‹ Les pontifes de l'ancienne RomeChapitre 47 sur 117 · SUPPRESSION PE9 ACTIONS DE LA. LOI. J · texte numérisé non relu

SUPPRESSION PE9 ACTIONS DE LA. LOI. J

virale jtidicium fitKii Les Romains étaient enfin parvenus à obtenir d'être jugés, comme les peregrini, d'après une méthode rationnelle. La formule, en effet, ne dictait point * de paroles sacramentelles, mais définissait le fait [démon- $tratio)y les prétentions du demandeur (intenlio) et la sentence, soit dans une affaire de partage (adjudicatio), soit en matière de délit (condemnatio)^

Avec les legis actiones disparut le dernier obstacle qui entravait encore le développement du droit civil sous la direction exclusive de la raison et du sentiment de la justice que les Romains possédaient à un si haut degré. Peutêtre, en définitive, Tinfluence exercée par les Pontifes sur la jurisprudence à ses débuts n'était- elle pas trop à déplorer. Elle avait longtemps fait prévaloir la forme sur le fond, mais ce rigorisme étroit fut pour les esprits une forte discipline qui les obUgea à attacher aux mots un sens précis et leur inspira ce respect de la lettre sans lequel il n'y a point de légalité.

lU. Le mouvement qui entraîna en dehors de la compétence pontificale les questions de droit porta également à la connaissance du public les questions à la fois civiles et religieuses qui formaient le point de contact entre la jurisprudence et la théologie.

Ainsi la théorie de la transmission des sacra^ les exceptions faites aux lois de la propriété dans le but d'assurer la conservation des sépultures et en général des lieux sacrés, par conséquent le droit des mânes et les rites de la consécration, les obligations imposées soit à l'autorité publique soit aux particuliers par des vœux ou par Tobservation des fériés, étaient des questions familières aux jurisconsultes et parfaitement élucidées d'ailleurs par une foule de consultations et d'arrêts pontificaux >aperlissima sunt istis de rébus et respmsa et scripta multa 2, Peu à peu, lorsque

(4) Gaj. IV, 30. - («)Cic. Leg, II, 18. Cf. J^ro dom. 41. 46. 54.

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l'esprit du siècle envahit le collège des Pontifes, les arcanes de la théologie pure devinrent également accessibles à la curiosité des érudits. C'est alors qu'on put mesurer le progrès accompli par la société en trois siècles. Tandis qu'en 386, les Pontifes, paralysant les louables efforts faits par les magistrats pour instruire le peuple de ses droits et de ses devoirs, reftisaient de Uvrer leurs secrets au public et d'éclairer les consciences inquiètes ^, au temps des Sca3vola et de Cicéron, la science pontificale, exposée au grand jour, restait volontairement ignorée. Personne, dit Grassus dans le De Oratore^ n'étudie le droit pontifical *.

Cependant quelques esprits curieux se glissèrent, par cette porte quel'indilTérence avait ouverte, jusque dans le sanctuaire des archives pontificales, s'y installèrent et se mirent à déchiffrer, à analyser cette masse de documents oubliés. Déjà, un siècle avant Varron, Serv. Fabius Pictor (prêt. 145) en avait extrait un traité de droit pontifical ^. Xanlra, un des plus anciens grammairiens, y puisa les matériaux de son livre d'Antiquités ^. L. Cincius ou Cingius, probablement l'intendant d'Atticus, en profita pour ses études grammaticales et laissa un traité spécial sur le calendrier religieux (De Fdstis ) ^. L'illustre Varron employa ses studieux loisirs, respectés par les orages politiques, à rechercher les origines de toutes les institutions romaines, et composa, avec les débris épars de la tradition, cet immense tableau des Antiquités divines et humaines^ dans lequel la théologie et l'histoire, rapprochées par une érudition immense, se pénétraient et s'éclairaient réciproquement.

L'exemple de Varron, et surtout l'étabUssement du régime monarchique qui ne tolérait que les ambitions littéraires, suscitèrent des légions d'archéologues et de

(0 Liv. VI. 4. - (2) Cic. De Orat. ill, 33. — (3) Macr. lil, 2, M . — (4) Inlpp. Mai, JSn. Il, n\. — (5) Macr. I, l«, 48.

