‹ Les PolynésiensChapitre 27 sur 47 · ALIMENTAIRES · texte numérisé non relu

ALIMENTAIRES

FIJIEN.

MAORI

POLYNESIEN

Broussonetia papyrifera

malo, masi

aute

ute

Artocarpus incisa

uto

uru, maiore

Barringtonia spéciosa. . .

vutu

hutu

Cocos nucifera

niu

niu

Carcuma

rerega

hena, heka |

Caladium esculentum . . .

dalo

taro

taro i

Calophyllum inophyllum

dilo, damanu

tamanu

Convolvulus batatas

kumara

kumara

ipn ara

Dioscorea al ata

uvi

uwlii

ulii !

Gossypium herbaceum . ,

vau vau

vaivai

Hibiscus rosasinensis . . .

kauti

aute

Hibiscus ( autre variété).

vau

h au

Inocarpus édulis

ihi, mape

Maranta arundinacea. .

yabia

pia

Musa sapientium

vudi

meia

Piper methysticum

YclQOIlci

kawakawa (1)

ava

Spondias dulcis

wi

Zizyphoïdes argentea . . .

doï

toi

toi

Dracœna terminalis

marawe

ti (2)

ti

Aleurites triloba

lauci

tiairi

Eugenia m.alaccensis ....

kavika

ahia

Pandanus . .............

kie, voïvo'i

kie kie

tara

Pandanus odoratissimus

balawa

fara

Saccharum officinarum . .

dovu

to

Cycas revoluta

balabala

para ?

Ficus reliaiosa

baka

puaveoveo

Santalum album.

yasi

yy

ihahi, puahi

(1) Le hawahawa est le piper excelsum.

(2) Le ti est le cordylina australis.

On trouve en outre, aux Fiji, une fouie de mots absolument identiques h des mots polynésiens, mais avec une signification différente. Nous nous bornerons à quelques exemples.

Moto , en Fijien, nom générique de toutes les espèces de

canots ;

En Maori, boxer, coup de poing.

Mumu , en Fijien, aller en troupes, en grand nombre, par

exemple, pour construire une maison ;

En Tahitien, bruit confus, grand nombre de personnes;

En Marquésan, bruit confus, bourdonner ; ce nom de mumu , donné aux chants marquésans, signifie donc, par extension, fête, assemblée.

En Maori, ce mot n’existe pas.

Mua , en Fijien, le sommet, l’extrémité d’une chose ; en Maori, avant, devant ; de même en Tahitien, en Marquésan, etc.

Mûri , en Fîj ien, suivre, aller derrière, imiter ;

En Maori et en Tahitien, derrière.

Moko , F, embrasser, entourer avec les bras ;

M., tatouage.

Moko moko , F., maladie ;

M., espèce de lézard.

Moku , F., frapper, bâtonner :

M., pour moi (pronom).

Momoto , F., avant pointu d’un canot ;

M., né.

Moua F., cervelle ;

M., nœud d’arbre, pour lui (pronom).

Na , F., signe du futur, article ;

M., excepté, mais, voici, là, or, par, etc.

Nana , F., mot employé par les enfants en pariant à leur

mère ;

M., de lui, par lui (pronom).

N a mu, F., mâcher, ruminer ;

M», mouche de sable,

Neï, F., signe du cas possessif ;

M., ici, en vue.

Neke , F., frai des crabes de terre nommés iaîro ;

M., serpent, canot, pièces de bois sur lesquelles les canots sont traînés à la mer.

Noa , F., adverbe de temps toujours précédé de la préposition e ;

M., commun, sans conséquence, en vain.

No, F., préfixe, lier ;

M., quand, de, appartenant à.

Noke, F., femme pêchant avec un panier ;

M., ver.

Noku , F., se redresser ;

M., de moi, à moi (pronom).

Nona, pronom possessif en Fijien, en Maori et en Polynésien,

Nuca , F,, chagrin, peine ;

Nuka, M., trompé, être trompé.

Nuku , F h sable ;

M., distance, étendue, se mouvoir.

Nunu , F., plonger ;

Nunwni, M., disparaître, être hors de vue.

Ore, F., punition, amende, mettre à l’amende.

M., percer.

OH, F., certaine manière de circoncire ;

M., mauvais temps, grain.

Oh’, F., finir, arriver au bout, compléter.

M.. être fini, partir avec l’intention de revenir.

