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TRADITIONS ET LÉGENDES

Témoignages d’entraînements des Tongans et des Samoans aux Fiji. -- Traditions relatives à ces entraînements, rapportées par Pritchard. — Légendes : Sina; Rorandini ; origine des cocotiers; origine du Taro;' origine du feu ; origine des serpents aux Samoa. — Autres analogies communes entre les trois archipels. — Croyance en un même Burotu. Discussion sur ce mot. — Conclusions générales.

Les conclusions précédentes, auxquelles nous avaient amené nos propres études, après un long* séjour en Océanie, ont été confirmées plus tard par l’ouvrage si plein de faits publié par Pritcliard. Cet écrivain, plus à même que tout autre de comprendre les traditions océaniennes, dont quelques-unes l’avaient bercé dans son enfance, a réuni toutes celles qu’il a pu se procurer pendant sa résidence, comme Consul, dans les deux archipels Samoa et Fiji. Nous allons examiner ces traditions, si importantes pour la thèse qui nous occupe.

On verra qu’elles appuient tout particulièrement les déductions auxquelles nous sommes arrivé par l’observation et par l’étude des dialectes, c’est-à-dire que les Tongans et les Samoans sont allés aux Fiji, mais entraînés d’abord par les coups de vent.

Si elles établissent que des entraînements ont eu lieu fréquemment des Tunga, des Samoa, et même parfois d’îles plus Ouest, telle que Rotuma, elles montrent aussi, qu’excepté le mélange opéré, dans les îles orientales des Fiji, entre les Fijiens et les Tongans, ce mélange n’existe pour ainsi dire pas dans les îles occidentales, où il se borne à la postérité d’un petit nombre des naufragés.

Ces traditions ne précisent pas l’époque des entraînements des Tongans et des Samoans aux Fiji ; mais elles semblent faire remonter à une date assez éloignée la détermination, prise par les Fijiens, de tuer tous ceux qui aborderaient dans leurs îles ; les motifs qu’elles en donnent sont trop vraisemblables pour n’être pas les véritables.

Elles prouvent enfin que les îles Fiji étaient connues des autres archipels depuis fort longtemps ; que les mélanges observés dans l’Est semblent dater eux-mêmes d’une époque antérieure à la loi d’extermination ; que les îles Samoa ne présentent pas ces traces de mélanges existantes entre les Fijiens et les Tongans ; etc.

Nous citerons d’abord quelques témoignages d’entraînements rapportés par le savant anglais :

On trouve, dit-il (1), sur la côte Nord-Ouest des Fiji, des traces de mélange avec la population de Rotuma, qui est située à 300 milles dans l’Ouest ; le souvenir de la venue de ces habitants de Rotuma est encore conservé dans les traditions de quelques familles. Mais il ajoute un peu plus loin : (2) « Sur cette côte, le mélangée des races est borné à la postérité du petit nombre de ceux arrivés de Rotuma, des Samoa ou même des Tunga. »

Des hommes très-âgés lui ont rapporté la tradition de la venue de Samoans dans les environs du district de Mathuata, sur la côte Nord-Ouest des Fiji : ces Samoans avaient été entraînés pendant qu’ils étaient à la pêche ; mais, ajoute-t-il, « je n’ai jamais trouvé de descendants de ces hommes dans les localités indiquées. (3) »

Les lignes suivantes méritent surtout d’être remarquées, parce qu’elles expliquent l’existence, aux Fiji, du mot Samoa : (4) « Sur la côte Est de l’île Wakaia, c’est-à-dire tout à-fait au centre du groupe des Fiji, existe une vallée, dé-

(1) Loc cit. p. 379.

(2) Ibid, p. 384.

(3) Ibid t p. 379,

(4) Ibid. p. 380.

bouchant sur le rivage, qui porte le nom de Samoa. Cette vallée est restée longtemps inhabitée ; il n’y a aucune tradition touchant le nom qu’elle porte. Aucune tribu n’a la prétention de l’avoir dénommée ou de l’avoir possédée autrefois. Mais les Fijiens sont si habitués au fait des migrations involontaires et, par suite, au mélange des races, qu’ayant interrogé à ce sujet un vieux prêtre, il me répondit, sans la moindre hésitation, que le nom de cette vallée n’était que le vestige de l’habitation de quelques pauvres Samoans, entraînés anciennement de leurs propres îles, et dont les descendants, après s’être mêlés aux naturels de Wakaia, avaient fini par être exterminés, dans les guerres fréquentes qui étaient survenues dans cette île. »

A la même page de son ouvrage, Pritchard cite un autre exemple d’entraînement : « Dans le district de Rewa (1) et dans l’île voisine Kandavu, sur les limites Sud-Est du groupe, il y a aujourd’hui, dit-il, une tribu connue sous le nom de Vasanamu : son état social et politique est tout-àfait distinct de celui des autres îles Fiji ; elle attribue son origine aux gens qui formaient l’équipage d’une flotte de canots de guerre, entraînée plusieurs générations auparavant, de Tongatabou jusqu’à l’îie Kandavu. Ceux qui échappèrent au naufrage s’unirent à des femmes fijiennes ; ils enseignèrent à leurs descendants la langue, les coutumes, les traditions et le culte des dieux de la terre d’où ils étaient partis malgré eux.

« Le plus grand orgueil des descendants de ces vieux naufragés sur une terre étrangère, est de passer pour être les plus habiles dans la manœuvre de leurs canots, et de chérir leurs ancêtres Tongans. »

Mais la tradition, la plus importante peut-être, rapportée par Pritchard, est celle qui fait connaître la cause de la loi d’extermination, promulguée contre tout étranger pho? ! ont les îles Fiji.

Suivant le savant anglais, cette coutume de tuer et de manger tous les naufragés jetés sur les Fiji, coutume qui

(1} Rewa se trouve sur l’île Na- Viti-Levu,

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