III. Lieux religieux ^. Les lieux religieux sont pla
(4)Gaj. II. 1. — (2) Cie. N. D. 111, 40. cf. Fesl. p. Î78. Dig. 1, 8,8,2. Inslit. II, 4, 40. PiuUiiomtt/. 44. Q. K. 27. [K. Lubbert. p. 48.] - (3) Liv. I, 7. - (4) Merkel, p. CXU-CLIIL K. LObbcrl, p. 4. sqq.
DES LIRUX RELtOIBUX. U7
ces SOUS la sauvegarde de la conscience publique. Tous les membres de la société, par un accord tacite, se sont engagés à les respecter, et c'est précisément ce consentement unanime qui, à défaut de consécration et en Tabsence de sanction légale, leur a conféré le caractère religieux. Ce caractère s'applique indistinctement à des lieux ou à des objets qui l'avaient reçu pour des motifs bien différents : tantôt, c'est la présence et comme le contact de la divinité, tantôt, ce sont des souvenirs historiques, tantôt des accidents funestes et la majesté de la mort qui les signalent à la vénération.
Varron parait avoir rangé les luci parmi les lieux religieux ; mais sur la foi de textes précis, confirmés d'ailleurs par toutes les vraisemblances, nous avons cru pouvoir leur attribuer le caractère sacré. Les légendes nationales recommandaient au respect des Romains les lieux auxquels elles rattachaient les plus anciennes traditions de la cité. L'antre Lupercal et son figuier (ficm /îttminalis) qui avaient abrité Romulus enfant, la cabane rustique qui l'avait vu grandir [ca&a Romuli)^ le marais de la Chèvre [Caprœ palus), ^vhs duquel il disparut, le lac de Curtius qui rappelait la défaite du prince sabin ou le dévouement de l'un de ses descendants, le lac de Juturne dans lequel les Dioscures, accourant du champ de batailte de Regille, avaient baigné leurs chevaux, étaient placés pnr la religion des souvenirs eu dehors du monde profane. A plus forte raison fallait-il se garder de fouler les lieux dont les. dieux avaient pris eux-mêmes possession, comme le Teretiium^ où apparaissaient de temps à autre des génies souterrains, et les points que le feu du ciel avait frappés d'une sorte de conséci'ation surnaturelle (/"u/.f/tirt'/a). Nul n'eût osé crachera l'endroit où avaient été momentaxime;n,t .enterrés les objets les plus vénérés du culte (rfo/ioZ«% D'autres lieux étaient immortalisés par de lugubres souvenirs ; ainsi, l'arc de droite
de la porte Carmentale, sous lequel on ne passait plus depuis que les Fabius avaient défilé par là pour aller chercher la mort sur les bords de Crémère ; les Busta Gallica ; un endroit dans le Cirque où avait été versé, disait-on, le sang sacro-saint de dix tribuns, et les Ueux où, plus tard, furent immolés les Gr a cques. Là du moins, la haine ne s'ajoutait pas à la tristesse ; ailleurs, le peuple trompé partagait les rancunes de l'aristocratie, en contemplant le sof maudit où avaient été rasées les maisons de Sp. Cassius, de Sp. Maelius (œqutmelium\e)L de Manlius Capitolinus. Plus terrible encore était Tanathème qui pesait sur le Campus Sceleratusy où disparaissaient toutes vivantes les Vestales coupables.
Les sépultures ordinaires * constituaient la majeure partie des lieux reUgieux. On les croyait habitées par les dieux Mânes et elles eussentpris place parmi les lieux sacrés au même titre que les temples, si, par sa nature même , le culte des morts n'eùtété un culte essentiellement privé. Les Pontifes étaient les défenseurs nés des .droits des Mânes et firent dans leurs Commentaires une large place à toutes les questions qui intéressaient leurs clients. Ils déterminèrent avec soin les formalités qui donnaient aux sépultures le caractère religieux. Pour mieux assurer l'inviolabilité de ce caractère, ils assimilèrent en quelque sorte l'asile des morts aux Ueux saints et réclamèrent pour lui la protection de la loi. Leur rôle de conservateurs des tombeaux ne fut point une sinécure ; ils maintinrent leur autorité en l'exerçant, et la juridiction civile, même lorsqu'elle fut complètement émancipée du joug de la théologie, s'abstint d'empiéter en cette matière sur la compétence pontificale. Le Droit des Mânes, (Jus Manium) tel que l'avaient élaboré les Pontifes, comporte des développements hors de proportion avec le plan de. cet ouvrage ; nous nous bornerons à en résumer les
CARAGTÉEB EEUGIICJX DES TOMBEAUX. 4 49
principes et à renvoyer pour les questions de détail aux traités spéciaux*.