Ora, F., étrangler, fleur non détachée ;

M., être sauf, être vivant.

O/ca, F,, compter ;

M., pique, piquet, fourche.

Oko , F., couvrir des bananes pour les faire mûrir,

M., tasse, vase en bois pour nourriture.

Toro, F., nuages qui paraissent marcher contre le vent, se mouvoir vers ;

M., brûler, se répandre, tirer les pierres chaudes d’un four, étendre, déployer, visiter, regarder, Drimys axïllaris (arbre).

etc., etc., etc.

Enfin nous ferons remarquer qu’en Fijien le mot adi , qui signifie madame, se place devant le nom des femmes, de même que le mot ratu se place devant celui des hommes : On sait qu’à Tahiti, ce mot ati signifie descendre, et nous montrerons pins tard qu’il dérive du Maori ngati , signifiant descendance, postérité.

Il résulte de cette comparaison entre le Fijien et le Polynésien, que les deux archipels Tunga et Fiji emploient non-seulement les mêmes mots pour désigner certains articles, certaines particules, quelques préfixes et, surtout les nombres cardinaux, mais qu’ils se servent aussi des mêmes mots pour désigner un grand nombre d'objets d’histoire naturelle, et, plus particulièrement, les plantes alimentaires.

Enfin, en outre des mots que nous avons cités, il y en a beaucoup d’autres qui sont absolument semblables dans les deux langues.

« Si les mots sont les mêmes, a écrit A. Rémusat, il n’y a pas à balancer : le hasard peut produire la coïncidence de trois ou quatre expressions, jamais de trois ou quatre cents. C’est à l’historien à s’arranger pour l’expliquer. La philologie pose le fait et le constate ; il n’y a point de tradition qui puisse faire révoquer en doute une communauté d’origine établie de cette manière. (1) » Il faudrait donc, si l’on prenait ces paroles au pied de la lettre, admettre une origine commune entre les Fijiens et les Tongans. Mais cette conclusion rigoureuse n’est certainement pas admissible.

En effet, tout le reste du langage Fijien n’a plus la moindre ressemblance avec les dialectes des îles orientales ; les mots n’ont plus la même racine ; la construction des phrases est tout-à-fait différente ; enfin, en outre de cette différence du langage, les coutumes, les mœurs et les caractères physiques des Fijiens dénotent également une origine tout autre (2). Aussi, quand on considère les différences

(1) Cité dans Balbi, Introduction à l'Atlas , etc.

(2) Nous avons avancé précédemment (t. I, p. 77), que la langue fijicnne a une ressemblance frappante avec celle des habitants primitifs de Timor, tellement que l’on peut se demander si les deux populations n’ont pas eu une origine commune.

Timor, on le sait, est une des îles les moins bien connues sous les rapports anthropologique et linguistique. Crawfurd pensait que quarante dialectes au moins étaient parlés dans cette île ; Dampier prétendait qu’il en existait autant que de royaumes ; de Freycinet, en dehors duMalai, distinguait deux langues principales qui semblaient être la souche de plusieurs autres, mais il n’entre dans aucun détail ; d’autres écrivains enfin avancent que le Timorien est une langue particulière, ayant beaucoup d’analogies avec le Savu et le Basa-Krama. Il est donc difficile de dire quelle est la véritable langue timorienne primitive, puisqu’elle a été dénaturée, transformée au contact des divers langages des nombreuses populations qui se sont successivement établies sur Timor. Nous pensons pourtant que cette langue est celle que parlaient les peuples

tranchées qui, sous tous les autres rapports, existent entre les deux populations, on doit plutôt supposer qu’une pareille analogie de mots n’est due qu’à l’existence, à une époque reculée, d’anciens rapports entre les deux archipels.

Ces rapports, nous venons de le voir, ne peuvent pas être mis en doute ; à notre avis, ils suffisent seuls pour expliquer un fait qui, sans eux, serait inexplicable. Nous croyons donc que c’est aux colonies polynésiennes, allant s’implanter parmi les populations mélanésiennes de quelques-unes des îles Fiji, que sont dus les nombreux mots polynésiens qui font partie de la langue fijienne.

