‹ Les pontifes de l'ancienne RomeChapitre 23 sur 117 · DES LIEUX SACRÉS · texte numérisé non relu

DES LIEUX SACRÉS

rément tous les dieux qui y étaient enfermés. La règle n'en subsista pas moins et força, en 212, Marcellus, le vainqueur de Syracuse, à modifier le plan de son T. de Hofws et Virtus^ de manière à y faire deux cellœ distinctes ^ ; Hadrien se le tint pour dit, lorsqu'il bâtit le T. de Vénus et Rome. Les Pontifes n'avaient peut-être pas prévu qu'on pourrait faire entrer, non pas une divinité, mais un sanctuaire entier dans un autre sanctuaire. Le cas, si bizarre qu'il paraisse, se présenta. Un petit temple de bronze, qui passait pour avoir été consacré aux Muses par Numa, ayant été frappé de la foudre, on le porta d:ins le T. de l'Honneur et de la Vertu, à côîé sans doule de la sphère d'Archimède; Fui vins Nobilior Ten tira pour le transporter dans le T. d'Hercule, qui devint depuis lors le T. d'Hercule et des Muses *.

Il nous reste à préciser le sens des deux termes delubnim et templum^ qui, dans la langue vulgaire, sont souvent pris comme synonymes a d'édifice sacré, ^ et auxquels le droit pontifical était loin d'accorder une pareille extension. Certains édifices sacrés étaient qualifiés de delubra. D'où venait ce nom et que signifiait-il au juste ? Les Pontifes l'avaient peut-être oublié euxmêmes, car, s'ils l'avaient su, Varron ne l'eût pas ignoré. Varron hésite entre plusieurs explications également autorisées : Delubrum ait alios œstim ire in quo prœter œJem sit area adsnmpta deum causa, xit est in Circo Flaminio Jovis Statoris, alios in quo loco dei simulacrum dedicatum sit ^. La dernière explication est étayée sur une étymologie plus que bizarre : delubrum signifierait <r porte-dieu y> comme candelabrum. signifie € portechandelles. j> D'autres dérivaient delubrum de delibratum^ parce que les hommes avaient commencé par adorer des

(1) Liv. XXYII, 25. — («) Serv. jEn. I, 8. — (3) Macr. lil, 4, 5. Sert, ^n. 11,225, IV, 56. Cf. Isid. Orig. XY, 419.

troncs dépouillés de leur écorce. Enfin, la racine diluere fournissait des explications non moins inattendues ; Cincius prétendait que le delubrum n'est pas un édifice, mais une sorte de vestibule orné d'une fontaine, quelque chose d'analogue aux baptistères chrétiens. Il est inutile de nous égarer avec ces antiquaires dans des recherches dont l'objet même est si mal défini ; l'opinion la plus probable est celle que Varron citait en premier lieu, à savoir que le delubrum est un édifice sacré précédé d'une esplanade également consacrée ou, comme on disait dans la langue liturgique, délivrée (deliberata) do toute attache profane ^. Ainsi s'expUque l'expression € œdes dei Fidi in delubro i>, que l'on trouve dans un document pontifical dont il sera question plus loin *. Le T. de Jupiter CapitoUn et celui de Jupiter Stator au Champ de Mars étaient des delub-ra.

Un abus que Varron cherchait déjà à corriger, et qui a laissé dans les langues modernes une trace ineffaçable, a fait du mot templum un terme générique applicable à tous les édifices sacrés. Or, un temple, ainsi l'affirme Varron, n'est pas même un lieu sacré ; c'est un lieu profane dont les Umites ont été tracées par les augures (tesca loca)j en l'absence de toute consécration pontificale. Si la consécration s'ajoutait à l'inauguration, alors, mais seulement alors, le temple devenait édifice sacré. Ainsi les curies Hostilia, Pompeia^Julia^ étaient des temples, mais non des édifices sacrés ; par contre, le plus ancien sancluaire de Rome, celui de Vesta, n'était pas un temple. Ce qui donna lieu à l'abus de langage signalé plus haut, c'est qu'à Rome, la plupart des édifices sacrés étaient inaugurés : in urbe Romaplerœque œdes sacrœ simt iempla^. Il ne faut donc ranger parmi les Ueux sacrés que les temples consacrés

(4) V. HarlUDg. Rel. der Rôm. I, p. 443. E. Lûbbert, Comm. pont, p. 45. — (!) Varr. V, 5î. — (3) Varr. VII, 40. Gell. ilV, 7, 7. Fesl. p. 356.

