, et 174° et 179° Long. Est.
On les a partagées en huit sections ou groupes :
1° Le groupe Ono, qui comprend Ono, Ndoï, Maua, Nudiu, Yameya, Tuvana-i-tholo, et Tuvana-i-ra ;
2° Le groupe Lakemba, composé de 33 îles, parmi lesquelles se trouvent Yatoa, Tuvutha, et Thithia ;
3° Le groupe des îles Manga, Kanathea,Naïtaumba, Yatuvara, Yathata, et un grand nombre d’îlots ;
4° Les Fiji du Milieu, comprenant Matuku, Totoya, Moala, Ngau, Nairai, Koro, Ovalau et quelques petites îles ;
5° Yanua Levu ou la Grande Terre, et Taviuni avec environ cinquantes îles voisines ;
6° Na Yiti Levu ou la Grande Fiji, avec les 50 îles de ses côtes : c’est l’île la plus grande ;
7° Le groupe Kandavu, qui est composé de treize îles, dont plusieurs petites ;
8° Les Yasawa, qui comprennent plus de trente petites îles.
80 de ces îles sont habitées ; leur population totale qui était évaluée à 150,000 âmes, il y a quelques années, n’était plus, d’après la Gazette des Fiji , que de 116,000 au 31 décembre 1871. Depuis cette époque, des épidémies de rougeole et de dysentérie, en 1874-1875, et la petite vérole en
1876-1877, ont enlevé une grande quantité d’habitants : tous les principaux chefs sont morts. On estime à 2000 le nombre des blancs et à 320 celui des métis.
Les îles les plus petites sont celles de l’Est : on en voit de coralligènes et de volcaniques ; quelques-unes sont seulement composées de sable et de corail brisé, et couvertes de détritus végétaux: telles sont Yathata et Yatuvara.
Les îles du vent sont de formation volcanique ; leurs côtes seulement sont entourées de corail ; telles sont : Yulanga, terre élevée, à lagon ; Mothe, terre élevée, au N.E. de la première ; Lakemba, terre élevée, la plus grande des îles de l’Est.
Totoya, Moala, Nairaï, Koro, Ngau, sont des îles à hautes montagnes, présentant des précipices, des tours, des dômes, des villages fantastiques, etc. Mbau, siège du pouvoir politique, est une petite île près de Yitu Levu.
Taviuni ou Somosomo, est une terre élevée avec un lac dans un cratère : la montagne s’élève à 2000 pieds.
Kandavu, est une grande île élevée.
Yanua Levu, « la grande terre », a 100 milles de long, et 31 milles de large.
Na Yiti Levu, « la grande Fiji, » mesure 70 à 80 milles de l’Est à l’Ouest, et 50 à 60 du Nord au Sud. Sa montagne se dresse à 4 ou 5000 pieds. Elle est complètement entourée de récifs. Le nombre de ses habitants est d’environ 50,000. Comparées aux îles de l’Est, ces deux dernières pourraient être considérées comme ayant l’importance de continents.
Les Fiji dépassent en surface et en population la plupart des autres groupes du Pacifique. Ainsi, les îles qui composent les Yiti-i-Loma, ou Fiji du Milieu, égalent la belle et populeuse Tongatabou, en y joignant les îles Hervey ;
Les Yasawa égalent Yavau ;
Le groupe Est égale les îles Hapaï ;
Le groupe Somosomo égale l’Archipel Dangereux et les îles Australes ;
Yanua Levu est égale aux Marquises, à Tahiti et aux îles de la Société.
La grande Fiji seule surpasse le groupe Samoa et il reste
encore le groupe Kandavu avec une population de 12,000 âmes environ.
Ces îles, avons-nous dit, sont d’origine volcanique et, quoique leurs volcans semblent éteints depuis une époque fort ancienne, on y constate actuellement encore des preuves de leur activité. Ainsi on y éprouve de temps en temps de violentes secousses de tremblement de terre ; il existe à Waïnunu, à Na-Savu-Savu sur Vanua Levu, et à Ngau, des sources d’eau chaude, brûlantes (1). Les pics élevés et les aiguilles de la grande île sont basaltiques. On y trouve des conglomérats volcaniques, des pierres tuffacées, poreuses, des basaltes compacts, etc. Ces circonstances sont bien suffisantes pour expliquer les formes bizarres de certaines îles, de certaines montagnes et la formation de tout l’archipel, sans qu’il soit nécessaire de recourir aux récits merveilleux des indigènes.
