‹ Les Polynevrîtes Apioliques: Leurs rapports avec les autres variétés de polynévrites par le tri-ortho phosphate crésyle "ginger beer paralysis" (polynévrites phospho-créosotées)Chapitre 17 sur 42 · IV. Gangrène buccale, hypothermie (8 au 19 septembre). À · texte numérisé non relu

IV. Gangrène buccale, hypothermie (8 au 19 septembre). À

Cette dernière période a duré du 8 septembre environ jusqu’au 19, jour de la mort. Elle a été caractérisée essentiellement par la disparition des. gingivorragies et par l’évolution d’un sphacèle buccal qui paraît avoir donné

le coup de grâce à une malade épuisée par une longue intoxication ; en même temps que se développaient ces lésions gangrèneuses, les gingivorragies ont entièrement disparu ; il s’agissait d’un sphacèle abominablement fétide occupant les joues et le plancher de la bouche et intéressant toute la muqueuse.

De plus, la T.A. a baissé à 9/4, la Mn devenant finale. ment non mesurable ; le pouls s’accélérait à 100, l’état général devenait de plus en plus grave : insomnie avec délire nocturne, somnolence diurne, hypothermie telle que le jour de la mort la température était de 35°2 ; alimentation impossible du fait des lésions buccales plutôt que de l’intolérance gastrique, qui ne paraît pas avoir augmenté ; incontinence des urines empêchant de mesurer la diurèse ; diarrhée intermittente, sanglante et peu abondante.

Les deux derniers jours, l’état de la malade était encore plus grave et le jour de sa mort, nous avons constaté la réapparition du signe de Chvostek, qui n'existait pas la veille, les reflexes tendineux étant toujours abolis et l’émaciation avant atteint un degré véritablement ef- frayant. La malade n’a pas présenté, à cette époque, de secousses myocloniques.

L’autopsie médico-légale a été pratiquée par M. le Professeur Etienne Martin. Malheureusement, les organes abdominaux étaient dans un état de putréfaction avancé et tout examen histologique était rendu impossible de ce fait.

Abdomen : pas de péritonite ; utérus d'apparence entièrement normale et rien ne permet d’affirmer qu’il y a eu grossesse ou avortement. Le foie, la rate sont de volume normal. Les reins sont volumineux, adhérents avec un parenchyme décoloré ; le droit pèse 160 grammes et le gauche 170 grammes.

Le cœur, les poumons et le cerveau Eu microscopiquement normaux.

US

Observation de MM. LŒDERICH, H. Maniou et Mme ARAYER (Société médicale des Hôpitaux, 20 mai 1932).

Imtoxication mortelle par l’apiol.

Mme B.., trente ans, entre le 1° novembre 1931 dans le service de chirurgie de M. Schwartz pour une métror-: ragie consécutive à un avortement de six semaines, survenu spontanément, dit-elle. À son entrée, sa température est à 40°, mais elle tombe à 37° en deux jours ; la métrorragie, d’abord très abondante, s’arrête rapidement sans avoir nécessité de curettage.

Mais quatre jours plus tard survient un ictère franc, avec décoloration des fèces et bilirubinémie : cet ictère dure une semaine environ, puis s’atténue progressivement, tandis que l’état général s’aggrave au contraire F des vomissements apparaissent, puis de la diarrhée avec incontinence sphinctérienne, et la malade tombe dans un état de torpeur progressive. $

Elle est transférée dans notre service le 15 novembre ; encore Subictérique et très pâle, elle a les traits tirés, les yeux encavés, les téguments déshydratés ; les narines et les gencives sont saignotantes, la langue est saburrale : la peau des membres inférieurs est parsemée de pétéchies et de larges placards ecchymotiques marquent l’emplacement des piqûres reçues par la malade. L’abdomen est creux, mais souple : le foie déborde un peu le. rebord costal et semble douloureux ; la rate n’est pas. percutable ; les urines atteignent 900 ce. en vingt-quatre heures, ont l’aspect du bouïllon trouble et contiennent de: l’albumine, des pigments et sels biliaires, mais pas de sucre ; au microscope, on y trouve des hématies, quelques leucocytes et des cylindres hématiques et granuleux ; les selles, émises inconsciemment, sont diarrhéiques et peu colorées ; les bruits du cœur sont réguliers, à 100, et bien frappés ; la tension artérielle à 11-7= pou.

