‹ Les pontifes de l'ancienne RomeChapitre 33 sur 117 · PROCURATION DES PRODIGES · texte numérisé non relu

PROCURATION DES PRODIGES

ressources fournies par la tradition, comme par exemple, Texpiation de Timmense sacrilège qui signala le sac de Rome en 390, était remis à l'appréciation des Xviri sac. fac. Les Pontifes, observateurs méticuleux des coutumes, n'avaient point de remèdes pour les cas imprévus ; aussi furent- ils obligés de céder peu à peu à leurs rivaux le terrain de l'imprévu, la procuration des prodiges.

IL Procuration dès prodiges. — Le scrupule avec lequel le peuple romain examinait perpétuellement sa conscience n'empêchait pas toujours que l'œil vigilant des dieux n'y découvrît encore quelque faute restée sans expiation. Tantôt quelque divinité, trop peu honorée à son gré, désirait de nouveaux hommages, tantôt la sollicitude des célestes protecteurs de Rome voulait détourner les Romains d'une entreprise dangereuse ou les avertir d'un malheur inévitable. Quelle que fût leur volonté, les dieux la manifestaient aux hommes par des faits surnaturels connus sous le nom d'indices ou prodiges (de prodere) .

Le pï*odige le plus complet était la révélation directe, telle que les apparitions de Jupiter exigeant de Numades expiations ou envoyant Titus Latinus porter de sa part un avertissement au Sénat, du dieu inconnu qui ordonne à Valerius de.porter ses enfants malades au Tarentum et d'y sacrifier à Dis et à Proserpine, etc. * Mais ces miracles n'ont jamais été l'pbjet d'une consultation pontificale, car ils ont visiblement été forgés après coup à une époque où les légendes grecques et les songes épiques fournissaient des modèles. Du reste, si le Sénat reçut jamais de pareilles communications, la volonté divine y était assez clairement exprimée pour qu'il fût inutile de consulter les théologiens.

- Les prodiges ordinaires, ceux dont les Annales ont

(4) Plul. Num. 45. CorioL 25. Val. Max. II. 4, 5.

gardé le souvenir, étaient ou des phénomènes naturels qui se produisaient avec une violence inaccoutumée, tels que ouragans, foudres, éruptions volcaniques, aérolithes, etc., ou des incendies, des pestes, ou enfin des hallucinations bizarres, fréquentes dans un pays superstitieux et ignorant, et qu'on dirait inventées pour mettre à répreuve la crédulité publique. Tantôt une vache avait parlé, un enfant avait crié victoire dans le sein de sa mère, des animaux avaient changé de sexe, des rats et même des corbeaux avaient rongé des lingots d'or dans le T. de Jupiter; on avait rencontré des fantômes ou vu pleurer des statues. On croyait môme trouver une intention divine dans les actes instinctifs des animaux ; des loups affamés qui pénétraient dans la ville, des oiseaux qui entraient dans un temple ou y faisaient leur nid, un essaim d'abeilles qui se posait sur le forum ou dans un camp, faisaient crier au prodige.

Tous ces signes surnaturels avaient un sens caché, contenaient quelque allusion mystérieuse au passé, au présent ou à l'avenir. Interpréter, s'il était possible, l'avertissement du ciel, en faire part à la société, et témoigner par des actes solennels de piété la reconnaissance et la soumission du peuple romain, tel était le problème que chaque prodige posait à la science pontificale. Numa avait expressément chargé les Pontifes de décider « quae prodigiay fulminibus aliove quo visu wma, susciperentur atque curarentur ^, :&

Les Pontifes procédaient d'abord à l'audition des témoins. Les faits qui n'étaient attestés que par un seul témoignage étaient généralement regardés comme suspects « quorum pleraquCy et quia singuli auclores erant^ parum crédita spretaque 2. y> Lo prodige une fois constaté, il fallait décider si celte communication du ciel était

(OLW. I,«0. — (î) Liv. V, 45.