Qu’on nous permette pourtant, à cette occasion, quand ce ne serait que pour aider à le conserver, d’emprunter à M. Pritchard le récit des habitants des Fiji sur l’origine de leurs îles (2) : a Passant sous silence, dit-il, comment et par qui la terré a été primitivement créée, une tradition parle brusquement du dieu nommé Roko Mouta (3) et du dieu Deng^ei : elle les montre se promenant autour de la côte de Viti Levu. Partout oùla longue traînée de Tapa (4), qu’on plaçait devant
(1) Ce qui n’a pas empêché M. Garnier, qui n’a pas eu l’occasien de voiries Fiji, de dire : « Les îles Fiji conservent à peine les traces de leur origine, bien qu’elles soient exclusivement formées de tufs, de basaltes, de scories, etc. Les courants de lave et les cendres n'existent nulle part à la surface ; les seuls cratères que l’on remarque ne sont plus que des ruines informes. » (. Mémoire cité, p. 12.)
(2) Réminiscences , p. 398.
(3) Il faut remarquer ici qu’il y a, à la Nouvelle-Zélande, un dieu Rongo et que, dans la mythologie de cette île, le premier être humain créé par le ciel et la terre, est appelé Tane Mahuta : Tane , mâle ; Mahuta, sauter, sauteur.
(4) Pièces d'étoffe faites, comme en Polynésie, avec le liber du mûrier à papier, de l’arbre à pain, etc.
les pas des dieux, venait à toucher la terre, il se formait aussitôt d’agréables plages de sable ; mais là où ils étaient portés sur les épaules (1), la terre restait inégale et couverte de rochers.
« On regarde les îles éloignés du groupe principal comme les sommets des montagnes des deux grandes îles Vanua et Yiti Levu, que les dieux et les déesses se sont amusés à transporter jusque là, dans un moment de bonne humeur. Ainsi l’île Ono, à l’extrémité S. E. du groupe, passe pour être le sommet de Koro-Thau, montagne de Fintérieur de Yiti Levu, qui aurait été emportée, pendant une nuit, par deux déesses : celles-ci, surprises par le jour, laissèrent tomber l’île Ono où elle se trouve aujourd’hui. 11 en est de même pour Thikombia, sur la côte N. -O. deYanuaLevu: c’est aussi un sommet de montagne volé dans Fintérieur de Yanua-Levu, par quelque dieu en gaieté. »
Nous ajouterons encore quelques mots sur les noms donnés à ces îles : les Anglais ont orthographié ces noms de différentes manières, tantôt Beetee, Fegee, Fejee, Feegee, Fegie, Fidjee, Fidje, Fidgee, Fidsclii, Feigee, Yihi, tantôt Fiji et Yiti. Ce sont les deux derniers que nous avons adoptés, parce qu’ils sont les seuls corrects: Fiji étant le mot employé dans les îles du vent, et Yiti celui qui est usité dans les îles sous le vent.
Yents régnants aux îles Fiji. — Aux Fiji, par 16°30’ et 19°5’, Lat. Sud. et 174° à 179° Long. Est, les vents, pendant huit mois de Fannée, d’avril à novembre, soufflent de TE. N.E. au S.E., et S.S.E. Il y a alors fréquemment de forts coups de vents qui durent pendant plusieurs jours.
Pendant le reste de Fannée, le vent varie beaucoup ; c’est ainsi qu’il souffle assez souvent du Nord : il est alors suffoquant et on le connaît sous le nom de Tokalau , quoique
(1) Remarquer également cette analogie avec les croyances polynésiennes.
Hazlewood prétende que c’est un vent d’Est qui porte ce nom (1).
Mais, comme aux Tung'a, ce sont les mois de février, mars et avril, qui sont les plus dang-ereux, et naturellement les plus redoutés. Ces mois sont appelés par les indigènes Vidai Uea ou les mois de pluie. Il y a quelquefois, dans le mois de janvier, des grains très violents ; mais en mars les pluies sont torrentielles, avec accompagnement de tonnerre et d’éclairs : les naturels appellent ce mois Vulaï Botabota c’est-à-dire qui brûle les feuilles. Vulaï Liliwa est le nom donné aux mois de juin et juillet, qui sont les mois froids.
Tels sont, du reste, les noms de quelques-uns des vents aux Fiji :
Y eut se dit : — Cagi ou Kagi.
Vent de Nord, — f Vualiku.
Vent du Sud ou du S.-E., — Ceva.