Cette conclusion est un des arguments les plus forts contre ceux qui font venir les Polynésiens de la Malaisie et qui les regardent comme les derniers arrivés en Polynésie. Il est inadmissible, en effet, qu’ils aient reçu ces connaissances des Fijiens déjà fixés dans leurs îles. Si, comme on le prétend, les Polynésiens étaient des émigrants venus de la Malaisie, n’auraient-ils pas eu déjà des noms pour leurs plantes nourricières qui, presque toutes, existent également dans cette contrée, mais sous des appellations différentes ? Il est bien évident que si les Tongans eussent tenu, d’ancê-

des noires premières habitantes de l’île, et nous croyons pouvoir affirmer qu’elle devait être celle de la race noire papua.

Nous avons développé ailleurs (a) les raisons qui nous ont porté à admettre cette opinion ; nous avons montré comment les noms des provinces, des montagnes, des rivières, etc. de Timor, étant retrouvés dans la langue des îles Fiji, il était permis d’en inférer la communauté d’origine des deux populations. Nous nous bornerons donc ici aux conclusions générales suivantes :

1° La plus grande analogie semble exister entre le langage actuel des Fijiens purs et celui que parlait la population timorienne qui, la première, a dénommé les localités de Timor.

2e Puisque les Fijiens purs sont des Papua, cette population était elle-même probablement papua.

3° Dès lors, ce seraient des Papua quî auraient été les premiers occupants de Timor, ou, tout au moins, ce seraient eux qui, après avoir chassé, exterminé ou absorbé les Négritos, auraient remplacé les appellations de ceux-ci par les leurs.

{a) P. A. Lesson, Les races noires de Timor , in Revue d> Anthropologie, 1877.

très malaisiens,les noms qu’ils donnent à, une foule d’objets, ces noms eussent été tout autres qu’ils ne le sont, puisque, en Malaisie, plantes et animaux sont dénommés différemment, et qu’ils n’auraient pas adopté d’autres termes que ceux usités en Malaisie.

Il n’y a qu’une seule contrée, éloigmée de la Polynésie, où l’on retrouve les mêmes noms polynésiens donnés aux mêmes objets : cette contrée est la Nouvelle-Zélande. Pour expliquer ce fait, on a prétendu que la Nouvelle-Zélande avait reçu ses premiers habitants des îles Samoa : il eût été plus logique d’en conclure le contraire. Avec cette dernière conclusion, en effet, on comprend parfaitement la nécessité des noms polynésiens donnés en Polynésie à tous les objets existant à la Nouvelle-Zélande ; tandis que les objets inconnus aux émigrants de la Nouvelle-Zélande, lors de leur arrivée en Polynésie, ont été tout naturellement désignés par des mots polynésiens, forg*és au fur et à mesure de leur découverte. Les langmes ne se sont jamais formées autrement : murs expressions varient et se multiplient avec la variation et la multiplicité des objets nouveaux qu’elles sont appelées à désigner. On comprend parfaitement que des colons, séparés de la mère-patrie, jetés dans une contrée où ils voyaient chaque jour des objets inconnus, aient créé des expressions nouvelles pour dési« gner ces objets. On ne comprendrait pas, au contraire, qu’ils eussent délaissé les noms différents qu’ils auraient nécessairement possédés, s’ils fussent partis de la Malaisie où existait une partie de ces objets.

Cela ne dit pas, il est vrai, pourquoi ces noms polynésiens ont été adoptés par les Fijiens ; mais, c’est un fait, ils l’ont été, comme on vient de le voir, et ils l’ont été presque certainement à la place d’autres noms précédemment employés. Puisque ces noms sont d’origine purement polynésienne, il en résulte nécessairement qu’ils y ont été portés par les émigrants polynésiens. Ainsi que Réinusat le dit fort bien : (1) « Les mots qui expriment des idées

(l) Ouvr. cité, Discours préliminaire ,

secondaires, les noms des animaux domestiques, des fruits, des plantes économiques, des armes, etc., jettent du jour sur la manière dont un peuple s’est policé et sur l’origine de ses connaissances. » Il faut donc en conclure que ce sont les Polynésiens qui ont policé les Fijiens.

Toutefois, il faut admettre que l’introduction de ces mots dans les Fiji a eu lieu pour ainsi dire au moment même de l’arrivée des Fijiens, et avant qu’ils n’aient pu eux-mêmes désigner dans leur propre langue les objets qu’ils voyaient pour la première fois. Mais alors il faut admettre aussi que les Fijiens, au lieu d’être arrivés dans leurs îles longtemps avant les Polynésiens, comme on le croit généralement, ne s’y sont présentés que lorsque les Polynésiens étaient déjà installés dans celles qu’ils occupent. 11 est même supposable que les Polynésiens occupaient au moins quelques-unes des Fiji les plus orientales, lors de l’arrivée des Fijiens, et que ceux-ci les ont en partie expulsés, en partie absorbés.

