‹ Les pontifes de l'ancienne RomeChapitre 11 sur 117 · MATIÈRE DU SACRIFICE · texte numérisé non relu

MATIÈRE DU SACRIFICE

qui a fail donner à Tacte du sacrifice le nom d'immolatio. Les épis dont le grain devait fournir la farine étaient cueillis du 7 au 1 4 mai par les trois plus âgées des vestales , qui se succédaient alternativement de jour en jour dans ce pieux office. Toutes les vestales s'occupaient ensuite de les sécher, de les égrener, de les griller, et do préparer la farine. Tmis fois Tan, le jour des Lupcrcalia (15 févr,), le jour des Vestalia (9 juin) et aux Ides de septembre (13 sept.), les vestales confectionnaient le précieux gâteau dont elles devaient approvisionner les sacrifices publics. Elles mélangeaient à la farine du sel dont la préparation n*avait pas été moins longue, car il avait fallu le broyer dans un mortier, le soumettre, dans un vase d'argile luté avec du plâtre, à la chaleur d'un tour, découper la masse fondue avec une scie de fer, et l'humecter, jusqu'au jour de son emploi, avec une eau courante, ou du' moins une eau qui n'eût point été emprisonnée dans des tuyaux.

Nous ne connaissons guère que les noms des gâteaux ou liba cités par Arnobe, Festus et Paulus, tels que : africiaj graliUa, calumeum^ conspolium^ cubulOy paslillum^ glomus, subucula^jurunda^ svmmanalia^ arculala^ etc. Les salsamina étaient composés de quatre espèces de farine. Les suffimenta^ que l'on offrait aux dieux au moment de mettre les raisins sous le pressoir, étaient fabriqués avec des fèves et du millet délayés dans du moût. Uno espèce de gâteaux, très-employés dans les sacrilices, étaient désignés par le nom de fercia; d'autre?, qui afTectaient la forme de tablettes réunies par uno bande transversale, s'appelaient strues^ d'où le nom de slruferctarii donné à ceux qui les |ortaient dans les sacrifices. On offrait également aux dieux des bouillies (pulle$)y parmi lesquelles Arnobe cite celles qu'on appelait fililla et frumeriy et Festus les pultes refrivœ ou bouillies de fèves. Quelquefois môme les produits de la

terre s'offraient à l'état naturel, comme, par exemple, les premiers épis de blé (prœmetium) que les laboureurs offraient à Cérès en commençant la moisson.

Le vin introduit dans le culte par Numa ^, et qui figure si souvent dans les sacrifices, était quelquefois designé par des noms particuliers. Ainsi, le vin doux que les vignerons offraient à Liber pour la conservation de leurs vignes, de leur vin et de leurs tonneaux, s'appelait sacrima * ; les libations en usage à la fête des Vinalia empruntaient leur nom au vase (calfHir) 3, qui contenait le vin destiné au sacrifice. Enfin, dans toutes les libations, le \\n une fois répandu était qualifié par le ri'uel dUnferum *, parce qu'il se trouvait sous le bord de la patère, d'où il avait été épanché. On sait avec quel scrupule le rituel exigeait que l'eau, symbole de pureté et instrument de purification, fût pure elle-même. Cet élément jouait un si grand rôle dans le culte de Vesta que les vestales sont toujours représentées dans les légendes, sur les monuments et même dans l'histoire, avec un vase à puiser de l'eau *^. L'eau employée dans les sacrifices devait être de source, et le rituel pouvait même imposer l'obligation de la puiser à une source déterminée : ainsi, l'eau nécessaire au culte de Vesta devait être prise, à Rome, dans la fontaine d^Egérie 6, à Lavinium, dans le Numicius "^ ; l'eau limpide et pure de la fontaine de Juturne, au Cbamp-de-Mai-s, était prescrite pour tous les sacrifices ®. L'eau lustrale appartient également aux anciens usages du culte romain. Cette épithète et celle d'arfcria ^, donnée* S l'eau répandue en l'honneur des morts, sont les seuls termes spéciaux que nous ayons conservés de cette Jpartie du code liturgique.

