HISTORIQUE
Les troubles à la suite d’ingestion d’Apiol sont connus depuis longtemps. Brissemoret en 1906, Glatard 1910, Brénot 1913, publient des observations où sont observés des hématuries, des ictères, des hépato-néphrites. À la suite d’une observation de Trillat et Thiers en 1930, Saint Pau étudie dans sa thèse une hépato-néphrite apiolique. D’autres observations analogues furent depuis publiées par Lœderich, Brüûlé, Flandin et Patoir. Rathery, dans une leçon clinique, présente une hépato-néphrite abortive où l’apiol est soupçonné. Enfin, en 1935, Jean Vague, de Marseille, dans sa thèse sur les hépato-néphrites, consacre un chapitre important aux hépato-néphrites apioliques.
LES POLYNÉVRITES APIOLIQUES sont de date plus récente
Les premiers en France, Trillat et Thiers, dans leur observation, signalent une abolition progressive des reflexes avec atrophie musculaire. D’autres observations suivirent, peu nombreuses, H. Roger, 1932 ; Loederich, Mamou et Mme Arager, 1932 ; Giraud et Gamelia, 1933 ; Flandin, Nacht et J. Bernaud, 1934 ; À. Patoir et G. Patoir, 1935 ; Alajouanine, Hornet, Si-
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guier et Mlle Eyraud, 1937, qui ont décrit une polynévrite apiolique extensive et mortelle et les premiers montré des lésions microscopiques de la polynévrite humaine permettant d’individualiser la maladie.
Par contre, à l'étranger, elles furent publiées en plus grand nombre,
En Hollande, 37 cas environ en 1930-31 ont servi de base aux travaux de Ter Braak, Van Itallie, Van Steaaten, Bronwer, Van Esveld, Mile Haimsma. En 1932, Ter Braak et Carillo donnaient une étude d’ensemble de tous ces travaux.
En Yougoslavie, Stanogevic et Vujic observent sept cas, Rechnilz six, Nikolitch et Alfandry dix.
En Allemagne, Reuter, à Kiel, en recueille 15 à 16 cas, et publie un cas en 1932. Successivement d’autres auteurs observent des polynévrites, une dizaine de cas en tout.
Enfin signalons un cas en Suisse (Gsell et F. Luthy).
Ce sont les Hollandais qui expliquèrent le mécanisme de ces polynévrites. Avant 1930, on n’a pas signalé de polynévrites à la suite d’ingestion d’apiol. Seule une note de Médedeilingen, en 1925, fait mention d’une polynévrite survenue chez une malade ayant absorbé plusieurs abortifs dont l’apiol. Mais l’observation imprécise peut difficilement compter.
L'apparition assez brusque de tels faits alors que depuis longtemps l’apiol est utilisé sans avoir déterminé de paralysie, fit penser qu’un autre élément devait intervenir.
L’analogie du tableau clinique avec les « PARALY- SIES DU GINGER BEER » orienta les recherches.
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En 1930, en effet, fut observée, dans le Middlewest et le Southwest des Etats-Unis, une véritable épidémie de polynévrites de type particulier (16.000 cas) à la suite d’ingestion d’une boisson alcoolique autorisée par la prohibition « le ginger beer » ou vulgairement « le jake ». Les travaux de Smith et de ses collaborateurs mirent rapidement en évidence une falsification par un toxique, le tri-ortho-phosphate crésyle, et le rôle de ce corps à l’origine des polynévrites.
Frappé par la ressemblance clinique entre les polynévrites apioliques et « les paralysies du ginger beer », Ter Braak soupçonne une même étiologie ; cette hypothèse se vérifia.
Mile Nighoff et Keulemans ont, les premiers, décelé dans « divers apiols » du crésol et du PRPSRREE en liaison organique.
C’est surtout Van Itallie, Mile Haimsma et Van Esweld qui découvrent la falsification des divers échantillons d’apiol, absorbés par les malades avec du triortho-phosphate crésyle et attribuent à ce corps les polynévrites. Ter Braak et Carillo complètent ces résultats par l’expérimentation chez l'animal, et une réglementation sur l’apiol est établie en Hollande et en Allemagne.
À la suite de ces travaux, tous les auteurs sont d’accord pour attribuer les polynévrites de l’intoxication apiolique au tri-ortho-phosphate crésyle ; et Tiffeneau en 19535, comme rapporteur de la Commission de l’Académie de Médecine « sur les intoxications produites par des apiols falsifiés par le phosphate ortho
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crésylique » formule au nom de la Commission le double vœu suivant :
1° La délivrance de l’apiol ne doit être effectuée que par le pharmacien et sur ordonnance médicale, conformément à la loi de germinal.
2° Les caractères des apiols de toutes sortes devront être précisés et une méthode officielle de contrôle sera publiée afin d’obliger les fabricants et éventuellement les pharmaciens à ne délivrer que des apiols dûment vérifiés.
Une autre série de faits devaient être rapprochée de ces polynévrites. Le mérite en revient aux Hollandais. Il s’agit des polynévrites observées chez les tuberculeux traités autrefois par le phosphate de créosote à haute dose. L'aspect clinique est analogue à celui des polynévrites déjà citées ; de plus, il a été démontré que le phosphate de créosote contenait du triortho phosphate crésyle jusqu’à 15 % (Behal).
L’examen de tous ces travaux à permis à Ter Braak et Carillo de faire une synthèse de tous ces cas et de présenter (Semana Médica, 1932) une remarquable étude d'ensemble clinique, anatomique, pathogénique de la polynévrite au tri-ortho phosphate crésyle, et en 1934 (Annales de Médecine), Henri Roger présente en France une revue générale sur les polynévrites au tri-ortho phosphate crésyle et de ses formes cliniques, phosphate de créosote, ginger beer, apiol.
Notre étude portera sur LES POLYNÉVRITES DE L'INTO-
XICATION APIOLIQUE.
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L’étude des observations et l’examen histologique noté dans l’observation de notre maître Alajouanine, nous a montré la nécessité de séparer en deux groupes d’étiologie différente ces polynévrites apioliques : lun comprenant des polynévrites bien caractéristiques, relevant du tri-ortho phosphate crésyle introduit dans l’apiol, l’autre englobant les troubles polynévritiques observés au cours des hépato-néphrites apioliques où le rôle du tri-ortho phosphate crésyle est très discutable.
Dans un premier chapitre, nous envisagerons les propriétés pharmaco-dynamiques de l’apiol.
Dans un deuxième chapitre, nous examinerons les observations.
Dans un troisième chapitre, nous étudierons le tableau clinique des polynévrites à l’apiol falsifié, nous en rapprocherons les polynévrites au « ginger beer » et au phosphate de créosote qui relève d’une même étiologie, le tri-ortho phosphate crésyle, comme le confirment les travaux anatomo-pathologiques et expérimentaux que nous envisagerons. Nous terminerons par l'étude du tri-ortho phosphate crésyle et des différentes théories pathogéniques proposées à l’explication de ces faits.
Le dernier chapitre comprendra l'étude clinique des troubles polynévritiques observés au cours des hépatonéphrites apioliques ; nous examinerons ensuite les travaux expérimentaux avec l’apiol pur pour rechercher une explication de ce deuxième groupe de faits.