Quelle que soit la valeur de ces suppositions, il ressort des données précédentes que le nombre des mots polynésiens, trouvés dans le langage des Fiji, est considérable. C’est même probablement ce fait qui a le plus porté les ethnologues à ne voir, dans les populations fijiennes, que de simples métis des races polynésienne et mélanésienne. Nous croyons avoir surabondamment démontré que ces métis ne forment qu’une très petite partie de la population qui occupe les îles Fiji.

Un nombre si considérable de mots ne peut être dû, évidemment, qu’à un long contact des deux races : tout annonce que ce contact s’est fait surtout dans les îles Fiji elles-mêmes. Mais, il faut l’avouer, cela n’aide guère à faire comprendre comment et pourquoi ces mots ont été adoptés dans toutes les îles Fiji : car on les trouve aussi bien dans les îles de l’Ouest que dans celles de l’Est. Si l’on s’explique assez facilement leur présence, là où le mélange des deux races a eu lieu, il est difficile de le comprendre, là où ce mélange n’existe pas, d’après les observateurs les plus compétents eux- mêmes.

Ce fait de l’adoption des mots polynésiens, par cette partie

de la population qui est de race mélanésienne, reste donc, à notre avis, l’un des problèmes polynésiens les plus difficiles à résoudre.

On a vu que nous ne sommes pas éloigné de croire que les îles Tunga ont dû être attaquées, mais non assujetties par lès Fijiens, tandis que les îles Samoa ont été attaquées plus souvent, et peut-être même tenues en sujétion pendant quelque temps. Pour ces dernières, en effet, d’autres raisons semblent exister, en outre de celles que nous avons déjà données, telles que un plus grand nombre de mots fijiens, l’adoption de la lettre s, etc. Les Samoans, par leur teinte plus foncée que celle des Tongans, par la manière dont beaucoup se tatouent, par la nature et la disposition de leur chevelure, enfin par le plus grand nombre de mots fijiens qu’ils emploient, attestent qu’ils ont été, plus longtemps que les Tongans, en contact avec les Fijiens. Et pourtant, ainsi que le signale Pritchard, c’est dans les Samoa que le mélange est le moins apparent.

On sait aujourd’hui que l’alphabet Samoan se compose de 14 lettres : a, e, i, o, u , f, g , Z, m, n, p, s, f, v. On pourrait même dire 15, car on a trouvé le k dans quelques mots. Le / remplace le h des autres dialectes qui, parfois aussi, est remplacé par le s. Le l remplace le r ; le g , le ng ; etc.

Pratt, dans la préface de son dictionnaire (1), dit que l’on trouve le k dans deux mots : puketa, exclamation de triomphe etpuke , attrapez-vous. Il ajoute à ce sujet : « Il est certain qu’on entend le k prononcé au lieu du t par beaucoup de naturels, dans leurs conversations; mais ce changement est tout récent. Quand j’arrivai aux Samoa, en 1863, je n’entendis prononcer le k que dans l’île Tutuila, et sur une partie de la côte Est d’Upolu. Il est difficile de dire comment ce changement a commencé, mais son extension a été remarquée, et l’on a, sans succès, fait tout pour l’arrêter. Beaucoup d’indigènes n’ont pas conscience de ce changement. Les plus intelligents, quoique, en causant, ils tombent sou-

(1) Dictionnaire Samoan- Anglais, édité par le Rév. Withra.ee, London, 1878.

vent dans la mauvaise habitude d’employer le k, se servent du t en écrivant ou en parlant en public. Mais l’habitude de transposer le k en t en écrivant croît rapidement. Dans les mots introduits où se trouve le k1 beaucoup écrivent t . De même ils transposent a et g ( ng ). Ce changement a lieu également dans le dialecte hawaiien, où il existe depuis bien plus longtemps. »

Nous ferons remarquer que le k faisait primitivement partie de l’alphabet samoan. Ce qui le prouve, c’est que M. Withmee a soin de séparer les lettres par une virgule dans les mots où le k a dû exister, ou tout au moins le h : il indique aussi une prononciation particulière, une sorte de temps d’arrêt, d’accentuation, qui, pour nous, représente l’élision du k. Il faut donc admettre dans le dialecte samoan plutôt 15 lettres que 14.

