CONSTITUTION DU COLLÈGE
inainfien des observances religieuses qui formaient la base de la famille et de la société K Ces fonctions ayant été plus tard attribuées au P. M. et constituant le côté le plus apparent de la compétence pontificale, on comprend que les rois aient pu être appelés Pontifes pour les avoir exercées. Plutarque, Servius et Zosime les comptent au nombre des Pontifes *, et il ne suffit pas, pour récuser leur témoignage, do prétendre que ces écrivains^ de l'époque impériale cherchaient à justifier, par l'exemple du passé, l'union du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel dans la main des empereurs. Cela ne veut pas dire que les rois aient, comme les empereurs, porté le titre de P. M.; ils présidaient en vertu de leur souveraineté et n'avaient pas besoin de ce titre qui paraît avoir été créé lorsque, après la chute de la royauté, il fallut déléguer à un des membres du collège le droit de le présider. Il n'est même pas impossible que, comme semble l'indiquer Tite-Live et comme l'admettent Ambrosch et Wulf 3, le collège ait eu, durant la périoJe royale, un P. M., délégué et suppléant du roi.
Quoi qu'il en soit, l'hypothèse des Rois-Pontifes explique parfaitement que l'expulsion des rois ait réduit de cinq à quatre le nombre des membres du collège, et concilie l'assertion de Cicéron avec celle de Tite-Live.
Ne dissimulons pas cependant que les derniers histo- * riens de Rome et de ses institutions * acceptent sans restriction l'affirmation nette et précise de Cicéron, sauf à admettre que dos circonstances accidentelles avaient, Vers Fan 300, fait tomber le nombre des Pontifes au-dessous du chiffre normal. Mais comme aucun argument nouveau n'a été jeté par eux dans la balance, on peut s'en tenir à
(4) Rubino, Unt. p. 2<3. — C«) Plut. Num. 9. — Serv. JEn. III, 84. Zoé'im. IV, 36. .— (3) Ambroscb, Stud. p. 2t. — Wulf, Der aWœm. P. JI. ^^6I. — (4i Mommscn, H. G. f, 473. — Lange, B. Alt. I, p. 320.
ropinîon qu'ils rejettent sans être accusé de résister à révidence.
Le collège des Pontifes se composait donc de quatre membres. La critique s'est ingéniée à expliquer la raison d'être et la signification de ce nombre qui ne se retrouve dans aucune autre institution, jaûllmann ^ suppose que ce n'est pas là le nombre primitif et que le collège fut i Torigine composé de trois représentants des trois tribus ethnologiques. Cette hypothèse, appuyée par lui sur l'analogie qu'il croit découvrir dans le collège des augures, et sur ce fait que, à l'époque historique, la décision de trois Pontifes était regardée comme la décision du collège ^, ne résistepas à l'examen, car une analogie, fùtelle incontestable, n'est pas une preuve, et la valeur de la décision de trois Pontifes s'explique, soit par le principe € très faciunt collegiuniy 3> soit par l'habitude juridique d'exiger trois témoins, soit enfin tout simplement par le droit des majorités ^. Huschke ^, qui voit dans les Pontifes des conserv^ateurs des lieux consacrés, trouve tout naturel que chacun des quatre quartiers ou tribus de Rome ait eu son inspecteur. Le P. M. aurait représenté la ville entière. Il y a, à ce système, une objection fondamentale ; c'est que, d'après la tradition, l'institution du collège des Pontifes est antérieure à la division de Rome en quartiers. L'explication la plus vraisemblable est celle de Niebuhr, adoptée par Ambrosch et Merck*lin î5. 11 n'y avait dans le peuple romain, au temps de Numa, d'autre division politique et religieuse que la distinction des deux tribus, Ramnes et Tities ; mais celle-là était assez profonde pour que l'on en tint compte. Ces tribus étaient représentées dans le collège des Augures,
(0 nCiHmann, Jw« Pontif. p. 30, sqq. — (î) Cic Harysp.resp, 6. — (3) V. Mercklin, Coopt. p. 89. — (4) Huschke, Krit. Jhb.y p. 399, re)/. d. S. T., p. 61. — (->i Niebuhr, R. G. I, 3 «3.— Ambrosch, 5<ud., p. 494. — Mercklin, Coopt. p. 90.