(1) Plin. XIV, \t, U. — (f) Paul. s. v Fcsf. f^acHfic. - (3) PhuI. R ▼. — (4) Pan', s. y. — (5) Plut. Num U. Suid. Nouoaç. Tac. nist. IV. 53. — (6) Plu». Kum. «3. - (7) Ser? £n. VU, 450. — (8) Serv. JSn. \\\, 43ii. — W Paul. s. v. '

INSTRUKENTS DU SACRIFICE. 67

Ajoutons-y uoe rubrique relative aux ablutions, extraite du rituel par Fabius Pictor et conservée par Nonius : Aquam manibus pedibusque dato^ polubrum sinistra manu teneto^ dcxiera vasum cvm aqua^. Le bit, que Ton oiïrait particulièrement à liuminaj Pales, Silvanus, à Cuninay aux Camenœ ^, ne paraît point avoir eu de noms particuliers dans la langue sacrée. Les offrandes de fleurs sont d'importation grecque.

IIL La forme, le nom elTusage des instruments du sacrifice, couteaux, haches, vases sacrés, étaient fixés par la législation religieuse. Les grammairiens nous ont conservé un certain nombre de termes techniques empruntés au rituel. Nous connaissons par Festus lo couteau des Pontifes et des Flamines, la secespila — cullrum oblongum, manubrio rotundOf ebumro^ solidoj vincto ad capulum auro argentoque, fixum clavis œneiSy cere Cyprio ^. Le chmadum * est moins connu ; c« mot n'est peut-être qu'un nom vulgaire qui rappelle la manière dont on portait instrument. La hache dont les Pontifes se servaient dans les sacrifices s'appelait, d'après Cincius» scena ou saccna ^. Le molucrum ^ était un bloc de boi3 carré sur lequel on découpait la victime. Quant au culciltilus "^ ou petit bâton dont parlaient les livres hturgiques, il est difficile d'en deviner Tusage*

Les vases sacrés, au temps de Numa, étaient tous en argile **. Par respect pour la tradition, le temple de Vesta n'en eut même jamais d'autres ®, et Câcéron avait raison de dire que ces poteries lui en avaient appris plus long sur les coutumes religieuses des ancêtres que les dissertations des stoïciens. Le rituel

(I) Non. p. B4i. — (J) Non. p. 467. Plul.'O. fl. 5^. — (3) Fesl. 15. V. —(4) Paul. «. y. — (5) Fesl. s. v. —(6) Fesl. 8. v. — (7) Paul. ». f. — (8;Cic. Nat. Deor. 111, 47. Paradox, l, î. — ^9) Val. Max. IV, 4, M.

68 us POKTIFES ET LA TaiDITION.

primitif ne connaissait donc que les vases de terre ou de bois, mais rien n'empêche d'admettre qu'il contenait déjà les noms appliqués plus tard à des vases de métal. Le bronze, lor, Targent se substituèrent en partie à l'argile; mais les Pontifes, en permettant cette petite infidélité à l'usage, conservèrent aux vases sacrés leur forme et leur nom traditionnels. La plus grande partie d'entre eux servait aux libations. Tels étaiepit le simpalum ou sitnpuviumy d'un usage si générai que les dévotes s'appelairnt simpulatrices ^ ; la paiera qui devint plus tard l'insigne des Epulons*;la capis (capula, capèdOj rapedancula) ^que l'on retrouve souvent à côté du nom de Numa ; le guttus qui permettait de verser le vin goutte à goutte ; enfin des vases dont nous ne connaissons que les noms, calpar^ arferia^ cuiiirnium^ athanuvium. La lepesta était particulière au rit sabin *. On désignait sous le nom de favissœ dd grands vases remplis d'eau lustrale et placés à l'entrée des temples. Les aiguières et bassins à laver, malluvium, pollubrum^ sont souvent cités dans les fragments du rituel. Les vestales puisaient l'eau nécessaire à leurs sacrifices dans un vase appelé futile ^ qui ne pouvait se tenir debout, parce que la règle défendait de poser à terre l'eau destinée à Vesta, Nous ne savons ce qu'étaient les briœ dont parle Arnobe. Quant au scyphi ou coupes et aux acerrœ ou boîtes à encens, le nom grec des premiers et l'usage des autres montrent assez qu'ils n'appartiennent pas au culte primitif.