Les Samoans, en revenant peu à peu au fc, ne feraient que reprendre la lettre de leurs ancêtres, abandonnée petit à petit avec le temps, quoique persistant dans quelques mots. Ce changement a dû être favorisé par les Néo-Zélandais et les capitaines qui vont relâcher aux Samoa, et il a dû l’être d’autant plus aisément, que c’était le langage primitif. Il s’opère chaque jour davantage, malgré les missionnaires, qui ne paraissent guère se douter que les Samoans viennent de la Nouvelle-Zélande.

Quand M. Withmee dit que le même changement s’est opéré aux Sandwich, il paraît ignorer que le k était employé à Havaii, comme à Oahu et dans d’autres îles, où l’on dit, par exemple, akua pour atua. Dans l’île Tauai, au contraire on a, de tout temps, fait usage du te

Les mêmes considérations s’appliquent à la transformation du ng, M. Withmee écrit partout n et g séparément; Ex : tagata , îagi. Mais cela ne rend pas exactement la prononciation, qui doit être un peu nasale et qui prouve ellemême que, dans les premiers temps de l’émigration, le ng était employé par les Samoans, comme l’employaient tous les émigrants de la Nouvelle-Zélande»

Nous allons donner ici quelques chants qui aideront à faire connaître le dialecte des îles Samoa»

Chant de Cook (1).'

Touti , soua ia ,

Cook, tu t’en retournes,

Neï peapea fasia.

A moins qu’ils te tuent.

Oua itaîta valea Samoa ,

Grande est l’ignorante colère de Samoa,

Nia le taouri le oa.

Parce que tu n'apportes pas d’objets d’échange, Touti , tou mae le foe ,

Cook, donne-moi la rame,

A ou tala al a fia oe.

Afin que je rame pour toi.

Nous ferons remarquer qu’il est assez étrange qu’on ait fait, aux Samoa, une chanson sur Cook qui n’avait jamais visité ces îles. Quant à l’orthographe et à la traduction, quoiqu’elles soient d’un missionnaire, elles nous semblent parfois inexactes. On dirait que ce chant, ainsi orthographié, a été fait par un Polynésien, Tahitien ou autre. C’est ce que va montrer le mot-à-mot suivant :

Touti , pour Cook, a pu être réellement entendu ; mais tous

les autres Polynésiens, visités par ce navigateur, l’appelaient Tute, (prononcez Toute.)

Soua, passé du verbe samoan sou, être rude ; écume de mer, écurner comme la mer. Aux Fiji, sova signifie verser, chavirer.

la, il, elle ; prép. à devant les pronoms. Aux Fiji, ia signifie faire, être fait.

(1) Cette chanson des îles Samoa a été donnée par le missionnaire anglais Mills à M. Desgras, secrétaire de d'Ur ville. Ce dernier Ta publiée dans les notes de son voyage, t. IV, p. 841. Nous transcrivons textuellement l’orthographe et la traduction de Mills.

Neï, ce ; maintenant, de peur, de crainte que. Aux Fiji,

signe du cas possessif, préfixe de la lre personne indiquant un sens exclusif.

Pecipea , agir ainsi, continuer de la même manière. A Tahiti, chagrin, regret, contrarié, désolé.

Fasia , passé du verbe fasi, battre, frapper, tuer, massacrer.

Oua , pour ua , particule marquant les temps présents et

parfaits.

liaita , colère.

Valea , ignorant, être ignorant.

N ,un peu, quelque.

A, prép. marquant le génitif ; de, appartenant à ; quand ;

mais, si ; plein de, abondant, etc.

Le, article le.

Taouri , ce mot est mal écrit : c’est presque sûrement le mot

auri , fer de toute sorte, devant lequel on a mis ]a particule ta pour te, employée devant les verbes au futur. En Samoan, les objets de fer se disent te aali , et en Polynésien, te auri.

Oa , riche en biens, objets d’échange étrangers, pour les

distingner des toga , biens naturels du pays, tels que nattes fines, siapo, etc.

Tou mae , sans nul doute pour tuu ou tuku mai , qui, aux

Marquises, signifie donne-moi. En Samoan, tuu signifie permettre de, prescrire , envoyer, placer. En Tahitien, permettre, rendre libre, délivrer. Mai , préposition dénotant action vers celui qui parle.