Vent d’Est, — Kakc (au-dessus, dessus).
Vent d’Ouest, — Ra (sous, dessous).
Le Nord, — Ceva ;
Le Sud, — Vualiku ;
L’Est, — Kake.
L’Ouest, — Ra ; ce mot est le nom donné comme qualificatif aux îles sous le vent.
Du côté du Nord. — Ki na mata ni Vualiku.
Du côté de l’Est. — Mai Kake .
Cela dit sur la géographie et les vents des trois groupes, nous allons exposer avec soin les caractères distinctifs des deux races qui les occupent. Nous suivrons dans leur exposition, le même ordre que précédemment.
1° Caractères physiques des Samoans. — On sait depuis longtemps que les insulaires des Samoa appartiennent à la famille polynésienne et qu’ils se rapprochent, sous tous les rapports, de leurs voisins de même race, les Tong-ans.
(1) Fait curieux, dans lTle du Milieu de la Nouvelle-Zélande règne parfois un vent qui est très-chaud et fait fondre la neige : on le nomme Tokarau. Tajdor dit que c’est un vent de N.E.
Yoici ce qu’en dit Bougainville, le premier français qui les ait vus (1) : « Je ne crois pas ces hommes aussi doux que les Tahitiens ; leur physionomie est plus sauvage. Ces insulaires nous ont paru de stature médiocre, mais agiles et dispos ; iis ont la poitrine et les cuisses jusqu’au dessus du genou peintes d’un bleu foncé ; leur couleur est bronzée ; nous en avons remarqué un beaucoup plus blanc que les autres. Ils se coupent ou s’arrachent la barbe ; un seul la portait un peu longue, tous en général avaient les cheveux noirs et relevés sur la tête. »
Suivant La Pérouse, la taille ordinaire des hommes, vus par lui en 1787, était de cinq pieds dix pouces, avec des membres d’une proportion colossale. Ils étaient presque nus avec une simple ceinture d’herbes qui descendait jusqu’aux genoux . Tous semblaient avoir sur le corps un vêtement qui n’était dû qu'au tatouage. Leurs cheveux longs et retroussés ajoutaient à la férocité de leur physionomie. La taille des femmes n’était pas proportionnellement moins avantageuse que celle des hommes : elles étaient grandes, sveltes, gracieuses, quelquefois jolies, etc. (2).
Ces lignes suffisent à démontrer que les habitants étaient bien de la famille polynésienne , car cette famille ou race est la seule qui, en Océanie, ait une taille aussi élevée, des cheveux portés longs, et autant de tendance à l’embonpoint ; c’était d’ailleurs ce que Roggeween avait déjà vu et ce qui lui avait fait dire : « Tous les hommes sont blancs, ne différant des Européens que parce que quelques-uns ont la peau brûlée par le soleil. Leur corps est peint de diverses couleurs ; etc. (3). »
(1) Voyage autour du Monde sur la frégate du Roi la Boudeuse et la flûte V Etoile, en 1766-69, 2e édit. in-4°. — Paris, 1772, p. 328.
(2) Relation du Voyage de La Pérouse , 1785-1788, publiée par Milet de Mureau, 4 vol. in-8°. — Paris, 1797, t. III, p. 189, 225, 226, 227.
(3) Histoire de V expédition de trois vaisseaux envoyés aux Terres Australes en 1721, par C. F. de Behrens, etc. 2 vol. in-12. La Haye,
Depuis, tous les navigateurs ont reconnu en eux la race polynésienne et tous, moins Bougainville, qui n’avait fait que les voir en passant, ont été frappés de leur haute stature et quelquefois de leurs proportions colossales. On peut lire dans le récit d’Hamilton (1), le médecin de la Pandora envoyée, en 1791, à la recherche des mutins de la Bounty, sous le commandement d’Edward Edwards, que les naturels de ces îles étaient remarquablement beaux ; il cite particulièrement la haute taille et la forte corpulence d’une femme. Cet observateur était d’autant mieux à même de comparer, qu’il venait de visiter Tahiti, les Tunga et un grand nombre d’autres îles polynésiennes.