La forme de l'autel n'était point indifférente ; les lègles liturgiques distinguaient avec soin le grand autel, altar {alta-ara), l'autel proprement dit, ara^ et

(«) Paul, p 4i. Varr. V, IÎ4. Schol. Juy. VI, 343. — (î) V. rr. V, 4îi Ovid Mel, IX, «60. Borgliesi, (E//vre«, ï, p. «50. — [H) Vnrr. V, 4ÎI. Paul. B. Y. Cic. Parad. 1, «I. A'. D. ÏU, «7. Rep. Yl, î. — (4) Varr. V, «3. Non. p. B47. - (5) Sert. JEn. M, 339.

UtSTftUMfiNTS DU SACRIFICE. 6d

Tautel élémentaire ou foyer {focus)y comme l'indique ce passage du traité de Serv. Fabius Pictor sur le droit pontifical, évidemment extrait du rituel : Exta forriciunto, dis danto^ in altaria aramve focumve eove quo eccla dari debebunt *. Non moins sacrées que les autels étaient ces tables sur lesquelles on offrait aux dieux des banquets, des libations, ou même des sacrifices 2, et qui étcdent employées dans les plus anciens cultes de Rome (mensœ curiales^ anclabres •).

Nous ne savons si Numa avait affecté aux cérémonies religieuses les ornements et linges que nous retrouvons employés plus tard. L'usage d'orner les victimes, les sacrificateurs et même les temples avec des bandeaux {infulœ) garnis de rubans {vittœ), semble porter un caractère archaïque, et Thabitude de prier la tête voilée, traditionnelle en Italie *, peut faire croire que le voile de lin (capital), mentionné par Paulus, figurait également dans la partie la plus ancienne du rituel. D'autre part, l'antiquité attribuée par la tradition à l'école sacerdotale de Gabies^ne permet pas de douter que le cinctus Gabi^ nus, usité dans les circonstances les plus solennelles, telles que la fondation des villes et la devotio, n'ait été prescrit par Numa. Le stiffibulum doit être aussi ancien que le culte de Vesla. La règle bizarre qui ordonnait de sacrifier à Fides la mt» in droite enveloppée d'une étoffe Llanche nous est donnée comme formulée par Numa ^.

IV. Enfin, comme toute offrande était nécessairement accompagnée d'une invocation — quippe viclimas cœdi sine precalione non videtur re ferre, nec deos rite consuli ^, — le rituel devait préciser les formules obligatoires pour chaque espèce de sacrifices. Ces formules étaient-elles

(I) Macr. III, î, 3. — («) Macr. HT, H, 45. Serv. Mn. VIIÏ, «79. — (3) Paul. p. 6i. 77. Dion. Il, 50. — (4) Serv. Ma. 111, 407. — (5) Dion. I, 84. Plul. Rom, 6. — (6) Liv. I, t\. Serv. Mn, I, Î92. -r (-:) IMin XXVI!!,2.

