DES LIEUX SACRÉS, SAINTS, RELIGIEUX
Après avoir passé en revue les décrets relatifs aux consécrations connues sous le nom de sacrifices, aux jours
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marqués d'un caractère sacré ou religieux, nous allons entrer dans les propriétés immobilières des dieux et y retrouver, mais cette fois définies avec exactitude, les trois catégories instituées dans le domaine divin par le droit pontifical. La question des lieux consacrés avait une importance capitale ; les Pontifes la traitaient avec une grande précision de langage : fiomina sacrorum locorum $ub congrue proprietate proferre ponlificalis obserxmtio est * — et Varron y consacra trois livres de ses Antiquités divines.
I. Lieux sacrés. — L'élément constitutif du lieu sacré, c'est le fanum^ c'est-à-dire le terrain soustrait au monde profane et nettement délimité par les Pontifes au moment de sa consécration : hinc fana nominata quod pontifices in .mcrando fati sint finem 2. Quelle que soit la valeur de l'étymologie varronienne reproduite par Verrius Flaccus et Tite-Jive, les exemples s'accordent avec cette explication. Romulus, en précisant l'emplacement où devait s'élever le T. de Jupiter Stator, constitua préalablement un fanum. — Jovis Siatoris œdem... Romulxis antevoverat; sed fanum tantum^ û e. locus templo saa-aluSj effatus fuerat ^. Les lieux consacrés, même temporairement, par l'appareil d'une cérémonie religieuse, comme, par exemple, les places publiques transformées pour les dieux en salles de banquet {lectistemia)^ deviennent également des fana; telle était du moins Topinion du docte Antistius Labeo : Antistius Labeo ait^ in Commentario XV Juris Vontificiiy fana sistere esse lectislernia certis locis et dîs habere *. Le terme de fanum est donc, de tous les termes employés par le droit pontifical pour désigner les lieux sacrés, celui qui a le plus d'extension. Du reste, selon toute probabilité, il n'est
(I) Macr. m. 4, 4. - (î) Yarr. VI, 5i. Cf Paul. p. 88. 93. Liv. V, 50. X, 37. - ( ) Liv. X, 37. - (4) Fesl. p. 351.
autre que le nom générique de toutes les possessions divines, rantithèse de profanum^ pris dans un sens plus restreint. D'après ce qui précède, c'est sous la rubrique fana qu'il faudrait ranger les bois sacrés (luci), les fontaines ^, et les champs consacrés dont le revenu était employé aux frais du culte ^.
La construction la plus simple et la plus indispensable au culte que Ton pût élever sur un emplacement consacré était l'autel. L'autel primitif, celui dont se contentèrent toujours les Pénates et les Lares, se compose essentiellement d'un foyer (focus) destiné à consumer les offrandes. Ce foyer, indispensable à tous les sacrilices, se retrouve dans l'autel ordinaire (ara) et le grand autel (altar^ de alia ara). Les Pontifes distinguaient avec soin ces trois espèces d'autels, comme le montre un passage de Fabius Pictor déjà, cité plus haut (p. 69). Ce n'est pas à dire qu'ils aient déclaré les foci consacrés exclusivement aux dieux inférieurs, les arœ aux dieux terrestres et les aliaria aux dieux supérieurs. Ces différences si tranchées sont de l'invention do Varron ^, si tant est que Servius l'ait interprété sans contre-sens, ce dont il est permis de douter, car, dans un autre endroit, ce même Varron déclare le focus indispensable à tous les sacrifices, soit publics, soit privés *. D'autres prétendaient que l'ara convenait aux dieux supérieurs, le focus aux dieux moyens et l'autel souterrain ou mundus aux dieux infernaux. Enfin, d'après Servius, l'ara appartient à la fois aux dieux supérieurs et aux dieux inférieurs; Yaltar, aux dieux supérieurs seulement ^. La divergence des opinions prouve que les Pontifes s'étaient abstenus de décider et avaient abandonné ce point aux
(<) SerY. JEn. VU, 84. — (2) Cic. Pro dotw. 49. — (3) Serv. Ed. V, 66. — (4) Serr. jEn. III, 134. - (5) Serv. EcL V, 66. ^n. II, H5.