Pour d’Urville, la population des Samoa n’était qu’une variété de la race polynésienne. Voici ce qu’il en disait (2) : « Les hommes sont en général grands et bien faits ; ils paraissent vigoureux et hardis. Lors de leur premier état sauvage, ce devait être une race dangereuse ; toutefois, sur ces physionomies ouvertes et décidées, on remarque quelquefois des dispositions bienveillantes, et elles rappellent ce caractère g’rand et sérieux propre à la race Tonga, o
Il avait fait la remarque que « les filles sont généralement bien faites, quelques-unes jolies, mais qu’on peut leur reprocher un air décidé et presque masculin. » Absolument, aurait-il pu ajouter encore, comme aux Tunga.
Il avait remarqué aussi, et avec raison, que « plusieurs individus, par leur teint foncé, et leur caractère organique, témoignaient encore des fréquentes communications qui existaient jadis entre les Samoa et les Viti. »
Excepté de Bougainville, tous les navigateurs ont donc signalé la haute stature de la population, et c’est un fait reconnu généralement aujourd’hui, quoiqu’en ait dit le commandant de la Boudeuse. Quant à la couleur bronzée
(1) A voyage round the World , in His Majesty’s fregate Pandora performed under direction of captain Edwards , in the years 1790- 91-92, hy George Hamilton , late surgeon of Pandora. — Berwick, 1793, p. 78.
(2) Voyage au pôle Sud et dans l'Océanie , etc., t. IV, p. 123, 124*
qu’il a indiquée, elle est en effet celle de la plupart des Océaniens qui sont souvent à la mer, mais elle est beaucoup plus blanche, comme il l’a remarqué lui-même, chezles chefs et ceux qui ont le temps de soigner leurs personnes.
C’est aux Tahitiens et aux Mang*aréviens qu’on peut le plus comparer les insulaires des Samoa pour la couleur générale ; mais là, comme à Tahiti, aux Mang*areva et aux Marquises, tous ceux qui s’oigment d’huile de coco présentent une teinte moins foncée. Il est bien certain que cette teinte plus brune ne tient qu’aux habitudes et au manque des soins qui procurent la couleur plus claire dans toutes les îles de la Polynésie, ainsi qu’à une action plus directe et plus prolongée du soleil. En effet, les habitants des Paumotu, qui sont les plus bruns de tous les Polynésiens, n’ont, avons-nous dit, qu’à vivre pendant quelque temps dans les îles hautes et boisées pour y prendre une teinte aussi claire que celle de leur propres habitants. Il est très possible, en résumé, que Bougainville n’ait vu que des hommes de petite stature dans les piro g*ues qui l’ont approché pendant qu’il passait près de l’île Tutuila, mais il se pourrait aussi qu’il n’eût pas pu en bien juger, en ne les voyant qu’assis pour pagayer.
Toujours est-il qu’on s’accorde généralement aujourd’hui à considérer les insulaires des Samoa comme une des belles variétés de la race polynésienne : au lieu de présenter « une remarquable altération de la race », comme on le dit dans les Archives de Médecine Navale (1), où l’on dit aussi que l’archipel des Samoa se compose d’une terre médiocrement élevée, ce qui est inexact, ces insulaires étaient, d’après La Pérouse, « les plus grands et les mieux faits qu’il eût rencontrés. » Il ajoutait « qu’ils étaient moins étonnants encore par leur taille que par les proportions colossales des différentes parties de leur corps (2). »
Voici, d’après nous, quels sont les caractères physiques de cette population : Variant d’aspect suivant les îles, elle
(1) Année 1865, t. Y, p. 28.
(2) Voyage de La Pérouse autour du Monde , t. III, p. 223.
ressemble généralement, à part un cachet de sauvagerie plus grand, déjà aperçu par Bougainville, aux Polynésiens des îles de la Société et des îlesTunga. Sa couleur se rapproche plus de celle des Tahitiens que des Tongans ; mais, en comparant les personnes des deux archipels placées dans les mêmes circonstances , elle est absolument la même. Fait à remarquer , la chevelure, qui est abondante, grossière et généralement droite, est, plus fréquemment que dans les Tunga, frisée ou crépue ; de même qu’aux Fiji, dont les insulaires faisaient autrefois de fréquentes descentes aux Samoa, on la colore fort souvent en rouge et en blanc. Comme dans toute l’Océanie, les dents sont belles, labouche grande, le nez épaté ou à large base ; les oreilles sont grandes, les pieds forts, ainsi que les mains; le menton est nu ; la barbe rare. Les yeux sont toujours grands. Tous les indigènes sont généralement grands et bien faits : les hommes riches, comme les femmes, ont des dispositions à l’embonpoint. Le costume se compose le plus ordinairement d’un simple malo (1) de feuilles ; mais, en outre, les femmes s’enveloppent d’une longue pièce d’étoffe de mûrier, comme aux Tunga. Les étoffes qui servent à la confection des vêtements sont, du reste, assez variées. Parfois les chefs portent de belles nattes en fil de bromelia. Presque tous sont tatoués autour des reins et sur les cuisses ; mais, fait à noter encore, et qui prouve lui-même la fréquence des rapports qui ont existé entre les Samoa et les Fiji, c’est que plusieurs ont sur le corps des traces du tatouage en relief des habitants de ces dernières îles. On sait que ceux-ci se tatouent par incisions : ils font naître ainsi des excroissances qu’ils conservent sous la forme de boutons, tandis que les Polynésiens ne se tatouent que par piqûres.