Foe , aviron, pagaye, pagayer. En Tahitien, c’est hoe.

Aou , doit être écrit au, je, moi.

Tala, dire, raconter, récit, nouvelle. En Fijien, échange de biens, de propriétés. En Tahitien, c’est talaea, raconter, récit.

Ala , chemin, route, passage, en Samoan. Oe mot n’est ni

polynésien, ni fijien.

Fia , vouloir, désirer ; suffixe pour former le passif.

Oe, toi, vous.

En somme, ce chant, suivant nous, n’est qu’un chant improvisé par quelque naturel qui avait entendu parler de Cook, ou qui même l’avait vu aux Tunga ou dans les îles Manaia, et qui regrette que le grand navigateur ne se rende pas aux Samoa avec du fer et autres objets d’échange. Il le suppose dans son canot, et il demande à ramer pour le diriger.

Yoici le texte et la traduction, tels que nous croyons qu’ils doivent être rétablis :

Tutc soua ia Neï peapea fasia .

U a itaita valea Samoa ,

Ni a le aulî le oa.

Tute, tuu maï le foe ;

Au tala ala fia oe .

Cook continue à courir la mer écumante de peur d’être tué. Grande est l’ignorante colère des Samoans, parce qu’il n’apporte pas d’objets en fer. Cook, permets-moi de prendre la rame ; je te ferai des récits en te montrant la route.

Chant de Tane,

S ouf un a Sîna , soufuna Sina ,

Le tamafafine , le feagaiga î

Lota tua fa fine, na e tagi i lau Tane , o le gogo sina !

B te manamea i ana tipa ,

, Isa vanu , ae vanu , au manu na .

A e ta alu ita, nei tapau , ta lilia e !

O ma chère Sina, ê ma chère Sina,

Ma sœur, mon épouse !

Ma sœur, écoute le chant de ton Tane, ô blanche hirondelle de mer.

O ma bien-aimée, je vole partout à ta recherche,

Je descends dans la vallée, je monte dans la vallée, comme un oiseau.

Je cours vers toi ; ne t’effraie pas ; n’aie pas peur de moi !

Sou, mon, ton ; funa , épithète quand on parle à une femme ; soufuna , terme d’appel à une femme.

S ma, nom de femme, blanc, blanche.

Le , article le.

Tamafafine , la mère de descendants, de postérité ; fille de

mère seulement ; les enfants d’une sœur ; fafine, femme, épouse, femelle.

Feagaiga , parenté entre frères, sœurs et leurs enfants.

Lota, mon, ma.

Tua fafine, sœur de père.

Na, de.

E , exclamation, signe du vocatif après le nom, signe de

l’impératif.

Tagi, cri, plainte, lamentation, chant.

I, dans, sur, avec.

Lau , ton.

Tane, homme, mâle, mari, nom d’homme.

Gogo , oiseau, hirondelle de mer.

Manamea , bieri-aimée.

Ana, son, sa, caverne, chercher secrètement.

Tipa, couler, voler, nag*er.

Isa, descendre,

Vanu , vallée,

Ae, monter.

Au, moi.

Manu, oiseau.

Ta , je, nous deux, préfixe dénotant une action répétée,

prompte, pénétrante.

Alu, aller, aller en avant, en arrière, arrivée opportune. lia, je, moi.

Nei, ne, de peur que ; ce, cet, ces.

Pau, être craint, redouté, craindre, atteindre, arriver à, Lilia , timide, effrayé, épouvanté, qui a peur.

Chant de Sina.

Sole Tui, sau i foie !

Tui e , sau i foie, i ta gagase.

Nau valaau, o Tin, ma Tui !

Oe mai ai le tasi Tui , o Tui le tafue !

Le moe nei l Le tofa i ou vae nei !

Tui e, sau i foie nei !

Cher Tui, viens dans la maison !

O Tui, viens dans la maison, je te le permets, ami,

Je t’appelle avec ardeur, ô Tui, mon Tui !

Toi, mon unique maître, ô Tui, mon appui !

Dormons ensemble ! viens dormir dans mes bras !

O Tui, viens dans cette maison !

Sole , ami.

Tui , nom donné à un grand chef ; roi.

Sau , venir.

/, dans, sur, avec.

Fale, maison.