COÎÎSTITUTION DU COLLÈGE. H
des Fétiaux, dans la confrérie des Vestales ; elles dévoient l'être également dans le collège des Pontifes, et elles le furent, chacune par deux membres. L'infériorité relative des Luceres explique pourquoi ils n'eurent pas leurs Pontifes lorsqu'ils entrèrent dans la cité romaine. A plus forte raison, les plébéiens, étrangers à la société religieuse, furent-ils exclus de ce sacerdoce ainsi que de tous les autres.
Le collège des Pontifes, comme tous ceux qui furent institués par l'État, se maintint toujours en dehors des liens de gentililé qui étaient, au contraire, la loi des conîréries primitives et des plus antiques sacerdoces. Une règle encore en vigueur au dernier siècle de la république, défendait d'y laisser entrer à la fois deux membres d'une même gens a ii-nâévx ôùc âaa èx, rr,; c.itrr,(; avyyt^ vîicc^ v/iv axjz-àv iepxzdcev e/eiv *. 3> Destiné àreprésenter les intérêts religieux de la société entière, il devait être accessible à tous. Sa constitution repoussait donc en principe l'hérédité des fonctions et semblait appeler, au contraire, le système électif. Cependant les Pontifes ne reçurent jamais directement leur dignité du suffrage populaire. Tant que dura la monarchie, le peuple, à chaque nouveau règne, confiait à l'élu de son choix le plein exercice de la souveraineté temporelle et spirituelle. C'était donc au roi qu'il appartenait de conférer les sacerdoces, et c'est de lui que les Pontifes tenaient leur autorité. Plus tard, lorsque la révolution de 509 vint' relâcher les Uens qui attachaient la religion à l'État, le collège, indépendant du pouvoir temporel, vécut de sa vie propre et s'assimila par la cooptation les éléments nouveaux qu'il appelait dans son sein, jusqu'au jour où le progrès. démocratique fit revivre l'esprit des institutions primitives, non pas en
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abolissant la cooptation, mais en la soumettant aux suffrages des citoyens.
L'origine du collège des Pontifes, le but de son institution, le nombre de ses membres, paraissent assez nettement déterminés par la tradition ; mais rien, dans cette étude, ne peut nous expliquer le nom singulier que portaient, à l'époque historique, les théologiens officiels. Ce titre de Pontifes est une énigme qu'il faut expUquer à tout prix, car elle cache évidemment un fait d'une importance capitale et peut remettre en question les résultats auxquels nous sommes arrivés jusqu'ici.
D'après l'ètytoologie que les lois de la grammaire imposent, que Varron et, après lui, Denys d'Halicarnasse, Zosime, Suidas !,• ont acceptée, et à laquelle se sont ralliés la plupart des érudits modernes *, pontifex (poAitufeo)) 3 signifie faiseur de ponts.
Cette explication repose sur des faits : Varron affirme que le pont Sublicius a été construit pour la première fois et souvent rétabli par les Pontifes : a Nam ah his sublicius ipons) est factus primum ut restitutussœpe, ii> et son témoignage, confirmé par plusieurs auteurs, n'est contredit par personne. Ainsi, nous sommes obligés de concilier ce devoir, d'une nature toute particulière^ avec les autres attributions des Pontifes, et de voir en eux une confrérie de pieux ingénieurs *, chargés de construire, de réparer^ et surtout de consacrer par des céré-
(0 Varr., V, 83. ~ Dion. II, 73.— Zos. IV, 36.- Suid. HovtfcpiÇ. - (2) Bosius, ap. Grœo., V, p. «31. — Rubinô, Untermch. 1, p. 2*5. — liuschkc, Verf. des Serv, Ta//., p. 63.— Mommsen, II. G., I, p. 473. —
— Lange, Bœ/n. AU. F, p. 319. — (3) G. I. L., 474. 6^0. n«. 4485.