moôns normaux. Au toucher vaginal, l’utérus est un peu gros, le col est mou et légèrement entr’ouvert, à peine saignotant ; les lochies n’ont pas d’odeur. |

La malade est dans un état d’obnubilation assez profond, indifférente à ce qui l’entoure, désorientée dans le temps et l’espace, répondant à peine aux questions. Elle ne présente ni paralysies, ni contractures, ni raideur de la nuque, ni signe de Kernig ; mais des soubresauts tendineux agitent ses membres inférieurs et parfois sa face; secousses brusques, rapides, de type myoclonique. À la face, Le signe de Chvostek est très net, bilatéral ; le signe de Weiss «est également positif, maïs le signe de Trousseau reste négatif. Contrastant avec ces signes d’hyperexcitabilité musculaire, les reflexes tendineux rotuliens et achilléens sont abolis ; le reflexe cutané plantaire est conservé en flexion ; la pression des masses musculaires des mollets ne semble pas douloureuse, la sensibilité cutanée semble normale.

Une ponction lombaïre donne un liquide normal à tous points de vue.

Une hémoculture reste stérile. | ?

L'examen du sang montre une anémie à 3.167.000 globules rouges avec 70 % d’hémoglobine, et une leucocytose à 35.000 globules blancs dont 91 % de polynucléaires.

Le temps de saignement est de tinq minutes trente, et le temps de coagulation de dix minutes ; le signe du lacet est fortement positif.

Le dosage de l’urée sanguine révèle une azotémie de 6 grammes par litre.

Le dosage de da calcénie donne un chiffre nettement abaïssé de 0 gr. 065 par la méthode de Guillaumin.

Devant ce tableau clinique, le diagnostic d’hépatonéphrite aiguë post-abortum s'impose. Son origine toxique, que nous suspectons d'emblée pour les raisons que

nous exposerons plus loin, nous est bientôt confirmée par le mari de la malade, qui nous avoue les faits suivants : après un retard de six semaines, la malheureuse femme, ayant consulté un pharmacien, a absorbé en trois jours une trentaine de capsules d’apiol de 0 gr. 30, soit un total de 9 grammes ; l’avortement s’est produit quatre jours après l’absorption de la drogue, avec une hémorragie qui a déterminé l’entrée à l’hôpital.

L'évolution de cette hépato-néphrite fut rapidement progressive : malgré les toni-cardiaques, les injections de sérum glucosé à hautes doses intraveineuses et rectales, les injections d’extrait hépatique et surrénal, et une transfusren de sang, la malade ne sort pas de son état subcomateux ; elle tombe dans l’hypothermie à 36°5, les secousses musculaires se répètent fréquentes, les signes de Chvosteck et de Weiss persistent, tandis que les reflexes tendineux des membres inférieurs restent abolis ; les pupilles sont en myosis ; l’azotémie s’élève le 17 novembre à 7 gr. 80 par litre ; cependant, contrastant avec la gravité de cet état urémique, la diurèse reste normale, à 1.200 grammes par jour environ, et l’albuminurie est indosable ; le cœur ne présente pas de bruit de galop, la respiration ne prend pas le rythme de Cheyne-Stokes.

La malade succombe dans le coma le 18 novembre.

Autopsie. — Pas de lésions pleuro-pulmonaires, sauf un peu de congestion de la base droite. Pas de lésions du cœur, ni de l'aorte.

Le péritoine est normal. L’estomac montre de légères ecchymoses dans la région du cardia. L’intestin et le pancréas sont normaux.

Le foie est gros, pesant 1.600 grammes, de consistance normale, de teinte pâle et homogène sur la coupe ; la vésicule biliaire contient une bile très foncée.

La rate est petite, très ferme, pèse 90 grammes.

Les reins sont un peu gros, pesant chacun 180 gram-

Page 1