les mômes que celles i\es Indigilamenta? Si Ton songe ffue les unes comme les autres avaient pour but de demander l'assistance des dieux dans un but déterminé, et que Tefficacité des prières tenait essentiellement à leur forme, il paraît extrêmement probable que les termes employés dans les formules du rituel étaient empruntés aux invocations des Indigilamenta. 11 suffisait dlntroduiro dans les formules-types fournies par les Indigilamenta la mention des offrandes présentées par rim[ïétrant pour obtenir les oraisons contenues dans les queUiues pages du rituel que nous allons citer d'après Caton. L'authenticité de ces pages n'est pas douteuse. Lorsque, dans son ouvrage sur l'agriculture, Caton enseigne aux paysans les prières qui ont le pouvoir d'écarter de leurs champs et de leurs élables les mauvaises influences, il est évident qu'il n'invente pas le cérémonial et les paroles sacramentelles, mais qu'il les prend aux sources mémos, dans le rituel pontifical *. Du reste, Caton, qui ne fut jamais pontife, connaissait parfaitement la liturgie nationale, et il y a une allusion à ses études théologiques dans son discours pour les Lusitaniens : Ego me nunc voh jus pontificium optime scire, jamne ea causa pontife.^ capiar *?

Voici, d'après Caton, le cérémonial du sacrifice de la porca prœcidanea^ offert à Cérès au commencement de la moisson. C'est un extrait du rituel inséré dans le catéchisme du laboureur. Les termes techniques particuliers à la langue sacrée y ont été conservés :

Priusquàm messim faciès porcam prœcidaneam hoc modo fieri oportet. Cereri porca prœcidanea, porco fœmina, priusquàm hascefruges condanlur.fary triticum, hordeum^fabam, semen rapicium; Ihure vinoJano Jovi Junoni prœfalo. Prius^ quamporcum fœminam immolabiSyJanoslnirem cominaveto sic :

(n V. Lûbbert, p. 8. — («) Gell. I, il.

FOBM(JL£S DORACSONS. 74

« Jane Pater^ te hac slrue commovenda bonas preces precory uti sies volens propilius mihi liberisquc mets domo familiœque meœ. >

Ferctum Jovi moveto et mactato sic :

€ Jupiterf^*hoc fercto obmovendo bonas preces precor^ uti sies volens propilius mihi liberisque meis domofami^ liœque nieœ. Mac tus hoc fercto. >

Postea Jano vinum dato sic :

c Jane Pater^ uti te strue commovenda bonas preces bene precatus sim^, ejusdem rei ergo mactc vino inferio esto. >

Postea Jovi sic :

c Jupiter, macte fercto esio, macte vino inferio esto. >

Postea porcavi prœcidaneam tmmolato. Vbi exta prosecla erunt. Jano struem commoveto, mactatoquc idem uti prius obmoveris. Jovi ferctum obmoveto^ mactatoque item uti prius feceris. Item Jano vinum dato^ ità uti prius datum ob struem odmovendam, et ferctum libandum. Postea Cereri exta et vinum dato *.

Caton suppose que ses lecteurs connaissent assez cette dernière partie du sacrifice et se dispense d'entre^ dans de plus amples détails. Nous y perdons la teneur des prières adressées à Cérès.

La purification ou lustration des champs est une cérémonie non moins compliquée.

Agrum lustrare sic oportet. Impera suovitaurilia circu^ magi.

€ CumdivisvokntibuSy quodque bene eveniat, mando tibi

Mani uti illace suovitaurilia fundum agrum terramque

meam quota eœjparte sive circumagi sive circumferenda

censeasy uti cures lustrare. >

(l)Cat. Rerust. 434.

72 LXS P0NTIV8S BT LA TRADITION.

Janum Jovemque vino prœfamino, sic dicilo :

c Mars Pater ^\le precor quœsoque uti sies volens propi^ tius mihi domo familiœque nostrœ quqjas rei ergo agrum terram fundumque meum suovitaurilia circumagi jussi ut tu morbos visos invisosque vidvertalem vastitudinemque calamitates intemperantiamque prohibessis^ défendus avcrruncesque, utique tu fruges frumenta viiieta virgule /aque grandire beneque evenire sinas, pastores pecua^jjue salva servassiSf duisque bonam salutem valetudinemque m$hi domo familiœque nostrœ. Harumce rerum ergo fundi terrœ agrique mei lustratidi luslrique faciendi ergo sicuti dixi macle hisce suovitaurilibus lactentibus immolandis esto. Mars Pater, ejusdem rei ergo macte hisce suovitaurilibus lactentibus esto. »

Item cultro facito struem, et fertum uti adsiet. Inde obmo^ veto. Vbiporcum immolabis, agnumvitulumque^ sic oportet :

€ Ejvsque rei ergo macte hisce suovitaurilibus immo^ tandis esto. > Caton fait remarquer ici que le cérémonial défend de prononcer le nom de Mars et de désigner séparément les victimes. {Nominare vetat Martem neque agnum vitulumque) *.