Bougainville, Roggeween, La Pérouse, avaient tous remarqué le tatouage des Samoans et le premier avait surtout signalé la couleur noire des cheveux, ce qui s’observe, en
(1) Malo se dit pour maro dans les îles où le r est remplacé par le /.
effet, chez tous les Polynésiens qui n’ont pas recours à quelque moyen artificiel.
Tels sont les caractères physiques les plus importants des Samoans ; ils sont suffisants pour la question que nous cherchons à résoudre. Nous allons maintenant faire connaître ceux que nous avons observés à Tongatabou, en 1827, alors que nous étions embarqué sur Y Astrolabe.
2° Caractères physiques des Tongans. — Taille au-dessus de la moyenne ; beaucoup de beaux hommes : tendance à l’embonpoint, surtout dans les familles des chefs et des gens à leur aise ;
Peau un peu plus claire que celle des Tahitiens, mais s’en rapprochant complètement chez beaucoup ;
Visag*e régulier, agréable ; pommettes peu saillantes ; angle facial ouvert ; front développé ;
Bouche grande ; lèvres grosses ;
Nez généralement épaté, parfois presque aquilin en apparence, mais non réellement, à moins qu’on ne donne ce nom au nez épaté fortement convexe au milieu, tout en restant largement évasé ;
Oreilles grandes ;
Yeux noirs, grands, bien fendus ;
Cheveux généralement noirs, quelquefois frisés ou crépus, ce qui s’explique par le voisinage des Fiji, portés longs par les jeunes gens, ras par les personnes âgées, les chefs et les femmes ;
Barbe peu fournie ; favoris comme chez les Yitiens, mais moins touffus.
Les femmes ont de belles proportions ; elles sont géné» râlement grandes et fortes, avec tendance à l’embonpoint; leur figure est agréable, leurs traits réguliers, mais un peu communs, leurs seins parfaitement faits, quelquefois un peu volumineux.
Les enfants sont d’une gentillesse remarquable.
La physionomie des hommes est moins sévère que celle des Maori, et pareille à celle des Tahitiens, des Mangaréviens, des Rotumaiens, etc. Ils ont, en plus, ce cachet de
bonhomie, de franchise et d’intelligence que fait comprendre un visage de Touraine.
Nous n’avons pas rencontré parmi eux autant de ces proportions athlétiques et robustes qui sont si nombreuses à la Nouvelle-Zélande. Elles semblaient remplacées par de la graisse, même chez les hommes les plus grands et les mieux faits. Les chefs eux-mêmes, malgré leurs belles formes, n’ont pas cette beauté mâle des chefs Maori.
On voit, du reste, dans la population de Tunga une variété infinie de tailles, de figures et de conformations ; les bossus n’y sont pas rares.
Nous ajouterons que les Tongans se sont montrés à nous doux, bienveillants, mendiants, mais en même temps oublieux des bons procédés, en un mot hypocrites, comme tous les Océaniens. On sait qu’ils ont été dépeints par les missionnaires anglais comme peu généreux, peu hospitaliers, jaloux, etc.
D’Urville avait la plus haute idée de leur intelligence, car il dit : (1) « Sous le rapport de l’intelligence, les habitants de Tonga in’ont paru bien supérieurs à ceux de Tahiti et je les placerais volontiers sur la même ligne que ceux de la Nouvelle-Zélande. » Et ce qu’il ajoute plus loin mérite, à notre avis, d’être tout particulièrement remarqué :
« A Tonga, dit-il, (2) la race polynésienne m’a semblé offrir moins de mélange avec la race noire océanienne ou mélanésienne qu’à Tahiti ou à la Nouvelle-Zélande ; on y trouve, beaucoup moins que partout ailleurs, de ces individus à taille rabougrie, à nez épaté, à cheveux crépus ou frisés et à peau d’un brun très foncé. Ce fait est d’autant plus remarquable que les îles Tonga sont immédiatement suivies, à l’Ouest, par les îles Yiti qui sont demeurées au pouvoir de la race noire. »
Tels sont donc les caractères physiques et moraux observés par nous-même aux îles Tunga en 1827, et que nous
(1) Ouvr. cité, t. IY, lre partie, p. 223.