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appréciations individuelles. Quoi qu'il en soit, le terme moyen, ara^ est le plus généralement employé et a presque banni les deux autres du langage ordinaire : il suffit pour s'en convaincre de consulter le catalogue des arœ dressé par Pitiscus.
Un autel dressé au milieu d'un espace consacré, quelquefois enclos {conseptum)y mais non couvert, constituait un sacellum, défini par Trebatius <si loctis parvm deo sacra' lus cum ara * ]&. Le type de ces sanctuaires était le saceU lum Herculis au Forum Boanum, composé d'un enclos et d'un autel auquel les Pontifes attribuaient Tépithète exceptionnelle de (ara) Maœima. On le disait élevé par Hercule. L'institution du sacellwn Carmentœ sur le Capitole, près de . la porte du même nom, est également attribuée à Hercule; les sacella des Argées passaient pour être plus anciens encore : lesacellum Janiy près delà voie sacrée, l'ara Larum Prœstitum dataient du temps de Romulus et de Tatius, et le sacellum Terminij du temps de Numa. Le miracle qui sauva les assiégés du Capitole en 390 valut un autel à Jupiter Pistor. Minerve Capta avait un petit sanctuaire sur le Cœlius. Enfin, Auguste éleva un autel à la Paix et un sacellum aux Lares. Gomme on le voit, à part ces deux dernières créations d'une piété érudite, les autels et sacella datent presque tous des premiers siècles de Rome, alors que la simplicité romaine refusait encore d'emprisonner ses dieux. Mais l'art hellénique, importé par les Tarquins, multiplia les édifices sacrés {œdes sacrœ).
Les premiers édifices sacrés furent sans doute les ciiricBy dans lesquelles on vaquait aux exercices religieux (curare)y et les atria destinés à héberger les dieux ou plutôt les objets symboUques qui rappelaient leur
(I) Gell. vu, 42, Cf. Fesl. p, 3«8. [Merkel. Pro/eg. CXVII-CXXIII, E. Lûbbert, C(mm. pont, y p. 38.]
présence. Mais ces Constructions primitives étaient d'une époque où le culte public faisait encore partie, pour ainsi dire, des habitudes de la vie privée ; leur nom, comme leur caractère extérieur, manquait de solennité, car il y avait également des curies profanes, et le terme d'a- Irium signifiait simplement une cuisine noircie par la fumée. On éleva plus tard des édifices exclusivement iipproprif^s aux exigences du culte. L'architecture dut compter tout d'abord avec le^ droit pontifical qui Jui imposa certaines règles relatives à la forme et à l'orientation des édifices sacrés. La forme circulaire fut réservée pour Vesta, Diane, Hercule et Mercure * ; les constructions de forme carrée durent être disposées de telle sorte que la statue de la divinité, placée au fond, eût le visage tourné vers l'Occident, afin que ses adorateui^ fissent leurs invocations en regardant l'Orient ^.
Dans le principe, les édifices ne furent guère qu'une modification du sacellum. La plus grande parlie était à découvert; le sanctuaire proprement dit [sacraritun) était seul voûté et s'appelait pour ce motif iesiudo ^. 11 est possible que ce mode de construction ait servi de transition entre les petits temples ronds et les grands temples quadrangulaires. La surveillance des Pontifes ne s'arrêtait pas là. Ils défendaient de dédier un même sanctuaire à plusieurs divinités. Le T. de Jupiter Gapitolin n'était pas une exception à cette règle, car il contenait trois sanctuaires (cellœ) distincts et séparés par des murs. Cependant le dieu Terme, comme nous l'avons dit, était resté dans ce temple ; Angerona avait sa statue sur l'autel de Volupia^ dans la curie Acculeia *; Cupidon avait la permission de demeurer avec sa mère ^, et il est possible que la Regia n'ait pas été assez grande pour loger sépa-
(*) Serv. £n. IX, 408. — («) Vilru?. IV, 5. - (3) Scrv. Mn. I, 50S;- (4) Macr. 1, 40, 7. Varr. VI, t3. - (5) Serr. Mn. VI, 831 .