‹ Les pontifes de l'ancienne RomeChapitre 9 sur 117 · C.VRACTÈRË DE LA LITUKGIE ROMAINE · texte numérisé non relu

C.VRACTÈRË DE LA LITUKGIE ROMAINE

Ihéistique de leur foi leur ôtait raiguillon de la curicsité ; les invocations générales par lesquelles ils tenninaient leurs prières donnaient aux lacunes de leur savoir l'excuse de leur bonne volonté; il ne leur restait plus qu'à demander aux dieux, quels qu'ils fussent, de vouloir bien les protéger comme ils avaient protégé leurs pères, et à le leur demander de la même manière.

Aussi, le culte parait avoir absorbé l'attention du législateur légendaire de Rome. La tradition n'attribue à Numa ni institutions politiques, ni théories dogmatiques : elle borne son rôle à l'organisation du culte. La législation religieuse des Romains aurait pu suffire, en effet, si elle avait été l'œuvre d'un homme, à occuper la vie entière de son auteur. Elle avait tout prévu, tout réglé. Il faut remonter à la loi mosaïque pour retrouver quelque part le même souci des détails, la même rigueur dans les prescriptions et la même foi dans leur efficacité : Si Numœ Pompilii supersiitiones revolvamus, dit TertuUien ^ si 5acerdotalia officia et insignia et privilégia^ si sacrificalia ministeria et instrumenta et vasa ipsorum sacrificiorum ac piaculorum et votorum curiositates consideremus^ nonne manifeste diabolus morositatem illam Judaicœ legis imitortus est?

Une liturgie si compliquée ne pouvait se transmettre sans le secours de l'écriture. D'après Tite-Live, elle aurait été fixée à jamais par la plume de Numa : Pontificemdeinde Numam Marcium M. F. ex* Patribus legit, eique sacra omnia eœscripta exsignataque attribuit : quibus hostiis^ quibus diebiis, ad quœ templa sacra fièrent *. Nous préférons, pour des raisons exposées plus haut, et qui ont ici une application plus immédiate encore, rap-

(4)Terluïl. De prœscr. hœret. 40. Cf. Clem. Alex. I, 45. Euseb. Prœp, £v. VllI, 6, Ernst von Lasaulx, Vcber die Btlrhfr des iVutwa — (î) Liv. I, 20.

60 tES roNTIFES ET LA TRADITION.

porter cette rédaction au règne d'Ancus. Mais le failincontestable et le seul qui nous importe, c'est que les règles de la liturgie et le droit de veiller à leur exécution furent confiés au collège des Pontifes, interprètes souverains de la tradition. Ce fut là le point d'appui gi'âce auquel ils purent soulever et diriger une société décidée à rester à tout prix en paix avec le monde invisible.

La compétence universelle des Pontifes en matière de cérémonies religieuses ^ nous autorise à affirmer que le collège devait avoir sous la main les moyens de contrôler tout Tensemble du culte public. Les rituels pontificaux ne se bornaient donc pas, comme les rituels spéciaux (Libri Àuffurale$^, Augurum^, Saltorum^)^ à des instructions sur les cérémonies auxquelles les Pontifes coopéraient personnellement, mais indiquaient toutes les circonstances nécessaires à la validité de tous les actes religieux. Ce répertoire général des rites ne fut certainement pas Toeuvre d'un homme ni d'une époque ; il fut le résulîat du travail de plusieurs générations sacerdotales qui précisaient la tradition et quelquefois y incorporaient discrètement des usages nouveaux. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, il est possible que les contemporains de Numa se soient abstenus de sacrifices sanglants ^ ; en tout cas, il parait certain qu'ils n'avaient point d'images plastiques de la divinité ^ ; au temps de Tarquin, sacrifices sanglants et statues étaient regardés comme partie intégrante du culte. Si la tradition a pu varier autant sur des points fondamentaux, quelles n'ont pas dû être les modifications de détail !

La meilleure analyse des livres liturgiques serait donc l'étude complète du culte lomain. Mais noire plan est

(4) Cic. Harusp, rcsp, 9. Leg. II, 8. Val. Max. 1, « . — (2) Varr. V, Î4.33. 58. Cic. Rep, H, 3< . — (3) Serv. ^n, 111,537. IV, 45. VIIÏ, 95. — (4) Varr. VI, U. - (8) Plut. Num. 8. Plin. XVIII, 2, 7. Cf. Dion. 11,74. V. PreHer, R. Myth. p. 445. — (6) Virr. ap. Aujj. IV, 31. Plin. XXXV, 4!, 457. Plul. ibid. Terlull. Apolog. 23.

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