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POBUCATIONS THÉOLOGIQUES. 225

grammairiens qui se ruèrent à Tenvi sur le terrain déblayé par le plus docte des Romains. Verrius Flaccus, précepteur des petits-fils d'Auguste, compila une sorte de dictionnaire encyclopédique {De significatione verbch rum) qui s'est survécu à lui-même, mutilé par deux abréviations successives, et répandit dans différents ouvrages les trésors de son érudition ; Cornificius Longus dans ses Ety7na et son traité De coenis deorum ; Cornélius Balbus dans ses Eœegetica ; Antonius Gnipho^dans ses dissertations sur la signification des mots de la langue sacrée, Cloatius, Rutilius Geminus, Sinnius Capito, Ateius le philologue et d'autres grammairiens soulevèrent, en poursuivant des étymologies ou en justifiant des définitions, une foule de questions théologiques ^

Les jurisconsultes se piquèrent d'émulation : G. Trebatius Testa écrivit un traité sur les obligations de conscience (De religionibus) *; son disciple Antistius Labeo, chef de l'école Proculienne au sein de laquelle les idées républicaines trouvèrent leur dernier asile, rédigea des Commentant de jure pontificio, dont Macrobe cite le LXVIII* livre ^; son rival Ateius Capito, chef de l'école Sabinienne, pubUa une immense compilation en CCLIX hvres {De jure humano atque divino) ^. La partie théologique de cet ouvrage est souvent citée sous le titre de De jure pontificio ; le Vil* Uvre était intitulé De jure sacrificio^ ruwi.Veranius, dans ses Pontificales quaestiones, parcourut tout le domaine de la compétence pontificale ^.

D'autres étudiaient des questions spéciales. Déjà du temps de Sylla, Cornélius Epicadus, affranchi du dictatateur, avait écrit une étude sur les Argei ; après lui, le philosophe mystique P. Nigidius Figulus, produisit, entre autres ouvrages, des traités De dus, en plus de XIX li-

(1) V. ap. R. Merkel, Prokg, XCIV-XCIX. — {«) Macr. III, 7, 8. etc. Serv. £n. XI. 316. — (3) Macr. HI, 10, 4. — (4) Gell. XIV, 7. — (5) Macr. m, 5^ 6, etc.

%M LES POHTIfES £T LA TIADITION.

vres, et De eœtis; Granius Flaccus dédia à J. César un trsâté De Indigitamentis ; Hyginus, bibliothécaire sous Auguste, traita des Propriétés des dieux ; un livre de cet ouvrage était spécialement consacré aux dieux pénates. Son affranchi, JuUus Modestus, est connu par son traité De feriis ; Masurius Sabinus, élève d'Ateîus Capito, laissa des Fasti très-estimés ; Hyllus, Gavius Bassus écrivirent sur les dieux {De diis).

En même temps L. Julius CaBsar (cos. 64) et après lui, Tillustre augure M. Messala Corvinus livraient au public les secrets de la science augurale ; la méthode divinatoire des haruspices était dévoilée par le livre de Tarquitius Priscus, transcrit de VOstentarium Tuscum.

Enfin on trouve encore cités des ouvrages dont les auteurs sont à peu près inconnus, une dissertation De dèa Murcia d'un certain Pomponius, un traité De sacerdotibus par Lepidus, De feriis par Titus (Qncius), De riiù sacrorum par Tertius, des commentaires de Sabidius dans lesquels étaient traitées des questions religieu* ses et un recueil de curiosités (Rerum reconditarum libri) compilé par Sammonicus Serenus qui vivait sous les empereurs syriens, recueil d'où Macrobe a extrait la formule de révocation (p. 163).

Toutes ces publications mirent le public à même A'examiner et de juger, dans toute la liberté d'un scepticisme devenu général, le- mécanisme reUgieux qui avait si longtemps étreint les consciences. Cependant, la théologie ne parvint ainsi au grand jour que défigurée. A l'époque où elle tomba entre les mains des érudits, les Romains étaient devenus comme étrangers dans leur propre pays. Subjugués par l'ascendant de la civilisation hellénique, séduits par les théories évhéméristes et les solutions faciles qu'elles fournissaient à toutes les énigmes, ils méconnurent complètement le caractère propre de leur religion et le sens de ses rites. Od eût dit qu'ils

PUBLICATIONS THÉ0LOGIQDB8. M7

avaient pris à tâche de la dépouiller de toute originaiité. ILs parvinrent à force d'iiypoihèses gratuites, de légendes fabriquées ou travesties, d'étymologies insoutenables, à la faire passer pour une émanation de la religion grecque, modifiée par l'esprit timide et scrupuleux du pythagorisme, et s'applaudirent sans doute d'avoir ainsi rattaché leur patrie , par des liens intellectuels, à ce monde hellénique en dehors duquel il n'y avait que des barbares. Ainsi, une description exacte du cérémonial extérieur, gâtée par des commentaires mythologiques, historiques, . philosophiques qui jetèrent une ombre épaisse ou un faux éclat sur la simplicité des institutions primitives, le tout cruellement mutilé par le temps, voilà le bagage théologique que l'érudition gréco-romaine, habituée à suppléer aux recherches patientes pai* la fécondité de Tîmagination, a légué à la critique moderne.

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