CARACTÈRE DES JOURS RELIGIEUX
origine récente une signification plus précise étaient qualifiés d'a/ri, tandis que le temps avait effacé à moitié la flétrissure imprimée aux autres dans Tàge primitif ^ Ainsi, les dies parentales du mois de février rappelaient peut-être des morts illustres, celle de Tarpeia et de Talius, .de Brutus et des 306 Fabius *. Quelquefois mén^, le caractère funeste avait disparu, et ne se retrouvait plus que dans les habitudes routinières du peuple. Macrobe ignore pourquoi beaucoup de gens redoutaient comme inominalis le quatrième jour avant les Kalendes et le quatrième jour avant les Nones.
L'usage, trop prompt à saisir les analogies, étendit la qualification de religiosi à des jours qui n'ont rien de commun avec ceux dont nous nous sommes occupés jus qu'ici. Les Pontifes ayant défendu de célébrer des mariages aux Kalendes, Nones et Ides, parce que les lendemains, déclarés dies atriy étaient impropres aux dévotions de la nouvelle épousée et au banquet des repotia^ ces jours devinrent, à ce point de vue, religieux^. A ce titre, des mois entiers pouvaient passer pour religieux ; le mois de mars tout entier, comme le carême chrétien, et le mois de mai étaient interdits aux épousailles *.
La théorie des dies alri^ comme celle des fériés, dut faire à la pratique des concessions. Si la dévotion s'attiédit, la peur s'envole. L'État donna l'exemple. Pour donner une idée de ce qu'il se permit et de ce que les Pontifes tolérèrent, il suffira de dire que, dans le calendrier du temps de l'empire, le dies Alliensis, le type des dies atrij est déclaré comilial (C). A plus forte raison se crut-on en droit d'ouvrir les tribunaux. Sur les 36 jours déclaré^ atri en 390, vingt au moins sont fastes {F). Quant aux armées, aune époque où la toute-puissante république
(0 c. I. L. p. 373. — (2) Dion. II, 40. 52. Lyd. Mens, IV, 24. ~ (3) llacr. I, 45, 84. — (4) Porphyr. ad Hor. Ep. Il, «, «09.
ne faisait plus que des guerres offensives, on ne voit pas que les jours religieux aient gêné leurs mouvements. L'observation des jours religieux se réduisit donc peu à peu au devoir essentiel, l'abstention du sacrifice. En même temps, leur nombre diminuait. Les Césars saisirent avec empressement les occasions d'ensevelir sous leurs trophées le souvenir des défaites républicaines ; c'était une manière adroite de faire naître, comme le dit Virgile, un nouvel ordre de choses. La défaite d'Afranius et Petreius en Espagne (49) et de Pharnace (47) changea en fête le lendemain des Kalendes d'août, le 6 avril ne put être un jour malheureux après Thapsus (47), et Apollon choisïl le 2 septembre pour apporter à son favori les lauriers d'Actium. En revanche, le spectre de Varus fut écarté. Auguste supprima même (Fan 28 ou 26 avant J.-C.) la marque sinistre que le sang de César avait imprimée aux Ides de Mars. 11 était imprudent de rappeler le souvenir d'un "régicide.
Les empereurs, ayant continué à se vanter de leurs victoires et à passer sous silence leurs défaites, finirent par éliminer du calendrier les anniversaires fâcheux. En même temps, ils multiplièrent les fériés. Ainsi le canon des jours religieux, comme celui des fériés, subit une transformation progressive qui avait pour but de donner au despotisme une consécration religieuse, et d'habituer les consciences à confondre dans un même respect les dieux et les Césars.