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par les Pontifes sçrès leur inauguration. Enfin, pour achever de définir toutes les dénominations appliquées aux constructions diversement utilisées par le culte, remarquons qu'un sacrarium n'est pas un édifice àpart ; c'est une dépendance d'un temple public ou d'un oratoire privé , dans lequel on conservait les sacra ^. Il se classe dans la même catégorie que le sanctuaire dont il fait partie.

La consécration des édifices, l'acte le plus solennel de la religion romaine ^, mérite que nous nous y arrêtions quelques instants. Deux pouvoirs, l'Etat et le sacerdoce, y concourent. Le premier abandonne aux dieux l'objet à consacrer, il le détache du domaine commun, il dédie (dicare autem est proprie dicendo déferre) •^; le second accomplit le vœu de l'Etat, et consacre^ c'est-à-dire .incorpore l'objet en question au domaine divin. La dédicace ne confère pas le caractère sacré, elle l'affirme et le proclame ; la force sanctifiante réside dans la formule pontificale (solemnia pontificalis carminis verba) qui tombait des lèvres du Pontife avant d'être répétée par le magistrat ^. L'État était généralement représenté par un des premiers magistrats de la république, ou même, depuis le précédent posé par Cn. Flavius (304), par un fonctionnaire d'ordre inférieur, quelquefois par des magistrats élus à cet effet [dunmmri œdi dedicandœ). A la requête du représentant de l'Etat, le collège des Pontifes lui députait un de ses membres, ou môme s'associait tout entier à cette cérémonie. Le magistrat et le Pontife tenaient tous deux les montants de laporte du temple et le prêtre dictait, sans hésitation et sans bégaiement, la formule dédicaîoire.

Cette formule devait être rédigée spécialement pour rédifice à dédier, car les Pontifes y inséraient, outre le

M) Ser?. Gramm. incerl. uEn. XII, «99. ï)ig. I, R, 9, ?. — (î) Ser?. Sn. VIII, 601. — (3) Paul. p. 70. — (4) V. E. Llibbert, p. 47-25.

nom de la divinité invoquée, un aperçu des conditions imposées au culte dans l'enceinte du temple ou des droits et immunités attachés au terrain consacré {lex dedicationisj consecrationis ^) . Voici la formule employée pour la dédicace d'un autel élevé par le peuple de Narbonne à la divinité d'Auguste, l'an 1 1 après J-C :

Plebs Narbonensis aram numinis Augusti dedicavit lef/ibus iis quae infra scripta sunt.

Numen Cesaris Augusti P. P. quand) iibi hodie hanc aram dabo dedicaboque his legibus hisque regionibus dabo dedicaboque quas hic hodie palam diœero uii in/imum solum hujusque arae titulorumque est. Si quis tergere omare refi' cere volet quod beneficii causa fiât jus fasque esto sive quis hostia sacrum faœit qui magmentum net protollat, idcirco tamen probe factum esto. Si quis huic arae donum dare augereque volet, liceto ; eademque lex et dono esto quae arae est : ceterae leges huic arae titulisque eadem sunto quaesunt arae Dianae in Aventirw. Hisce legibus hisque regionibus sicuti dixi hanc tibi aram pro imp. Caesare Augusto P. P. Pontifice Maxime ^ tribunitia potestate XXXV cojuge liberis genteque ejus senatu populo R. colanis incolisque Col. JuL Pater. Narb. Mart. qui se numini ejus in perpetuum colendo obligaverunt doque dedicoque uti sies volens propitium^.

La comparaison de cette formule avec la suivante, employée un siècle plus tard (137 ap. J.-C), à Salone, permettra de reconstituer à peu près la formule type :

L. ^lio Cœsare Imp. Cœlio et Albino Vibullio Pio cos. VU Idus octobres Cn. Domitius Valens Ilvir L D. praecunte C. Julio Severo Pontif. legem dixit in ea verba quae infra scripta sunt.

Juppiter Optime Maxime, quandoquc tibi hodie hanc aram dabo dedicaboque ollis legibus ollisque regionibus daho de-

(h) Plin. EyisU X, 6S. Serv. Mn. U, 764. — (<) OrelL 2489.

