RECHERCHES LINGUISTIQUES
Différences fondamentales entre le Fijien et le Polynésien. — Il existe dans la langue fijienne une grande quantité de mots polynésiens. — Tableaux linguistiques. — Dialecte des îles Samoa. — Chants Samoans. — La philologie prouve que les Polynésiens ont civilisé les Fijiens et qu’ils sont restés longtemps en contact avec eux.
Recherches linguistiques. — La philologie vient, de son côté, appuyer les conclusions auxquelles nous avons été conduit par les récits des voyageurs et des missionnaires angdais, par les traditions et par nos propres observations. Elle établit, elle aussi, que les Polynésiens ont dû rester longtemps avec les Fijiens, avant que ceux-ci ne les aient expulsés des Fiji. Les recherches linguistiques qui suivent montrent, en effet, que non-seulement des rapports intimes ont existé entre les deux races, mais que ces rapports ont dû commencer à une époque reculée, peut-être même dès l’arrivée des Fijiens dans les îles qu’ils occupent.
Ces recherches montrent encore les différences qui séparent et les similitudes qui rapprochent les deux langues ; mais les similitudes sont surtout nombreuses et frappantes ; elles attestent plus particulièrement l’ancienneté des rapports entre les deux races. Il est évident que l’une des deux races a fourni h l’autre ces similitudes de mots : or, comme les mots semblables adoptés pour une foule de choses sont polynésiens, il faut nécessairement en conclure qu’ils sont dus à la race polynésienne.
Ainsi, ce serait donc cette dernière race qui aurait, pour ainsi dire, contribué à civiliser l’autre ; et nous pensons que
les détails qui vont suivre ne permettront plus d’en douter. Déjà, dans un mémoire sur l’Océanie, publié par la Revue maritime et coloniale de 1873, M. le capitaine de vaisseau Aube, examinant l’origine probable des Fijiens, croyait à une ancienne émigration de Maori, partis des Samoa et envahissant successivement toutes les îles du Pacifique, depuis les Sandwich jusqu’à la Nouvelle-Zélande, et s’y mêlant à des Malais et à des Papous. Certaines industries très-perfectionnées, certaines entreprises d’utilité publique telles que le grand canal de Kalemesa, Porgneil nobiliaire des hautes castes et la constitution féodale de la société, dénotent, d’après lui, les indices d’une civilisation éteinte, analogue à celle dont les traces se montrent sur d’autres points de l’archipel polynésien (1).
On admet généralement que la langue des îles Fiji difière complètement de celle de la Nouvelle-Zélande et de la Polynésie : c’est ce que semblent démontrer la Grammaire et les Vocabulaires imprimés aux Fiji mêmes, en 1850, par les missionnaires anglais.
Abel Rémusat a choisi, pour indiquer les ressemblances ou les différences des langues, un petit nombre de mots tels que père , mère , homme , femme , etc. Si l’on se bornait, pour les langues que nous comparons, à ces quelques mots fon» damentaux, voici ce que l’on observerait :