En admettant les sépultures parmi les Uqux religieux, les Pontifes reconnaissaient aux particuliers le droit d'imposer à la société entière le respect de leur religion privée. Il fallait tout d'abord empêcher les citoyens d'abuser de ce droit exceptionnel pour porter atteinte à la liberté et à la propriété publiques. Il est possible qu'à l'origine chaque famille ait enterré ses morts près du foyer domestique qui leur était consacré * ; mais cette coutume ne pouvait subsister longtemps, etNuma luimême alla reposer après sa mort loin de son toit . Tout scrupule étant levé par un tel exemple, les Pontifes écartèrent de la ville les légions de Mânes qui l'eussent rendue inhabilable et n'attribuèrent l'inviolabilité qu'aux tombeaux placés en dehors des murs et sur des propriétés privées. Ces règles fondamentales furent sanctionnées par les XII Tables : Hominem mortuum, inquit leœ in XII
labulis, IS IRBE NE SEPELITO NEVE URITO. — Sic dcCTC-
lum a ponlificum collegio^ non esse jus y in loco publico ficri sepulcrum '^. Naturellement, les Pontifes se réservèrent le droit d'accorcfflr les dispenses qu'ils croiraient opportunes; ainsi, ils permirent aux cendres de P. Valerius Publicola, de P. Posthumius Tubertus, de C. Fabricius, des triomphateurs et des Vestales, de reposer dans Tenceiote de Rome *; mais on ne voit point qu ils aient jamais laissé confisquer un lieu public par une religion particulière. Lorsqu'on voulut bâtir un T. à l'Honneur près de la porte Colline, sur un terrain encombré de tombeaux, les Pontifes firent impitoyablement niveler le sol — statuil enim colle--
[\l Culbcr. De Ji.TH Ifamtfw, op. Ci av. XII, p. 40'î'î-4335. J. KircLumnn, DefunerihnsRomanorum^K^lt, V.ap. Marquardi, Handb, V, i, p. 351. A. tU\, E. Ltibberl, Comm. pont., p. 54-79. — («) Serv. £n. V, 6i. VI, 451. — (3) Cic. Leg. II, Ï3. Cf. Paull. Sent. I, tl, Î-.J. — (4) tic. ibid. Serv. £n. XI, 506. Piul. O^R. 79. [MarquardL llandb.y, 4, p. 3o«. A. 2343.]
45G LES POiNTlFËS ST LA TRADITION.
yxum locvmpublîcum nonpotuisscprivala religione ohligari. Il est vrai qu'en même temps Us laissaient les fermiers des domaines de l'Etat enterrer leurs morts dans les terres dont ils avaient l'usufruit et se créer ainsi des titres de propriété; mais c'était là un abus dont ils profitaient, et, du reste, les droits de l'EtaL avaient fini par être oubliés.
La présence d'un cadavre ou de ses cendi'es ne suffisait pas pour conférer à un tombeau le caractère religieux ; il fallait encore que les mânes du défunt y fussent fixés et comme enfermés par le pouvoir des formules et des cérémonies traditionnelles. Si le rite obligatoire n'était pas observé, le mort, privé des honneurs auxquels il avait droit {justa)y était enfoui dans la terre, mais il n'était pas emeveli ; son àme indignée refusait d'habiter un lieu qui n'était qu'un ossuaire et non pas un sépulcre. Le revenant de Plante se plaint que son meurtrier Tait enterré sans l'ensevelir <L medefodit insepuUum^. y> Voici les principales condit ons nécessaires à la validité des funéraillei. Le rituel n'admettait en principe que Yrnhumalion qui était primitivement le seul mode de sépulture. Les (Cérémonies obligatoires se réduisaient à deux, Tinhumation proprement dite, précédée du sacrifice d'une trure offerte à Gérés (porca prœsentanea) y ct\e banquet funèbre (silicernium) par lequel lu famille inaugurait le culte du défunt. Mais lorsque l'esprit d'imitation tendit à introduire à Rome Tusage de brûler les corps, les Pontifes, frappés peut-être des avantages pratiques qu'offrait ce mode de sépulture, cherchèrent moins à le proscrire qu'à l'adapter aux exigences du rituel. 11 n éUiit pas nécessaire de modifier le cérémonial dii sacrifice et du banquet ; mais comment conserver l'acte essentiel de l'inhuma^on ? Les Pontifes, uniquement préoccupés de respécler la lettre des règlements, pensèrent qu'il y avait inljumation valable toutes les fois
(1) Plaut. Mostell. II, 2, 1\ . Cf. Suet. Calig. 59.