CONSÉCRATION BT DÉDICAGB. 444 .

dicaboque quds hic hodie palam dixero uti inflmum solum hujus arae est. Si quts hoslia sacrum faœii quod magmentum nec protollat^ itcirco tamen ptvbe factura esta. Ceterae leges huie arae eadem sunto quae arae Dianae sunt in Aventino monte dictae. Hisce legibus hisce regionibus sicuti dixi hanc tibi aram, Juppiter Optime Maxime^ dico dedicoque uti sis volens propitius mihi collegisqu^ meis decurionibuSj colonis incolis Coloniae Martiae Juliae Salonae conjugibus liberisque nostris *.

Ces documents émanent de la chancellerie pontificale ; ils ne sont que des reproductions légèrement remaniées d'une formule qui devait être consignée dans les Commentaires pontificaux avec les autres prescriptions du cérémonial. La dédicace du T. de Jupiter Capitolin par Horalius Pulvillus, la première année de la république, servit probablement de modèle, et c'est à cette date que fut classé dans les archives le cérémonial des dédicaces. Mais les formules que nous venons de citer s'en réfèrent pour toutes les dispositions de détail à la loi de l'autel de Diane. Il y manque la véritable loi, la charte • de fondation dans laquelle on spécifiait l'étendue du terrain consacré, si le droit d'asile y était attaché, quels sacrifices y étaient permis, quels étaient les revenus du temple et par qui ils devaient être administrés, etc. Nous ne possédons aucune loi relative à un temple romain ; nous savons seulement que le T. de Janus ne devait être fermé qu'en temps de paix, tandis que celui de Quirinus ne devait jamais rester ouvert ; que la Bonne Déesse ne souffrait dans le sien ni homme, ni rameau de myrte et n'y admettait le vin que sous le nom de lait ^ ; que Vara maxima était interdite aux femmes et aux affranchis, le sacellum Pudicitiae patriciae aux plébéiens. Tite-Live a conservé une ligne des statuts de cet oratojre :

(I) Oreli. «490. — (!) Macr. 1, 4Î, 2J

ut nulla nisi spectatae pvdicitiae matrona et quae vni viro nupta fuissetfjus sacrificandi haberet ^; enfin Ton trouve çà et là quelques particularités empruntées aux statuts de l'ara Carmentis, du sacrarium Regiae, du liicus Maricae^ du T. de Fides, de Juno Lucina^ et du T. de la Fortune bâti par Trajan 2. Mais les inscriptions nous ont conservé la loi du T. de Jupiter Liber à Furfo, et le supplément ajouté à la loi de l'autel de Narbonne citée plus haut. Ce supplément s'occupe exclusivement des sacrifices anniversaires fondés par les Narbonnais ; il trouvera sa place dans le paragraphe consacré aux vœux'. L'inscription de Furfo, dont la langue défigurée par les Grecs du lieu est à peine intelligible, s'étend longuement sur les questions d'administration temporelle. Nous citerons ce document, parce que, tout corrompu qu'il est, il peut donner une idée assez exacte des pièces analo • gués rédigées par les Pontifes romains :

l^x dedicationis aedis Jovis Liberi in Furfo.

L. Aienus, L. F. BaebatiuSf S. F. aedem dedicarunt Jovis Liberi Furfone^ a. d. IIL Idus Quinctileis^ L. PisonCy A. Gabinio cos.^ mense flusare^ comulateis olleis legibuSj' illeis regionibus.

Utei eœtremae undae quae lapide fada hojusque aedis ergo uteique ad eam aede^ scalasque lapides tauctuendo columnae stant citra scalas ad aedem versus, slipitesque aedis humus tabulamentaque utei tangere sarcire légère devehere défigère mandare ferro oeti promovere referre fasque esto. Sei quod ad eam aedem donum datum donatum dedicatumque erit : utei liceat oeti venum dare, ubei venumdatum erit id profanum esto. Venditio locatio aedilis esto^ quemqomque veicus Farfens fecerint^quod se sentiunt eam rem sine scelere sine piaculOy alis ne potesto. Quaepequnia recepta eritj ea

(4) Liv. X, î3. -(2} Varr. VI, 2«. VII, 84 Serr. JS«. IV, 548. VIII, 636. Plut. Jfarius, 39. lo. Lydua, Mens IV, 7.

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