‹ Les pontifes de l'ancienne RomeChapitre 10 sur 117 · EXTENSION DU RITUEL PONTIFICAL · texte numérisé non relu

EXTENSION DU RITUEL PONTIFICAL

t)lus restreint. Oublions pour un moment la variété des divers actes religieux , consécrations , vœux , expiations... etc., dont nous aurons occasion dé parler au chapitre suivant, et bornons-nous à remplir avec quelques rares débris de textes mutilés le cadre indiqué par Tite- Live : quibits hosiiis, quibus diebus^ ad quœ templa sacra fièrent.

l.e sacrifice, étant Tacte religieux par excellence, devait être réglementé avec un soin particulier. Rien, dans les nombreux détails de cette cérémonie, n'était indifférent ; le rituel ne pouvait laisser à la conscience du sa-* crificateur le soin d'en régler la forme extérieure, car, dans le système liturgique des Romains, Tefficacité des actes était attachée à leur forme ; le sacrifice était un hommage dont la tradition avait précisé l'étiquette, et l'intention n'excusait pas la moindre dérogation aux usages établis. Celui qui, avec la piéîé la plus profonde, eût immolé un taureau à Jupiter au lieu d'un bœuf, devait au dieu une expiation : Siqiiis forte îauro Jovi fecerit^ pia^ culiim dato ^

I. Le choix des victimes fournissait la matière de plusieurs chapitres dont nous empruntons un aperçu à Cicéron : Jam illud ex institalis Pontificum (et haruspicum) non mulandumest^ quibus liostiis cuique deo, eut majoribuSj cui iaclentibuSy cuimaribus^ cmfeminis-. Cicéron oublie la couleur des victimes, aussi iinportante dans certains cas que l'âge et le sexe. Aruobe, qui allait chercher dans la cuisine des dieux païens de quoi faire rire à leurs dépens, nous a conservé, dans sa longue énumération des victimes et des manières de les accommoder, un certain nombre de termes techniques empruntés au rituel. Nous pourrons,

(f) .Macr m, n, 7. — (♦; Cic. L-(j. lï, \ !.

grâce à lui, non pas précisément restituer quelques pages des livres liturgiques, mais nous faire une idée de la langue qu'ils parlaient et de l'analyse scrupuleuse à laquelle ils soumettaient l'œuvre compliquée du sacrifice. En parlant du choix des victimes, le polémiste chrétien se demande si c est par raison de santé que les dieux exigent une telle variété de viandes : Quœ enitn est causa ut ille tauris deus, hœdis alhis honorelur aut ovibus^ htc lactentibus porculis, aller intœisis agniSy hic virginibus bubulis^ capris Ule cornutis^ hic sterilibiis vacculis^ ai ille incientibus scrofiSy hid albentibuSj ille tœirisy aller fœminei generis, aller animantibus masculinis ^. Le liiuel appelait les vaches stériles hosties taurcce^ les vaches pleines fordœ * ; dans les brebis, il distinguait les brebis de deux ans (?), hostiœ bidenles (bidennes ^), et, parmi celles-ci, les brebis de haute laine, bidens allilanea *. Les bêtes à cornes en général portaient le nom de hostiœ aroigœ ^ que nous verrons tout à l'heure employé dans un sens différent : le terme de sacres 6 désignait les cochons de lait. Les victimes de couleur sombre, particulièrement destinées aux dieux infernaux, étaient qualifiées de hostiœ furvœ '^. Enfin, il y avait les victimes choisies (eximiœ^), les victimes qui n'avaient jamais porté le joug [injuges ^), les victimes immolées avant une solennité pour l'annoncer et la préparer {hostiœ prœcidaneœ)^ et les victimes substituées à celles qu'on jugeait insuffisantes (hoftiœ succidaneœ *o). Quant à la distinction des victimes en victimes dont on olTrait la vie (animales) et victimes servant d'instrument de divination (ccnsultatoriœ ^^), elle a un

(•) Arn. Adv. iiat. VII, 48. — (2j Ser?. ^/j. II, UO. — (3) Gcll. XM, 6, 43 Macr. VL 9, 4-8. — (4) Serv. J5«. Xïl, nO. — (5) Varr. V. 9<. — (6) Varr. Re rust. lï. 4, 46. Plaul. Men, II, «, 45 Rud. IV, 6. 4. - (7) Paul. p. 84. 93. Val. Max. II, 4, 6. Ilor. Od. H, 13. îl.- (8) Macr. III, n, « . — (9j Macr. III, lî, 5. — (10) Geil. •V, 6. — ^44j Maer. Ill, 5, 4 . Scrv. ^n, iV. 56, V. Prellcr, U. Myth. sTM, I.