ir^TERPRÉTATION DES PRODIGES. 483

adressée au peuple romain. Les Pontifes tranchaient cette question préalable d'après une règle très-simple. Les •prodiges regardaient le propriétaire du lieu où ils avaient été observés. Si ce propriétaire était un particulier, la procuration du prodige devenait une affaire privée ; si le lieu était un lieu pulDlic, propriété du peuple romain, le prodige était déclaré public (publicum prodiijium) et à la charge de TEtat (suscipere prodùjium)^. Après cette instruction préalable commençait le travail d'interprétation. Les Pontifes cherchaient d'abord dans le passé et dans le présent si quelque faute impunie, quelque abus encore toléré n'excitait pas le couiroux des dieux : pour peu que la nature du prodige prélat à un rapproclieraent de ce genre, la solution était trouvée. Ainsi, en 472, une maladie épidémique des femmes fit soupçonner un sacrilège et provoqua la condamnation de la vestale Orbinia - : ce fut encore un prodige, d'un sens, il est vrai, plus précisa, qui ramena, en 113, devant un juge inexorable, les vestales Marcia et Licinia. acquittées l'année précédente par le P. M. L. Metellus. Les grands désastres éprouvé? par les armes romaines furent souvent assimilés à des prodiges .et expliqués de cette manière. La défaite de Drépane (249) fut attribuée au mépris des auspices; celle de Trasiniène (217) passa pour une punition de l'impiété de C. Flaminius et l'on ne cessa de chercher au désastre de Cannes une explication surnaturelle, jusqu'à ce que Ton eût trouvé dans la vie de M. Ter. Varron la peccadille dont nous parlions tout à l'heure (p. 177).

La science indigène n'allait pas plus loin. Retenue par ses habitudes méthodiques dans le domaine des réalités, elle ne se hasardait point dans les ténèbres de l'avenir, où les imaginations rêveuses, Ubres des entraves

0) V.Th. Mommsen. Epis!, in Liy. Perioch. Ed. 0. Jahn. —(2 Dion. IX, 40. — (3) Plut. Ô. K- 83. et al.

du bon sens, aiment à s'égarer. L'art delà divination était inconnu des Romains des premiers âges'; la science augurale n'a rien de commun avec la divination proprement dite. Cependant, les Romains ne se défendirent pas longtemps contre les séductions de la curiosité. Us attirèrent chez eux des devins d'Etrurie ou haruspices, et sans leur donner droit de cité, sans cesser de les considérer comme des étrangers, tout en leur témoignant parfois une défiance injurieuse, ils s'en servirent perpétuellement pour interpréter les prodiges. C'était aux haruspices que les Pontifes renvoyaient le prodige dont le sens leur échappait. Ceux-ci se mettaient àl'œmTe et fournissaient une explication ou tout au moins indiquaient le mode de procuration. La réponse des haruspices n'était pas toujours acceptée avec une. foi aveugle ; la défiance enhardissait le libre examen. On rapporte que, la foudre ayant frappé la statue d'Horatius Codés, les haruspices, pour brouiller le peuple romain avec le ciel, conseillèrent de réléguer la statue dans un endroit où elle serait perpétuellement à l'ombre. Les Romains éventèrent la ruse ; ils comprirent que si Codés demandait quelque chose, ce ne pouvait être qu'une meilleure place pour sa statue, et firent condamner à mort les devins étrusques ^

Lorsque la science théologique ou l'art divinatoire avaient fourni la solution du problème, et fait connaître la requête [postilioncm) des dieux, le collège des Pontifes rédigeait un décret ordonnant toutes les cérémonies nécessaires à l'expiation ou procuration du prodige, et ce décret était inséré dans un sénatus-consulte qui leur donnait force de loi. Voici un exemple de décret pontifical converti en sénatus-consulte : Quod C. Julius L. F. pontifex nimtiavit in sacrario reijiae haslas Martias movisse, de eare ita censuerunty uti M. Antonius consul /t05-

(1)Ge!l. 1V,5. «.

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