(2) Ibid., p. 229,
avons pu contrôler depuis, en voyant des Tong-ans à Tahiti ou ailleurs. Mais comme, plus récemment, ces caractères ont été donnés par M. Pritchard (1), si autorisé par son longséjour en Océanie, nous croyons devoir les faire également connaître.
Suivant lui « la peau des purs Tong-ans et Samoans est d’un noir brun roug-eâtre, brun roug-e foncé, douce et lisse. Leur chevelure, quoique naturellement noire et abondante, est grossière, rarement ondée, et g-énéralement droite. Ils sont presque sans barbe et ont horreur d’un menton couvert de poils. Leur stature est herculéenne ; leurs membres sont bien arrondis et leur visag-e rég-ulier. Leur air est doux et confiant ; leurs mouvements sont excessivement gracieux ; leurs yeux sont doux, humbles, etc. » Comme on voit, à part la couleur, que nous croyons être plutôt un brun jaunâtre qu’un brun roug-eâtre foncé, tous les autres caractères sont, pour ainsi dire, ceux que nous avons sig-nalés.
Nous croyons devoir ajouter ici quelques mots sur les portraits des habitants des îles des Amis donnés par Labillardière. Il y a beaucoup de vérité dans la « danse des insulaires des îles des Amis devant la reine Tine ; » il y en a moins dans les portraits delà double pirog-ue. Très vrais ég-alement sont les portraits de Toubou et de Nacece des îles Tung-a et Fiji ; seulement Toubou, le Toubo de Cook, a une chevelure fijienne qui ne serait pas exacte s’il était pur Polynésien. Nous croyons que sa chevelure pouvait être crêpée, comme celle de Pômare 1er, par exemple, mais que le peintre l’a exag-érée. Quant à celle de Nacece, elle devait bien avoir l’aspect qu’elle présente. Les cheveux de la « femme des îles des Amis » sont ég-alement trop crêpés : la nature des cheveux des Polynésiens purs étant d’être toujours lisses.
3° Caractères physiques des Fijiens. — Les Fijiens ont la taille bien faite et au-dessus de la moyenne. Nous avons
(1) Polynesian réminiscences , ch. 18, p. 378.
été surpris en voyant, à Viti Levu, d’aussi beaux hommes , et quelques-uns si forts et si grands ; mais on sait aujourd’hui, parles missionnaires anglais, que les hommes de six pieds ne sont pas rares dans ces îles. D’un autre côté, si les hommes grands, forts et bien musclés y sont communs, on n’en rencontre pas souvent qui aient beaucoup d’embonpoint. On peut dire qu’ils sont au-dessus de la race blanche par la stature, quoiqu’ils ne dépassent guère celle des Tongans. Il n’y a d’ailleurs d’autres différences entre les chefs et le peuple que celles qui sont le résultat d’un plus grand soin de la personne et du plus ou moins de rudesse des manières.
Voici quels sont, en détail, les caractères physiques des Fijiens :
Leur peau est d’un noir fuligineux : D’après les missionnaires anglais, elle tient le milieu entre le noir, black , et la coloration des races « couleur de cuivre. » Le capitaine Erskine, du navire britannique Savannah, dit que leur peau est noir bleuâtre, et il attribue cette teinte à la quantité de poils de leur corps. Cette couleur, du reste, varie beaucoup ; on assure que les habitants de l’île Kandavu sont plus noirs que ceux des autres îles.
La couleur n’est plus claire que dans les îles plus orientales, où réside la variété appelée Tunga-Fiji ; mais il est à remarquer que là pourtant les insulaires ressemblent encore plus aux Vitiens qu’aux Tongans. Telle était l’opinion de Th. Williams (1) ; telle fut également la remarque que nous fîmes nous -même en parcourant les Fiji avec VAstrolabe . Cette ressemblance nous semble provenir de ce que les mélanges ne s’opèrent guère qu’entre les hommes Tongans et les femmes Fijiennes. Les femmes des îles Tunga n’accompagnent pour ainsi dire jamais leurs compatriotes quand ils vont pour quelque temps se fixer aux Fiji ; en outre, elles n aiment généralement pas prendre des Fijiens
(1) Fiji and Fijians , vol. I, p. 105.
pour maris. Nous disons « généralement s, parce que là, comme partout ailleurs, il y a des exceptions (1).