— (4) Momms., R. G., 1, p. 4 45. *
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tnonies religieuses le pont de bois qui reliait les deux rives du Tibre, Il faut admettre que le collège sacerdotal le plus influent de Rome a dû son nom à une fonction obscure qu'il avait déjà désapprise peut-être au commencement de la période historique •
L'érudition a tout tenté pour échapper à cette conclusion. Le docte P. M. Q. Mùcius Scsevola, cité par Varron *, dérivait pohtifex de posse et facere (dans le sens de sacrifier), et l'expliquait, en lui donnant la forme poti-fex, par qui a le pouvoir de sacrifier. Cette étymologie, que la réputation de son auteur mit en crédit, et qui, sous le Bas-Empire, avait presque fait oublier celle de Varron, grâce à l'extension donnée alors autitre de Pontife et au sens du mot pontificat, a contre elle et les lois de la dérivation * et sa propre invraisemblance, car, non-seulement les pontifes n'ont pas au plus haut degré le pouvoir de sacrifier, mais les autres prêtres l'ont eu avant eux. Le titre ainsi entendu ne conviendrait guère qu'aux flamines.
D'autres tirèrent du radical donné par Sca)vola des explications moins soutenables encore. « Le nom de Pontifes, dit Plutarque ^, vient, selon les uns, de ce que ces prêtres servent les dieux tout-puissant^ maîtres de toutes choses : puissant se dit en latin potens. D'autres veulent que ce jiom soit pris de l'expression conditionnelle s'il est possible de faire (si poiest fieri)^ en ce que le législateur ne prescrivait aux prêtres que les sacrifices qu'il leur était possible de faire, et ne les rendait pas responsables dès qu'il y avait empêchement légitime. Toutefois, la plupart des auteurs préfèrent une étymologie que je trouve ridicule; le nom de Pontifes signifierait, aies en croire, faiseurs de ponts... 3> L'opinion do Plutarque, qui savait à peine le latin, importe peu ; ce-
{«) San., V, 83.— Macr., III, t. 45.— (î) F. Rœper., Lucubr. Pontif. prim. F.X-UIS. Ji'. — (3; Plul., Aum. 9. tr. Pierron,
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pendant, Texplication qu*il paraît préférer est un témoignage historique d'une certaine valeur et qui confirme rétymologie varronienne tout à l'heure déclarée ridicule, H arrive en combinant le radical pom, donné par Varron, avec le verbe facercy interprété par Scaevola, à traduire poniifex par qui offre des sacrifices sur unpcnt (inpontem facere). Cette interprétation, contraire à la grammaire, n'est pas du moins en dehors de Thistoire.
Les érudits modernes ont soumis ce mot énigmatique à de nouvelles analyses : Gœtthng ^ y a vu un composé de pompa et de facere; Pfund *, abandonnant un sol trop remué, a emprunté à l'osque le radical pomtis (qutnque) ; mais cinq se dit en osque pompe; pomtifices n*est donc pas grammatical, et on ne peut le traduire, comme le voulait Pfund, par calculateurs {Zahlkundigé) ; d'autres philologues, tels que Fœrslemann, Dœderlein ^, croyant trouver dans le sanscrit la clef de tous les mystères, ont attribué à ce mot, si latin de physionomie, un radical sanscrit, pu (purifier)^ qui permet d'arriver, en passant par le participe présent punanty convenablement contracté, à la forme pœit. De guerre lasse, rérudilion, comme l'homme qui courait après la Fortune, en est revenue au point de départ, et accepte avec résignation Fétymologie varronienne, sauf à faire observer que pons a dû avoir primitivement le sons de sejitier comme son prototype sanscrit panihan (cf. Trâroç, Tiivzoç) 4. Cette rectification même n'est pas neuve ; l'exégèse chrétienne l'avait faite avant la philologie, car Bosius ^ trouve dans un ancien vocabulaire attribué à Martinius cette définition : Pontifex — sacerdos quasi ponlem vel iter aliis faciens.
(1) GœUlin?, tWrf., p. 4:3. -(î) Pfund, AHital liechtsalt. p. «12. — (3) Dœdcrl. Syn„ VII, p. î'/ô. — (4) Kuhû, Z. T. vgL, Sprachforsch. IV, p. 73. — G. Cuitiiis, £/ym. 349, p. 213. — Un^e, /?. Alt. I, p. 3(9. — (5> Bosius, op. Grœv,, V, p. 236.