E1 exclamation ; signe du vocatif après le nom ; signe de

l’impératif.

Ta r je, nous deux, préfixe dénotant une action répétée, rapide, pénétrante.

Gaga , permission.

Se , ami.

JSIau , désirer ardemment.

Yalaau, appeler, inviter.

Ma, nous deux, pour maua ; préfixe, préposition.

Oe, toi.

Mai, particule dénotant une action vers celui qui parle ;

prép. de ; venir de, s’élever de.

Ai, partie relative ; pronom qui ; probablement, sûrement. Le, article.

Tasi , unique.

Tafue , la partie d’un arbre juste au-dessus du sol.

Moe , dormir, s’asseoir comme une poule sur ses œufs,

cohabiter.

Nei, ce, cet, ces ; ne, ne pas.

Tofa, nom donné au sommeil des chefs.

Ou, mon, ma, mes, dans, sur.

Vae, jambes, cuisses.

MUALEVA, CHANT SAMOAN.

Aue mauga , mauga o Savaii , e taufetaai !

E tiga mauga o Savaii, e tau fetaai !

E fetaitai ma fale ,

Ma mauga loa ma Vaete ,

Ma utu a lau fau.

Aue mauga, etc.

Se pule a le a,

Ma maluatea,

Ma muli mauga o Olomea,

Ma te vao na o masa tuai,

Lapa mai i le nuanua,

Ma le afia i muli mauga.

Aue mauga, etc.

Nous ne chercherons pas à traduire ce mu ale va, dont le

sens est fort obscur ; nous nous bornerons à en donner le

mot-à-mot.

Aue, hélas ! oh !

Mauga, montagne.

O, préfixe possessive, de, appartenant à.

Savaii , Savaii.

E, signe du nominatif; indicatif ; pron. pers. toi, vous;

interject. ; signe du vocatif ; particule affirmative ; pron. ceux, qui, etc.

Tau, cueillir certains fruits ; exprimer le suc ; champ,

plantation, saison, année ; aller frapper ; feuilles qui servent à couvrir le four samoan ; etc.

Fêtai ou fetaai, se battre avec des casse-têtes ; lutter avec

des lapalapa (nervure principale des feuilles de cocotier;) conduire les autres; nom d’une plante rampante.

Taufetaai, se battre, lutter avec des casse-têtes ; aller par bandes ; s’entrevisiter de village en village.

Tiga, en vain ; souffrir ; souvenir amer.

Fetaitai, marcher deux ensemble, les doigts entrelacés, bras

dessus, bras dessous.

Ma, pron. pers. pour maua, nous deux ; prép. avec ; conj.

aussi.

Fale , maison.

Loa , long ; longtemps, il y a longtemps ; de suite, incontinent.

Vaete , probablement nom de lieu.

Utu , fossé, trou, tranchée ; jonc ; être épuisé, cesser de couler; sans cesse, incessamment.

A, quoi ? lorsque, si ; presque, sur le point de ; mais ; de la part de, par, de.

Lan, feuille, pousser des feuilles ; pron. possess. ton, ta,

tes, mon, ma, mien, etc.

Fau , Hibiscus ; cordon fait au liber de cet arbre.

Se, s’égarer, se tromper ; effrayé ; cigale, insecte ; pron. et

art. indéfini un, l’un, tel, quelque.

Fuie , commandement, ordre, ordonner,* commander, gouverner.

Le, art. le, la ; pron. relat. celui que, ce que ; adv. de

négat. ne pas.

Malua , anfractuosité, trou dans un récif où se tient le fee

(poulpe.)

Tea , être parti de ; déloger, quitter la place ; être débarrassé, privé, éloigné de ; etc.

Muli, le dernier, la fin, le derrière, le fond ; en dernier

lieu.

Olomea, nom de lieu.

Te, le, art. le, la.

Vao, bois, forêt, endroit non cultivé, inhabité.

Na, pron. ce, cette ; caché, doux, paisible, apaiser.

Masa , basse mer ; avoir mauvaise odeur ; vide.

Tuai, tarder à, se faire attendre, être long ; il y a longtemps, vieux, ancien, d’autrefois.

Lopa , collier.

Mai , particule dénotant action vers celui qui parle. J, prép. à, pour, de, avec.

Nuanua , arbrisseau, melitis vitiensis.

Afia , arbrisseau, ascarina lanceolata .

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