Pour avoir une idée exacte de la couleur de la peau d’un Vitien, il suffit de regarder le portrait du chef Thakombau, qui sert de Frontispice à l’ouvrage de Thomas Williams sur les îles Fiji. (2).
Le front Fijien est plus étroit et plus comprimé latéralement que celui de la race polynésienne. C’est donc à tort que Pritchard a dit qu’il était plus large .
La tête des Fijiens est souvent couverte par une masse de cheveux noirs, longs, frisés, recroquevillés ou crépus, qui empiètent parfois sur le front et se joignent, par des moustaches, à une barbe arrondie ou pointue, quelquefois longue, épaisse, presque toujours frisée et d’un beau noir. [
Les cheveux ont les formes de culture les plus variées : ils sont le plus souvent poudrés, soit avec les cendres du fruit de l’arbre à pain, soit avec la suie obtenue de la fumée duTuitui, (Aieurites triloba ), soit enfin avec une chaux pulvérisée obtenue du corail. Ces diverses substances leur donnent ces couleurs rouges ou autres, tant citées par les navigateurs, et qui ont été l’occasion de tant d’assertions fausses de la part des ethnologues.
C’est par la chevelure que les Yitiens ressemblent le plus aux Papous (3), dont ils ont également la couleur ; aussi, disions-nous dès 1827, alors que nous les avions sous les yeux : On dirait que les Yitiens descendent des Papous ; et tout prouve que, excepté les métis Tunga-Fiji, tout le reste de la population appartient à une autre race que la race polynésienne. Nous avons vu précédemment (4) que les Fijiens purs sont de véritables Papua, et que leur indice céphalique est le même que celui des Hébridiens.
(1) Voir à ce sujet Pritchard, Polynèsian réminiscences , appendice, p. 417.
(2) Yoy. également p. 104 et suiv.
(3) Voir ce que nous avons déjà dit à ce sujet, t. I, p. 14, 15 et 33.
(4) T. I, p. 76 et suiv.
La face des Fijiens est généralement ovale, à traits mâles ; leur physionomie annonce la fausseté : il y a, du reste, une grande variété de ligures. Leur œil est noir, vif, mobile, ne se reposant jamais. Leur nez est épaté avec de grandes narines ; leurs pommettes sont un peu saillantes. Leur bouche est grande, décorée de dents blanches, régulières, avec des lèvres un peu grosses. Le thorax est ample ; le cou court ; les membres robustes, vigoureux, seulement il nous a semblé que les mollets étaient plus faibles que ceux des Tongans, et qu’ils se rapprochaient de ceux des Maori ou des Européens les mieux partagés.
Nous croyons devoir également résumer ici les caractères donnés aux Fijiens par Quoy et Gaimard (1), qui observaient ces populations en même temps que nous- même : En général, beaux hommes, bien pris, sans tendance à l’obésité ; taille de 5 pieds 5 pouces à 5 pieds 10 pouces ; peau noire, tirant sur le chocolat ; front élargi par le haut, de même que le nez ; lèvres grosses ; chevelure comme celle des Papous, frisée, abondante, naturellement noire, mais rendue rouge, blanche ou blonde par l’usage de la chaux qui lui donne l’apparence de crin frisé ; tatouage en relief ; usage de la poterie ; etc.
Enfin, plus récemment, Pritchard a décrit de la manière suivante les caractères physiques extérieurs des Fijiens (2) : « La peau des purs Fijiens est foncée (dark, obscure, noire), rude et désagréable. La chevelure, naturellement noire et abondante* est épaisse, constamment frisée, presque fil d’archal ; elle semble être véritablement quelque chose entre des cheveux et de la laine. La barbe a la même contexture, elle est également abondante et épaisse, et c’est ce dont ils s’enorgueillissent le plus. La stature est élevée, mais moindre quelquefois que celle des Tongans et des Samoans. Le développement musculaire est plus complet mais les membres sont moins arrondis, et la figure des Fijiens est généralement dédaigneuse. Leur œil est inquiet*
(1) Zoologie de V Astrolabe, p. 38.