MAriÈKE DU SACRIFICE. 63

caractère trop généra) et trop philosophique pour apparlenir aux vieux codes hturgiques de Rorae qui d'ailleurs ne connaissaient point les sacrifices divinatoires importés d'Etrurie par les haruspices.

Le sacrifice proprement dit était Tobjet de prescriptions sans nombre. Le mode d'immolation était précisé, car certaines victimes devaient être frappées de la hache ou du maillet, d'autres égorgées avec le couteau ; le coup mortel devait être porté à la partie supérieure ou inférieure du corps ^. L'immolation terminée, le sacrificateur se livrait à une dissection minutieuse, pour offrir à la divinité les parties qui paraissaient lui plaire davantage (partes prœsiciœ'^]. Quelquefois même, il composait avec ces parties de véritables mets, des hachis dont les noms bizarres^ exhumés du rituel par Varron et Arnobe ^^ sont pour nous à peu près incompréhensibles. Ces mystères pontificaux, comme les appelle Arnobe, auraient aujourd'hui plus q\ie jamais besoin d'un commentaire qui s'est perdu avec les Uvres des grammairiens et des archéologues de l'antiquité. La langue sacrée donnait aux parties de la victime des noms qui n'appartenaient pas à la langue vulgaire : les entrailles s'appelaient fcndicœ^ hirœ; le ventre, avec ses enveloppes internes, omenium; les testicules, polimina', l'appareil des ruminants, œrumnœ; la queue du bœuf, arrosée de sang et saupoudrée de farine, plasea ou palasea ; la tranche découpée dans la cuisse du bœuf, cara strehula ^; la poitrine, ruwa ; la queue avec un morceau de chair à sa base, offa pcniia ^ ; le morceau de foie (?) ajouté comme appoint aux parties offertes, aufjmenium ^. Les diverses préparations aimées des dieux {fard mina) étaient lesfl/)ca?a6oAje5 "^ ou intestins grêles farcis, les hircicBf ùlicer^

(\) Scrv. Georg, III, 492. - (2) Ain. VU, 2-. - a) Arn. VU, 24. — (4) Varr. VU, 07. — (n) Fesl. p. ^i^ Arn VI], ?4. — (6) Varr. V, Itî. -^ {1 Vair. V, 1t1.

6i LES rONTIFES ET LA TRADITION.

nia, longabij boudins remplisses uns de sang de bouc, les autres de poumon haclié; les lœJœ^ gonflées de saindoux ; les nœniœ, partie qu'Arnobe désigne par une ];ériphrase — inteslini perrcclio per quant proluoies cdilxir succis pcrexsiccata vitalibus. De certaines victimes on n'offrait que la partie postérieure jusqu'à la queue exclusivement (caviares liostiœ * ). Enfin, les unes étaient grillées au moyen de broches, les autres cuites dans une chaudière. Le terme d'arvir/œ liostiœ qui désigne ces dernières est expressément cité par Varron comme appartenant aux livres pontificaux^.

11. La victime ne composait pas seule tout le sacrifice ; les Romains semblaient vouloir confondre dans une môme offrande les tributs de tous les règnes de la nature, et ils joignaient aux chairs des animaux la fleur de farine, la plus pure des productions végétales, et le sel, symbole de l'incorruptibiUté. La tradition prétendait même , comme nous Tavons dit tout à l'heure, que la religion primitive ne connaissait pas les sacrifices sanglants et ne prescrivait que la consécration des fruits de la terre. Cette affirmation exagérée montre assez que le rituel attribué à Numa accordait une large place aux préparations connues sous le nom générique de liba ou gâteaux sacrés. La confection de ces liba était soumise à des règles si nombreuses qu'il fallut pour les appliquer des employés spéciaux {fidores 3) dont on faisait remonter l'institution jusqu'à N.ima. La préparation de la mo!a salsa (mola casla saha, far piuni 4) peut donner une idée des détails dans lesquels entrait la législation sacrée. La 7no/a salsay composée de farine et de sel, était l'accessoire obligé de tous les sacrifices publics ^, et c'est elle

(1» Paul. p. 57. - (S) VaiT. V, 95. —(3) Eim. ap. Varr. VII, 43, 44. Orelli, v»3L j281. U^iS. —(4) Plin. XVlll, 2. Serf. Ed. VIII, ht. Fest. p. <5^. l'aul. p. 410. NoQ. Marc, p «3. Arn. VII, «6. — (li) Pli» XXM, 41. Plut. Nutn. U.

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