Comme il peut arriver que le sacrificateur ait des doutes sur la validité du sacrifice ou d'une partie du sacrifice, le rituel ajoute :

Si minus in omnes litabit, sic^vcrba toncipito :

c Mars Pater, si quidtibi in illisce suovitaurilibus lactentibus, neque salisfactum est, te hisce suovitaurilibus piaculo. >

Si uno duobusve dubitaverit, sic verba concipito :

€ Mars Pater, quod tibi illace porco nequç salisfactum est, te hace porco piaculo. i>

0) Cat. ne m$(. Ul. Cf. Tibull II, 4.

FORMULES d'oraisons. 73

Le respect dont la religion entourait les bois sacrés ne permettait pas d'y toucher, même pour les élaguer ou pour bêcher le sol, sans une expiation préalable dont voici le rit :

Lucum conliicare Romano more sic oportet. Porco piaculo faciio. Sic verba concipito :

€ Si Deus, si dea es quojum illud sacrum est^ uti iihi jus siet porco piaculo facere * [illiusce sacri coercendi ergo"]. Harumce rerum ergo sive ego sive quis jussu meo fccerit tUi id recte faclum siet. Ejits rei ergo le hoc porco piaculo immolando bonas preces precor^ uti sies volens propitius mihi domo familiceq^te meœ liberisque mets. Harumce rerum ergo macte hoc porco piaculo immolando esto. 3>

Si fodere vcliSj altero piaculo eodemque modo facito. Hoc amplius dicilo c * [operis faciundi causa] D : tum opus quoiidie per partes facito : si intermiseriSy aut feriœ publicœ aut familiares inter cesser int, altero piaculo facito^.

Caton prescrit encore des sacrifices pour les bœufs à Mars Silvanus et à Jupiter Dapalis^ ainsi nommé parce que les laboureurs lui offraient un banquet (daps *) à Taulomne et au printemps.

Le cérémonial est réglé ainsi qu'il suit :

Jovi Dnpali culignam vini quantum vis polluceto. Cum pollucere oporteat^ sic faciès :

€ Jupiter Dapalis, quod tibi fieri oportet, in domo fa m ilia mea culignam vini dapi, ejusrei ergo macte hoc illace dape pollucenda esto. >

Manus interluito. Postea vinum sumito :

c Jupiter Dapalis^ macte istace dape pollucenda esto* Macte vino inferio esto. »

(t) Cat. JU ru8t. 439-440. - (%) Paul. s. y. Ser? . Jï/t. YIII, 475.

Yestœ, si voleSy dato. Daps Jovi assaria pecuinay urna viniJovi caste. Profanato sine contagione^.