(2) Polynésian Réminiscences, ch. 18, p. 377.
leur maintien soupçonneux, mais leurs mouvements sont légers et agiles. »
Comme on voit, à part ce qu’il dit de l’aspect fil d’archal de la chevelure, aspect qui n’est dû qu’à l’usage de la chaux en poudre, tout le reste de sa description vient appuyer la nôtre.
Ajoutons que les Fijiens se distinguent encore des Tongans par le tatouage qui est opéré chez eux par incisions, tandis qu’il l’est par piqûres chez tous les Polynésiens. Quant aux femmes, elles sont grandes et fortes ; leur chevelure est semblable à celle des hommes ; quelques voyageurs ont dit que leurs mamelles étaient volumineuses et piriformes, mais nous avons souvent vu des seins pareils à ceux de la race voisine. Il est vrai, devons-nous ajouter, que c’était surtout dans les îles les plus orientales du groupe, telles que Lakemba, et que là se faisait sentir l’influence du sang polynésien.
A cette occasion, nous indiquerons, dès à présent, un fait sur lequel nous allons revenir longuement : l’existence, dans les îles Fiji orientales, d’une partie des caractères physiques propres à la race polynésienne. Là, ces caractères sont même si apparents que, jusqu’à ces derniers temps, on les cru être ceux de tous les Fijiens : c’est à tort,* car, ainsi que nous allons le montrer, à mesure qu’on se rapproche des îles Fiji occidentales, ils vont en diminuant pour devenir bientôt les caractères complètement mélanésiens que nous venons de faire connaître. Nous avons, du reste, déjà traité incidemment cette question (1).
Tels sont donc, au physique surtout, les caractères dis» tinctifs des habitants des trois archipels Samoan, Tongan et Fijien, c’est-à-dire des deux races en présence. Quand même il n’y aurait pas d’autres différences, nous croyons que cela seul suffirait à établir la séparation profonde qui existe entre ces deux espèces d’hommes. Mais il n’y a pas que ces seules différences : si c’est surtout par la couleur
(1) Vol. I, p. 76.
et les formes de certaines parties du corps que les deux races se distinguent, elles ne le font pas moins par les coutumes et les mœurs, par les croyances religieuses et l’ensemble du lang’age, en un mot, par la plupart des caractères. Ces différences étaient même si grandes pour M. Th. Williams, homme si autorisé, qui a observé les Fijiens pendant treize ans, qu’il a cru pouvoir dire : « Il y a autant de différence entre un Fijien et un Tongan qu’entre un Indien rouge et un Anglais » (1). Certes il y a là quelque exagération ; mais il est cependant certain que l’histoire, la géographie, la mythologie et le langage protestent contre la confusion faite par quelques écrivains, quand ils ont donné une origine commune aux deux races et qu’ils ont supposé que les îles Fiji n’avaient qu’une population métisse. Cette opinion pouvait être admise tant qu’on n’avait pas eu le temps d’observer avec soin, mais il n’est plus possible de le faire, depuis surtout que les Williams, les Hazlewood, les Pritchard et autres ont fait connaître leurs observations.
Toutefois, s’il est démontré que les deux races sont restées pures dans les îles qu’elles occupent, et que la race mélanésienne est restée sans mélange dans la plupart des îles Fiji, il n’est pas moins vrai que le contact des deux races a donné lieu, dans quelques-unes des Fiji, à un mélange réel -, seulement, les ethnologues ont eu le tort de considérer ce mélange comme formant la population entière de l’archipel. Nous allons, en effet, chercher à prouver qu'il n’est observé que dans un très petit nombre d’îles.
Il nous semble donc indispensable, avant de rechercher le lieu de provenance des Polynésiens occupant les îles Samoa et Tunga, d’essayer de montrer quel a été le degré d’influence des Fijiens sur eux et réciproquement celle des Polynésiens sur les Fijiens. Nous appuyant sur tous les faits aujourd’hui connus, et notamment sur quelques recherches linguistiques qui le sont moins, nous tâcherons de décou-
(1) Fiji and Fijians. Yol. I, p. IG.
vrir la race qui a eu le plus d’influence sur l’autre, et de montrer pourquoi cette influence a été nulle dans les îles Polynésiennes. Cette étude, nous l’espérons, fera comprendre quelques faits polynésiens qui semblent n’avoir pas été bien élucidés jusqu’à ce jour ; peut-être même aidera-t-elle les ethnologues à résoudre une des questions les plus ardues de l’histoire de l’Océanie.