CARAGTÈRB REU6IBUX DBS TOMBBAUX. 45f
que la terre recouvrait une partie quelconque du cadavre. 11 suffisait donc, pour être en règle avec les vieilles coutumes, de jeter sur les débris du cadavre consumé une motte de terre, comme pour attester que la mère commune les accueillait dans son sein. Cependant, cette méthode se conciliait mal avec les nouvelles habitudes qu'entraînait à sa suite l'usage de la crémation. Transformés et purifiés par le feu, les restes des morts cessaient d'être pour les sens un objet d'horreur. On se plut à les recueillir, à les laver, à les enfermer dans des tissus incorruptibles et dans des urnes; on fit des tombeaux des demeures somptueuses : la motte de terre eût fait tache sur ces splendeurs. Alors on imagina de couper un doigt au cadavre avant de le porter au bûcher (os resectum), ou de mettre à part un os échappé aux flammes (os exceplum), et de faire à cette partie réservée les honneurs de l'inhumation. Les funérailles ainsi ordonnées formaient un drame en deux actes dont le premier et le plus pompeux (funus) était d'une importance secondaire aux yeux de la religion, tandis que le dernier, c^nnu sous le nom de feriae denicales {quae a nece appellaiae sunt), assurait aux mânes du défunt le repos, à son tombeau l'inviolabilité, et déchargeait ou purgeait sa ^ famille, jusque-là funeste, delà dette qu'elle avait contractée envers lui. Etquod terra sit humus y ideo is humains mortuus qui terra sit obrutus. Ab eo, quom Romanus com^ bustus estf si in sepulchrum ejus abjecta gleba non est^ aul si os ejoceptum est ad familiam pvrgandam^ donec in purgarido humo est opertus (ut Pontifices dicunt^ quoad inhu-matxis sitjamilia funesla manet ^). — Neque necesseest edisceri a nobis qui finis funestae familiae^ quod genus sacrificii Lare ver becibus fiât yquemadmodum os reseclum terrae obtegor tur^ quaeque in porca contracta jura sinty quo tempore
(<) Varr. V, 23.
iHi LES PONTIFES ET LA TRADITION.
incipiat scpulchnim esse et religione teneatur. (Non) ante sepulchrum est quam justa facta etporcus cae^tis sil. Nam jfriusquam in os injecta gleba esty locus ille iibi crematum est corpus nihil habet religionis^.
Mais les deux actes des funérailles étant complètement indépendants Tun de l'autre, la faculté de les séparer par un laps de temps plus ou moins long donna lieu à des abus. Il arrivait que des familles, jalouses d'étaler en public les témoignages de leur douleur, renouvelaient lors de rinhumation les pompes coûteuses des premières funérailles ; il pouvait se faire qu une famille, exploitant le respect que l'Etat professait pour les fériés dénicales, célébrât ces fériés un jour de levée, afin de dispenser ses membres du service militaire ; en outre, comme ces fériés ne pouvaient coïncider avec les fériés publiques, les mânes du défunt étaient exposés à voir la cérémonie qui devait leur procurer le repos retardée par des solennités publiques. En pareil cas, la famille, restée funeste, ne pouvait plus mettre fin à son deuil légal le neuvième jour après le décès, parla célébration du sacrum novemdiale. Pour obvier à ces inconvénients, le collège des Pontifes, qui dicta aux Décemvirs les règlements théologiques compris dans la X« Table, paraît avoir défendu de séparer l'inhumation des funérailles : Cetera item funebria quibus luctus augetur^ Duodecim sustulerunt.