On reconnaît dans ces extraits les termes techniques de la liturgie (sacrificalia verba *), tels que : porricere, poU Ivcere^ lilare^ etc., les euphémismes traditionnels imaginés pour écarter les mots de mauvais augure (comme cœdere^ consumere^ cremare^ généralement remplacés par CLgere^ facercy immolare, mactare, cultros supponere^ adch Icre ^)\ la prolixité solennelle et cauteleuse, les longues énumérations, Faccumulation des synonymes et les répétitions fréquentes qui caractérisent la langue des transactions. Du reste, si la science et la piété de Caton ne paraissaient pas garantir suffisamment la fidélité de. sa transcription, nous pourrions rappeler que la formule usitée pour les libations nous a été conservée également par Arnobe *, qui cite Trebatius, et par Servius. Ce dernier ajoute même qu'elle se lit dans les livres pontificaux : In Ponti/icalibus sacri/icantes dicebant deo : c Uacle hoc vino inferio esta ^. 3) Tout au plus pourrait-on soupçonner Caton d'avoir rajeuni certains mots archaïques qui n'avaient plus de sens dans la langue de son temps. Ainsi le ternie de Marspcdis ^, que le savant augure Messalla ne pouvait interpréter, a été sans doute remplacé dans la prière des Suovetaurilia par Mars Pater; rénumération des fléaux a subi également quelques modifications; d'après Festus "^j la formule primitive contenait les mots suivants : c Avertas (pesestalem) tnorbum mortem\labem nebulam impetiginem. >

Nous ne possédons que quelques débris des autres invocations. Nous savons seulement que le sacrificateur, aux Agonalia^ avant de frapper la victime, demandait

H) Cal. Re ru8t. 131. — (2) Wacr. III, î, 1. — (3) Serv. JEa. 101, i;iV, 67, VI, 248. — (i) Am. VII, 31. — (5)Ser?. JS/i. IX, 6il. — (6) Fcsl. 8. V. — (7) Fosl. s. ?. Pesestas.

FOUHULES D*oaAiso:(s. 75

rassentiment des assistants en disant : € Agone? >, et ne consommait le sacrifice qu'après avoir entendu la réponse c Hoc âge ! î> ; que, après une déclaration de guerre, le général se rendait dans la Regia et secouait les armes de Mars en s'écriant : c Mars y vigila! * > ; qu'à certains jours les vestales adressaient une exclamation analogue au Rex Sacrorum ^; que, dans les banquets symboliques (pulvinaria), dont on peut faire remonter l'institution aux temps primitifs *, le P. M. dirait, en s'adressant aux convives divins : ic Vtgilas ne, Deum gens^ i> ; que, en général, les sacrifices commençaient par une prière à Janus^ et peut-être par un avertissement de l'assistance au sacrificateur : « Da quod debes de manu dtxtra aris "^ d. Le temps a dispersé tous ces textes sacrés {cerlœ precationes)^ si scrupuleusement conservés et tant de fois dictés dans les sacrifices publics par les gardiens de la tradition. Comme son fondateur légendaire, le paganisme romain a emporté dans sa tombe le secret de ses entretiens avec les dieux.

Outre ces règles relatives à la matière et au mode du sacrifice, le rituel, à propos de chaque solennité, devait préciser le temps et le lieu assigné à chacune d'elles — quitus diebus, ad quœ iempla sacra fièrent. La liste des fériés et des temples, assez bornée dans le principe, fut grossie d'âge en âge par des additions successives dont nous trouverons l'occasion de parler, en suivant le développement du culte dans les commentaires pontificaux.

La rédaction primitive 3u rituel, attribuée à Numa, ne s'occupait évidemment que des fêtes antiques dont l'o-

(l)Varr. M. n. Ond. Fast. I, 3«. Sen. Conirw, II, 44. Plul. Num, U. Coriol. Î5. — (2) Ser?. JS/i. VIII, .^ . — (3) Sert. JBn. X, «8. — (4) Preller, H. l^yth. p. 414. 433. — (5) Ser?. JEn. 11. 448. — (6) Aur. Vicl. Orig. 3. — (7) Ser?. ^n. VIII, 406.

rigine se confondait avec celle de Rome. Les fêles à date fixe étaient au nombre de 45, réparties ainsi qu'il suit dans le calendrier :

FANVARIUS.

Op Agonalia il. !5. Carmentalia

FEBRVARIVS.

4 5. Litpircolia îl, Quin'nalia îf. Feralia Ç3, Terminaîia S4. Regifugium %1. Equiria (Mamuralia)

MARTIVS.

i !• Kfpiiria

M, IJhtr alla {Agonalia) 19. Quifiquatrus t3- Tubilustrium

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