COMMENTAIRES DES PONTIFES
Quelle que fût rinviolabililé des usages, la religion à Rome était trop intimement mêlée à la vie publi'que pour rester rivée à une tradition immobile. Mais la tradition pouvait se développer sans perdre son prestige, car elle vivait dans le collège des Pontifes dont lorigine se confondait avec celle de la loi religieuse ellemême. C'est dans l'enceinte du docte collège qu'elle s'est précisée, qu'elle a fixé les limites de son domaine et défini les termes de sa langue, qu'elle est devenue, en un mot, un corps de doctrine, le Droit Pontifical (Jux ponti/iciumy pontificale). Le compte-rendu de co long travail d'élaboration poursuivi d'âge en âge, sans autre méthode que le hasard des circonstances, forma le recueil connu sous le nom de Commentarii pontificum^.
On comprend que, sous ce titre général, s'accumulent les matières les plus diverses, questions dogmatiques, liturgiques, juridiques même, soumises à l'examen du collège et mentionnées dans ses archives avec les réponses ou décrets (décréta Ponti/icum) qui en donnaient la solution officielle. Le sens du mot Cœnmentarii suffit à déterminer le caractère de cette compilation. C'était bien un recueil de faits, c'est-à-dire de précédents des-
(I) Cic. Brvt. 4 4, Pro dom. W. Li?. VI, 1. IV, 3. Quinlil. VIII, f, 4 t. Plia. XVIH, 3.
Unes à fixer la jurisprudence religieuse et à élucider les poitUs obscurs. Les magistrats avaient aussi leurs commentaires, guides pratiques de leurs devoirs ; où citait même des commentaires des rois *, d'une authenticité plus que problématique, en particulier ceux de Numa et de Servius TuUius *.
Les cûïiimentaires de Numa, qui s'occupaient exclusivement de législation religieuse, devaient être le commcnceinent des Commentaires pontificaux. Jl convenait que le fondateur du culte officiel eût écrit les premières pages d'un recueil destiné à attester par des exemples la continuité de la tradition et à montrer la part active que le collège avait prise, depuis sa fondation, aux actes les plus importants de la vie publique ; il fallait que le collège pût prouver son antiquité et sa mission, en remontant par une série non interrompue de souvenirs jusqu'à Numa, le premier des souverains pontifes. Ce n'est point là une simple hypothèse, car la loi sur les Spolia Opima^ qualifiée de Lex NurncB, est donnée indifféremment comme extraite des commentaires de Numa ou des livres pontificaux ^. Ainsi, les Commentaires des rontifes commençaient au règne de Numa et rapporlaicnt au début les décrets rendus par Numa au nom de l'autorité qu'il déléguait au collège. On y trouvait sans I Soute aussi, décrites avec soin .dans le but de montrer rapplicatiLn des règles liturgiques et par là môme Fantiquilé de ces règles, les cérémonies les plus solennelles de la religion nationale. C'est là que les annalistes ont puisé CCS récits circonstanciés, chargés de détails techniques et précis, qui de leurs ouvrages ont passé dans celui de Ïile-Live *. Les procès-verbaux de Tinauguralion de Numa, de la conclusion de ralliance entre les
(!) Cic. Pro Ra6ir. 5. - (î) Lit. 1.31.32. 60. Plia. XXVIII, 4. Plul. A[(irc. H. -^ (3) Fesl. p. 489. Scrv. Mn VI, 800. Plat. Ibid; — (4)LiT. I, iS. î*. 38,
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Romains elles Alboins sous Tullus Ilostilius, avant 1 importation du rit œquicole, de révocation des dieux de G>llalie, sous le règne de Tarquin l'Ancien, ont élé évidemment rédigés par une main sacerdotale qui reconstruisait, avec les données de la science théologique, Védifice du passé. Ces récits reçurent de l'autorité pontificale uoe valeur historique qu'ils n'avaient pas en euxmêmes, car, en admeUant, ce qu'il est également dilûcile de nier et d'affirmer, que les Pontifes aient commencé dès l'origine à noter toutes les questions qui avaient préoccupé le jcollége, tout ce qui a pu être écrit avant 300 ne saurait faire partie du recueil ttutlientique, s'il est vrai, comme le dit Tite-Live \ que les Commentaires des Pontifes furent alors détruits par l'incendie. Il est piobable, comme nous le verrons en pailant des Annales, que le feu allumé par les Gaulois consuma les premiers essais de la plume pontificale, et que les Pontifes, restituant de mémoire la partie détiuite, complétèrent, à l'aide des traditions et du rituel, riiisloife rétrospective de leur collège.
Quoi qu'il eu soit, la partie la plus ancienne des Commenlaires a été rédigée à une époque où le latia n'avait pas encore pris sa forme définitive; car, sans parler des remarques de divers auteurs * sur la langue archaïque des livres pontificaux, Quintilien range les Commentaires parmi ces livres obscurs où certaines gens Tont exhumer des termes incompréhensibles pour faire parade d'érudition K Cette question, du reste, est pour notre sujet d'une importance secondaire. Non-seulement tt est impossible de ranger par ordre chronologique tous les débiis qui nous restent des Commentaires, mais cet ordre serait la confuiûon même ; car, en reproduisant,
0) L:v. Vf, I. Plul. De fort. Hom. 13. -(5) Cic. De Orat î, 43. Hor. Ep. 11,4, «C. Fesl. I..Î86. SerT. JSn. Il, 1 i3 — (3) Quimi!. Vltl,«, «t
pour ainsi dire, les stratifications successive^ de Fœuvre pontificale, il ne nous permettrait pas de soumettre à une analyse méthodique les matières qu*elle renferme. Nous nous abstiendrons donc de mêler à cette étude de la jurisprudence religieuse des préoccupations historiques et nous chercherons à introduire une classification analytique dans ce vaste ensemble dont nous devinons la la-* borieuse étendue à la grandeur des lacunes que laissent entre eux ses débrisv
Après avoir considéré la science thëologique s'exerçant dans son domaine propre, promulgyant ou expliquant des règlements relatifs aux sacriiices, aux fériés, aux lieux consacrés, aux vœux et aux expiations, noua la verrons, dans une autre partie, asseoir sur la tradi^ tion religieuse les bases du droit criminel et du droit